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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 22:55

La vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Cette question a été posée par l'un des philosophes modernes.

Or, ni un kangourou ni un papillon ne se poserait jamais une telle question. Aucun être vivant n'essaierait de comprendre son existence par son seul instinct.

Pourtant, l'homme a en lui quelque chose qui le distingue des choses et des êtres ordinaires, quelque chose qui l'oblige à comprendre sa vie.

Pourtant, la plupart des gens sont faibles, c'est pourquoi ils traversent la vie sans en connaître le sens.

Dans l'Antiquité, de  nombreux  philosophes,  arrivés  à  l'idée  que  leur  vie n'était  pas  enracinée  dans  l'éternité,  ont  délibérément choisi d'y mettre fin.

Heureusement, ils furent toujours en minorité. La plupart des gens sont nés et vivent jusqu'à un âge avancé, se détournant instinctivement des questions éternelles pressantes. Cependant, tout le drame de la vie chrétienne consiste à nous réveiller du sommeil. Non pas pour nous mener à une impasse et au suicide, mais pour une percée dans la vie éternelle. C'est une question très grave.

Saint Jean de Cronstadt a comparé l'homme à une poule.

Une  poule  naît  deux  fois.  Au  début,  la  poule  subit  les douleurs de l'accouchement  et pond un œuf.

Mais ce qui naît n'est pas encore une poule. Maintenant, l'œuf doit être couvé et éclos.

Ce n'est qu'après une longue période d'incubation qu'un être vivant poilu, humide et drôlement jaune éclora de l'intérieur d'une coquille morte. L'homme aussi doit naître deux fois.

D'abord, comme une jeune grenouille, comme Mowgli, comme un petit humain ; puis comme une personne, comme un être humain intelligent, comme un enfant de Dieu par Grâce.

Celui qui ne naît pas deux fois restera un œuf. Il est destiné à être mangé, à la coque ou dur ; à être mangé cru par un humain ou un animal. Les détails n'ont pas d'importance. Il y a beaucoup de gens dans cette situation.

À  la  lumière  de  ce  qui  a  été  dit,  il  y  a  une  beauté particulière dans le rituel de la bénédiction d'un œuf décoré et dans tout ce qui est lié aux œufs de Pâques.

Comme nous le savons, c'est un œuf qui a été offert en cadeau à l'empereur Tibère par Marie-Madeleine. Tout cela parce que nous sommes comme les œufs.

L'éveil  à  une  vie  consciente  et  intelligente  peut  être comparé à une résurrection d'entre les morts.

Le Christ ressuscité manifeste Sa présence constante dans notre monde par le fait qu'un grand nombre de personnes, ayant entendu Son Nom, ayant lu Sa Parole et ayant goûté à Ses Mystères,  jettent  leur  linceul  funéraire  et,  comme  un papillon sorti d'un cocon, volent vers le haut pour s'envoler, vivant une nouvelle vie.

Telle est la signification de la célébration de la Résurrection du Christ. Si nous ne nous relevons pas d'une mort vivante et malodorante, si nous ne
 
nous levons pas et ne commençons  pas à nous déplacer après avoir été longtemps couchés dans un cercueil - que ce soit par négligence, par découragement ou par haine - alors notre foi est vaine (1 Cor. 15:14).

La  Résurrection  du  Christ  justifie  la  vie  humaine  et  lui donne en même temps un sens.

La croyance en la résurrection  se  situe  à  mi-chemin  entre  l'enseignement selon lequel il n'y a pas de vie après la mort et la doctrine de  la  réincarnation.  Celles-ci  nous  attaquent  des  deux côtés.

Certains comparent les êtres humains à de l'herbe ; dès que quelqu'un est fauché par la mort, ils s'empressent de le livrer à un feu anéantissant comme s'il n'avait jamais existé.

D'autres, ayant le sentiment de l'éternité dans leur cœur mais ne croyant pas au Christ, fantasmeront sur leur vie passée ou future comme un poisson, un moustique, un buffle, etc.

Le Christ miséricordieux nous sauve de l'un de ces dangers et ne nous laisse pas tomber dans l'autre.

Par Son Incarnation unique et Sa mort et Sa résurrection rédemptrices tout aussi uniques, il nous permet de comprendre que nous sommes à la fois éternels et uniques.

Dans Son hypostase, le Christ a assumé la totalité de la nature humaine. Cela signifie que tous seront ressuscités, ceux qui le veulent et ceux qui ne le veulent pas, ceux qui le savent et ceux qui n'y ont jamais pensé.

