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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 00:22

(Un abbé interpelle sa communauté qui ne se met à écouter son sermon que quand il se met à leur raconter une histoire chevaleresque des temps légendaires du roi Arthur)

Et pourtant, la parole de Dieu vous est indigeste. Vous êtes incapables de l'écouter. Vous dormez plutôt que d'être attentifs à l'amour du Seigneur. Mais que l'on vous raconte je ne sais quelles sornettes au sujet d'un roi Arthur qui n'a jamais existé que dans l'imagination brumeuse et fiévreuse des Bretons, et soudain vous vous réveillez et vous êtes tout ouïe. Vous voulez connaître l'his­toire de ces chevaliers impitoyables dans leurs combats, impudiques dans leurs amours, réprouvés de Dieu dans toute leur conduite, ignorants de sa paix et de son véritable amour. Ne voyez-vous pas de combien les exploits de Dieu, qui a créé le ciel et la terre, l'emportent sur ceux des cheva­liers de la Table ronde, et d'abord par leur vérité? Est-il une seule de leurs aventures qui se puisse comparer à celle du Christ, né de la Vierge Marie, crucifié et ressuscité d'entre les morts ? L'histoire du peuple de Dieu, qui est notre histoire et dont dépendent notre vie ou notre mort éternelles, ne vous touche-t-elle pas plus que celle du roi Arthur ? Les merveilles de Bretagne ne semblent-elles pas peu de chose au regard de celles que fit pour nous le Seigneur ?

Direz-vous alors que vous les connaissez, ces mer­veilles du Seigneur, que vous en entendez tous les jours la lecture, le récit, le commentaire, alors que les contes de Bre­tagne sont nouveaux ? Ne voyez-vous pas que c'est toujours la même histoire que racontent leurs mille histoires ? Qui ne peut deviner par avance, dans tous ces romans, le mot de chaque mystère, l'issue de chaque aventure, les péripéties de chaque amour ? Mais qui peut pénétrer les mystères de la foi ? Qui peut percer les desseins de Dieu ? Qui peut savoir ce qu'il réserve à chacun de nous, comme à l'ensemble des hommes ? Qui prend la mesure des grâces dont il nous comble et de l'amour dont il nous aime ?

Pourtant, conclut l'abbé, ne vous étonnez pas et vous effrayez pas que des contes inventés et des fantôme lointains vous attirent parfois plus que le Seigneur. C'est qu'il est si réel et si proche ! Comment nous ferait-il éprouver le frisson de l'inconnu, alors qu'il vit en nous et qu'il nous est aussi familier que nous-mêmes ?

Michel Zink
Le jongleur de Notre Dâme
Contes chrétiens du Moyen Âge

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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 14:41

Ô mon âme,
sors ! Dieu, entre !
Sombre tout mon être
en Dieu qui est non-être,
sombre en ce fleuve sans fond !
Si je te fuis,
Tu viens à moi.
Si je me perds?
Toi, je Te trouve,
Ô Bien suressentiel !

Maître Eckhart
in Maître Eckhart ou l'empreinte du désert
Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière
Albin Michel

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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 11:55

Notre faiblesse est si grande, et ceux qui nous font la guerre si malins et si forts, qu'il ne faut pas s'émerveiller d'être parfois vaincus, mais bien plutôt d'être parfois vainqueurs.

Et, en vérité, nous ne sommes jamais vainqueurs, mais le Christ est vainqueur en nous, lui le Lion de Juda : et s'il nous abandonnait, nous serions aussitôt engloutis par nos ennemis, comme dit David. Mais non, il ne nous abandonne pas, et si parfois, il se cache, ce n'est pas qu'il s'en va, mais qu'il regarde par les fentes, comme un époux jaloux, pour voir ce que fait cette âme quand il n'est pas là pour l'embrasser !

Et il surveille particulièrement notre confiance, car il veut qu'elle soit tellement enracinée en nous, qu'aucune tempête de tentation ne puisse l'arracher, mais qu'elle en sorte renforcée au contraire : nous devons croire que plus nous sommes tentés, plus nous sommes aimés ; plus nos ennemis nous persécutent, plus Dieu nous regarde, car ses soins et sa vigilance pour nous défendre sont sans comparaison supérieurs aux astuces de nos ennemis pour nous tromper.

Pourquoi cela ? Parce que Dieu nous aime plus que le démon nous déteste, et il est plus fort que notre chair n'est faible !


Saint Jean d'Avila (1499-1569)   Lettre 59

proposé par François-Xavier

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