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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 12:23
Du 18 au 25 janvier a lieu la semaine de prière pour l'unité des chrétiens. À l'occasion de ce temps œcuménique, le frère Patrice Mahieu appelle à dépasser les divergences entre confessions pour vivre le don de l'amitié et de l'union.

Frère Patrice Mahieu est moine de Solesmes et membre du comité mixte catholique-orthodoxe de France. Il a suivi des études en théologie œcuménique à l'Institut catholique de Paris, à l'Institut orthodoxe Saint-Serge et à l'Institut protestant de théologie. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont «En quête d'unité - Dialogue d'amitié entre un catholique et un orthodoxe» (Salvator, 2021).

Devons-nous attendre encore ? Pouvons-nous attendre encore ? Quand est-ce que catholiques et orthodoxes donneront au monde le témoignage de leur unité retrouvée ? Quand pourront-ils montrer que leurs différences ne sont plus des oppositions mais la manifestation d'une plénitude vie ?

Au fil des années, les relations entre orthodoxes et catholiques ont continué à s'approfondir, avec des hauts et des bas, à l'intérieur même des Églises. Le dialogue théologique qui explore les zones de dissension doctrinale s'est poursuivi à tous les échelons, national, international, même si actuellement des turbulences sont apparues, suite à des questions canoniques entre Églises orthodoxes.

Même gêné, le processus suit toujours son cours, ce qui a fait dire au patriarche de Constantinople que tôt ou tard l'union entre catholiques et orthodoxes est inévitable. Inévitable ou désirable comme le désert en manque d'eau ?

Mais qui sommes-nous pour ne pas reconnaître les limites de l'intelligence humaine dans la formulation d'affirmations définitives sur la vie intime de Dieu ?

Frère Patrice Mahieu


La question de la procession du Saint-Esprit, le Filioque, a été traitée de façon approfondie par le dialogue théologique nord-américain en 2003. Mais qui sommes-nous pour ne pas reconnaître les limites de l'intelligence humaine dans la formulation d'affirmations définitives sur la vie intime de Dieu ? La réflexion se poursuit aussi sur les relations entre la synodalité et la primauté, à la lumière de ce qui a été vécu au premier millénaire.

Cela touche la place du pape dans une Église où catholiques et orthodoxes seront en communion. L'Église orthodoxe vit actuellement une synodalité perturbée avec des patriarcats qui ne sont plus en communion eucharistique les uns avec les autres. La question de la procession du Saint-Esprit, le Filioque, a été traitée de façon approfondie par le dialogue théologique nord-américain en 2003.

Mais qui sommes-nous pour ne pas reconnaître les limites de l'intelligence humaine dans la formulation d'affirmations définitives sur la vie intime de Dieu ?

La réflexion se poursuit aussi sur les relations entre la synodalité et la primauté, à la lumière de ce qui a été vécu au premier millénaire. Cela touche la place du pape dans une Église où catholiques et orthodoxes seront en communion. L'Église orthodoxe vit actuellement une synodalité perturbée avec des patriarcats qui ne sont plus en communion eucharistique les uns avec les autres.

L'Église catholique s'est engagée dans un processus synodal axé précisément sur la question de la synodalité, de la communion et de la mission, pour palier à un déficit de synodalité. Encore faudrait-il que nos frères catholiques allemands ne discréditent pas le processus synodal par ce qui se vit chez eux !

Mais la réflexion théologique, soignée, exigeante, nécessaire est-elle suffisante ? L'adhésion à des définitions théologiques précises est-elle le dernier mot, décisif, qui va permettre une communion retrouvée entre catholiques et orthodoxes ? Tout en se gardant de relativiser les exigences de la vérité, on peut répondre résolument : Non !

Le plus urgent consiste à reprendre une vie en commun, à donner toujours plus une place centrale à l'amitié dans nos relations, à tous les niveaux : le pape avec les patriarches, les évêques orthodoxes avec les évêques catholiques, les prêtres et tous les fidèles, orthodoxes et catholiques.

On peut se reporter à une amitié emblématique, entre saint Paul VI et le patriarche Athénagoras, celle qui s'est nouée lors de leur rencontre à Jérusalem, en janvier 1964.

