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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 20:30

Réflexion du théologien Jean-Claude Larchet dans le cadre des Eglises orthodoxes.

Extrait

Il est possible aussi de suivre la Liturgie transmise à la télévision ou sur Internet, comme le font habituellement beaucoup de personnes âgées ou de malades qui ne peuvent se déplacer, et certaines Eglises locales ont donné pour cela une bénédiction officielle[1].

Cela ne remplace pas une participation réelle, avec une présence physique au sein de la communauté, mais l’on peut néanmoins s’associer à la célébration et éprouver le sentiment d’une identité d’appartenance et d’action communautaire en une même période de temps, la communauté ecclésiale s’étendant au-delà du visible et des personnes présentes (c’est ce que l’on appelle « la communion des saints »).

Il est seulement indispensable qu’il s’agisse d’une transmission en direct, les transmissions en différé n’ayant pas les vertus que nous évoquons ici.

Il est également indispensable d’adopter une posture corporelle digne, comme à l’église, et de se mettre dans des dispositions intérieures, appropriées à un authentique service litur­gique, et non à un documentaire ou à un spectacle.

Pendant le confinement, presque tous les fidèles orthodoxes ont eu recours à ce moyen et ont expérimenté le fait que si l’on se tient dignement (en ayant de préférence devant soi, entourant le téléviseur ou l’ordinateur, quelques icônes, et en se concentrant — en s’aidant éventuellement de son livre de liturgie —, on s’intègre assez facilement à la Liturgie, au clergé et aux fidèles qui y participent, et on en ressent la grâce.

D’ailleurs, la grâce de chaque Liturgie célébrée dans le monde, s’étend invisiblement, mystiquement, à tout l’univers, car elle est en son centre l’anamnèse — l’actualisation — de l’unique Sacrifice du Christ dont les effets s’étendent pour tous les temps au monde entier.

Dans une interview récente, le métropolite de Pergame, Jean Zizioulas, condamnant la décision de certaines Eglises (dans la plupart des cas imposée) de fermer les lieux de culte et d’arrêter les célébrations, affirmait que lorsque la Liturgie n’est plus célébrée, il n’y a plus d’Eglise, mais cela n’a concerné que l’Eglise de Grèce et pour une courte durée.

En fait, pendant la période de confinement, dans la quasi-totalité des pays, la Liturgie a continué à être célébrée dans toutes les Eglises (dans les monastères, mais aussi en petit comité dans beaucoup d’églises). Et c’est cela qui est important.

Dans l’absolu, la valeur de la Liturgie ne dépend pas du nombre de participants présents, ni la valeur et la portée du Saint Sacrifice du nombre de Liturgies célébrées.

Lorsque des centaines de milliers d’églises célèbrent simultanément la Liturgie, elles actualisent, comme nous venons de le dire, l’unique sacrifice du Christ.

S’il n’y avait plus qu’une seule Liturgie qui soit célébrée, y compris par une seule des Eglises locales, cet unique Sacrifice serait célébré également, avec la même portée, car il embrasse tout l’univers.

En ce qui concerne les fidèles, il faut rappeler aussi que la Liturgie de saint Basile, que l’on célèbre pendant les dimanches du Grand Carême et en quelques autres fêtes, prévoit explicitement leur absence éventuelle, une prière demandant à Dieu de se souvenir de « ceux qui sont absents pour de justes raisons », ce qui les associe d’une certaine façon aux fidèles présents et à la grâce qui leur est dispensée.

La grâce de la Liturgie comme toute forme de grâce ne connaît aucune limite spatiale, n’est atténuée par aucune distance et n’est arrêtée par aucun obstacle maté­riel (on le constate aussi dans la prière que l’on fait pour quelqu’un qui vit dans une autre ville ou dans aucun pays, et qui en ressent les effets, et par les nombreux miracles faits à distance par les saints).

La privation de communion eucharistique

Il y a cependant une chose essentielle qu’une Liturgie retransmise, à laquelle on participe de loin, ne peut pas donner : c’est la grâce de la communion eucharistique.

Avant d’aborder cette question, rappelons cependant que communiant ou non, tout fidèle reçoit une grâce de la Liturgie elle-même: outre la communion réelle au Corps et au Sang du Christ, il y a une communion au Saint-Esprit, que le célébrant demande ou évoque plusieurs fois au cours de la Liturgie : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! » ; « Ayant demandé l’unité de la foi et la communion du Saint-Esprit, confions-nous nous-mêmes, les uns les autres, et toute notre vie au Christ notre Dieu[2]. »

Pour les raisons que nous avons précédemment données, les fidèles qui s’associent pieusement à la Liturgie sans pouvoir y participer physiquement reçoivent cette grâce à la mesure de leurs dispositions spirituelles.

