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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 19:30

Les orthodoxes, les catholiques, (ainsi que les protestants) appartiennent à la même grande religion, le christianisme. Tous vénèrent le même dieu et s’appuient sur le même livre sacré, la Bible.

Le schisme (la séparation) entre les Églises catholique et orthodoxe intervient en 1054 et marque autant, sinon davantage, la rivalité politique entre deux aires culturelles, Rome et Constantinople, que de profondes différences théologiques entre les deux confessions.

Elle définit cependant deux systèmes d’Église et deux rapports au pouvoir dont les différences s’accentueront au fil des siècles.

Le terme « orthodoxe » vient du grec ortos (Ορθος) qui signifie droit, juste et doxa (δόξα) qui signifie croyance. L’orthodoxie signifie ainsi la vraie croyance et désigne les Églises demeurées fidèles à la foi des premiers conciles.

L’église orthodoxe est dans la continuité ininterrompue de l’Eglise primitive.

Les différences de rites et de traditions

Si d’une façon générale, l’Eglise Orthodoxe est restée plus proche du christianisme des origines, avec le temps, les deux Eglises ont développé des traditions différentes qui s’expriment dans le rite, la liturgie et les règles qui régissent le culte.

Ce qui est le plus évident quand on rentre dans une église orthodoxe, c’est l’atmosphère mystique, associant prières répétitives, jeux de lumière des cierges et des candélabres, et symbolique des icônes. 

Les différences les plus notables sont les suivantes:

Pendant la liturgie, les Catholiques prient debout ou à genoux, alors que les Orthodoxes restent debout ou assis.

Les chants sont compris comme prière à part entière et sont omniprésent dans les célébrations de la divine liturgie orthodoxe.

Les icônes sont au coeur de la religion orthodoxe et on voit dans les églises grecques les fidèles effectuer des gestes de dévotion en leur l’honneur.

Ces icônes sont un symbole que l’on vénère (et non des idoles) à l’inverse de l’adoration qui est due à Dieu seul. A contrario les statues ne sont normalement pas tolérées dans les églises orthodoxes.

Pour l’Eucharistie, les orthodoxes fidèles à la tradition, utilisent un pain fermenté alors que les catholiques utilisent le pain azyme (sans levain)

Les orthodoxes font le signe de croix avec les trois doigts de la main droite (pouce, index, majeur) et en touchant le front, la poitrine, l’épaule droite puis l’épaule gauche.

L’usage actuel chez les catholiques de se signer de gauche à droite s’est imposé au temps des croisades, sans que personne n’apporte de justification particulière à ce changement.

Vous le verrez, les grecs se signent à d’innombrables occasions tout au long de la journée.

Si l’Église catholique impose le célibat (c’est une règle qui s’est imposée au XIe siècle sans que cela ne soit un dogme), les prêtres orthodoxes peuvent être mariés et avoir des enfants.

Ils doivent cependant être marié avant leur ordination (le pope, s’il est ordonné alors qu’il est célibataire, reste célibataire toute sa vie).

Seuls les évêques sont obligés au célibat et pratiquement tous les papas, (les popes), grecs sont mariés.

Selon les prescriptions des Épîtres pastorales, le pope doit être l’homme « d’une seule femme » et un pope qui divorce est réduit à l’état laïc.

Si l’Eglise catholique pratique essentiellement le baptême par effusion (l’eau est versée sur le front de la personne), l’Église orthodoxe baptise par immersion totale du corps. C’est d’ailleurs le sens du mot baptême en grec.

L’Eglise orthodoxe est restée fidèle à la tradition depuis les origines évangéliques pour ce rituel qui symbolise l’adhésion totale au Christ et le fait de « revêtir le Christ ».

L’Église catholique utilise le calendrier grégorien depuis 1582 (introduit par le pape Grégoire XIII) alors que c’est le calendrier julien qui prévaut encore chez une partie des orthodoxes (un calendrier solaire introduit par l’empereur Jules César en 46 avant J.-C.).

Ainsi les certaines Églises orthodoxes et certaines Églises catholiques de rites orientaux célèbrent Noel le 7 janvier (dans le calendrier grégorien, qui correspond au 25 décembre dans le calendrier julien : 13 jours de différence).