Frère Patrice Mahieu

L'amitié exige l'ouverture de cœur, le respect du mystère de l'autre, la confiance a priori, et une vision prophétique qui permet d'anticiper dans la vie quotidienne ce qui est désiré pour l'avenir. L'amitié, dans son audace, est patiente, et les fidèles savent respecter les normes disciplinaires des Églises, ce qui évite d'exacerber les peurs et les oppositions qui bloquent tout.

On peut se reporter à une amitié emblématique, entre saint Paul VI et le patriarche Athénagoras, celle qui s'est nouée lors de leur rencontre à Jérusalem, en janvier 1964. «Paul VI : “Je n'ai aucun désir de décevoir, de profiter de votre bonne volonté. Je ne désire d'autre chose que de suivre le chemin de Dieu”.

Athénagoras : “J'ai une confiance absolue en Votre Sainteté. Absolue. Absolue”. […] Paul VI : “Tout ce qui regarde la discipline, les honneurs, les prérogatives, je suis tout à fait disposé à écouter ce que Votre Sainteté croit être le mieux”. Athénagoras : “La même chose de ma part”.

Paul VI : […] “Voyons ce que le Christ nous demande et chacun prend sa position, mais pas avec des idées humaines de prévaloir, d'avoir de la louange, d'avoir des avantages. Mais de servir.” Athénagoras : “Comme vous m'êtes cher au fond du cœur.”»

Cette amitié se poursuivit dans les lettres, les échanges, les rencontres, conservée précieusement dans le Livre de l'amour, le Tomos Agapis. Cette amitié ne doit-elle pas se réfracter partout et inspirer sans cesse les relations fraternelles entre orthodoxes et catholiques ?

Se reconnaître en tant que frères et sœurs, en tant qu'Églises sœurs ne peut pas se limiter à des affirmations abstraites, mais doit s'incarner dans la vie...

Frère Patrice Mahieu

Telle est la voie qui nous est proposée à ce moment de l'histoire des Églises et du monde pour que le but soit atteint : une communion retrouvée qui se scelle et s'alimente dans le partage du vrai Corps et du vrai Sang de Jésus Christ lors de la célébration commune de l'Eucharistie.

Les avancées théologiques ne peuvent porter des fruits que dans un climat de confiance et dans une vie déjà partagée. Se reconnaître en tant que frères et sœurs, en tant qu'Églises sœurs ne peut pas se limiter à des affirmations abstraites, mais doit s'incarner dans la vie, c'est-à-dire dans le soin que l'on prend les uns pour les autres, dans la joie qui emplit notre cœur lorsqu'on est ensemble, lorsqu'on partage nos soucis humains et spirituels, lorsqu'on témoigne ensemble de la vie du Christ qui nous habite, devant des millions de personnes, certaines à notre porte, qui s'en sont éloignées ou qui ne l'ont jamais connue.

L'amitié implique que nous priions les uns pour les autres, et que nous priions aussi ensemble comme des frères et sœurs d'un même Père. Elle implique aussi que nous nous émerveillions pour ce qu'accomplit le Seigneur chez les autres, que nous valorisions ce qui est mieux vécu chez eux que chez nous. L'amitié n'offre aucun recoin pour les calculs, pour les comparaisons intéressées, pour la tristesse devant ce que l'autre a et que je n'ai pas.

Et en paraphrasant la première Lettre de saint Paul aux Corinthiens, chapitre 13, nous pouvons affirmer : «L'amitié rend service ; l'amitié ne jalouse pas ; l'amitié ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ; elle ne fait rien de malhonnête ; elle ne cherche pas son intérêt ; elle ne s'emporte pas […] elle supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout.»

Frères et sœurs orthodoxes et catholiques, nous sommes un don les uns pour les autres. Vivons le don de l'amitié et le Dieu de l'amitié nous accompagnera et nous unira dans sa vie.

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 20:28

«לֹא-תָלִין נִבְלָתוֹ עַל-הָעֵץ כִּי-קָבוֹר תִּקְבְּרֶנּוּ בַּיּוֹם הַהוּא כִּי-קִלְלַת אֱלֹהִים תָּלוּי וְלֹא תְטַמֵּא אֶת-אַדְמָתְךָ אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ

נֹתֵן לְךָ נַחֲלָה» (דברים כא, כג).