La communion eucharistique est quant à elle la forme la plus haute de communion, car elle est la communion au Corps et au Sang du Christ. Cette communion est irremplaçable, car elle suppose une réception concrète, physique des Saintes Espèces.

Lors du confinement, le pape et des évêques catho- liques-romains ont remis au jour la notion de « communion spirituelle ».

Un texte la présente ainsi : « La communion spirituelle est la communion de désir: je ne peux pas communier en recevant le Corps du Seigneur pour diverses raisons, mais je désire, au plus profond de mon cœur le recevoir, m’unir à lui qui se donne pleinement, de telle sorte qu’il vive en moi.

Beaucoup de saints, à diverses époques au cours desquelles la communion sacramentelle était peu pratiquée, ont vécu quotidiennement cette communion du désir. »

Une telle attitude est recommandable aussi dans l’Église ortho­doxe ; elle peut être préparée par un jeûne eucharistique, par les « prières avant la communion », et accompagnée par la consommation d’un fragment d'antidororù et d’eau bénite, symbolisant le Corps et le Sang du Christ.

Une grâce peut incontestablement en être reçue. De tout cela, l’higoumène Thékla, dans le texte cité ci-dessous, nous donne un vivant témoignage.

Mais il est excessif d’affirmer comme le fait le texte précédem­ment cité que « [la communion spirituelle] a l’immense grâce de produire en nous des fruits comparables à la communion sacramentelle », et plus encore, comme le fait Thomas d’Aquin, que « tout se passe comme si on avait reçu celle-ci ».

On ne peut évidemment accepter l’idée, avancée par certains[3], d’une communion virtuelle, le prêtre présentant les Saints Dons devant une caméra aux fidèles placés devant leur écran.

La communion eucharistique, n’est pas substituable, et sa réalité physique est essentielle. Le Christ dit: « Prenez et mangez, ceci est mon corps ; prenez et buvez, ceci est mon sang. »

Ceux qui sont habitués à communier chaque semaine (ou plus) et en tirent de grandes forces pour leur vie, ont beaucoup souffert de la situation créée par le confinement, où ils n’ont communié.

À titre de consolation (et de préparation pour l’occurrence possible et même probable d’une situation semblable dans le futur), on peut rappeler que sainte Marie d’Egypte, dont l’Église commémore solennellement la vie sainte le cinquième dimanche du Grand Carême, n’a communié qu’une seule fois au cours de sa vie de chrétienne (soit 46 ans), le dernier Jeudi Saint qui a précédé sa mort.

Son cas n’est pas isolé : par exemple, saint Cyrille de Scythopolis, dans sa Vie de sainte Cyriaque, rapporte le cas d’une moniale qui vécut 18 ans dans la solitude sans voir un prêtre, et la Vie de la solitaire sainte Théoctiste de Lesbos, relate qu’elle ne participa pas à l’eucharistie pendant 35 années.

A l’époque de sainte Marie d’Égypte (cela est rappelé dans sa Vie qui est lue à l’église à l’occasion de cette commémoration), la coutume était que les moines vivant en communauté se retirent individuellement dans le désert au début du Grand Carême, et ne reviennent au monastère que le Jeudi Saint pour recevoir la communion.

Parmi les moines et les moniales qui vivaient constamment dans le désert, mais avaient néanmoins la possibilité de se rendre dans une église, beaucoup refusaient de quitter leur solitude pour participer à la Liturgie du dimanche et y communier[4].

Le fait que le confinement, dans bon nombre de pays, ait, dans sa plus grande période, coïncidé avec le Grand Carême, a rendu les chrétiens orthodoxes particulièrement attentifs à ce fait, et le patriarche Cyrille de

Moscou lui-même, dans son homélie pour le « dimanche de sainte Marie d’Egypte », l’a cité en exemple pour exhorter les fidèles à la patience dans cette épreuve de privation de communion[5].

On peut rappeler aussi que beaucoup de Pères retirés dans le désert ne communiaient, au plus, qu’une fois par an.

Aujourd’hui encore, il y a dans les déserts (notamment ceux du Mont-Athos) des moines qui ne sont pas prêtres et qui n’ont pas la possibilité non seulement de célébrer la Liturgie, mais d’y participer régulièrement et de communier.

Les chrétiens, par la force des choses, ont été soumis au même éloignement de la communion eucharistique pendant la période du confinement et aussi parfois pendant une partie de la période de dé-confinement.

Ils ont pu dans leur maison ou leur appartement (qui est devenu pour beaucoup, dans notre monde de mouvement incessant et d’occupations extérieures, aussi austère qu’un désert) partager un peu l’expérience de ces pères et de ces soeurs.

Cette expérience n’est pas totalement négative; il est possible d’en tirer certains bénéfices.

