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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 22:34
Il me faut partir

L’hôpital, l’heure de la visite : tu es là, tu nous le dis, tu sais que tu vas partir. Foutu crabe !

Trois mois de lutte… Et puis sourire : à ta femme, aux enfants qui jouent autour du lit. Et la douleur lancinante qui revient toujours. Il te faut partir.

Pas sans dire merci. Un merci à la vie. Qui s’occupera d’elle, des enfants ? Tu les confies aux parents, aux amis : « Prenez soin d’eux. » Tout est dit, tout est accompli. L’heure est venue. Tu penses alors à Lui…

Bientôt le milieu de l’après-midi, aux périphéries de Jérusalem, des cris et des pleurs, une foule qui hurle à la haine, et toute la douleur d’un peuple fixée sur une croix. Le cri d’un peuple dans la bouche d’un homme pour un monde plus juste et plus fraternel : « Eli, Eli, lema sabachtani ? »

Et le silence de Dieu. Le regard tourné vers le ciel, les yeux embués par la souffrance et la confiance, l’Homme se remet au Père. Et le voile se déchire, ultime révélation de l’Amour qui se donne jusqu’au bout.

Voilà, la Parole de la croix, cette parole qui nous dit que c’est par la pauvreté, l’abaissement, l’abandon du Fils de l’homme que « le Royaume, la justice et la grâce de Dieu rejoignent les pauvres, les petits et les abandonnés et leur sont communiqués » (Jürgen Moltman).

Puis tu regardes ta famille. Qu’en est-il pour eux ? Lui aussi a dû dire À-Dieu aux disciples, confier Jean à Marie, et Marie à Jean.

L’amour qui se donne jusqu’au bout a le visage d’un homme. Certains te voient à terre, d’autres si près de Lui. Pour certains, la révolte, la famille brisée, l’unité détruite. Pour d’autres, l’espérance, d’une vie plus réelle encore, l’espérance du royaume.

La neuvième heure, le milieu de l’après-midi, un nouveau cri s’est fait entendre… « Vraiment celui-ci était le fils de Dieu » proclament le centurion et ses gardes.

L’homme des périphéries est bien le fils du Père, du Père si proche et si présent.

Au loin, le bruit d’un métro qui passe. Dans cette chambre d’hôpital, la Parole rejoint à jamais les brisures de notre humanité. Pour plus de vie encore…

Anne-Marie Gérard*
Anne-Marie Gérard est théologienne, proche des communautés Foi et lumière et de l’Arche de Jean Vanier.

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 22:42

Chers Amis,  Christ est ressuscité !

Je suis le berger est un thème récurrent dans toute l’Ecriture. Que ce soit dans le psautier ou chez les prophètes, et même dans le Cantique des Cantiques de Salomon, Dieu est le berger, celui qui rassemble, qui prend soin, qui connaît.

Et quand ce n’est pas Dieu c’est son Messie, son roi, comme David, et à travers lui c’est quand même Dieu.

« Egô eimi ho poimên ho kalos » Je suis le berger, le bon. Kalos en grec se traduit autant et même d’abord par beau, avant de se traduire par bon, mais c’est la même réalité, ce n’est pas une qualité morale, ni une qualité esthétique car il s’agit ici de la beauté intérieure qui est donc aussi bonté intérieure. En hébreu, on dira « tov » et c’est la même chose qu’en grec pour le mot « tov » qui en hébreu veut autant dire beau que bon. On dira de quelque chose que c’est « tov », que c’est beau, que c’est bon et on souhaitera « chana tova » c’est-à-dire bonne année, belle année. C’est important de garder en conscience grâce au grec et à l’hébreu que notre Dieu, non seulement est bon, et peut-être que cela nous l’avons un petit peu intégré, si on a fait enfin un sort au dieu père fouettard et qui punit, mais qu’Il est aussi beau. Pas seulement le bon Dieu, mais aussi le beau Dieu, car « la beauté sauvera le monde, » a dit Dostoïevski.

« Je suis le beau berger, le beau berger expose sa vie pour ses brebis. » Cela vient sans doute d’une expression hébraïque qu’il faut traduire littéralement par : « le beau berger met son âme dans la paume de sa main ! » Autrement dit, le beau berger prend des risques. Nous l’avons vu tout au long de cette semaine sainte encore si proche, Dieu prend des risques, celui d’être livré, trahi, renié, flagellé, crucifié, mis à mort. Il les prend tous ces risques car Il est le beau berger qui « connaît » ses brebis et que ses brebis connaissent.