 

«Tu ne laisseras pas séjourner son cadavre sur le gibet, mais tu l’enterreras assurément  le même jour, car un pendu est chose offensante pour Dieu, et tu ne dois pas souiller ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage». (Deut. 21: 23).[1]

La Source biblique enjoint d’une part de ne point laisser le corps mort pendu au gibet (Injonction négative) et d’autre part de l’inhumer immédiatement (Injonction positive) et ce, pour ne point rendre impure la terre d’Israël («Issour HaLaNaT HaMeT אִיסוּר הֲלָנַת הַמֵּת »).

Quelle raison justifie la promptitude  avec laquelle on inhume la dépouille du défunt?  Comment expliquer qu’une dépouille humaine puisse constituer un blasphème? Pourquoi toute transgression à ces deux injonctions rend-elle la terre d’Israël impure? En quoi cette Mitsvah d’enterrer, le droit d’avoir un lieu de sépulture, s’applique-t-elle à tous les êtres de la terre sans exception aucune?

L’impureté de la terre peut s’expliquer par le fait que l’homme, tant qu’il reste soumis au commandement de ne point manger du fruit de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, est immortel. On peut le comprendre a contrario, car le fait de manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance du Bien et de Mal lui ferme la clé de l’Eternité, en le coupant de l’arbre de Vie:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֱלֹהִים הֵן הָאָדָם הָיָה כְּאַחַד מִמֶּנּוּ לָדַעַת טוֹב וָרָע וְעַתָּה פֶּן-יִשְׁלַח יָדוֹ וְלָקַח גַּם מֵעֵץ הַחַיִּים, וְאָכַל וָחַי לְעֹלָם» (בראשית ג, כב).ש

«L’Éternel-Dieu dit: « Voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connait le bien et le mal. Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie; il en mangerait, et vivrait à jamais.» (Gen. 3, 22).

Par ailleurs, la promptitude à inhumer le corps s’inspire de la source scripturaire: «tu es en devoir de l’enterrer le jour même», «כִּי-קָבוֹר תִּקְבְּרֶנּוּ בַּיּוֹם הַהוּא». L’infinitif tautologique (Infinitif absolu) קָבוֹר  associé au futur תִּקְבְּרֶנּוּ exprime l’impératif catégorique de donner une sépulture au défunt. Par ailleurs, le terme hébraïque בַּיּוֹם הַהוּא, «en ce jour-là» a été interprété par les  décisionnaires rabbiniques dans son sens restreint, à savoir «dans la même journée», autrement dit,  avant même que ne se couche le soleil. Toutefois, si le décès a lieu la nuit, la dépouille du défunt doit être immédiatement inhumée sans attendre le lendemain.

Le corps, tabernacle de l’âme humaine créée à l’image de l’Eternel, ne peut en aucune manière demeurer sans sépulture. Il ne fait qu’un avec l’âme et, tant qu’il porte l’âme, est considéré comme aussi saint. Le mot NeFeSh Hayiah définit cette union, cette complémentarité de l’âme et du corps qui la porte:

ש«וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם עָפָר מִן-הָאֲדָמָה וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה» (בראשית ב, ז).ש

«L’Éternel-Dieu façonna l’homme, – poussière détachée du sol, – fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant» (Gen. 2: 7)

Refuser la sépulture revient donc à profaner le Nom divin car le corps humain, tant que l’âme l’habite, est aussi saint qu’elle. Mort, il a, par voie de conséquence, droit au plus grand respect:

ש«וְאֶת-מֶלֶךְ הָעַי תָּלָה עַל-הָעֵץ עַד-עֵת הָעָרֶב וּכְבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ צִוָּה יְהוֹשֻׁעַ וַיֹּרִידוּ אֶת-נִבְלָתוֹ מִן-הָעֵץ וַיַּשְׁלִיכוּ אוֹתָהּ אֶל-פֶּתַח שַׁעַר הָעִיר וַיָּקִימוּ עָלָיו גַּל-אֲבָנִים גָּדוֹל עַד הַיּוֹם הַזֶּה» (יהושע ח, כט).ש