Ce décalage des dates des deux calendriers explique également que Pâques est fêtée à des dates (généralement) différentes.

Ainsi pour les prochaines années la Pâques Orthodoxe sera fêtée dimanche 19 avril 2020, dimanche 2 mai 2021, dimanche 24 avril 2022, Dimanche, 16 avril 2023… (toutes les fêtes grecques).

Orthodoxie et Catholicisme Le pape François et le patriarche Bartholomée Ier.
Le pape François et le patriarche Bartholomée Ier, devant l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, 25 mai 2014 (Photo: Wikimedia Commons)

Quelles sont les raisons profondes de la séparation ?
Le grand schisme entre Église catholique et Église orthodoxe remonte à 1054 et il aura fallu attendre la rencontre historique à Jérusalem de Paul VI et du patriarche Athénagoras Ier en 1964 – première rencontre entre les primats des Eglises catholique et orthodoxe depuis 1439! – pour que le dialogue soit renoué entre le Saint-Siège et le patriarcat de Constantinople.

Les choses bougent avec le Pape François qui à déjà rencontré à plusieurs reprises le patriarche œcuménique orthodoxe Bartholomée Ier de Constantinople et le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe de Russie.

Pour expliquer la durée de la séparation, les raisons profondes sont des raisons théologiques qui peuvent sembler subtilités « byzantines » au profane.

La procession du Saint Esprit: l’ajout du mot filioque au Credo

Pour les orthodoxes reprenant les paroles du Christ dans saint Jean (15, 26) le Saint-Esprit procède du Père. Les catholiques évoquent eux que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, a Patre Filioque.

Cet ajout au Credo imposé par Charlemagne, allié de Rome, au 8ième siècle et entériné au 11ième modifie est rejeté par l’église Orthodoxe qui considère qu’il n’est pas conforme au paroles du Christ et qu’il modifie les relations entre les trois personnes de la Trinité renforce d’une certaine façon le rôle de Jésus au dépend du Saint Esprit.

La primauté et l’infaillibilité du Pape
L’autre cause essentielle du schisme est la volonté des papes de transformer une primauté morale en un pouvoir juridique direct sur les églises. Au 11ème siècle, la réforme grégorienne, pour libérer la papauté des empereurs germaniques, va tenter de soumettre directement les évêques et les rois au pape (théorie des deux glaives) et revendiquer l’infaillibilité du souverain pontife.

Les Églises orthodoxes considèrent le Pape comme le patriarche de Rome. Il lui reconnaissent une primauté d’honneur en cas de Concile œcuménique et non une place comme chef de l’Église, cette place étant celle du Christ. Elles n’acceptent pas non plus le dogme de l’infaillibilité pontificale telle que définie par le Concile Vatican I en 1870.

Dans le monde orthodoxe, le mode de gouvernement de l’Eglise est basé sur l’évêque puis selon les sujets à traiter, sur le Saint Synode (l’assemblée des évêques) et éventuellement le concile oecuménique. Cela donne une organisation décentralisée et des décisions collégiales alors que pour les catholiques l’organisation est pyramidale et toute l’autorité provient du Pape, évêque de Rome.

L’Immaculée Conception
L’Immaculée Conception concerne la conception de la Vierge Marie, la Mère de Dieu, et non celle de Jésus Christ, dont la conception virginale et sans pêché ne fait pas question.

Orthodoxes et Catholiques sont d’accord que Marie est Immaculée quand elle conçoit et met au monde le Fils de Dieu, et que ceci est l’effet d’une grâce spéciale du Saint Esprit.

La différence vient du moment de cette grâce : à la conception de Marie pour les Catholiques, au moment où elle dit « OUI » à l’archange, pour les Orthodoxes.

A l’origine du problème, le dogme du péché originel chez Saint Augustin a entraîné l’Eglise d’occident dans de terribles controverses théologiques concernant Marie.

Pour résumer, alors qu’en Orient orthodoxe, la Vierge représente l’humanité entière portant Dieu, la Théotokos, en Occident, naît et prend son essor l’image de l’« Immaculée Conception », accueillante mais née différente de toutes les autres femmes d’où le dogme qui suivit, celui de l’Assomption, passant complètement sous silence la Dormition (la mort de la vierge) « humaine » de la Mère de Dieu.