Dans la Bible, connaître est le mot qui est employé, dès la Genèse d’ailleurs, pour parler des relations amoureuses, des relations amoureuses et physiques entre l’homme et la femme. Adam connut Eve et elle fut enceinte. Abraham connut Sarah, etc. La relation entre le berger et ses brebis, entre Dieu et ses créatures est du même ordre, il connaît ses brebis, c’est-à-dire qu’il les aime intimement, profondément, personnellement, comme un amant.

Et Jésus insiste, car il est important pour nous de comprendre l’intensité et la qualité de son amour, en nous disant : « De même que le Père me connaît, moi aussi je connais le Père. » Jésus ne nous propose pas moins qu’une relation du même type que la relation entre les personnes divines, comme la relation entre Lui et son Père, une relation personnelle et intime sur le modèle des relations au sein de la Divine Trinité.

Enfin Jésus nous dit qu’Il a « d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos, celles-là aussi je vais les conduire ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau et un seul berger. » Au moment où Il le dit aux disciples, il s’agit du monde païen et d’Israël bien sûr, mais aujourd’hui nous pouvons très bien y voir aussi une annonce « œcuménique », celle du rassemblement des Eglises, mais aussi l’annonce du rassemblement de l’Eglise et des autres traditions, sans oublier ceux qui n’ont pas de tradition, car toute l’humanité, sans aucun doute, est brebis du Seigneur et « il y aura un seul troupeau et un seul berger » dit Jésus.

Christ est ressuscité !   

Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !

Père Pascal

http://www.centrebethanie.org

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 22:30
Le baptême de Clovis

Le baptême de Clovis et des 3 000 soldats de sa garde personnelle à Reims le 25 décembre 498 marque une étape décisive de l’histoire de notre pays.

Après des années de recherche et d’hésitations au contact de grands croyants de l’époque que furent Clotilde, Rémi, Vaast et Geneviève, c’est au sanctuaire de Saint-Martin de Tours que s’opère la conversion personnelle de Clovis au catholicisme, avant son baptême décisif par saint Rémi à Reims le 25 décembre 498.

Il ne s’agit certes pas du baptême de la France à proprement parler mais ces événements marquent une étape majeure de notre histoire, un tournant qui a vite conduit, dans la logique romaine, à l’union de l’Église et de l’État.

En 481, Clovis (vers 466-511) devient à 14 ans le roi des Francs saliens, tribu païenne installée par l'empereur Constantin (272-337) et ses successeurs en Belgique seconde, l’actuelle Belgique occidentale. Clovis représente le pouvoir politique romain dans cette Province, c’est-à-dire à Reims et dans les 12 cités qui en dépendent. Tous les combats qu’il mène contre les autres peuples germaniques (les Francs rhénans ou les Alamans par exemple) attestent d’une position politique personnelle originale, puisqu’il se comporte en général romain, au service de Rome, alors que cet Empire s’est disloqué et qu’il n’y a plus d’Empereur d’Occident depuis l’an 476.

Au début de son règne, il épouse Clotilde (sainte, vers 475-vers 545, canonisée vers 560, fêtée le 4 juin), une jeune princesse burgonde d’origine estonienne et de religion catholique. Croyante convaincue, Clotilde cherche dès le début de son mariage à convertir son mari alors que d’autres de ses proches veulent qu’il choisisse l’arianisme (courant de pensée hérétique du nom d'Arius, prêtre d'Alexandrie au début du IVe siècle, visant à approfondir le dogme chrétien de la Trinité).

Clovis qui s’interroge sur la religion ne s’oppose pas à ce que les deux premiers enfants que Clotilde lui donne soient baptisés dans le catholicisme ; mais ils meurent l’un après l’autre dans leur jeune âge, ce qui peut s’interpréter alors comme une punition pour avoir délaissé les dieux de sa tribu.

Quelques années plus tard, Clovis reçoit un signe au cours de la bataille de Tolbiac (496). Voyant que ses guerriers allaient être battus, il promet d’adopter le Dieu de Clotilde s’il sort vainqueur (cf compléments). Le cours de la bataille s’inverse : les troupes de Clovis l’emportent ! Mais après cela, il n’y a aucun signe tangible de l’engagement de Clovis dans le catholicisme. Et Clotilde, constatant que les choses n’avancent pas, s’adresse à l’évêque de Reims.

Le grand saint Rémi (vers 437-533, évêque de Reims) échange à son tour avec Clovis et lui donne une série d’arguments théologiques sur la puissance de Jésus-Christ, sans pour autant convaincre son interlocuteur toujours en recherche.