«Et le roi d’Aï, il [Josué] le fit pendre au gibet, où il resta jusqu’au soir. Au coucher du soleil, Josué donna ordre de descendre son cadavre du gibet; on le jeta aux portes de la ville et l’on posa dessus un grand amas de pierres, qui se voit encore aujourd’hui.»  (Josué 8: 29)

ש«וַיַּכֵּם יְהוֹשֻׁעַ אַחֲרֵי-כֵן וַיְמִיתֵם וַיִּתְלֵם עַל חֲמִשָּׁה עֵצִים וַיִּהְיוּ תְּלוּיִם עַל-הָעֵצִים עַד-הָעָרֶב. וַיְהִי לְעֵת בּוֹא הַשֶּׁמֶשׁ צִוָּה יְהוֹשֻׁעַ וַיֹּרִידוּם מֵעַל הָעֵצִים וַיַּשְׁלִכֻם אֶל-הַמְּעָרָה אֲשֶׁר נֶחְבְּאוּ-שָׁם וַיָּשִׂמוּ אֲבָנִים גְּדֹלוֹת, עַל-פִּי הַמְּעָרָה עַד-עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה» (יהושע י, כו-כז).ש

«Et Josué les fit mettre à mort et pendre à cinq potences, où ils restèrent attachés jusqu’au soir. 27 Au coucher du soleil, sur l’ordre de Josué, on les détacha des potences, on les jeta dans la caverne où ils s’étaient cachés, et l’on plaça à l’entrée de grosses pierres, qui aujourd’hui même y sont encore».(Josué 10: 26-27)

Ces deux épisodes bibliques relatant la victoire militaire de Josué sur le roi d’Ai et sur les cinq rois cananéens (le roi de Jérusalem, le roi d’Hébron, le roi de Yarmouth, le roi de Lakhich, le roi d’Eglôn:  Josué 10: 22-23) enseignent le double devoir religieux et éthique qui incombe à Israël d’inhumer également la dépouille de son ennemi, car la fin de toute créature est la même devant l’Eternel: la mort touche toute créature créée par Dieu, quelle que soit son appartenance religieuse ou ethnique. Le respect du corps transcende la haine régnant entre les hommes. Ce respect du mort constitue dans le monde biblique un principe si fondamental qu’Efron, le roi Héthéen, offre immédiatement, sans aucun préalable ni compensation pécuniaire, son champ à Avraham afin d’y inhumer son épouse Sarah (offre généreuse qu’Avraham refuse poliment). A trois reprises, Efron emploie le verbe «donner» (נָתַן):

ש«לֹא-אֲדֹנִי שְׁמָעֵנִי הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לָךְ וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ לְךָ נְתַתִּיהָ לְעֵינֵי בְנֵי-עַמִּי נְתַתִּיהָ לָּךְ קְבֹר מֵתֶךָ» (בראשית כג, יא).ש

« Non, seigneur, écoute-moi, le champ, je te le donne; le caveau qui s’y trouve, je te le donne également; à la face de mes concitoyens je t’en fais don, ensevelis ton mort. (Gen. 23: 11)

Le drame d’Abel est non seulement d’être cruellement assassiné par son propre frère Caïn mais aussi de rester sans aucune sépulture.  Si, certes, la terre absorbe les sangs d’Abel, sa dépouille demeure livrée aux éléments indomptables de la Nature. Comment la terre ADaMaH,  la source première de l’homme ADaM n’a-t-elle point recouvré une partie de son identité (Gen. 3: 19; Job 10: 9)?!

Elie Wiesel, dans son chef d’œuvre «La Nuit», fait écho au texte biblique relatif à l’abandon d’Abel, abandon qui constitue le paradigme d’une humanité sans foi ni loi, et cherche désespérément une réponse à l’interrogation: «Où est Dieu» à Auschwitz:[2]

«Un jour que nous revenions du travail, nous vîmes trois potences dressées sur la place d’appel, trois corbeaux noirs. Appel. Les S.S. autour de nous, les mitrailleuses braquées : la cérémonie traditionnelle. Trois condamnés enchaînés, et parmi eux, le petit Pipel, l’ange aux yeux tristes.