Tout d’abord aujourd’hui, dans la diaspora surtout, la communion est devenue fréquente pour ne pas dire systématique (alors qu’il y a quelques décennies, dans les pays orthodoxes, elle était au contraire rare), à tel point qu’il y a un risque qu’elle se banalise.

Alors que la préparation à la com­munion est traditionnellement exigeante, notamment par la confession, le jeûne et le grand nombre de prières prérequis la veille et le jour même, dans beaucoup de paroisses orthodoxes occidentales elle s’est allégée et a même parfois disparu[6].

Il y a quelques années, l’évêque serbe bien connu MgrAthanase Jevtic disait qu’il est utile de jeûner périodiquement de la communion, afin de retrouver le sens de sa gravité, et de s’approcher d’elle en en ressentant véritablement le désir et le besoin.

Un autre argument qui peut aider les fidèles à supporter un délai dans la réception de la communion est que les effets de celle-ci ne se dissipent pas après l’avoir reçue. Ceux-ci sont proportionnels à la qualité de notre réceptivité[7], et cette réceptivité concerne non seulement notre état de préparation à la communion, mais notre état à son égard après l’avoir reçue.

Pour nous aider, l’Eglise nous fournit une série de prières avant la communion et après la communion.

Certains pères spirituels incitent leurs enfants spirituels à lire chaque jour les « prières après la communion » jusqu’à la communion suivante, de manière à garder la conscience « des dons précieux qui ont été reçus » et à continuer à actualiser la grâce qu’ils ont apportée.

Comme conclusion à ces réflexions sur la privation temporaire de services liturgiques et de communion, je voudrais citer le beau texte de consolation écrit par Mère Thékla, fille spirituelle du Père Éphrem de Philothéou et d’Arizona, et higoumène, au Canada, du monastère de la Protection de la Mère de Dieu. Son expérience est celle de beaucoup de monastères féminins dans les pays orthodoxes mêmes, où les Liturgies sont souvent espacées et la plupart des offices célébrés sans prêtre, parce que les desservants viennent de l’extérieur et ont le plus souvent par ailleurs la charge d’une paroisse.

Il nous montre comment il est possible d’assumer avec grâce et profit spirituel le manque de Liturgie et de communion eucharistique, et comment la fermeture des églises peut être l’occasion d’une floraison d’« églises domestiques » et de l’application de ce conseil de saint Jean Chrysostome: « Fais de ta maison une église[8]. »

« Entré dans la quatrième semaine du Grand Carême, et en vue de la venue des jours saints de Pâques, le stress et la peur qui nous sont imposés, la pression qui se développe en essayant de gouverner le monastère dans de telles circonstances et la profonde tristesse qui remplit mon cœur de la douleur et de la tristesse des gens autour de nous, en raison de leur manque de certaines nécessités de base mais surtout en raison de la privation de la consolation et de la force offertes par la fréquentation de l’Église et la médecine la plus forte, la Sainte Communion, m’ont amené à l’isolement et à la prière.

J’ai imploré et j’im­plore continuellement Dieu d’envoyer Son ineffable miséricorde au monde, de guérir les malades pour les fortifier, de réconforter les personnes âgées et celles qui sont frappées par la solitude et vivent des situations difficiles.

Je me sentais en quelque sorte coupable parce que nous, au monastère, en ces temps, nous sommes réconfortés par la vie sacramentelle, alors qu’au contraire nos frères en manquent, et je cherchais un moyen de les réconforter.

Puis j’ai entendu une voix qui me disait: « Tu te souviens de ce que tu faisais ? » Alors, comme si mon esprit s’était ouvert, j’ai vu et, croyez-moi, j’ai revécu, en les ressentant, ces moments uniques.

Lorsque je suis entrée en 1975 au monastère, qui était un métochion[9] du saint monastère de Philothéou au Mont Athos, ce dernier ne comptait pas beaucoup de moines et il avait très peu de prêtres.

Il n’y avait donc pas assez de prêtres pour desservir les métochia. Donc, pendant de nombreuses années, nous n’avions pas de prêtre pour répondre à nos besoins.

Quelqu’un venait - très rarement - tout au long de l’année, mais jamais lors des grandes fêtes, c’est-à-dire la Nativité du Christ, la Pâque, l’Annonciation, la Pentecôte. On nous laissait toujours sans prêtre pour ces jours saints.

Si une telle situation se produisait dans une paroisse, les paroissiens se plaindraient, crieraient, utiliseraient des mots indécents, peut-être même maudiraient, et le seul à être heureux de tout cela serait le « Tentateur » avec ses anges.