Il est également une controverse qui si elle n’est pas l’une des raisons de la séparation permet d’éclairer la conception que portent les deux Eglises: la controverse sur la Grâce et le libre-arbitre que je résume à grands traits (et aussi bien que je l’ai comprise…)

Au 4ième siècle Saint Augustin précise le dogme du péché originel, qu’il défini davantage comme une souillure innée qui correspond à la concupiscence que tout être humain, de ce fait maudit, porte en lui dès sa conception.

Partant de ce dogme propre à l’Eglise d’Occident (qui considère Saint Augustin comme le Père des Pères de l’Eglise) la nature est prédisposée au mal et ne peut s’en préserver sans une grâce spéciale.

Ces controverses sont demeurées presque étrangères à l’Orient chrétien et ces notions n’ont pas le même sens.

L’orthodoxie croit que l’homme a été créé libre. Il n’a pas été, par conséquent, préservé de l’inclination au mal (autrement, il n’aurait pas péché).

Il a glorifié Dieu spontanément et non parce qu’il était dirigé vers le bien par une grâce spéciale. La nature humaine est inclinée vers le Bien et le mal lui est extérieur.

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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 19:30

Le cosmonaute d’essai Oleg Artemyev a publié sur son site Web une photo de l’ISS, dans laquelle il célèbre, avec deux autres collègues, le 700e anniversaire de la naissance de Serge de Radonège.

Dans la blogosphère, des discussions animées ont commencé sur le rôle de la religion dans l’astronautique, et certains ont même commencé à enquêter sur l’apparence et la dissimulation possible de la photographie.

Dans le post dédié à l’image, la date du 18 juillet est indiquée, et la publication elle-même a été programmée pour coïncider avec la fête orthodoxe avec ce message « Ces jours-ci en Russie, il y a des célébrations dédiées au 700e anniversaire de Serge de Radonège.

Pour ces célébrations, l’équipage de l’ISS a enregistré un salut au peuple russe.

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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 19:30

Quel a été votre objectif avec cette nouvelle histoire de la philosophie ?

Vincent Citot, philosophe

Ma motivation première était de comprendre à quel point l’époque d’un penseur pèse sur le contenu et l’orientation de sa pensée. De mettre au jour ce qui serait, le cas échéant, un conditionnement sociohistorique de nos idées, jugements et évaluations. Connaître ce qui nous détermine est le début de la liberté. Or si l’on veut penser pertinemment, il faut penser librement. Bref, ma visée était d’abord philosophique.

Pour tenter de conceptualiser les grandes inflexions de l’histoire de la philosophie, je me suis intéressé à des traditions non occidentales et j’ai tenté de replacer la philosophie dans la vie de l’esprit qui la comprend. Enfin, il fallait comparer plusieurs trajectoires intellectuelles pour y chercher des constances, des récurrences, sinon des lois.

Votre théorie est ambitieuse : la vie intellectuelle de chaque civilisation serait cyclique plutôt que linéaire et passerait toujours par les trois mêmes périodes. Quelles sont-elles ?
Oui, la vie intellectuelle n’est linéaire que du point de vue de Sirius. Avec un tel recul, on peut dire par exemple que l’humanité n’a cessé de progresser, s’élevant graduellement des premières superstitions au monothéisme, à la rationalité philosophique et à la science moderne mathématisée.

Mais dès que l’on regarde d’un peu moins loin la situation, on trouve une histoire bosselée, avec des « hauts », des « bas » et des transitions, de sorte que la vie intellectuelle est en réalité plus cyclique que linéaire.

Les phases de ces cycles sont à peu près toujours les mêmes pour les civilisations ayant produit de la philosophie et de la science.

La vision du monde des intellectuels est d’abord de nature religieuse (une période que je nomme préclassique), avant que des raisonnements de type philosophique transforment ces vues (période classique), puis que le champ de recherche se ramifie en diverses spécialités que l’on peut qualifier de scientifiques (période post-classique).

Après quoi, la philosophie se rapproche à nouveau de la religion, tandis que la science s’affaiblit, puis disparaît. Finalement, il ne reste en piste que la pensée religieuse, voire le ritualisme religieux tout court. Le cycle est terminé.

