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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 19:30

Chaque être humain est prêt à défendre à tout prix ce qui constitue le sens profond de son existence : son métier, sa famille, sa foi, sa liberEn manifestant le samedi 17 juillet 2021 dans de nombreuses villes, les Français ont ainsi répondu, sur le plan moral et spirituel, au « quoi qu’il en coûte » financier et présidentiel.

Ces premres manifestations ont réuni des personnes très diverses – d’âge, de culture, de croyance et doption politique. Il ne s’agissait pas, comme les médias l’annonçaient avec mépris, dune manifestation  de  « gens  d’extrême-droite  et  d’anti-vaccins ».  C’était  un  souvement  salutaire dhommes, de femmes, avec adolescent et enfants, ayant à cœur de clamer leur amour de la liberté, avec la grandeur qui sy attache, autrement dit, de rappeler la véritable dignité de l’être humain.

Le principal mobile dun si grand rassemblement n’était pas dirigé d’abord contre la vaccination, mais contre la coercition et la discrimination que représente le pass sanitaire imposé à tous. Si la nécessité d’avoir une carte d’identité ou un passeport nest pas contestable, en revanche l’idée de faire dépendre le statut de citoyen à part entière de son état de santé (ici, de vacciné) est tout à fait pernicieuse. A quand, pour les récalcitrants du QR code, le port dun bracelet électronique, version moderne de la crécelle des lépreux ?

Le combat pour la liberté se déroule sur plusieurs plans qui ne s’opposent ni ne s’excluent : social, politique, philosophique et spirituel.

En  peu  de  temps,  la  France  (que  les  technocrates  ne  dénomment  plus  que  par  « les territoires ») a vu la dictature s’installer. Mais une dictature si bienveillante, diffusant chaque jour son mantra favori « prenez soin de vous », que la plupart des citoyens n’en ont pas perçu la dangereuse et rapide progression.

Il y a quelques semaines, jai relu le célèbre livre d’Orwell dont le récit est censé se dérouler en l’an 1984 (l’auteur lui-même est mort en 1950). Le système totalitaire instauré par Big Brother, avec la Police de la Pensée, représente un avertissement autant quune sinistre prophétie. Il s’agit, en restreignant le vocabulaire de manre drastique (novlangue) dempêcher l’expression même de la pensée personnelle et des sentiments.

Un « télécran » surveille chaque citoyen de façon permanente. La peur, la menace, la suspicion et la délation assurent une apparente cohésion entre sujets soumis. Le système de Big Brother se maintient également par l’éviction de tout élan spontané, tout sentiment humain de tendresse, d’affection, de soutien. Je cite : « Le Parti avait commis le crime de persuader que les impulsions naturelles, les sentiments naturels étaient sans valeur. » Tandis que pour les générationpcédentes,  « ce  qui  importait,  cétaient  les relations individuelles,et  un  geste absolument inefficace, un baiser, une larme, un mot dit à un mourant, pouvaient avoir en eux-mêmes une signification. »

L’interdiction d’approcher les personnes âgées ou en fin de vie, cela vous rappelle-t-il quelque chose ?

D’après le récit dOrwell, cette effarante entreprise de déshumanisation aboutirait à son apogée en 2050. On a donc de l’avance.

On connait les armes, misérables mais souvent efficaces, dont usent les régimes totalitaires, munis  de  leur  propagande :  la  peur,  la  menace,  l’intimidation,  le  contrôle,  le  chantage,  le bâillonnement, le fichage, la sanction. La force brute et brutale, à défaut de justice. Relisons BlaisPascal : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. () Il faut donc mettre ensemble la justice et la force ; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. »  

Et la philosophie, connaisseur des passions humaines et des rouages du pouvoir, de conclure : « Ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »

Il est tellement simpliste (ou malhonnête) daffirmer que la manifestation du 17 juillet était uniquement dirigée contre la vaccination et qu’elle rassemblait des individus obscurantistes, ignorants rétrogrades et anti-progrès, et même traités dêtres nuisibles, tels des pestiférés avides de contaminer autrui. Certes, les Français ont la possibilité de se faire vacciner, ils ont le droit aussi de refuser l’injection dun pseudo-vaccin ARN messager, dont le protocole d’expérimentation s’étend officiellement jusqu’en 2023.

