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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 23:31

pape_nb.jpg

Dans un document appelé «exhortation apostolique», qu’il a rendu public le 26 novembre à Rome sous le titre «La joie d’évangéliser» (pdf), le pape François se livre à une féroce dénonciation du capitalisme et du libéralisme économique.

Preuve d’un changement de priorité dans l’Eglise, il ne consacre que quelques lignes au mariage homosexuel, alors qu’il trace, en quelques pages serrées et bien senties, un bilan implacable de la situation économique mondiale.

Ce n’est pas la première fois qu’un pape interpelle ses contemporains et les responsables politiques sur les déséquilibres économiques et les disparités sociales, mais celui-ci, qui vient d’Amérique latine où cohabitent des situations d’extrême pauvreté et d’extrême richesse, a clairement choisi son camp.

Il donne un nouveau cap à ce que les historiens et théologiens appellent la «doctrine sociale» de l’Eglise. Celle-ci, traditionnellement caractérisée par la recherche d’une troisième voie entre capitalisme et socialisme, bascule, sous la plume du pape François, dans une dénonciation sans nuance d’un système «qui nie la primauté de l’être humain». Au point que Rue 89 et des sites américains le définissent déjà comme un «pape socialiste ».

Il commence par un constat général, avant de s’en prendre à la finance mondiale. L’économie libérale est «une économie de l’exclusion», «une économie qui tue», écrit-il. Prenant à témoin les médias, il se dit révolté par «le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle, alors que la baisse de deux points en Bourse en soit une. Voilà l’exclusion».

De grandes masses de population, ajoute t-il, «se voient exclues, marginalisées, en raison du jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le faible». Ce n’est pas la loi du marché en soi qui est coupable, mais son hégémonie.

Pour le pape argentin, l’économie mondiale a dérivé. Elle a dépassé les mécanismes classiques de l’exploitation et de l’oppression. Elle a créé une «culture du déchet»: «l’être humain est un bien de consommation qu’on peut utiliser et, ensuite, jeter». Le travailleur n’est pas seulement «exploité», voué aux «bas-fonds et à la périphérie de l’existence», mais réduit à l’état de «déchet». Il fait partie «des restes».

Jorge Mario Bergoglio n’appelle pas à un renversement de l’ordre économique, à une quelconque révolution, un mot qui ne fait pas partie de son vocabulaire. Il n’intervient pas sur le rôle régulateur de l’Etat. Il n’a pas non plus de discours sur le sens de l’histoire et n’est pas marxiste. Mais il met en cause la relation de soumission à l’argent, le règne absolu de la finance et du marché sur les êtres humains, la prédominance et la perversité de la finance mondiale. Il écrit:

«La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde: la négation du primat de l’être humain! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. (…). Non à l'argent qui gouverne au lien de servir.»

Par leur violence, ces déclarations du pape jésuite surprennent et ne font pas l’unanimité. Certains commentateurs, en France et outre-Atlantique, mettent en cause sa compétence économique. Ils volent au secours du libéralisme en invoquant les vertus du marché et du profit. Un collaborateur, qui se décrit comme un bon catholique, du magazine économique américain Forbes écrit que le pape ne comprend pas le monde tel qu’il évolue:

«Avec le libéralisme et la mondialisation, les inégalités ont reculé, la pauvreté a diminué depuis trente ans au rythme le plus rapide qu’ait connu l’espèce humaine. Des milliards de personnes ont été libérées des exigences les plus dingues du collectivisme et ont pu rejoindre la meilleure machine à produire de la richesse jamais créée, un certain degré de marché libre».

Un point de vue qui suscite des résistances. Proche des milieux catholiques progressistes américains, le National Catholic Reporter admet que François n’est pas un économiste, mais un «pasteur». Et son rôle est de mettre en garde le monde contre «le danger de systèmes économiques qui ont échoué à réaliser le bien commun et ont rendu les gens esclaves, parce qu’ils ne laissent pas de place pour Dieu».

De même, dans The Guardian, quotidien britannique de gauche, une chroniqueuse écrit que «le pape François a parfaitement identifié le pont crucial, l’accroissement des inégalités de revenus qui est le plus gros enjeu économique de notre temps, déterminant pour la reprise économique». Pour son éditorialiste, «il est temps d’évoluer dans notre approche du capitalisme. Il ne s’agit pas de se débarrasser du capitalisme ou de tomber dans la détestation de l’argent ou du profit. Il s’agit de rechercher le profit de manière éthique et de rejeter l’idée que le profit passe forcément par l’exploitation».

