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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 19:30

Le rapport Sauvé (quel nom !). Entendre les associations des victimes : demander pardon, sans doute la moindre des choses, mais l’urgence c’est d’agir pour en finir avec la lâcheté, l’hypocrisie, et surtout l’énorme déni séculaire de notre Église.

La dernière « sortie » du président de la Conférence des évêques de France, Mgr de Moulins-Beaufort, sur le secret de la confession « plus fort que les lois de la République », n’a pas facilité les choses (une litote).

J’aurais envie de répondre comme le Christ dans les Évangiles, à propos du sabbat : le secret de la confession a été fait pour l’humanité, et non l’humanité pour le secret de la confession.

Nul ne peut être tenu à ce secret s’il défigure et met en péril l’humanité de l’homme.

C’est un vieux principe rabbinique selon lequel le sabbat peut être violé pour le salut de l’être humain.

Retrouvons la sagesse d’Israël et celle des Évangiles : sauver une vie l’emporte sur le secret de la confession. On pourrait dire aussi : rends à la République ce qui appartient à la République.

Une chose est de confesser ses crimes devant Dieu, dans le secret de son amour infini, et une autre est d’avoir à répondre de ses crimes devant les lois de la République, sans lesquelles nous ne pourrions vivre ensemble.

C’est une aporie douloureuse. Mais les deux ne doivent pas être incompatibles. Le secret ne peut signifier protection.

Nous avons le choix, devant Dieu et l’humanité, de faire de nos secrets des tombeaux stériles et nauséabonds ou des instants de délivrance, de libération, pour retourner à notre responsabilité humaine.

Non, on ne peut pas, précisément en chrétien, prétendre que le secret de la confession soit au-dessus des lois de la République.

Il y aurait alors une forme d’idolâtrie du secret, et je ne suis pas loin de penser que ce fut, toutes ces années, tous ces siècles, une des raisons terribles du déni ecclésial des crimes infligés aux enfants dans l’Église.

Si le « secret de la confession » participe bien à la preuve d’une entreprise d’amour totale qui n’oublie rien, qui accueille tous sans jugement aucun, cet amour-là, pour être amour, ne peut se retourner contre l’humanité.

Ou disons que je ne crois pas alors à l’amour de Dieu si cet amour, dans sa complexe et bouleversante réalité, n’est pas capable de renverser les tables des marchands du Temple, de guérir et de redonner la vie un jour de sabbat, de se porter au secours de la personne oubliée, la plus faible et la plus démunie.

Rompre le secret, dans ce cas, c’est rappeler qu’il n’y a de secret que d’un acte d’amour infini qui appelle à la responsabilité infinie pour autrui.

L’Évangile de Matthieu l’explique avec force : « Si vous saviez ce que signifie : Je veux la compassion, et pas les sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents.

Car le Fils de l’homme est maître du sabbat » (Mt 12, 7-8). La loi d’amour est plus forte que les sacrifices, et l’amour du Christ pour l’humanité est le plus fort.

Depuis des siècles, combien d’enfants, d’adolescents accueillis, recueillis par des institutions religieuses auront connu l’abjection et le crime et dont l’innocence aura été sacrifiée au nom du « secret de la confession » ?

On aura littéralement préféré le « sacrifice » plutôt que de sauver des vies. La petite voie difficile à emprunter jusqu’à la vérité peut nous demander de tout réviser, de tout réapprendre, de tout changer en nous et autour de nous.

Pourquoi, alors, affirmer que le « secret de la confession » ne saurait se soumettre aux lois de la République ?

Au contraire, au contraire ! Il faudra montrer que l’on peut tout changer, tout risquer pour être à la hauteur de notre tâche de chrétiens : servir l’humanité, être responsables de l’humanité de l’homme.

Frédéric Boyer, écrivain

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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 19:30

Scène vue dans un supermarché, en faisant la queue avec mon caddy, devant une caisse : « Mais c’est quoi ça ? », s’alarme une dame en agitant une boîte de Lego qui ne figurait pas sur la liste de ses courses.

« Mais Maman, lui répond sa fille âgée d’une dizaine d’années, je l’ai achetée avec mon argent de poche pour Marco ! C’est pour lui faire une surprise… » Marco, devine-t-on, c’est son petit frère.

Juste derrière elle, un client qui aurait pu être son grand-père, laisse éclater son émerveillement : « C’est beau ce que tu fais là ! Tiens, prends ça, c’est un petit cadeau ! » Et il lui tend un sachet de chocolats qui était promu en tête de gondoles.