Mais surtout, certains comprennent que la vaccination généralisée et obligatoire, cautionnée par un passeport de bonne conduite permettant de travailler, voyager, se cultiver, se réunir, est le prétexte tout troupour soumettre et contrôler l’ensemble des citoyens. Derrière les suaves invocations au « bien commun », à l’altruisme, à la sécurité et à la santé de tous, à la protection « des plus fragiles », etc. On entend à nouveau Orwell : « les progrès techniques eux- mêmes ne se produisent que lorsqu’ils peuvent, dune façon quelconque, servir à diminuer la liberté humaine. »

Face à une vile idéologie enjoignant à la seule survie biologique, l’enjeu de ce combat d’envergure est bien la liberté humaine. En grec, il existe deux termes pour qualifier la vie : « bios », qui est la vie corporelle, le fonctionnement des organes, des membres du cerveau, et « z» qui désigne une vie supérieure, impérissable, dordre spirituel.

Ainsi Socrate, dans le Gorgias de Platon, s’adresse à Calliclès : « Mais regarde, bienheureux, si la noblesse et la bondâme ne consiste qu’à sauver sa vie et avoir la vie sauve ! » Socrate, mais aussi Sénèque, Cicéron et dautres philosophes de l’Antiquité rappellent que la qualidune vie humaine, sa valeur morale, l’emportent sur la durée dune existence. Mais, de nos jours, à lexercice des vertus qui s’avère exigeant, on pfère le prolongement dune existence dénuée de signification.

Les armes du Prince de ce monde sont, elles aussi faciles à repérer. Je discerne trois stratégies principales destinées à semer le trouble et la zizanie parmi les humains : la confusion, la division, et l’inversion. Ténébreuse trinité.

La division, aujourdhui, cest de scinder la sociéen deux clans, de dresser les citoyens les uns contre les autres : dun côles bons (les soumis, les résignés, les peureux, vaccinés ou non), de l’autre les méchants (les dangereux qui, vaccinés ou non, ont encore le goût de la liberté). Cette division crée aussi de grands conflits au sein dun couple, d’une famille et entre amis.

Au sujet de la « gestion de la crise du Covid », les exemples abondent qui entretiennent et accroissent le climat de confusion : recommandations contradictoires, incohérence, mensonges et dissimulation. Quant à la maligne stratégie de l’inversion, le premier ministre en a offert une démonstration  retentissante  en  distinguant  méticuleusement  les  biens  « essentiels »  des  « non essentiels ».

Les premiers, seuls autorisés par le gouvernement, consistaient en produits alimentaires et de toilette. Le ministre aurait dû dire : produits élémentaires, basiques, de première nécessité, assurant la survie, le « bios ». Parce que ce qui est essentiel, cest précisément ce qui, immatériel, subtil, transcendant, est relié à lEssence et procure des nourritures spirituelles. Autant dire, l’exact contraire du matériel qui s’avère provisoire, incertain, périssable. Grave inversion ravalant les inspirations supérieures de l’être humain à des besoins de substance physique.

On s’est moqué de tous ceux qui, pendant le confinement de 2020, avaient fait provision dpâtes et de papier WC. En réalité, ils ont suivi et concrétisé l’image de l’homme à quoi le Gouvernement les réduisait : des tubes digestifs. Or, l’homme intérieur, qui vit de la liberté de lEsprit, n’a rien à voir, faut-il le préciser, avec l’homme intestinal.

Le monde régi par le Trompeur s’en donne tout à son aise, et ses stratégies de division, confusion et inversion vont bon train (on dit toujours : le diable et son train). Ainsi, à la suite de l’allocution du chef de l’Etat, près de trois millions de Français se sont rués sur Doctolib afin de recevoir leur précieuse dose, substitut de lélixir de jouvence et de la pierre philosophale. Relapar le Gouvernement, ce fait a équalifié de « prise de conscience » chez les Français.

Alors que ceux-ci, juste avant de partir en vacances, se sont vus tout bonnement contraints et forcés dobtempérer à la seringue magique. Ils voulaient sauvegarder leurs vacances, leurs loisirs, leurs réunions de famille et autres festivités. Ils ont réagi de manière réaliste et pragmatique, et on ne saurait les en blâmer, même si, en cédant au chantage, ils ont abdiqué – ou n’ont pas défendu à tout prix leur précieuse liberté.