Il y a plus d’un siècle, en 1891, un autre pape, Léon XIII, écrivait la première encyclique sociale («Rerum Novarum»), qui déjà avait fait scandale. Pour la première fois, la plus haute autorité de l’Eglise déplorait la concentration, entre les mains d’une infime minorité, de tous les revenus de l’industrie et du commerce. Il critiquait l’existence d’«un petit nombre de riches et d’opulents qui impose un joug servile à l’infinie multitude des prolétaires».

Le pape rompait enfin avec la langue de bois paternaliste qui faisait de la charité et de l’aumône le remède à tous les maux, de l’inégalité, une loi de la nature, et de l’écart entre riches et pauvres, une fatalité. Ce texte, fondement de la «doctrine sociale» de l’Eglise, avait choqué les milieux capitalistes de l’époque et tous les bien-pensants.

Tous ses successeurs ont suivi peu ou prou cette voie, prôné des formules de compromis entre le capital et le travail, éveillé des générations de militants sociaux, politiques et syndicaux. Longtemps identifiée aux intérêts économiques les plus conservateurs, soupçonnée de vouloir défendre son pouvoir social et moral, l’Eglise catholique a fait sa conversion, mettant au premier plan de son éthique le respect du bien commun et celui des droits fondamentaux de l’être humain.

Le pape François va plus loin. Il s’en prend à l’inhumanité du modèle capitaliste, ne se prononce même pas sur les bienfaits du profit et de la liberté d’entreprendre qui étaient justifiés par tous ses prédécesseurs. On lui reprochera de ne proposer aucun modèle alternatif. Pour le moment, et ce n’est qu’une étape, il rejette les excès du système productiviste et libéral et provoque les experts financiers et les gouvernants du monde entier.

Henri Tincq

http://www.slate.fr/story/80701/pape-finance

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 23:50

SILENCE-IN-MEDITATION.jpg

Le langage est tellement impuissant à exprimer la plénitude du mystère.

C’est la raison pour laquelle le silence absolu de la méditation est d’une importance suprême.

Nous ne cherchons pas à penser à Dieu, à parler à Dieu ou à imaginer Dieu.

Nous nous tenons dans ce silence stupéfiant, ouvert au silence éternel de Dieu.

Nous découvrons en méditation, par la pratique et par l’enseignement quotidien de l’expérience, qu’il est, pour tous, notre milieu naturel.

Nous sommes créés pour cette expérience et notre être s’épanouit et se dilate dans ce silence éternel.

Mais déjà le mot « silence » dénature l’expérience et peut faire peur à beaucoup, parce qu’il suggère une expérience négative, la privation de son ou de langage.

On craint que le silence de la méditation ne soit de nature régressive, mais l’expérience et la tradition nous enseignent que le silence de la prière n’est pas l’état pré-linguistique mais post-linguistique dans lequel le langage a accompli sa tâche de nous conduire à travers et au-delà de lui-même et de l’univers entier de la conscience mentale.

Le silence éternel n’est privé de rien, et il ne nous prive de rien.

C’est le silence de l’amour, de l’acceptation sans réserve et sans condition.

Nous restons là, avec [Dieu], qui nous invite à être là, qui aime que nous soyons là, et qui nous a créés pour être là…

Nous nous connaissons aimés, ce qui nous permet d’aimer.

La méditation est une façon d’achever ce cycle de l’amour.

Par notre ouverture à l’Esprit qui réside en nos cœurs, et qui, en silence, est tendresse pour tous, nous entamons le pèlerinage de la foi.

Nous terminons dans la foi parce qu’il y a toujours un nouveau commencement à la danse éternelle de l’être-dans-l’amour.

John Main o.s.b., Word Made Flesh, « The Silence of Love », Canterbury, Norwich, 2009, p. 29-30.

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 23:29

foule.jpg

 

Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s'est lui-même fait chair et est venu habiter la terre des hommes.

Homme parfait, il est entré dans l'histoire du monde, l'assumant et la récapitulant en lui.

C'est lui qui nous révèle que « Dieu est amour » (1Jn 4,8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l'amour...

En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, il nous apprend par son exemple que nous aussi nous devons porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui cherchent la justice et la paix. 

Constitué Seigneur par sa résurrection, le Christ, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre (Ac 2,36; Mt 28,18), agit désormais dans le cœur des hommes par la puissance de son Esprit.

Il n’y suscite pas seulement le désir du monde à venir, mais par là même anime, purifie et fortifie aussi ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin la terre entière.

Mais les dons de l’Esprit sont variés : tandis qu’il appelle certains à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine, il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du Royaume des cieux.

Mais de tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres au service de la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu (Rm 15,16). 

Concile Vatican II 

 

Constitution sur l'Eglise dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 38 

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