C’est encore l’hésitation qui domine quand le roi prend dans son entourage un ermite d’origine germanique, Vedastus Vaast, qui deviendra saint Vaast (+ 540, évêque franc, patron d’Arras, fêté le 6 février). Ils échangent aussi sur les questions religieuses, mais les arguments de saint Vaast ne parviennent pas non plus à séduire assez Clovis pour le conduire à la conversion, pas plus que les quelques échanges qu’il eut avec sainte Geneviève (423-502 ou 512, patronne de Paris et des gendarmes).

Tout change le 11 novembre 498... Après toutes ces rencontres et ces recherches qui se soldaient par des échecs, Clovis se rend dans le sanctuaire de Saint-Martin (316 ou 317-397, évêque de Tours) à Tours. Nous apprenons grâce à un texte inspiré par sainte Geneviève, qu’en ce sanctuaire Clovis est touché par le spectacle des miracles de guérisons de maladies psychosomatiques qu’il peut voir, et qui sont décrites avec beaucoup de soin par les recueils de miracles du sanctuaire (que l’on peut retrouver dans les Monumenta Germaniae Historica). C’est probablement à la vue des guérisons constatées dans la population des mendiants et des malades rassemblés autour du tombeau de saint Martin de Tours, qu’il est définitivement convaincu de la vérité religieuse du catholicisme. Cette foi qui se traduisait par des actes, était capable de convaincre non seulement les individus mais aussi le peuple. Cela a sans doute été un argument capital car nous savons grâce à un autre texte qu’à partir de ce jour-là, Clovis promet de se convertir « sans délai ».

Dès lors, il n’y a plus d’obstacle : Clovis reçoit finalement le baptême catholique de saint Rémi, dans la cathédrale de Reims, le 25 décembre 498 (ou peut-être éventuellement en 499 : la date n’est pas absolument sûre). Clovis a mis six à huit ans à se décider : ce qui montre qu’il s’agit d’une conversion personnelle d’autant plus solide qu’elle a été longuement réfléchie. Pour Clovis, la foi catholique est une foi choisie volontairement en toute connaissance de cause, loin d’être un acte motivé par des considérations politiques.

Ce baptême était attendu depuis très longtemps. La lettre de saint Avit nous prouve que devant Clovis se tenaient saint Rémi, mais aussi une grande série d’évêques catholiques de Gaule qui avaient pu se déplacer pour assister au baptême. Bien que nombreux, tous les évêques de cette Gaule déjà catholique n’étaient pas présents, ceux des territoires ariens, burgondes et wisigoths étant interdits de déplacement par les rois de ces provinces.

Ce baptême est celui d’une personne, le roi des Francs, accompagné de sa première sœur qui était païenne et de son autre sœur qui était arienne. Il s’agit ici d’un événement capital qui marque la renonciation au paganisme et la renonciation à l’hérésie arienne. Nous sommes ainsi devant un acte d’une importance majeure qui a des conséquences sur le reste de la population de Gaule. Même si plusieurs territoires sont encore sous contrôle des Burgondes et des Wisigoths, comme le dit Grégoire de Tours, à partir de cet acte, tout le monde en Gaule souhaitait avec ardeur l’arrivée des Francs.

Clovis a été accompagné dans le baptême par sa garde personnelle : 3000 soldats ont ainsi été baptisés avec lui. Ce baptême personnel dans la cathédrale de Reims (la cathédrale actuelle a été construite à partir du début du XIIIe siècle) était un choix dangereux. Comme il risquait d’être assassiné par son peuple, l’engagement de sa garde personnelle était capital ! Le reste du peuple franc n’a pas été baptisé à Reims. Les Francs se sont convertis au catholicisme de manière progressive, on retrouve la trace de certains de leurs baptêmes au VIe, VIIe et même encore au VIIIe siècle. Le roi est devenu officiellement catholique, attendant que le reste du peuple fasse de même. Il ne s’agit donc pas historiquement du baptême de la France, ce qui serait un anachronisme grossier, et lors de la célébration du 14e centenaire en 1896, une mauvaise analyse de ces questions a d’ailleurs été faite.

Il s’agit bien d’un acte de conversion personnelle et d’un acte de liberté d’un homme, comme en témoignent par des correspondances saint Avit ou saint Rémi de Reims, etc. Un acte profondément original par lequel le roi s’est opposé à son entourage pendant des années, ce qui constitue une preuve de la solidité de sa conversion. Il ne s’agissait pas d’un acte politique comme l'abjuration d'Henri IV (1553-1610) qui aurait dit : « Paris vaut bien une messe » (phrase qui aurait été dite lors des états généraux de 1593 lorsque le roi abjura le protestantisme).