A travers les siècles et dans le monde entier, des êtres humains se sont battus pour la liberté, et non seulement pour les droits qui en découlent. LHistoire garde mémoire des peuples opprimés, des personnes réduites en esclavage, de tous ceux qui ont enfermés et réduits au silence pour avoir désobéi aux lois temporelles de la cité et témoigné dun Instance supérieure. Cette liberté de l’homme est toujours à défendre et à conquérir, elle nest jamais assurée ni définitive. Aussi requiert-elle une extrême vigilance et une vaillance vive.

En l’an 1548, à l’âge de dix-huit ans, Etienne de la Boétie rédigea un texte magistral dont le titre pourrait suffire à lui seul : Discours de la servitude volontaire. Je cite : « C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d’être serf ou dêtre libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal… » Bien avant Georges Bernanos, reprenant tragiquement la question de Lénine, « la liberté, pour quoi faire ? », et déplorant que le goût même de la liberté ait été déserté le cœur des Français, la Boétie s’interroge, cherchant « comment sest ainsi si avant enracinée cette opiniâtre volonté de servir, qu’il semble maintenant que l’amour même de la liberté ne soit pas si naturelle. »

Concernant le domaine politique, les affaires de la cité, il me semble quune démocratie était censée garantir la liberde conscience, dexpression, de travail, de culte, de choix ; la liberté aussi de se déplacer, se réunir, de rencontrer autrui et dialoguer avec lui, autant dire la possibilité et la joie de s’enrichir mutuellement, d’aiguiser son intelligence, d’élargir sa compréhension. Il me semble aussi que ce nétait pas par hasard si le beau mot de Liberté ouvrait la devise trine de la République française.

Venons-en au domaine philosophique et spirituel. A des questions qui concerne chacun. La peur de mourir, instillée à grand renfort médiatique, devrait faire place au questionnement beaucoup plus intéressant (mais perturbant) : que veut dire vivre ? Vivre, est-ce seulement ne pas mourir ? Est- ce seulement sauver sa peau et jouer les prolongations ?

On peut survivre au niveau élémentaire, jusqu’à ce que mort s’en suive. On peut aussi chercher, pressentir, une autre vie qui est sur-vie et sur laquelle la mort n’a pas de prise. Or, il est patent que les gens qui nous gouvernent aujourdhui sont, sinon athées, du moins dépourvus de toute poccupation dordre métaphysique et spirituel. Ris au mondain et au temporel, où l’ambition et la volonté de puissance peuvent s’exercer, et dédaigneux de léternel.

Pourtant, il nest pas si loin le temps où le Général de Gaulle, chrétien amoureux de la France, dialoguait magnifiquement avec son ministre, le grand écrivain And Malraux, lui qui se disait agnostique et ne cessait d’invoquer « la plus haute part de l’homme », sa « part éternelle », en Miguel  de  Unamuno  dans  le  sentiment  tragique  de  la  vie :  « Celui  qui,  prétendant  diriger  ses semblables, dit et proclame qu’il n’a cure des choses de là-haut, ne mérite pas de les diriger. »

Si donc les politiciens se réfèrent uniquement à un monde matérialiste, s’ils ignorent ou refusent toute dimension supra-terrestre, toute réalité invisible et éternelle, tout sens supérieur à l’Histoire humaine, ils dictent des lois et des comportements destinés à maintenir des citoyens au seul niveau temporel et horizontal, avec pour ceux-ci la perspective radieuse de consommer, « profiter » et « se faire plaisir ». Déjà, avec l’’instauration de la « laïcité » à la française qui se montre non pas tolérante mais hostile au phénomène religieux, et finit par étouffer en chacun le sens de lIdéal et le désir d’éternité.

Il est sommaire dopposer la laïcité républicaine à la démarche religieuse, parce que ce qui honore l’être humain est son désir de dépassement et sa quête de connaissance, une Connaissance qui surplombe les savoirs et achemine vers la Sagesse. La plupart des philosophes actuels ont chassé la Métaphysique de leur réflexion et lui pfère l’engagement politique, l’écologie, l’humanitaire, voire le thérapeute et le développement personnel.

Aux trois questions existentielles s’offrant à toute conscience humaine : qui suis-je ? doù viens-je ? où vais-je ? Pierre Dac ajoutait et à quelle heure on mange ? Il apparait qu’au début du troisième milnaire, dans le pays de France à la culture magnifique et à la langue pleine de finesse, on se contente de la dernière question.