Pour nous, c’était le contraire. Nous jeûnions comme pour préparer la Sainte Communion, nous nous réunissions dans notre chapelle qui était une extension d’un couloir. Nous lisions les offices, et à la fin, notre très sainte Gerondissa[10] Makrina nous « communiait » en nous donnant de la grande eau bénite[11] et de Yantidoron.

Elle nous disait toujours que « si nous étions spirituellement comme il se doit, il serait alors possible de recevoir la Sainte Communion de la main des saints anges, comme nous l’avons lu à maintes reprises dans les Vies des Saints ».

Croyez-moi, à l’époque, nous avons vécu de nombreux moments célestes que nous n’avons jamais revus, même après avoir eu un prêtre permanent et

avoir servi les Liturgies de quarante jours[12].

Maintenant; je me rends compte qu’en raison de la privation mais aussi du grand zèle et de la patience dont nous faisiom preuve, le Seigneur nous bénissait avec la Grâce qui accompagne le martyre.

La chapelle était parfumée comme si quelqu’un l’avait aspergée de myrrhon. A nos yeux coulaient de larmes sans fin. Notre cœur bondissait avec la grâce de Dieu.

Les jours où nous étions censées « communier », sans même nous en rendre compte, nous parlions doucement parce que nous avions l’impression d’avoir participé à une cérémonie sacrée.

En disant la prière, notre bouche avait le goût d’un bonbon très parfumé. Nous ressentions la Présence de la Sainte Communion, même si nous ne l’avions pas reçue, et tout au long de la journée, nous faisions attention à ne pas cracher, ni mâcher de chewing-gum et le jeter. Le sentiment de la présence de la Sainte Communion était si grand!...

Peu importe ce que j’écris, il n’est pas possible de décrire le sentiment de grâce du Christ que nous avons vécu à l’époque des privations, car il n’y a pas de mots pour l’exprimer.

Quelques années plus tard, au saint monastère de Philothéou, le nombre de prêtres a augmenté et nous n’avions plus de problème pour avoir un prêtre desservant ; tout a trouvé sa place dans notre monastère.

Après 19 ans, lorsque l’obéissance nous a amenées, sœur Ephraïmia et moi, ici au Canada, nous avons de nouveau rencontré le même problème : le manque de prêtres.

Pendant 7 ans, notre monastère n’a pas eu de prêtre. Mais alors, ce n’était pas si grave, car les prêtres ici avaient reçu l’ordre de l’archevêque de venir pendant la semaine et d’y servir la Divine Liturgie, afin que nous puissions communier.

Cependant, les samedis, dimanches et jours de fête, nous n’avions pas de prêtre: les prêtres devaient officier dans leurs propres paroisses et communautés.

Ainsi, nous lisions les offices, nous décorions nous-mêmes les icônes, la Croix pour l’élévation de la Sainte Croix et pour le dimanche de la vénération de la Croix pendant le Grand Carême; nous sortions la Croix du Seigneur le Jeudi Saint; et nous essayions de remonter le moral des jeunes novices, qui n’avaient aucune expérience de ces choses.

Ces expériences, ainsi que bien d’autres, sont maintenant une richesse qui existe en nous et, chaque fois que c’est nécessaire, nous ouvrons la « boîte aux trésors » des expériences et nous choisissons ce qui est nécessaire en fonction des circonstances.

Puis soudain, comme si mon esprit s'ouvrait et que je revivais très intensément tout cet état spirituel, comme s’il était une réponse à ma prière, le message étant que quiconque se prépare avec humilité, sans gronder ni protester, mais avec beaucoup de prières et de foi en la Providence de Dieu, et reçoit de l’eau bénite et du pain bénit en remplacement de la Sainte Communion, et considère que Dieu ne m’a pas permis de recevoir la Sainte Communion, comme étant “indigne et non préparé”, alors cette personne sera comblée par la grâce de Dieu, comme de l'endurance du martyr, selon ce que disait saint Luc le Chirurgien : “J’ai beaucoup aimé la grâce du martyr, qui purifie si merveilleusement l’âme.”

Le Tentateur voulait fermer les églises; transfor­mons nos maisons en églises. Il a fermé 11 églises; ouvrons-en 11000.

Que chaque maison devienne une église; que la prière s’élève comme un flambeau de feu vers le Ciel; que l’encens embaume tous les quartiers; que le cierge et la lampade soient tou­jours allumés.

Assistons aux offices par les médias numériques, en priant ensemble, et non en nous allongeant, en mangeant ou en fumant.

