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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 23:09

Saint-Benoit-de-Nursie-pere-du-monachisme-occidental-Mosa.jpg

Saint Benoît recommandait à ses moines d’« avoir chaque jour devant les yeux la menace de la mort » (Règle, ch. IV).

On parle peu de la mort dans le monde moderne. Mais toute la tradition chrétienne nous apprend que, pour devenir sages, il faut nous faire à l’idée que nous n’avons pas ici-bas de « cité permanente » (He 13, 14)…

Les sages des temps passés et présents nous enseignent qu’il faut garder la mort présente à l’esprit pour avoir une juste perspective sur la vie… Pour qui est attaché au monde, parler de la mort est difficile. En vérité, la principale illusion qui nous attache aux biens de ce monde procède d’un point de vue diamétralement opposé : non pas la sagesse de se savoir mortel, mais le pur fantasme que nous sommes immortels, à l’abri de la défaillance physique.

Mais la sagesse de la tradition incarnée par saint Benoît enseigne que la reconnaissance de notre faiblesse physique nous rend capables de percevoir aussi notre fragilité spirituelle. Il y a une profonde connaissance en nous tous, si profonde en vérité qu’elle est la plupart du temps enfouie, qu’il nous faut établir le contact avec la plénitude de la vie et avec la source de la vie.

Il nous faut établir le contact avec la puissance de Dieu et, d’une manière ou d’une autre, ouvrir les fragiles « vases de terre » que nous sommes à l’amour éternel de Dieu, un amour inextinguible.

La méditation est un chemin de puissance parce qu’elle est le moyen de comprendre notre nature mortelle. C’est le moyen d’avoir clairement conscience de notre propre mort. Ceci parce qu’elle est le chemin qui transcende notre mortalité. Elle est le chemin, au-delà de la mort, vers la résurrection, vers une vie nouvelle et éternelle, la vie qui jaillit de notre union avec Dieu.

Dans son essence, l’Évangile chrétien proclame que nous sommes invités maintenant, aujourd’hui, à faire cette expérience. Nous sommes tous invités à mourir à notre vanité, à notre égoïsme, à nos limites. Nous sommes invités à mourir à notre exclusivisme. Nous sommes invités à tout cela parce que Jésus nous a précédés dans la mort et est ressuscité des morts.

Cette invitation à mourir est aussi une invitation à naître à une vie nouvelle, à une communauté, à une communion, à une vie pleine et sans peur. Je crois qu’il serait difficile de dire si les gens craignent davantage la mort ou la résurrection. Mais, dans la méditation, nous nous défaisons de nos peurs parce que nous prenons conscience que la mort est mort à la peur et que la résurrection est naissance à une vie nouvelle.

Chaque fois que nous nous asseyons pour méditer, nous entrons dans cet axe de mort et de résurrection.

Ceci parce que, dans notre méditation, nous dépassons notre vie et toutes ses limitations pour entrer dans le mystère de Dieu. Nous découvrons, chacun d’entre nous par sa propre expérience, que le mystère de Dieu est le mystère de l’amour, de l’amour infini – de l’amour qui chasse toute peur.

John Main o.s.b., extrait de : Le chemin de la méditation, « Mort et Résurrection », Bellarmin, 2001, p. 117-119.

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 23:38

noel_noir-copie-1.jpg

La pédagogie de Dieu fait Homme commence dans l’humilité et la fragilité de la crèche…

La nuit de Noël est une nuit étonnante. Dieu se fait homme, non en Superman musclé, bronzé et aux allures avantageuses. On se souvient pourtant des dieux antiques, puissants et terribles.

Non ! C’est un bébé qui naît dans un lieu pauvre, et il n’y a pas un chat pour l’acclamer, ni CNN ni chef d’État. Juste des marginaux mal vus, des bergers…

C’est un bébé fragile qui vient s’offrir au monde et pourtant tout est renversé en cette nuit.