Dans les circonstances présentes, l’enjeu spirituel du combat est capital, il est même le levier du soulèvement. Les technocrates de la politique et de la science sont conditionnés par le monde de la matérialité et même asservis à ce monde, acquiesçant à ses normes et à ses lois. Et ils entendent assujettir tous les citoyens au seul monde physique, visible et limité, rendant la caverne du mythe de Platon de plus en plus étriquée et étouffante, même si elle se trouve désormais dode multiples écrans et gadgets pour faire passer le temps de lenfermement.

Ils n’en sont sans doute pas conscients, puisque leur seule référence est la réalité physique et empirique qui se présente à leur sens et à leur raison, mais eux-mêmes, qui s’instaurent gardiens de la prison, se trouvent enchnés. Comme lécrit Henry Corbin, penseur considérable et inspiré, en décryptant un récit initiatique d’Avicenne (médecin et philosophe iranien du Xème siècle), il s’agit d« sortir d’une prison dont les geôliers ne savent qu’ils sont eux-mêmes captifs. »

Méfions-nous des faux guides qui égarent la population, sous couleur de « prendre soin » d’elle, sous ptexte de la protéger et rassurer. La lumineuse philosophe Simone Weil rappelle dans la personne et le sacré, un essai rédigé la dernière année de sa courte vie, que « la justice consiste à veiller à ce qu’il ne soit pas fait de mal aux hommes. » Et elle développe : « On peut transmettre du mal à un être humain en le flattant, en lui fournissant du bientre, des plaisirs ; mais le plus souvent les hommes transmettent du mal aux hommes en leur faisant du mal. »

Souvenons-nous des flatteries du Grand Inquisiteur dans l’apologie imaginée par Dostoïevski. On s’aperçoit alors que, avec l’étau qui se resserre et rend la vie irrespirable et les gens malheureux, c’est le confinement de l’âme qui est en jeu. L’issue vers le monde spirituel devient difficile, bientôt empêchée. Les chemins de l’aventure intérieure sont barrés ou effacés afin que chaque mortel soit projeté dans la seule extériorité. Telle est la mort véritable, affreuse. Ecoutons encore Henry Corbin, dans Face de Dieu, face de lhomme, qui date de 1964.

« Lhomme mort, c’est-à-dire spirituellement mort, ne reconnaît comme vrai et bon que ce qui appartient au corps matériel et à ce monde-ci. Les fins qui l’influencent ne concernent que la vie de cil ne peut y croire. ( ) Il est esclave des servitudes extérieures : craintes de la loi, de la perte de la vie, de la richesse, de la réputation – toute chose qu’il valorise pour elles-mêmes. »

Le grand risque, de nos jours comme de tout temps, ce n’est pas de mourir du covid, de la peste ou du choléra, cest d’oublier et de trahir, tout autant que notre patrie terrestre, la France, la patrie céleste de notre âme, ainsi que notre véritable destination. Cest s’adapter au monde de la finitude, consentir à la condition mortelle, à l’absurde, au néant.

Elle est intéressante aussi, cette expression de « pass sanitaire ». On ne remerciera jamais assez les zélateurs de la novlangue, inventeurs de la très altruiste GPA et des festifs vaccinodromes. Il s’agit en loccurrence dun certificat de conformité et de dociliqui ouvre les portes dun paradis mirifique, fait de cafés et de restaurants, cinémas, discothèques, piscines et parcs d’attractions, etc. Bref, tout ce qui se consomme et fait plaisir immédiatement, tout ce qui « divertit » au sens pascalien, rapporte de gros sous au système et fait tourner la machine sans âme.

Or, le pèlerin spirituel (osons un adjectif qui bientôt sera banni de la novlangue : le pèlerin mystique) cherche, lui, des passages, des trouées vers le Ciel, une issue vers le Haut vers les mondes supérieurs et invisibles par qui il se sait convoqué et auxquels il se sent mystérieusement apparenté. Les plus grandes civilisations de la planète se poccupaient des choses de l’éternité et du voyage de l’au-delà, ce dont moignent entre autres le livre des morts de l’Egypte pharaonique et le Bardo Thödol du Tibet.

Ce que visent le pèlerin, l’homme de désir, le chevalier au « cœur damour épris », cest l’Absolu, qui se révèle absolument libre, délié de tout. Ainsi, au IVéme siécle, le grand mystique cappadocien Grégoire de Nysse affirme sans ambages « Cest par sa liberté que l’homme est égal à Dieu. » Cela veut dire que l’homme accompli, l’être de lumre, reflète l’infinie liberté divine et en témoigne en ce monde.