Si nous faisons cela, au lieu de fermer les églises, elles se développeront et se répandront et des villes entières deviendront des églises[13]. »

 

[1]  Voir par exemple le Communiqué du Saint-Synode de l’Église orthodoxe serbe du 28 mars 2020 : « Nous donnons notre béné­diction à nos fidèles, avec amour paternel, pastoral et responsable, pour suivre les offices sacrés diffusés en direct à la télévision, à la radio ou sur les sites internet ecclésiastiques. » Voir aussi le message aux fidèles du métropolite Hilarion, primat de l’Église Russe Hors- Frontières du 1er avril 2020: « Nombreux sont ceux qui unissent leur prière et se joignent aux services divins transmis en direct sur internet, créant ainsi une atmosphère de prière dans leurs propres maisons. J’ai même entendu dire que certains fidèles allument chez eux des bougies et des lampes et, se tenant debout dans leur “beau coin”, suivent l’office en direct et y joignent leur prière. Je pense qu’une telle “présence” à l’église a pour eux une vertu équivalente à celle d’une présence effective, et incline vers eux la miséricorde de Dieu » (texte sur le site orthodox-europe.org le 02.04.2020, trad. fr. sur orthodoxie.com).

[2] Liturgie de saint Jean Chrysostome et Liturgie de Saint Basile.

[3]   Entre autres, le diacre Aiidré Kuraev dans son Livejournal le 13 mai 2020.

[4] Voir R. Taft, A History ofthe Liturgy ofSt. John Chrysostom, vol. VI, The Communion, Thanksgiving, and Concluding Rites, Rome, 2008, p. 354-355.

[5]  Texte complet en traduction française sur le site egliserusse.eu.

[6]  Il y a certainement sur ce point une influence du catholicisme, où la communion se fait, depuis la débâcle qui a suivi le concile Vatican II, sans aucune préparation.

[7]  C’est une doctrine classique chez les Pères grecs, qui appellent cette proportionnalité analogia.

[8] Homélies sur la Genèse, VI, 7, SC 433, p. 296,

[9] Dépendance extérieure d’un monastère.

[10]        Higoumène du monastère.

[11]        Celle qui a été bénie à la fête de la Théophanie.

[12] Liturgies que l’on célèbre dans les monastères chaque jour pendant quarante jours en mémoire des défunts.

[13] Dans Pemptousia, 15 avril 2020.

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 20:30
Marie qui défait les nœuds

Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Le plus court chemin entre Augsbourg en Allemagne et Toulon (Var, sud de la France) n’est-il pas de passer par Milan en Italie ? Voire, si l’on préfère, de passer par Lyon (France)… Ce n’est pourtant pas le chemin qu’a pris Marie qui défait les nœuds pour venir s’installer au bord de la Méditerranée. Non, Marie n’a pas hésité à faire un détour de quelque 10 000 km avant de choisir une église bercée par le chant des cigales. Elle est d’abord passée par l’Amérique du Sud et, de là, s’est établie à Toulon.

Une dévotion mais pas d’apparition. Depuis 25 ans, la dévotion à Marie qui défait les nœuds se répand comme une traînée de poudre dans le monde entier. Marie se hâte de venir à nous. Elle accourt avec toutes les grâces qu’elle a en réserve pour nous, pour défaire les nœuds de notre vie compliquée. Les témoignages d’exaucement, de guérison et de réconciliation pleuvent. Partout, on prie Marie qui défait les nœuds et des sanctuaires se créent pour accueillir les pèlerins. Pourtant, nulle trace d’apparition de Marie qui défait les nœuds dans l’histoire de l’Église… Personne n’a bénéficié de l’apparition de cette Vierge dont la tête délicatement penchée sur son cœur nous pousse à nous confier à elle. Tout dans son attitude nous invite à nous tourner vers elle pour lui permettre enfin d’exercer sur nous sa maternité aimante et nous secourir dans nos angoisses.

D’Augsbourg à Buenos Aires. À l’origine de cette dévotion se trouve un tableau qui a plus de trois siècles. Pendant presque 300 ans, l’histoire de ce tableau est restée comme voilée aux yeux du monde entier. Exposé dans une église en Bavière, il est l’objet d’une dévotion qui reste locale et ne se répand pas. Son auteur est un peintre allemand, Johann Schmidtner, qui l’a réalisé vers 1700 sur la demande très précise d’un prêtre de l’église de Saint-Pierre de Perlach à Augsbourg (Bavière). Ce prêtre, Jérôme Ambroise von Langenmantel, l’a commandé en action de grâces pour un couple en grande difficulté et au bord du divorce. Ce prêtre qui a un grand amour de la Vierge Marie s’est tout naturellement tourné vers elle, pour qu’elle intercède pour ce couple. C’est Marie qui défait les Nœuds qui permettra à ce couple de retrouver cet amour. Et ce tableau restera dans l’ombre, jusqu’en 1983… À cette date, un prêtre jésuite argentin, Jorge Mario Bergoglio (devenu plus tard archevêque de Buenos Aires puis le pape François en 2013), de passage en Bavière pour ses études, est bouleversé par l’image de Marie qui défait les nœuds et en rapporte plusieurs reproductions dans ses valises à Buenos Aires.