Le Christ a vécu une seule vie sur terre. Il ne s'incarnera pas une deuxième fois, il ne sera pas crucifié à nouveau, il ne sera plus ressuscité.  

Cela signifie que nous aussi, nous vivons une seule vie. Nous l'écrivons comme une copie unique ; il n'y a pas de brouillons.

S'étant incarné et ayant souffert, le Christ a gagné le droit de juger les gens. En tant que Dieu, Il avait le pouvoir de le faire, mais les gens ne considéraient pas qu'Il en avait le droit.

Dieu est en haut et au loin, pensaient les gens. Il est saint  et  pur.  Nous  vivons  ici-bas  dans  la  saleté  et  les péchés, et il n'y a rien de commun entre nous et Lui.

"Es-tu capable de nous juger", pourrait-on dire au Grand Dieu du Ciel, "nous qui rampons comme des vers dans les péchés?

Parce que Dieu est bon, cet argument est monstrueux. Mais pour  l'arracher comme  une  piqûre  des  lèvres  humaines rusées et flatteuses, Dieu personnellement, dans Son Fils, s'est uni à la nature humaine, est descendu vers nous et est devenu l'un des nôtres.

Avant sa résurrection, Il fut un bébé,  il fut allaité  et pleura  de faim.  Il avait  besoin  de chaleur et de protection.

Quand Il grandit, Il travailla dur, se fatigua, et froid et    faim. Il se déplaça à pied. Il fut insulté par Ses compatriotes et injurié par les scribes; Il fut trahi par un disciple et renié par un autre.

Il vécut et ressentit, dans notre peau, tout ce qui pouvait être vécu sur terre. Il a le droit de nous juger - non pas parce qu'Il est Dieu, mais parce qu'Il est l'Homme.

A cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards; Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes,   (Isaïe 53:11). Là où deux ou trois sont réunis en Son nom, Il a promis de rester mystiquement parmi eux.

Et Il habite parmi nous maintenant, car c'est en Son Nom que nous  célébrons.  En tant que précurseur  pionnier  de notre salut (cf. Hébreux  2:10), Il nous conduit vers une terre de paix.

C'est là que se trouvent la justification, la compréhension et la sanctification de notre existence temporaire.

L'Église tout entière est la continuation à travers l'histoire du  fait  de  la  vérité de  la  Résurrection  de  Jésus-Christ d'entre les morts, un fait éternel et qui, comme un rayon de lumière, traverse les siècles.

C'est  de  cette  source  que  proviennent  le  courage  des martyrs, la sagesse des saints, la patience des vénérables et la miséricorde des désintéressés. Tout acte d'ascèse et tout ce qui est sacré se nourrit de cette source.

Même si nous ne sommes pas nous-mêmes vénérables, ni martyrs ou saints, nous vivons et respirons encore par ce seul fait nouveau dans la vie de l'homme - même si nous ne nous en rendons pas compte.

Pourtant, il serait certainement bénéfique pour nous d'en être conscients. Car, en fait, il y a une bonne raison pour laquelle l'esprit aussi bien que le cœur sont nécessaires.

Archiprêtre André Tkatchev
Version française Claude Lopez-Ginisty d'après
ORTHOCHRISTIAN

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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 22:55

L'Esprit te guide ou te rappelle à l'ordre par petites frappes, délicates le plus souvent, discrètes mais insistantes, comme de légères pressions, d'amicales bourrades ou de brèves poussées du bout du doigt.

Un coeur attentif t'apprendra à les distinguer de tes humeurs, à reconnaître ce mélange inimitable de douceur et de fermeté.

L'Esprit d'amour ignore le général. Certes, il vise le tout, mais en passant par le singulier, sans négliger la moindre parcelle, qui a sa place dans l'universel qu'il façonne.

Aussi est-il le membre en même temps que le corps.

Si tu veux marcher à son pas, il te faudra suivre cette ligne de crête à la jointure du paradoxe, garder constamment ce difficile équilibre que tu réapprendras dans le recul clairvoyant de la prière.

Mais je t'en supplie, de grâce, fuis toute manifestation bruyante, l'exaltation, l'exubérance, la démonstration, trop grossières, trop affectées pour celui qui mesure tout à l'aune de la présence.

L'Esprit t'attend dans les méandres de la maturation, la lente transformation du coeur qui renouvellera ta chair. Il travaille en sous-main.