On l’a compris, la liberté véritable est le signe même de l’Esprit. Comme l’énonce la parole célèbre et vivifiante de l’apôtre Paul, dans le deuxième Epître qu’il adresse aux Corinthiens : « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et où et l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. »

Insistons encore une fois, afin de ne pas diviser les Français. Ceux qui manifestent et luttent pour de meilleures conditions de vie, pour la justice sociale, un travail et un logement décents, pour davantage de dignité et de fraternité, ne sauraient être opposés à ceux qui combattent pour la vie de l’âme au nom de la liberté de l’Esprit. C’est une œuvre commune de transformation et d’élévation qui témoigne de « la force et de l’honneur dêtre homme » - selon les termes de Malraux

Ne succombons pas au désespoir ni à la résignation devant ce grand malheur qui s’abat sur la France. Dans les justes combats se manifestent des soutiens, visibles et invisibles. Parmi eux, l’Archange St Michel, patron de la France et vainqueur des ténèbres. Assurément, la situation est très grave, mais la désespérance peut réveiller chez certains une immense nostalgie, une mémoire venant de très loin, la « mémoire de l’immémorial » dont parle Gaston Bachelard. Elle peut aussi chasser les illusions et les fausses promesses dont jusqu’ici beaucoup se contentaient pour continuer à vivre, à survivre.

Peut-être (et assurément à leur insu), ces politiciens et scientistes susciteront un éveil, un élan, chez beaucoup : un rappel de la dimension verticale de l’être humain et de sa mission spirituelle sur terre.

Sans le vouloir, et contrairement à leur plans, ces technocrates vont créer un sursaut chez leFrançais qui ne sont pas encore totalement anesthésies, ensorcelés. Un sursaut qui, lui, sera unvéritable « prise de conscience ». Non, se diront ces Français, il n’y a pas que cette fausse vie à ras de terre, avec sa nourriture empoisonnée et ses plaisirs frelatés, avec ses récompenses et punitions financières, cette existence plate et vide à laquelle ils veulent nous assigner.

Oui, il est possible de vivre, de se sentir vivant, en se passant des restaurants, des loisirs collectifs, du shopping dans les centres commerciaux, etc. En se tournant vers l’intérieur, vers les vraies richesses, la joie inaliénable, et « en même temps » vers le Principe Supérieur, le Dieu unique, l’Ineffable, la glorieuse lumière.

Oui, c’est un bon combat. Un combat héroïque et mystique pour le Souverain Bien.

Il y a 2400 ans, au tribunal d’Athènes, Socrate déclara fièrement aux juges misérables qui le condamnaient à mort : « vous pouvez me tuer, vous ne pouvez pas détruire mon âme. »

Jacqueline KELEN Ecrivain

Dimanche 18 juillet 2021

Ecouter 

https://youtu.be/0aG2AL8CQeQ

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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 19:30

 

Du récit de la Création à celui des tentatives de viol des habitants de Sodome, les textes mettent en scène l’ambivalence fondamentale qui entoure la sexualité.

Comment la Bible présente- t-elle le plan de Dieu en matière de sexualité ?

La Bible, un surprenant « florilège » de récits érotiques, de fantasmes, d’interdits ?

De l’Ancien au Nouveau Testament, de nombreux passages évoquent en effet, plus ou moins explicitement, la sexualité humaine, sans la nommer comme telle. « Cette dernière est une notion récente : il faut donc prendre garde à ne pas projeter, dans les textes, des catégories qui sont aujourd’hui les nôtres », prévient d’emblée Mgr Pierre Debergé, exégète, membre de la Commission biblique pontificale.

« En lisant la Bible, nous pouvons nous rendre compte que c’est en fait la génitalité qui est le plus souvent évoquée, dans un contexte où il y avait beaucoup de morts d’enfants, et où il fallait assurer la survie du “clan”. La dimension de fécondité est très présente », poursuit l’auteur de L’Amour et la Sexualité dans la Bible (1).

À ses yeux, il est toutefois « loin d’être anodin » que les deux premiers chapitres de la Bible, relatant la conception d’Adam et d’Ève (Gn 1-2) dans le jardin d’Éden, présentent l’homme et la femme, « dans leurs différences accueillies et consenties », comme « le sommet de la création de Dieu ».

« La relation entre l’homme et la femme reflète l’amour de Dieu. Sans être dans le repli, c’est un amour qui s’ouvre à la vie », poursuit-il. Fait notable, cette notion de fécondité est toutefois absente du Cantique des Cantiques, en forme de chants d’amour alternés. 