«Les S.S. paraissaient plus préoccupés, plus inquiets que de coutume. Pendre un gosse devant des milliers de spectateurs n’était pas une petite affaire. Le chef du camp lut le verdict. Tous les yeux étaient fixés sur l’enfant. Il était livide, presque calme, se mordant les lèvres. L’ombre de la potence le recouvrait.

Le Lagerkapo refusa cette fois de servir de bourreau. Trois S.S. le remplacèrent.

Les trois condamnés montèrent ensemble sur leurs chaises. Les trois cous furent introduits en même temps dans les nœuds coulants.

– Vive la liberté ! crièrent les deux adultes.

Le petit, lui, se taisait.

– Où est le bon Dieu, où est-il ? demanda quelqu’un derrière moi.

Sur un signe du chef du camp, les trois chaises basculèrent.

Silence absolu dans tout le camp. A l’horizon, le soleil se couchait.

– Découvrez-vous ! hurla le chef de camp. Sa voix était rauque. Quant à nous, nous pleurions.

– Couvrez-vous !

Puis commença le défilé. Les deux adultes ne vivaient plus. Leur langue pendait, grossie, bleutée. Mais la troisième corde n’était pas immobile : si léger, l’enfant vivait encore…

Plus d’une demi-heure il resta ainsi à lutter entre la vie et la mort, agonisant sous nos yeux. Et nous devions le regarder bien en face. Il était encore vivant lorsque je passai devant lui. Sa langue était encore rouge, ses yeux pas encore éteints.

Derrière moi, j’entendis le même homme demander :

– Où donc est Dieu ?

Et je sentais en moi une voix qui lui répondait :

– Où il est ? Le voici, il est pendu ici, à cette potence…

Ce soir-là, la soupe avait un goût de cadavre. »

Honorons nos semblables dans la Vie, jusque dans la mort!

[1] Parashat Ki TéTSé, Deutéronome 21: 10- 25: 19

[2] Extrait du livre «La Nuit» d’Elie Wiesel, Ed. de Minuit, Paris, 1958, p. 103-104.

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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 20:38

L'une des plus grandes et anciennes collections de manuscrits au monde est désormais disponible dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque nationale d'Israël. Une vaste collection de codex et manuscrits conservée au monastère Sainte-Catherine, situé au milieu du désert du Sinaï. L'isolement de l'édifice permit aux textes du monastère de survivre de nombreux siècles, et ainsi de parvenir jusqu'à nous, malgré les dangers qui les guettent... 

L'histoire de la sauvegarde de ces trésors historiques par la Bibliothèque nationale d'Israël commence par une rencontre dans le désert, en 1968. Celle d'un jeune érudit, déjà chef du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale et universitaire juive, Malachie Beit-Arié, avec l'archevêque grec orthodoxe de la péninsule du Sinaï, Porphyre III.

Malachie Beit-Arié a une idée derrière la tête : négocier avec l'archevêque, afin d'obtenir l'autorisation de microfilmer la vaste collection de manuscrits conservés au monastère Sainte-Catherine, et ce pour le compte de la Bibliothèque nationale et universitaire juive, aujourd'hui Bibliothèque nationale d'Israël.

Des premiers microfilms à la numérisation

Un an avant l'organisation de cette rencontre, la péninsule du Sinaï avait été conquise par Israël, suivant sa victoire à l'issue de la guerre des Six Jours de 1967. Aussi, l'archevêque, qui avait étudié l'hébreu, accepta-t-il rapidement la demande du jeune érudit, et répondit avec enthousiasme à l'idée de collaborer avec les universitaires israéliens, loin des confrontations qui firent trembler le Proche et Moyen-Orient l'année précédente. L'archevêque se rendit alors à Jérusalem, et demanda, en échange de l'accès aux manuscrits, un ensemble complet du Talmud en anglais.

Avant 1968, environ la moitié de la collection du monastère avait déjà été microfilmée par une équipe de la Bibliothèque du Congrès dès 1950. Et suite à ces négociations fructueuses, une équipe israélienne a entrepris de terminer de microfilmer le reste de la collection du monastère.

