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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 23:08
Le « trop » et cette illusion de pouvoir tout acquérir dans l'instant tueraient-ils donc le désir?

Nous mourons certainement de nous gaver de ce qui ne comble jamais notre faim. De plus, acheter à crédit révèle un rapport à la vie où la frustration est bannie, où la richesse de l'attente et l'effort à fournir pour obtenir ce que l'on a entrevu sont discrédités. Or, ce qui met en vie, c'est moins de posséder que d'espérer. Le moteur de l'existence, c'est ce qui reste inassouvi. Ne dit-on pas que les fleurs sont la réponse de la plante au manque d'eau ?

Souvenons-nous de cet ouvrier qui travaillait aux champs et qui tombe sur un trésor (Mt 13,44). Qui d'entre nous n'a pas rêvé, un jour, de trouver un trésor qui transformerait sa vie ?

Et nous voici déjà en train de signer la fin de l'histoire en imaginant notre chanceux filant précipitamment, sa cassette sous le bras. Or, la parabole nous réserve une surprise. L'homme ne se précipite pas, mais commence par laisser le trésor en terre « et dans sa joie, il va, il vend tout ce qu'il a et il achète ce champ-là. » C'est sa joie qui doit nous retenir, et cette liberté tissée de confiance. Tout le contraire de l'avidité et de la peur de perdre ce qu'il a trouvé. Ce qui nourrit son élan, c'est ce trésor entrevu au hasard d'un coup de houe. De tout le reste il peut se détacher, car c'est sans importance.

Ainsi en est-il de la présence de Dieu.

D'y goûter réveille en nous une nouvelle légèreté à l'égard de tout ce à quoi nous sommes attachés : certains liens affectifs comme certaines relations aux choses ou à l'argent. Il arrive qu'en retournant notre champ quotidien, nous tombions sur une joie imprévue qui libère en nous le désir d'alléger nos vies plutôt que de les alourdir en capitalisant. Nous nous approchons alors du cœur de l'Évangile : le Royaume ne s'achète pas, mais quand on le trouve... on met le prix pour le garder !          
                         

Francine Carillo
Pasteure
Panorama Mars 2009
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 23:18

Dans un épisode célèbre, la Bible nous fait assister à cette scène émouvante (1er livre des Rois, chapitre 19) : blotti et recroquevillé sous un genêt isolé, le prophète Elie n'en peut plus et sombre dans la dépression. Il n'est pas bien fier de sa vie. Lucide, il est conscient de ses limites, de ses infidélités, de ses égarements : «Je ne vaux pas mieux que mes pères !»

Alors, il fuit au désert où il voudrait bien entrer dans le grand sommeil du « dés-être », se défaire de lui-même, cesser d'être lui-même. Elie se fuit mais, où qu'il aille, Elie s'emporte avec lui-même. Impossible, en effet, de se fausser compagnie à soi-même ! D'où la colère d'Elie : il « s'emporte » contre lui-même parce qu'il ne peut pas faire autrement que de « s'emporter » avec lui.

Le sentiment qu'éprouve le prophète nous est bien connu. Qui d'entre nous n'est pas parfois gagné par la fatigue d'être soi ? Comme si, tout à coup, nous marchions à côté de notre propre vie, comme si notre âme n'habitait plus à l'adresse indiquée. Temps de désert rugueux, aride... Temps d'émondage...


Elie,sous son arbre chétif, pourrait se laisser aller à rester à terre, à ras de sol, le nez et le cœur dans les poussières de sa vie passée, écrasé par son mal-être et rongé par la culpabilité. Mais ce serait compter sans la petite flammèche qui vacille encore en lui. Voici que l'ange, l'envoyé de l'Eternel, lui murmure à l'oreille : « Lève-toi et mange... » Elie n'a plus faim de rien. Elie, au désert, n'a plus de désir. Mais demeure tout de même, dans un repli de son âme, une petite lueur de confiance. Alors, Elie écoute la voix de l'ange et mange la galette mystérieusement déposée à son chevet. Mais... se recouche !


Elie n'a pas compris, il n'est pas encore « éveillé ». Alors, l'ange revient à la charge : « Lève-toi et mange, car autrement, le chemin serait trop long pour toi ! » Précieuse injonction de l'envoyé.


Ainsi donc, toute vie spirituelle - inévitablement confrontée un jour ou l'autre au « désert », au « non-désir » passe par une décision : « Lève-toi ! » Autrement dit, quelle qu'ait été jusqu'à présent ton existence, quelles que soient tes blessures, décide-toi à vivre ! Malgré tout. Jésus dira au paralytique : « Prends ton grabat ! » Autrement dit, ose prendre à pleines mains la mauvaise civière où gisent tes faiblesses, tes blessures. Ose porter le poids de ta vie, ose te supporter, ose surtout te laisser porter par un Autre.