« La sexualité y est présentée comme un lieu de passion amoureuse, où le plaisir est là pour le plaisir : on y parle de la beauté du corps de celui ou celle que l’on aime », relève-t-il.

Y a-t-il des « tabous » ?

Désir, plaisir, onanisme, adultère, inceste, sodomie, prostitution, sadomasochisme, zoophilie, polygamie… De nombreux récits bibliques évoquent ou mettent en scène, non sans réalisme, la sexualité dans ses dimensions parfois les plus crues. « Il n’y a pas vraiment de “tabou, en particulier dans l’Ancien Testament : c’est un texte assez libre », abonde ainsi l’écrivain et philosophe Jean-Pierre Rosa, auteur de La Bible, le sexe et nous (2).

« Dans les textes, la sexualité est une réalité extrêmement ambivalente : elle est le lieu du bonheur le plus grand (Gn, Ct…), mais aussi celui de l’avilissement le plus extrême, menant aux viols, aux meurtres… », poursuit-il.

Ainsi est relatée, dans le Livre de Samuel (2 S 13, 1-22), la tragique destinée de Tamar, fille de David et de Maaca, violée puis rejetée par son demi-frère Amnone, après que ce dernier a réussi à l’attirer – en se faisant passer pour malade – dans sa chambre.

Ou encore, parmi bien d’autres, le récit des tentatives de viol des habitants de Sodome (Gn 19, 1-29) sur deux anges, souvent évoqué dans la tradition chrétienne comme le fondement de la condamnation de la sodomie et de l’homosexualité.

Comment la Bible justifie-t-elle ces interdits ?

« Tu ne commettras pas d’adultère » (Ex 20, 14), « Fuyez l’immoralité sexuelle ! » (1 Co 6, 18), « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme.

C’est une abomination » (Lv 18, 22), «Chacun de vous doit savoir maîtriser son corps (…) et ne pas céder à des désirs sexuels avides et non maîtrisés comme ceux qu’ont les nations qui ne connaissent pas Dieu » (1 Th 4, 4-5)…

Nombre d’interdictions et de préconisations, en matière de conduite sexuelle, scandent les Écritures.

Loin d’être condamnéea priori, la sexualité y apparaît ainsi comme une puissance qu’il convient d’encadrer, pour que celle-ci ne devienne pas un terreau propice à la domination ou à la destruction de l’autre. 

« Dans les récits bibliques, la loi est là pour protéger la relation homme-femme, pour éviter que la violence des désirs, des passions ne vienne dénaturer la sexualité dans sa part magnifique, à l’inverse de ce qui se produirait dans un acte mal vécu et assujettissant », décrypte encore Mgr Debergé.

Selon ce dernier, les textes portent bien des intuitions « révolutionnaires » en leur temps. 

« Cela s’inscrit dans un passage souvent mal compris, mais lorsque saint Paul (dans Ep 5, 21-33) invite par exemple les maris à aimer leurs épouses, c’est alors quelque chose de tout à fait nouveau », cite-t-il. 

« Les lois sont finalement là pour préserver le peuple, les équilibres familiaux, car les sociétés dans lesquelles la sexualité n’est pas maîtrisée sont des lieux de violences. » 

Pour la théologienne Anne Soupa (3), l’attitude de Jésus à l’égard des femmes est encore pionnière : « (Entre lui et elles), il existe une manière de se comprendre assez extraordinaire. (Il) ne fait pas acception de sexe, et ne se laisse pas enfermer dans les contraintes culturelles. »

Ce message est-il encore audible ?

Des récits « dépassés », mettant en scène une « culture du viol », une « morale judéo-chrétienne » souvent jugée « obscurantiste » ou « répressive »… Les remises en cause et les débats herméneutiques autour de la conception de la sexualité dans les Écritures sont légion.

« La Bible représente la sexualité avec les moyens de son temps, extrêmement patriarcal : celle-ci est entièrement du côté de l’homme et de la descendance, très loin de notre univers mental du XXIe siècle. Il faut passer par ce filtre pour trouver quelque chose de plus originel, de plus essentiel, d’actuel », soutient Jean-Pierre Rosa.

À l’heure où la parole ecclésiale est pour une part décrédibilisée par les scandales d’abus sexuels, ce dernier incite les chrétiens à dépasser leurs réticences pour se confronter ensemble aux textes, dont « la réception demeure souvent prisonnière de certains archaïsmes et raideurs ». 