Pourquoi avoir choisi huit civilisations pour votre étude ?
Parce que je voulais être exhaustif, et qu’il n’en existe pas de neuvième pour laquelle nous aurions suffisamment de renseignements pour faire ce que j’ai fait avec la Grèce, Rome, l’Islam, l’Europe, la Russie, l’Inde, la Chine et le Japon.

Je ne prétends pas parler de tous les peuples qui ont philosophé – au sens étroit ou au sens large du terme –, mais seulement de ceux pour lesquels les documents disponibles permettent l’écriture d’une histoire intellectuelle avec une bonne précision.

Certains trouvent que huit, c’est trop (arguant qu’il n’y aurait pas de philosophie en Orient) ; d’autres que ce n’est pas assez (j’attends les résultats de leurs travaux…).

Il apparaît étonnant de placer la religion à la naissance mais aussi à l’aboutissement des cycles. Pourquoi cela ?
C’est un constat : la pensée religieuse (un aspect parmi d’autres de la religion) est première et dernière dans les cycles que j’identifie.

Le polythéisme grec est le cadre dans lequel la philosophie puis la science grecque émergent, avant que le christianisme n’attire à lui toute la vie intellectuelle à partir des IIIe-IVe siècles de notre ère.

De même en Inde antique : les premières philosophies et les savoirs positifs apparaissent dans un contexte religieux (brahmanique) qui finira par les digérer, quelques siècles plus tard, sous la forme de l’hindouisme et du bouddhisme religieux.

En islam médiéval, la religion, qui est à l’origine, a aussi le dernier mot ; dans l’intervalle, la philosophie et la science font des percées remarquables. Je pourrais en dire autant des autres civilisations qui occupent les divers chapitres du livre.

N’y a-t-il pas un risque à systématiser à ce point l’évolution de la pensée ? Ne faites-vous pas l’impasse sur des différences majeures entre les cultures ?
Toute systématisation comporte des risques, vous avez raison. J’ai fait attention à ne pas projeter brutalement mes hypothèses sur le réel ; et j’ai réécrit intégralement la moitié du livre après avoir constaté n’avoir pas suffisamment respecté cette règle.

Par ailleurs, trouver des analogies transculturelles ne doit pas oblitérer les différences culturelles. Il est tout aussi pertinent d’insister sur l’unité du genre humain que sur sa diversité. Mon livre privilégie le premier aspect.

À quelle étape en sommes-nous de cette trajectoire en Occident ?
Certains cycles ne sont pas achevés, comme ceux de la Chine moderne, du Japon, de la Russie et de l’Occident. Inachevés, mais bien entamés, puisque si mes analyses sont exactes, le « post-classique » s’y est imposé depuis plus de deux siècles. Les connaissances nouvelles s’élaborent principalement dans le champ scientifique (qui domine donc sur le plan cognitif).

La philosophie, désormais étrangère à ce champ, se rapproche du pôle littéraire, d’une part, et subit les charmes de la religiosité (encore discrètement en Occident), d’autre part.

La science elle-même commence à avoir du plomb dans l’aile, infiltrée par des idéologues, convoquée devant le tribunal du politiquement correct, soupçonnée de compromission avec ses applications et usages néfastes (sur les plans politique, éthique et écologique).

Tout cela est typiquement « post-classique » et risque de s’accentuer.


Recueilli par Stéphane Bataillon

Repères
L’auteur
Agrégé et docteur en philosophie, Vincent Citot enseigne à l’INSPE de Paris-Sorbonne Université. Directeur de la revue Le Philosophoire (Vrin), il est notamment l’auteur de Puissance et impuissance de la réflexion (2017). Il publie Histoire mondiale de la philosophie (PUF, 516 p., 29 €).

Le contexte
Huit ans de travail ont été nécessaires pour établir cette histoire de la philosophie écrite par un seul auteur, à la fois mondiale (étendue à huit civilisations), intellectuelle (intégrant l’histoire de la pensée religieuse, scientifique, morale et politique) et comparative (cherchant à dégager des récurrences et des lois). Les riches bibliographies à la fin de chaque chapitre font de cet ouvrage – d’un format raisonnable pour une telle entreprise – un précieux outil d’érudition.

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