Des reproductions miraculeuses. Une femme en particulier est touchée à son tour par une de ces images : c’est l’artiste argentine Ana Maria Berti de Betta qui réalise quatre grandes reproductions du tableau. L’une d’elle est placée, par le Père Bergoglio lui-même, à l’Université catholique El Salvador de Buenos Aires, dans la chapelle. Des témoignages commencent rapidement à circuler. Mais la chapelle de l’université est petite et des paroissiens de San José del Talar (paroisse à 17 km), demandent alors à leur curé d’accrocher dans l’église une autre copie du tableau. Le jour de l’inauguration officielle du tableau, 5 000 personnes sont présentes ! Très vite, une autre paroisse de la ville acquiert une troisième réplique du fameux tableau : c’est la paroisse de San Juan Bautista dont le curé est le père Juan Celeiro. Touché par la ferveur de ses paroissiens qui viennent déposer leurs fardeaux aux pieds de Marie, il écrit en 1997 une neuvaine pour mettre en mots le cri qui monte de leurs cœurs. Les pèlerins viennent par milliers. Parmi eux, un couple franco-brésilien qui arrive de Campinas au Brésil. Elle est une femme médecin brésilienne (Suzel) et lui est un Français, ancien pilote d’avion (Denis Bourgerie). Tous les deux ont une grande dévotion à Marie et œuvrent pour elle. Ils ont un coup de cœur pour elle et la ramènent dans leur pays où ils fondent le plus grand sanctuaire à ce jour dédié à Marie qui défait les nœuds : plus de 1 000 personnes tous les jours et plus de 150 000 personnes chaque 8 décembre ! Des pèlerins viennent de tous les États du Brésil, mais aussi du monde entier.

Marie, chez elle à Toulon. En juillet 2013, arrive un jour à Campinas un prêtre du diocèse de Fréjus-Toulon : le Père François-Régis de Joigny. Il est arrivé là sur une invitation de Denis Bourgerie qu’il a croisé en France et avec qui il s’est lié d’amitié. Il reste trois semaines sur place, à vivre au rythme du sanctuaire, du va-et-vient incessant des pèlerins et des retransmissions de la « webTV » créée pour les immenses besoins. Sa motivation : Marie qui défait les nœuds. Son désir : répandre la neuvaine à Marie qui défait les nœuds dont il a déjà expérimenté la puissance. Il est touché par la ferveur que suscite la Vierge, spécialement lors d’une messe qu’il célèbre devant des milliers de pèlerins. De retour en France dans son petit village de 5 000 habitants (Flayosc, Var), il décide de célébrer tous les lundis soir une messe en l’honneur de Marie qui défait les nœuds. Alors qu’il comptabilise entre 2 et 5 paroissiens lors des eucharisties de semaine, 12 personnes sont là dès la première célébration. Le « bouche à oreille » fonctionne déjà. Pour autant, le culte se développe peu. Le Père de Joigny ne se décourage pas, continue sa messe hebdomadaire et surtout fait de la publicité pour la neuvaine. C’est alors que son évêque, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, le nomme à l’été 2015 à la paroisse toulonnaise de l’Immaculée Conception. Il se trouve que la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre est aussi celle de Marie qui défait les nœuds ! Dès son arrivée, il partage à ses nouveaux paroissiens son attachement à cette dévotion et son désir de continuer à la propager. Beaucoup la connaissent déjà et sont enthousiastes. Encore une fois, il assiste au même « bouche à oreille », mais cette fois, l’effet est décuplé ! 15 à 20 paroissiens en semaine, 60 dès la première messe à Marie qui défait les nœuds le lundi soir ! Marie est chez elle…