Dans un livre d’entretiens (4) paru en septembre 2020 en Italie, le pape François avait lui-même réaffirmé sa vigoureuse opposition à cette « moralité bigote », refusant la notion de plaisir, qui a longtemps dominé dans la Tradition. 

« L’Église a condamné le plaisir inhumain, brut, vulgaire, mais elle a toujours accepté le plaisir humain, sobre, moral », soutenait-il.

« Le plaisir arrive directement de Dieu, il n’est ni catholique, ni chrétien, ni autre chose, il est simplement divin. »

(1) Nouvelle Cité, 216 p., 19 €.

(2) Salvator, 2019, 190 p., 18,50 €.

(3) Douze femmes dans la vie de Jésus, Paris, Salvator, 244 p.

(4) Terrafutura, avec Carlo Petrini, aux Éd. Slow Food Editore.

Voir aussi cet autre tableau du Tintoret

Comprendre la sexualité dans la Bible

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15 juillet 2021 4 15 /07 /juillet /2021 19:30

 

 

 

Pour Frédéric Lenoir*, philosophe, sociologue et historien des religions, directeur du Monde des religions, l’appellation « Fils de Dieu » n’implique pas que Jésus ait été considéré par ses apôtres comme étant Dieu lui-même. Le théologien jésuite Bernard Sesboüé*, professeur au ­centre Sèvres de Paris, est de l’avis contraire. Nous avons interrogé l’un puis l’autre protagoniste et mis en regard leurs points de vue.

Que dit le Nouveau Testament sur la divinité de Jésus ?

Réponse de FRÉDÉRIC LENOIR. 

Les Évangiles synoptiques, écrits peu de temps après la mort de Jésus, le présentent comme « Christ, Seigneur et Fils de Dieu » pour reprendre le titre du livre de Bernard Sesboüé.

Mais aucun de ces titres ne dit explicitement que Jésus est l’égal du Père, qu’il est Dieu fait homme.

L’idée de l’incarnation apparaît plus tardivement, environ 70 ans après la mort de Jésus, avec le quatrième Évangile, attribué à Jean.

Pour la première fois est affirmée clairement l’identité, et même l’égalité, entre le Père et le Fils, ce qui semble contredire les synoptiques.

Paul, quant à lui, oscille entre les deux visions. Sa christologie est conforme à celle des synoptiques, mais certains hymnes poétiques semblent préfigurer la vision johannique, sans être aussi explicites.

Réponse de BERNARD SESBOÜÉ. 

Au lendemain de la Résurrection, il se produit une relecture chez les apôtres de tout le passé de Jésus.

Leurs anciennes compréhensions de Jésus se cristallisent, le puzzle se met en place. Les apôtres réalisent qu’ils ont côtoyé Dieu lui-même !

Dès les écrits de saint Paul, les plus anciens du Nouveau Testament, c’est clair.

Paul célèbre « le Christ selon la chair, celui qui est, au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles des siècles » (Romains 9, 5).

Dans l’épître aux Philippiens, Paul reproduit une ancienne hymne catéchétique : le Christ, « de condition divine, n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes ».

L’hymne raconte comment Jésus meurt sur la croix, et que Dieu lui donne ensuite le « nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, chez les êtres célestes, terrestres et souterrains, et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus-Christ, à la gloire de Dieu le Père ».

Par la suite, la théologie johannique développera la théologie de l’incarnation, mais je ne vois pas de rupture entre Paul et Jean.

Jésus a-t-il dit qu’il était Dieu ?

Réponse de FRÉDÉRIC LENOIR. 

Non. Il sait qu’il a un lien singulier avec Dieu, qu’il est le Fils bien-aimé du Père, qu’il est plus qu’un prophète, mais il ne se présente jamais comme l’incarnation de Dieu.

Il se nomme lui-même le « Fils de l’homme », ce qui renvoie à un titre messianique, sans pour autant se faire l’égal de Dieu.

Le sentiment que j’ai, en lisant et en relisant les Évangiles, mais sans certitude, c’est qu’il était en partie un mystère pour lui-même, comme il l’était pour ses disciples.

Réponse de BERNARD SESBOÜÉ.  

Non, car on l’aurait pris pour un fou. Mais il s’est dit « Fils de l’homme », ce qui a une valeur bien plus forte que s’il s’était dit « Fils de Dieu ».