II progresse de l'intérieur, parce qu'il entraîne avec lui toute la pâte, tout ce qu'il traverse, tout ce qu'il touche de son souffle continu.

La prière est son milieu, sa matrice. Il insuffle, il aimante, il oriente, d'une main experte et pacifiante.

Son oeuvre peut paraître d'une faiblesse presque dérisoire à l'échelle de notre impatience, d'une puissance inouïe en regard de son déploiement dans la durée.

En t'abandonnant à son action, tu entres dans une autre perception du temps, non plus seulement du temps pour Dieu, mais le temps de Dieu, un temps qui lui appartienne en vérité, qui ne soit plus le nôtre, notre petite affaire, un temps habité et non plus employé...

Comment dire ? Par quel paradoxe encore te permettre d'entrevoir ce qui ne parait pas ?

C'est comme une emprise dans le dessaisissement, un rassemblement dans le délaissement. Tout devient plus ferme en même temps que plus vaste, l'universel à hauteur de chaque instant...

L'impression de participer à l'acte créateur, toujours à l'oeuvre. Tu lui appartiendras au point de ne plus pouvoir te dissocier.

Tout ce que tu réaliseras s'accomplira à partir de ce lien toujours plus sensible et plus intime. Bien sûr, il te faudra entretenir l'ouverture, élargir sans cesse le passage, défendre en toi la libre circulation de l'Esprit.

Tu travailleras aussi en profondeur. En acceptant de te retirer au secret de ton coeur, en laissant s'éteindre un moment les pensées, les représentations, les sentiments superficiels qui occupent d'ordinaire toute notre attention, tu éveilles pour ainsi dire l'intérieur du monde, tu pénètres dans la vie qui sous-tend la profusion des formes, la vie qui bouillonne à l'intérieur de la vie, l'être à sa source la plus pure, tel qu'il jaillit des mains de Dieu...

La prière intérieure nous établit sur l'abîme étourdissant de l'insaisissable, de l'invisible qui font toute notre substance - et notre plus solide appui.

Les silences que tu lui accorderas te dévoileront l'étendue de l'âme qui brûle en toi, sa « gloire », son pesant, sa place unique à l'horizon du monde.

Adorer nous replace dans de justes dimensions. Seul l'amour peut voir loin, parce qu'il vient de plus loin que nous.


« D’eau et de lumière » de Philippe Mac Leod, éditions Ad Solem

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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 22:55

Dans son ouvrage Le Dialogue, Catherine de Sienne développe un traité de christologie à travers ce qui est appelé la "doctrine du pont". Ce traité se veut une démonstration de la place centrale du Christ dans le rôle de médiateur entre l'homme et Dieu, à travers le libre arbitre.

Le pont qui permet de traverser le fleuve (où tout monde se noie) est le Christ, avec trois marches.

Ces trois marches représentent les trois étapes de la vie chrétienne, mais aussi les principales plaies du Christ en croix : les pieds sont les premières marches du pont, mais ils représentent le désir de Dieu qui conduit l'âme à vouloir connaître et mieux aimer Dieu.

La deuxième marche du pont est le cœur du Christ, lieu de l'union à Dieu et de la connaissance de soi et de Dieu.

La dernière marche est la bouche du Christ, symbole de l'union à Dieu et de la paix intérieure.

Le pont n'est accessible qu'à travers la connaissance de soi, la pratique des vertus, mais aussi la miséricorde de Dieu.

La pratique de la connaissance de soi et des vertus est le seul moyen de passer le pont. Ceux qui ne suivent pas cette voie sont alors emportés par les flots des divers désirs désordonnés (avarice, concupiscence charnelle, orgueil, injustice, peur, mensonge qui conduisent à l'enfer).

L'homme étant libre et à l'image de Dieu, c'est par sa volonté et le désir de Dieu que l'homme peut Le choisir ou non en succombant aux tentations :

"Personne ne peut avoir peur d'aucune bataille, d'aucun assaut du démon, parce que j'ai fait de tous des forts.

Je leur ai donné une volonté intrépide, en trempant dans le sang de mon Fils.

Cette volonté, ni démon, ni aucune puissance créée ne peut l'ébranler.

Elle est à vous, uniquement à vous, c'est Moi qui vous l'ai donnée avec le libre arbitre.

C'est donc à vous qu'il appartient d'en disposer, par votre libre arbitre, et de la retenir ou de lui lâcher la bride suivant ce qu'il vous plait.