Un sanctuaire nouveau. Constatant la vénération dont Marie fait l’objet, le prêtre décide de nourrir ses paroissiens par un enseignement approfondi et invite Denis Bourgerie à prêcher une retraite à l’automne 2016. Dans la foulée est créé un groupe de prière par quelques personnes qui veulent s’impliquer. Le groupe se réunit tous les mardis soir aux pieds de Marie. Au programme, louange, enseignement, chapelet et adoration. Mais Marie ne s’arrête pas là, elle a encore d’autres idées pour se faire connaître. En juin 2017, une fois la célébration des ordinations sacerdotales du diocèse de Fréjus-Toulon terminée, le Père de Joigny discute sur place avec quelques « fans de Marie ». Ils l’invitent à créer un sanctuaire à Marie qui défait les Nœuds. Ce à quoi, il rétorque qu’il n’a aucune idée des démarches à accomplir pour porter un tel projet. Nullement déstabilisés, les paroissiens l’envoient vers Mgr Rey qui discute aussi à quelques pas de là.
- « Monseigneur, comment fait-on pour ériger un sanctuaire ? »
- « Il faut m’en faire la demande » lui répond l’évêque.
- « Alors, je vous le demande ! »
 Et les démarches sont lancées ! Il faut trouver un lieu adéquat dans l’église, un autel pour déposer la statue de Marie et rafraîchir les peintures des piliers de la nef : en blanc et en bleu ! Tous les paroissiens se mobilisent et tout est prêt pour la bénédiction du sanctuaire qui a lieu le 12 février 2018, devant une église pleine de pèlerins et en présence de Mgr Dominique Rey. Un sanctuaire de Marie qui défait les nœuds en France vient de naître. Aujourd’hui, les pèlerins qui affluent tous les lundis soir à 18h ont vu leur nombre plus que doubler, ils sont entre 100 et 150 y compris pendant les vacances scolaires. Et le mardi soir à 20h15 pour le groupe de prière, nombreux sont ceux qui viennent louer, prier, écouter l’enseignement et adorer devant le sanctuaire. Le Père de Joigny a encore plusieurs projets pour Marie, qui verront le jour quand la Providence ouvrira les portes : modernisation du site Internet, ouverture d’une librairie, de lieux d’écoute et de confession, d’un lieu simple de restauration…

Demander à la Vierge Marie est une bonne chose, mais lorsque l’on est exaucé, sachons dire MERCI.

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 20:30

Majoritairement rattachés au christianisme antique, les Pères de l’Église ont façonné la doctrine chrétienne. Ils représentent une source inépuisable pour les théologiens.

À quelle époque appartiennent les Pères de l’église ?
L’Église catholique considère comme « Pères » les auteurs qui appartiennent à la période du christianisme primitif. Du Ier siècle après J.-C. au début de la chrétienté médiévale au VIIe siècle, des hommes – généralement des évêques ou des responsables pastoraux, considérés comme saints – écrivent, à la suite des Apôtres, pour constituer les dogmes de la foi.

Les différentes doctrines des Pères sont influencées par le contexte historique dans lequel ils écrivent. Les Pères apostoliques sont ainsi les premiers à bâtir une théologie chrétienne, à l’époque où la foi ne se transmet qu’oralement dans les premières communautés.

Les apologistes cherchent, eux, à défendre la foi des chrétiens persécutés sous l’Empire romain, et à démontrer l’infériorité de la religion païenne.

« Tous ont en commun le souci de mettre en mots la foi, par une œuvre littéraire prolifique, explique Bruno Bureau, professeur de langue et littérature latine à l’université Lyon 3.

Ils cherchent à adopter une démarche scientifique pour développer leur théologie, qui doit prendre une forme nouvelle, en rupture avec le judaïsme. »

Dans l’orthodoxie, en revanche, les Pères de l’Église ne s’inscrivent pas seulement dans la période antique mais traversent tous les âges.

Mort en 1979, le théologien serbe Justin Popovic est par exemple considéré comme tel.

« Alors que l’Église catholique ne compte dans ses rangs que des auteurs et théologiens, l’Église orthodoxe compte des saints qui n’ont pas forcément écrit mais ont légué un héritage spirituel, relève Jean-Claude Larchet, docteur en théologie à l’université de Strasbourg. Les Pères ne sont pas perçus comme des figures du passé mais comme des figures familières, vénérées dans les lieux de culte. »

Comment ont-ils établi la doctrine chrétienne ?
Très érudits, les Pères de l’Église sont de fins connaisseurs de la philosophie grecque païenne, et s’en inspirent pour construire les dogmes chrétiens.

« La théologie ne date pas du christianisme, puisque de nombreux philosophes grecs en ont développé une, souligne Jean Reynard, chercheur helléniste au CNRS.

C’est d’ailleurs Aristote qui a mentionné en premier ce terme au IVe siècle avant J.-C. ». Le stoïcisme de Sénèque au Ier siècle avant notre ère, de même que le néoplatonisme de Plotin au IIIe siècle après J.-C., sont les deux courants de pensée grecque qui exercent une grande influence sur cette nouvelle théologie chrétienne.

Au fil des siècles, les évêques se réunissent lors de conciles pour constituer un canon des auteurs patristiques, qui permet de définir l’orthodoxie chrétienne.

Le décret pseudo-gélasien, dont les différentes parties sont généralement datées entre le IVe et le VIe siècle, fait ainsi la liste des auteurs à lire et à ne pas lire.

Parmi les exclus figure Origène, pourtant considéré comme le Père de l’exégèse biblique, c’est-à-dire l’étude approfondie de la Bible. Comme beaucoup d’auteurs chrétiens ne figurant pas dans le canon, Origène a conservé son statut de Père grâce à la tradition ecclésiale.