C’est un Dieu qui sera plus tard obligé de se réfugier en Égypte, il obéira à ses parents, il se laissera baptiser, il lavera les pieds, il dira « heureux les pauvres », il se liera d’amitié avec des gens à la réputation douteuse…

La nuit de Noël nous invite à renverser toutes nos valeurs mondaines. Un Dieu soi-disant tout-puissant se rend vulnérable et devient comme nous ! Dieu veut se faire proche et, en se faisant proche, Il se limite pour que l’homme s’illimite.

Il est clair maintenant qu’Il a renoncé à Sa puissance pour respecter notre liberté, que le Logos a quitté la droite du Père pour s’incliner vers nous et mendier notre libre amour. Quelle leçon en tirer pour nous ?

Le temps de ma vie est le point d’intersection entre l’horizontalité de mon existence et la Présence divine. C’est précisément ce que nous célébrons à Noël. En somme, chaque instant de ma vie est Noël si j’ai la conscience, c’est-à-dire l’ouverture du cœur, pour y être attentif. C’est la vigilance, composante essentielle de la vie chrétienne.

Le Nouvel Âge aime parler de nouveau paradigme. Le voilà, il est couché dans une mangeoire au fond d’une grotte. « Ô quelle vision : un enfant plus ancien que le monde », chante saint Éphrem le Syrien…

Ai-je de la place dans mon hôtellerie pour la Présence divine ou suis-je complet, trop occupé ? La grandeur de l’homme est dans cette béance que l’on passe notre vie à remplir de pensées, d’actions, d’objets. On en a peur. Pourtant : « Élargis l’espace de ta tente et je raffermirai tes pas », nous promet le psalmiste.

Il nous faut nous inspirer de Jean Baptiste, être comme des héliotropes, tournés vers le soleil. Quand Jésus apparaît, Jean Baptiste s’efface et ses disciples le quittent. Cette attitude de réceptivité nous fait devenir nous-mêmes. En effet, nous ne trouvons notre identité véritable que lorsque nous nous recevons de l’identité de Dieu.

La naissance fragile du Christ me parle de son amour sans limites. Ma vocation est de répondre à cet amour-là. Et lorsque ma réponse n’est pas totale, mon identité est fragilisée, car incomplète.

Le péché est un manque d’excellence. Nous sommes appelés à l’excellence de l’amour sans limites, appelés à devenir poreux, transparents à la Toute-Puissance. Nous avons vocation à évoluer, à être des passants, de commencement en commencement.

Un rabbin à qui l’on demandait : « Pourquoi le Messie ne vient-il pas ? » répondait : « Parce que nous sommes aujourd’hui comme hier » !

L’inconfort de la maladie m’accule à ne pas trop stagner dans le jour précédent. Je suis constamment mis au défi d’accepter ce qui m’arrive.

Mais je sens bien que fondamentalement je suis encore « trop comme hier ».

Extrait du livre "Quand je suis faible, je suis fort" co-écrit par Thierry Verhelst et Anne Ducrocq Editions Bayard à paraitre le 13 mars.

http://memoire-thierry-verhelst.over-blog.com/

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 23:05

bethanie_109_600.jpg

Gorze, décembre 2013

Chers Amis,

Lors d’un pèlerinage à Bethléem, autrefois, je fus tout à coup suffoqué de voir un petit enfant dans les bras de sa mère qui plongeait son regard dans le mien.... Un petit enfant ! J'ai eu un véritable choc à cet endroit et je me suis dit : Celui qui a créé les splendeurs de l'univers, cette création inouïe, a eu ce regard d'enfant, semblable à cet enfant que portait cette mère.

Je crois que c'est très différent de savoir une chose, même de la chanter, et d'en faire l'expérience. En ce petit lieu (Bethléem était une minuscule bourgade), l'absolu s'est fait l'un des nôtres. L'image du Dieu invisible, Celui qui est engendré au-delà de tous les siècles est devenu Homme ; Lui, le Logos. Et en devenant Homme, Il s'est glissé sous ma peau. Où cherchons-nous Dieu ? Tout le monde cherche ! Mais où cherchent-ils ? Il s'est glissé sous ma peau.

Et maintenant, Dieu m'aime avec un cœur d'homme, Il peut me serrer dans ses bras, Il peut s'émerveiller de moi et c'est ce qu'il ne cesse de faire. Les textes disent qu'Il saute de joie en me voyant. … C'est ça, l'Amour.