La volonté, voilà l'arme que vous livrez vous même aux mains du démon : elle est vraiment le couteau avec lequel il vous frappe, avec lequel il vous tue.

Mais si l'homme ne livre pas au démon ce glaive de la volonté, je veux dire s'il ne consent pas aux tentations, à ses provocations, jamais aucune tentation ne pourra le blesser et le rendre coupable de péché : elle le fortifiera au contraire lui faisant comprendre que c'est par amour que je vous laisse tenter, pour vous faire aimer et pratiquer la vertu." (Extrait du livre Le Dialogue, chapitre XIII.)

En des termes dévastateurs applicables à la peur qui a envahi le monde, Catherine écrit à un cardinal légat, Pierre d'Estaing, en 1372 :

"Une âme pleine de peur servile ne peut rien réaliser de bon, quelles que soient les circonstances, qu'il s'agisse de petites ou de grandes choses.

Elle sera toujours naufragée et ne terminera jamais ce qu'elle a commencé.

Oh, que cette peur est dangereuse! Cela rend le désir saint impuissant, cela aveugle un homme afin qu'il ne puisse ni voir ni comprendre la vérité.

Cette peur est née de l'aveuglement de l'amour-propre, car dès qu'un être humain s'aime avec l'amour-propre des sens, il apprend la peur, et la raison de cette peur est qu'il a donné son espoir et son amour à la fragilité des choses qui n'ont ni substance ni être et qui disparaissent comme le vent…

Ne cherchez rien d'autre que l'honneur de Dieu, le salut de l'âme et le service de l'épouse bien-aimée du Christ, la Sainte Église."

(Sigrid Undset, Catherine Of Siena, published by sheed & Ward 1954, pp. 139–140.)

 

Notre libre arbitre doit toujours réaliser la Divine Volonté en toutes choses.

Nous voyons alors différemment ce qui nous arrive de bien comme ce qui nous arrive de mal, le fait de devoir parler de Dieu, par exemple annoncer Sa parole à des personnes qui n'y sont pas habituées, ou non, ce qui nous importe devient de réaliser la Divine volonté, vouloir ce que Dieu veut.

Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. On commence par faire Sa volonté sur la terre pour que son Règne au Ciel vienne sur la terre. C'est la voie de l'union à Dieu.

Cette connaissance spirituelle est bien plus réaliste et concrète que n'importe quelle expérience sensible. C'est notre meilleure arme contre la peur.

Dans nos peurs, un bon moyen de chasser les peurs (comme les autres tentations), est de contempler les pieds du Christ sur la Croix.

Les pieds sont les premières marches du pont, ils représentent le désir de Dieu qui conduit l'âme à vouloir connaître et mieux aimer Dieu, ils représentent aussi notre libre arbitre, le commencement de notre marche vers le Seigneur.

Cette doctrine du pont et des trois marches, dont la première consiste à embrasser les pieds du Christ, est le "remède aux petites tentations", comme la peur.

"Ne cherchez pas à vouloir opposer la vertu contraire à la tentation que vous éprouvez, car ce serait encore discuter avec elle.

Dirigez plutôt votre coeur vers Jésus-Christ, et dans un élan d'amour embrassez ses pieds sacrés.

C'est le meilleur moyen de vaincre l'ennemi, aussi bien dans les grandes que dans les petites tentations."

(Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, Spiritualité Lexio, Les éditions du Cerf, Paris 2019, pp. 419-420.)

 

Saint Ignace de Loyola est reconnu pour son discernement des esprits, mais nous pouvons trouver dans ses œuvres une vive anticipation des mêmes principes. Jésus lui dit à un moment donné : "Mes visions sont toujours accompagnées dans un premier temps d'une certaine peur, mais au fur et à mesure qu'elles se déploient, elles apportent un sentiment croissant de sécurité.

D'abord vient l'amertume, mais plus tard vient la force et la consolation.

Les visions qui viennent du diable créent d'abord un sentiment de sécurité et de douceur, mais elles se terminent par la terreur et l'amertume. 

Ma voie est la voie de la pénitence. Au début, cela semble difficile et difficile à suivre, mais plus vous la poursuivez, plus elle apparaît heureuse et douce. 

La voie du diable, en revanche, est douce et heureuse au départ, mais à mesure que l'âme poursuit la voie du péché, elle passe de l'amertume à l'amertume, et la fin est la damnation éternelle."

Sigrid Undset , femme de lettres et romancière norvégienne, "Catherine of Siena, published by Sheed & Ward 1954, p. 44

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