Ce baptême a été un tournant, un cran définitif dans l’évolution du peuple franc : dans la logique romaine et dans l’application du droit romain, le baptême du roi impliquait que l’État devienne lui aussi chrétien, dans la perspective de l’union de l’Église et de l’État, proclamée par Théodose 1er (347-395), empereur romain, par la loi du 8 novembre 392.

Clovis baptisé comme roi, déclencha dans cette logique la proclamation d’un État catholique, qui sera finalement appelé « fille aînée de l’Église », lorsque le Pape reçut Louis XII (1462-1515) au XVIe siècle. Derrière ce baptême singulier, les événements s’enchaînent et impliquent des conséquences capitales pour la France et pour l’Europe, avec la romanisation et la christianisation programmées d’un peuple d’origine germanique.

Michel Rouche,
professeur émérite d’histoire médiévale, spécialiste du Haut Moyen Âge et de l'Antiquité

La date du baptême.
Le baptême de Clovis est essentiellement décrit par l’œuvre de saint Grégoire de Tours, Histoire des Francs, au livre II, chapitre 31. On a longtemps écrit que Clovis a été baptisé à la Noël 496, ce qui explique les commémorations du 14e centenaire en 1896 et celles du 15e centenaire (avec la visite du pape Jean-Paul II) en 1996, d'après la date de la bataille de Tolbiac (496). Une analyse plus précise de la chronologie retarde plutôt la cérémonie en décembre 498, voire en 499.

Le miracle de la Sainte Ampoule.
La première trace écrite de ce miracle date de l’époque carolingienne, lorsque Hincmar (806-882), archevêque de Reims, écrit en 888 une vie de saint Rémi en rapportant qu’au cours du baptême de Clovis une colombe est apparue et a déposé une ampoule contenant le saint chrême. Il n’y a pas de trace écrite antérieure à ce récit, mais il est certain que les contemporains d’Hincmar ont cru à ce miracle, comme les rois de France qui ont suivi. Ils lui accordaient une grande importance, de même que Jeanne d’Arc (sainte, vers 1412-1431, canonisée en 1920), pour qui la volonté de Dieu était avant tout que le roi Charles VII (1403-1461) soit sacré à Reims en recevant le saint chrême de la Sainte Ampoule.

Le testament de saint Rémi.
Le testament de saint Rémi a subi le feu de la critique historique allemande du XIXe siècle qui voulait le démolir point par point, mais dans sa forme courte, il est en réalité absolument authentique. Rémi qui faisait partie de la grande aristocratie romaine a affranchi plusieurs esclaves conformément au droit romain. Tout ce qu’il énonce est légal. Avec les éléments dont nous disposons aujourd’hui, l’authenticité du texte n’est plus contestable.

La Prière de conversion de Clovis « Je croirai en Toi » lors de la bataille de Tolbiac (496).
« Ô Jésus-Christ, que Clotilde proclame fils de Dieu vivant, toi qui, dit-on, donnes une aide à ceux qui peinent et qui attribues la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite dévotement la gloire de ton assistance. Si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis et si j’expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à ton nom déclare avoir mise à l’épreuve, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom. J’ai en effet invoqué mes dieux, mais comme j’en fais l’expérience, ils se sont abstenus de m’aider. Je crois donc qu’ils ne sont doués d’aucun pouvoir, eux qui ne viennent pas au secours de ceux qui leur obéissent. C’est toi que maintenant j’invoque, c’est en toi que je désire croire, pourvu que je sois arraché à mes adversaires. »
(Texte rapporté par l'historien Grégoire de Tours)

Sources documentaires :

Rouche Michel, Clovis, Paris, Fayard, 1996.
Inglebert Hervé, Atlas de Rome et des barbares, IIIe-VIe siècle, Paris, Autrement, 2009. 
Lebecq Stéphane, Les Origines franques (Ve-IXe siècle), Paris, Le Seuil, 1990. 
Leguay Jean-Pierre, L’Europe des États barbares, Ve-VIIIe siècle, Paris, Belin, 2002.
Mussot-Goulard Renée, Clovis, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 1997.
Patrick Périn, Clovis et la naissance de la France, Paris, Denoël, 1990.
Id. (sous la dir. de), Clovis. Histoire et mémoire, Paris, Presses Universitaires de Sorbonne, 1997. 
Theis Laurent, Clovis, de l’histoire au mythe, Bruxelles, Complexe, 1996.

 

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