« Ses œuvres sont brûlées, considérées comme hérétiques par l’Église en raison de dogmes discordants, rappelle Jean Reynard.

Et pourtant, il constitue un socle sur lequel tous les auteurs se reposent sans le dire à haute voix. »

Les Pères de l’Église se définissent donc aussi par leur rôle de support pour les auteurs qui leur succèdent, nommés « docteurs » de l’Église (1).

« À l’aube de la période médiévale, l’Église considère que les grands principes de la doctrine chrétienne ont été établis par les Pères, et leurs successeurs prennent exemple sur eux, analyse Bruno Bureau.

Ils se placent sous leur autorité, comme Cassiodore lorsqu’il affirme s’inscrire dans les pas d’Augustin dans la préface de son commentaire sur les Psaumes. »

Quelle est la différence entre les Pères grecs et latins ?
Alors que le latin est considéré comme la langue du pouvoir sous l’Empire romain, les premiers Pères de l’Église cherchent à fédérer des communautés chrétiennes encore marginales, nées en Orient, en reprenant la langue grecque des Évangiles écrits par les Apôtres.

Au IIe siècle, ce sont encore des Pères de langue grecque comme Justin ou Origène qui retranscrivent les premiers rites de la foi chrétienne et posent les jalons de l’exégèse biblique. La littérature chrétienne latine doit attendre la fin du IIe siècle pour faire ses débuts avant d’atteindre son apogée aux IVe et Ve siècles et de façonner la tradition occidentale.

L’Église latine reconnaît ainsi quatre hommes d’Église comme ses Pères fondateurs – Ambroise, Jérôme, Augustin et Jean Cassien. Cette époque est alors celle de l’âge d’or patristique, où émergent des auteurs particulièrement savants, au style raffiné, et dont les doctrines pointues décident de l’orthodoxie chrétienne.

« Augustin est l’un des auteurs les plus prolifiques de toute l’histoire de la littérature, note Bruno Bureau. Mais l’essor d’une telle figure est impensable avant le IVe siècle, car il faut attendre que le christianisme devienne religion d’État pour qu’une élite chrétienne se forme réellement. »

Mais cet âge d’or compte aussi des Pères de langue grecque, comme Jean Chrysostome, appelé « bouche d’or » en raison de son talent oratoire.

Avec les Cappadociens, originaires de l’antique Turquie, il fait partie des auteurs qui ont exercé une grande influence sur l’Église de rite oriental.

« Dans sa tradition, l’Église orthodoxe met davantage en avant les Pères grecs mais nous vénérons aussi des Pères latins, insiste Jean-Claude Larchet.

Il faut comprendre que sous l’Empire romain, l’Occident et l’Orient sont encore en symbiose, malgré certaines sensibilités différentes sur le plan de la théologie. »

C’est partir du IXe siècle et l’avènement des Carolingiens en Occident, que la fissure va se creuser entre les deux traditions grecque et latine.

Le mot
Arianisme
Au IVe siècle, à l’époque où la littérature chrétienne antique atteint son apogée, la doctrine d’Arius connaît un fulgurant succès.

Le prêtre, originaire d’Égypte, cherche à approfondir le dogme chrétien de la Trinité et affirme que Jésus n’est pas de même nature que Dieu, son Père, mais qu’il est inférieur à lui.

Une querelle autour de la divinité du Christ divise alors les théologiens, jusqu’aux empereurs romains eux-mêmes.

Ceux que la tradition conserve parmi ses « Pères de l’Église » s’érigent contre les disciples de l’arianisme.

En 325, le Concile de Nicée les déclare hérétiques, et conserve la doctrine que nous connaissons aujourd’hui.

ce qu’il faut retenir
Des figures d’autorité dans l’Église
Les Pères sont des hommes d’Église qui ont établi les dogmes de la foi chrétienne en faisant acte d’écriture, à la suite des Apôtres.

Souvent reconnus pour leur sainteté de vie, ils appartiennent, selon l’Église catholique, à la période de l’Antiquité tardive, avant l’ère de la chrétienté médiévale.

Au fil de l’histoire, lors d’assemblées ecclésiales, des canons ont permis de définir les auteurs chrétiens considérés comme Pères de l’Église.

Ils ont ainsi façonné la pensée doctrinale de l’Église, qui a bâti son autorité sur des dogmes. D’autres auteurs, non officiels, perdurent dans la tradition.

Les différentes branches chrétiennes ont privilégié la réception de certaines figures.

L’Église occidentale est fortement influencée par des auteurs latins du IVe siècle, comme Augustin, tandis que l’Église orthodoxe est plus marquée par les auteurs de langue grecque, comme les Cappadociens.

Caroline Celle

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