Il peut s'émerveiller par son regard, par son sourire. Il peut pleurer ma détresse avec des larmes d'homme. Il peut panser mes plaies avec des mains d'homme. Avons-nous assez conscience de l'inouï ? Il n'y a de rencontre que par l'émerveillement, les anciens philosophes le savent très bien! L'émerveillement seul, l'étonnement, la stupéfaction, quand nous lui permettons d'exister, arrête le mental qui nous plonge sans cesse dans l'existentiel, la dimension animale de la chose. Mais la Vie n'est pas là.

Prendre conscience.... que derrière et au-dedans de ces bras, de ce regard, de ce sourire, de ce cœur, c'est Dieu Lui-même. Jusque-là, comme dit l'Ecriture, nul ne pouvait voir Dieu sans mourir. Maintenant, un homme ose dire : « Qui m'a vu a vu le Père des Cieux ». Il vient dire dans l'histoire, à chacun d'entre nous, parce que c'est une autre loi de l'amour, l'amour n'existe qu'en étant personnel. Dieu ne peut pas aimer six milliards d'hommes ! C'est impossible ! Parce que la loi de l'Amour, c'est le Face à face. Nous avons une face pour un face à Face. Il vient me dire dans ce face à Face où je suis unique au monde, comme si j'étais seul de l'histoire, « Toi !.... C'est donc Toi ! »

Cet événement est au cœur de l'ouverture cosmique, de l'aventure de l'univers. L'expansion des galaxies, l'apparition des astres, la naissance et l'histoire de l'homme... Tout concourt à ce seul instant. A cet unique instant, en Lui, le Verbe éternel, où tout est créé. Il a fallu à l'univers deux cent milliards d'années pour fabriquer son chef d'œuvre : Jésus-Christ. Et désormais, l'homme le plus antireligieux, l'athée même, compte les jours et les siècles à partir de cette date qui est une fracture de l'histoire. Il y a avant Jésus-Christ, et après Jésus-Christ.

L'absolu prend un visage d'homme. La réalité ultime dévoile son visage : Dieu est Amour. Et partout où un être aime, il est habité par Dieu. Partout où deux êtres s'aiment, ils se communiquent Dieu. Dieu en se révélant ainsi nous révèle à nous-mêmes, puisqu'il est dit que l'homme est à l'image de Dieu ; si Dieu est Amour, l'homme est Amour. Tu es Amour. Ta substance c'est l'Amour. D'ailleurs, l'Eucharistie que nous vivons, que fait – elle sinon nourrir cette réalité ? Je mange Dieu ; Il devient ma chair, Il devient mon sang, mon souffle. Comme s'écriait saint Grégoire Palamas, pour ne citer que lui, mais toute la tradition en est remplie : « Chair de ma chair, sang de mon sang, souffle de mon souffle ».

Que devons-nous faire ? Arrêter de chercher, arrêter de courir mille Dieux, d'être idolâtre, plonger en nous. S'Il est ma chair, s'il est mon sang, alors, il faut entrer dedans. On ne connait bien que ce qu'on a dans le sang. Il faut descendre dans son sang, dans sa chair ; entrer dans la sensation, ce que nos Pères appelaient la sensation du Divin.

Dieu n'est pas une élucubration intellectuelle ! Il est chair de ta chair, sang de ton sang ; Il respire en toi. Alors, il faut sentir le souffle. L'inspir qu'Il m'insuffle et par lequel Il me fait naître ; et l'expir par lequel je m'abandonne à Lui pour qu'Il me façonne à sa ressemblance ;

Comme disent nos Pères : La naissance du Christ, son incarnation dans l'histoire, c'est une greffe du cœur. Mais réellement ! Je ne fais pas une métaphore ! Si j'entends, si je sens mon cœur en moi, c'est le sien ! Dieu m'est plus intime à moi que moi-même.

Avec toute notre affection, à bientôt ! 

Père Alphonse et Rachel

Fondateurs du centre spirituel Béthanie

http://www.centrebethanie.org/

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