Cette anecdote m’a renvoyé à une question qui m’intrigue : qu’est-ce que la grâce ? « C’est une faveur, un secours gratuit reçu de Dieu, qui permet de répondre à son appel », explique le catéchisme de l’Église catholique.

Oui, mais dans la vie, c’est comment ? Cette scène, un peu banale mais lumineuse, m’a dessillé les yeux.

Banale, oui ! Dieu est dans les marmites, prévenait Thérèse d’Avila.

Pourquoi pas dans une grande surface ? La petite fille est craquante, elle respire la bonté. Elle personnifie la gratuité dans un temple de l’hyperconsommation !

Quant à l’aïeul, bluffé par la générosité de l’enfant, il s’illumine. Il rend grâce en la récompensant. Il prend la vie comme un cadeau.

« Seigneur, fais-nous voir la lumière par Ta lumière », chante-t-on dans un psaume.

La petite fille et le vieil homme m’ont instruit du sens de ce verset, sans être probablement conscients d’être des signes de la Grâce.

Mais moi, j’ai obtenu la grâce de les voir éclairés ainsi. Et d’être témoin d’une cascade de grâces, dont j’ai ensuite bénéficié, en me disant sur le chemin de la maison : oui vraiment, la vie est un cadeau !

Par Michel CoolJournaliste, éditeur et écrivain (1)

(1) Auteur de Retrouver l’enthousiasme, Salvator, 140 p., 14 €.

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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 19:34

Le génie de l’Occident est dans l’analyse, la séparation, le classement, la distinction. Ainsi, on oppose le corps et l’âme, le psychologique et le spirituel, la science et la foi, le profane et le sacré, le personnel et le collectif, l’individu et la planète. Celui qui invoque le besoin d’unité ou d’intégration ne tarde pas à être accusé de confusion, de syncrétisme ou de mélange des genres. Pourtant, toutes les réalités ont simultanément leur visible et leur invisible. Et il en est une en particulier pour laquelle le dualisme ne tient pas : je veux parler de la respiration.

Le souffle est ambivalent. Il est tangible et physiologique d’un côté, immatériel et spirituel de l’autre. La technique médicale contemporaine nous permet d’observer les effets de la respiration. Mais celle-ci n’est pas qu’une fonction physiologique mobilisant poumon, circulation sanguine et oxygène. Les grandes traditions spirituelles nous aident à accéder à sa « face cachée ». Elles se sont efforcées de dire combien le souffle est aussi ce qui rend l’homme vivant, de l’intérieur.

Les ruah, nephech et neshama hébreux, les pneuma et noos grecs, les spiritus et anima latins, le prana hindouiste, le qi taoïste, l’Esprit chrétien. Tous ces termes portent, comme le mot « souffle » en français, cette ambivalence entre une réalité physiologique et un sens figuré immatériel. Ils s’inscrivent dans une culture et une anthropologie propre, et sans être tous strictement synonymes les uns des autres, ils rendent compte de ce qui nous traverse en profondeur et qui est de l’ordre de l’inspiration, de l’énergie, de la force vitale, du souffle primordial, parfois considéré comme étant d’essence divine. Autrement dit, dans toutes les cultures, la respiration n’est pas que de la respiration, elle est aussi un souffle qui rend vivant.

Le souffle est le principe agissant de la vie. Mais s’il vient à manquer, je m’essouffle, j’étouffe, je suffoque et je peux expirer… mon dernier souffle. Ces verbes, on les emploie aussi pour décrire des réalités intérieures : « En ce moment, je manque de souffle dans mon travail » ; « dans ma vie de couple, j’étouffe carrément » ; « au secours, laissez-moi respirer, de l’air ! » et vous compléterez cette liste d’expressions qui traduisent combien notre souffle vital peut être altéré, affecté par notre environnement externe et interne.

Si le souffle est physique et spirituel, il est aussi personnel et universel. Ce souffle qui m’anime en profondeur est le même que celui habite l’univers. Il est celui qui me relie aux autres vivants, depuis l’origine du monde. Il est aussi le pont entre le monde visible et invisible. Depuis peu de temps seulement, l’Occident a appauvri l’humain en le soumettant à une vision qui le coupe de son souffle vital ou, pour le dire autrement, de sa réalité pneumatique.

Je fais régulièrement l’expérience qu’être davantage présent à mon souffle qui va et qui vient, c’est être davantage présent à la Vie qui circule. Cela me donne envie d’être davantage attentif à qui expire et qui inspire en moi…

Par Jean-Guilhem XerriPsychanalyste et essayiste

(1) Auteur de (Re)vivez de l’intérieur, Cerf, 224 p., 16 €.

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