Lors de son procès, dans l’Évangile de Marc, à la réponse du grand-prêtre qui lui demande s’il est le Messie, le Fils du Dieu béni, Jésus dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme assis à droite de la Puissance, venir avec les nuées du ciel. »

La divinité du Christ est-elle fondamentale pour un chrétien ?

Réponse de FRÉDÉRIC LENOIR. 

Tout dépend ce qu’on entend par divinité.

Le christianisme originel repose sur la foi dans la Résurrection de Jésus et non sur la Trinité, qui est une élaboration plus tardive. Rien ne permet d’affirmer que les premiers chrétiens, les contemporains de Jésus, aient cru en sa pleine divinité.

Ils ont cru qu’il était l’envoyé de Dieu, qu’il avait un lien unique avec lui.

J’aime la formule de Paul : « Il est l’image du Dieu invisible. »

On peut donc, à mon sens, être chrétien, comme les apôtres, en croyant que Jésus est fils de Dieu sans pour autant le considérer comme Dieu.

L’idée de l’incarnation apparaît à la fin du Ier siècle, et celle de la sainte Trinité émerge au cours du IIe siècle pour devenir un dogme avec les différents conciles au cours du IVe siècle.

C’est une tentative d’explication rationnelle du mystère du Christ, lequel a toujours été perçu comme un « pont » entre Dieu et les hommes.

Je ne renie pas la formule trinitaire, mais je crois qu’il ne faut pas la prendre pour un absolu.

D’une part, parce qu’elle a été élaborée et affinée dans un contexte politique qui a parfois joué un rôle important dans certaines décisions.

L’exemple le plus frappant est le concile d’Éphèse, en 431, qui a condamné Nestorius – le patriarche de Constantinople qui récusait l’expression de Marie « mère de Dieu » – dans des circonstances incroyables qui relèvent plus du polar théologique que du souffle de l’Esprit-Saint !

D’autre part, et surtout, parce que Dieu est ineffable.

Je pense qu’on ne peut rien dire de ce qu’il est dans son essence, et je rejoins la grande tradition apophatique, de Denys à Maître Eckart, qui affirme qu’on ne peut rien dire de Dieu, sinon ce qu’il n’est pas.

Même saint Thomas d’Aquin, à la fin de sa vie, disait qu’il voulait brûler ce qu’il avait écrit, car il considérait que c’était « comme de la paille » par rapport à ce qu’il avait contemplé du mystère indicible de Dieu.

Ma foi chrétienne repose sur le lien personnel que j’entretiens avec Jésus ressuscité, un Christ qui me conduit au Dieu ineffable, plus que sur la croyance en des formulations théologiques, aussi respectables soient-elles.

Réponse de BERNARD SESBOÜÉ.  

Oui. La divinité du Christ au sein du mystère trinitaire est ce qui fait tenir ou tomber la foi chrétienne.

D’ailleurs, les contradicteurs des chrétiens, comme le païen Celse, en témoignent à leur manière, en s’en prenant ouvertement à la thèse de l’incarnation, qu’ils jugeaient comme le point central de la foi chrétienne.

L’originalité fondamentale de celle-ci n’est pas d’affirmer que Dieu existe, mais qu’il s’intéresse à l’homme au point de partager sa condition en Jésus.

Cela change tout : cela veut dire qu’il rejoint l’humanité de la naissance à la mort.

Jésus n’est pas un simple intermédiaire entre le ciel et la terre. Il nous permet une véritable communion au monde divin.

En priant Jésus, je suis en communion avec Dieu. Si Jésus n’est pas Dieu, c’est comme si je m’adressais à un très grand saint, mais c’est tout.

Sur cette affaire, il ne faut pas prendre les mots de façon littérale ou minimaliste, comme le fait Frédéric Lenoir.

Quand on dit que Jésus est le « visage » de Dieu, ou son Fils, ou le Seigneur, le théologien qui est au courant de la portée du langage biblique sait par tout le contexte qu’il s’agit de métaphores de la vraie divinité de Jésus.

Cette affirmation pose le paradoxe de penser ce qui est absolu au sein même de ce qui est contingent.
 

* Leurs derniers livres :
- Comment Jésus est devenu Dieu, Fréderic Lenoir, Fayard, 19,90 €.
- Christ, Seigneur, et Fils de Dieu. Libre réponse à Frédéric Lenoir, de Bernard Sesboüé, Lethielleux, 13 €.

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