Oui, « lève-toi », profite de ce temps béni du Carême pour te relever, car ce n'est que lorsque tu auras décidé
toi-même de te mettre debout, en marche, en chemin, en « itinérance », en exode fécond, que l'Eternel pourra venir pétrir la pauvre farine de ta vie pour en faire le pain savoureux de ta résurrection.


« Lève-toi », car le voici Celui qui vient, sur tes nuits, ouvrir les volets du matin de Pâques.
« Lève-toi », car le voici Celui qui vient raviver ta faim d'avoir faim et ta soif d'avoir soif.
« Lève-toi », car le voici Celui qui, au travers du « bruissement d'un souffle ténu », vient te murmurer à l'oreille du cœur : « Tu as du prix à mes yeux... »


Oui, « lève-toi, et mange », car le voici le Maître du désir qui fera pour toi « toutes choses nouvelles » !


Bertrand Révillon

Panorama Mars 2009

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 23:48

Filles et fils bien-aimés,


Le carême est là. Une fois encore nous allons revivre le mystère de la Pâque « en commençant par la sainte quarantaine », comme le dit saint Cyrille d'Alexandrie.


Mystère de la Pâques ! Le mot mystère, sonne d'une manière particulière à l'oreille de la plupart de nos contemporains, il faut donc tenter en quelques mots, de lui rendre son sens exact et primitif.


Maxime Kovalevsky aimait à dire : « Le mystère chrétien ce n'est pas une énigme, ce n'est pas un secret réservé à quelques initiés…» Non, le mystère chrétien c'est plutôt un chemin, un chemin à parcourir, une découverte à faire… au prix d'un effort de compréhension et de réflexion… un pèlerinage au terme duquel nous rencontrerons quelqu'un…


Où ce chemin nous mènera-t-il ? « Voici que nous montons à Jérusalem… » (Mt 20:18) Et que faire ? L’apôtre Thomas nous invite : « Allons et mourons avec Lui » (Jn 11:16) car « Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons ! » (2Tm 2:11)


Au-delà du jeûne et des pratiques ascétiques qui sont d’usage pendant cette période de carême, il y a nécessité de parcourir un chemin intérieur de transformation, un retournement, une véritable « conversion » selon le terme employé par les pères ; cette conversion il nous faut l’accomplir en vérité et en profondeur pour nous libérer des tyrans maléfiques qui enchaînent notre âme et notre esprit.


Les premiers chrétiens pratiquaient cette conversion en accompagnant d’une manière active les catéchumènes qui se préparaient au baptême, qui allaient vivre cette mort et cette résurrection mystique, et ils la vivaient avec eux.


Nous aussi, faisons revivre en nous l’esprit de notre propre baptême en accompagnant nos catéchumènes, – s’il y en a dans nos paroisses, et s’il n’y en a pas, accompagnons par la prière tous ceux, connus ou inconnus, qui se préparent à la sainte illumination.


Seigneur,
Pendant ces quarante jours, éloigne de tes serviteurs l’esprit d’oisiveté, de découragement, de domination et de parole facile, et donne-leur un esprit d’intégrité, d’humilité, de patience et de charité, afin qu’annonçant ta mort et chantant ta glorieuse résurrection ils participent aussi à ton royaume, car à Toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles.


+ Grégoire
Par la miséricorde de Dieu,
évêque d’Arles et de l’Eglise Orthodoxe des Gaules

Certains m'ayant posé la question des usages alimentaires pendant cette période de carême - dans notre Eglise des Gaules, vous trouverez ci-dessous des "directives" (non impératives) sur ce sujet, en vous demandant de les observer dans la mesure du possible, sans pour autant vous faire des scrupules si vos usages sont un peu différents...

Pendant le carême on observe le jeûne et l'abstinence, cela signifie :

 1) tous les jours de semaine  - abstinence de produits d'origine animale (viande, oeufs, fromage, etc...) dans la mesure du possible selon les santés et les besoins de chacun.
 2) le dimanche  - idem- on peut cependant consommer : du poisson, des oeufs et des produits lactés, ainsi qu'un verre de vin (seulement ce jour-là et si l'on veut faire "un peu la fête" en l'honneur de la Sainte Eucharistie).

Dans les monastères on ne fait qu'un seul repas par jour en semaine (c'est cela le "jeûne", l'abstinence c'est le fait de ne consommer que des produits végétaux.)

Le jeûne strict (c'est-à-dire : aucune nourriture) n'est jamais prescrit.
Mais l'ascèse du carême est d'abord spirituelle et dépasse les prescriptions alimentaires ...

http://www.eglise-orthodoxe.eu/
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