Directeur de la photographie et photographe à la Bibliothèque nationale et universitaire juive, employé à l'époque, Jacques Soussana avait filmé de rares séquences en couleur au monastère au début des années 1970.

Des images numérisées avec l'aide de Steven Spielberg, du Jewish Film Archive et de la Jerusalem Cinematheque. Ces films incluent des images de la célèbre collection de manuscrits, ainsi que des scènes de la vie monastique dans le désert. 

Au cours des deux dernières années, les microfilms collectés par l'équipe de la Bibliothèque nationale d'Israël à la fin des années 1960 ont été numérisés et téléchargés dans le catalogue de la Bibliothèque. Ainsi, le grand public peut désormais consulter quelque 1700 manuscrits sous forme numérique. Une numérisation devenue nécessaire, car nombre de microfilms avaient commencé à se désintégrer, menaçant la survie des informations.

Il existe également un projet distinct en cours, dirigé par la Early Manuscripts Electronic Library (EMEL) en collaboration avec la bibliothèque de l'UCLA, pour produire de nouvelles photographies en couleurs de haute qualité des manuscrits de Sainte-Catherine.

La plus ancienne bibliothèque du monde

L'impressionnant monastère Sainte-Catherine, protégé au milieu du désert par d'immenses murs, abrite l'une des plus anciennes bibliothèques au monde encore en activité. Fonctionnant en permanence, le monastère et sa bibliothèque millénaire ont été érigés dans le sud de la péninsule du Sinaï, entouré de paysages désertiques montagneux spectaculaires, et achevé en 565 apr. J.-C. sous le règne de l'empereur Justinien. L'édifice abrite et nourrit même ce que certains considèrent être comme le véritable buisson ardent, puisqu'il se trouve au pied de ce qui est considéré par la tradition chrétienne comme le mont Horeb, où Moïse a reçu les dix commandements.

Composée de quelque 3400 manuscrits accumulés durant un millénaire et demi, cette collection de codex et manuscrits anciens réunit une grande variété de textes religieux chrétiens. 

Psalms and Cantica, 1504, Monastère de Sainte Catherine au Mont Sinaï, Egypte.

La bibliothèque contient, entre autres, de premières bibles, de la poésie religieuse et de la musique d'église, des écrits des différents Pères de l'Église, ou encore de la littérature monastique.

Sont également inclus des classiques grecs, de la correspondance, des écrits sur la grammaire, des exercices d'arithmétique, des travaux de rhétorique, des textes historiographiques et d'autres formes de littérature profane... Des textes en grec dans la grande majorité, mais également en arabe, syriaque, géorgien, comme en langues mortes, tels l'araméen palestinien chrétien ou encore l'albanais du Caucase. Les plus anciens manuscrits de cette collection datent du IIIe siècle de notre ère.

Une collection menacée

Si la collection a été préservée, en grande partie grâce à l'isolement de l'édifice, ses fortifications du VIe siècle et le climat sec et désertique, les derniers troubles dans la péninsule du Sinaï ont représenté une vraie menace pour les trésors historiques. En 2017, une attaque de l'État islamique contre un poste de contrôle près du monastère a fait un mort et trois autres blessés parmi les policiers. Une agression qui s'inscrit dans une série d'escarmouches entre les terroristes de l'ancien État islamique et l'armée égyptienne.

PATRIMOINE: un rouleau de prières de 500 ans évoque la croix du Christ

Cette prise de conscience des dangers réels pour cette bibliothèque a été l'une des raisons qui ont motivé le choix de numériser les trésors historiques du monastère Sainte-Catherine, garantissant la survie des informations inestimables et du patrimoine culturel qu'il contient.

Une initiative qui, tout en garantissant une nouvelle vie à ces trésors culturels, rend accessible des documents qui étaient autrefois réservés à ceux qui pouvaient parcourir les sables arides du désert, et atteindre ce monastère sorti des premiers siècles du christianisme.

Les manuscrits et autres textes numérisés sont accessibles à cette adresse :

https://www.nli.org.il/en/discover/manuscripts/saint-catherine

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