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28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 22:55
L'obéissance et la tradition apostolique

Les Apôtres ont transmis l'enseignement du Seigneur Jésus-Christ dans le monde, ainsi que le devoir d'obéissance absolue à cet enseignement.

De cette juste obéissance aux commandements, transmise de génération en génération, est née la Tradition, appelée Tradition Apostolique, qui englobe l'ensemble de la foi de l'Église.

C'est pourquoi l'apôtre Paul a loué l'obéissance des Corinthiens en disant : "Je vous loue, frères, de vous souvenir de moi en toutes choses, et d'observer les ordonnances, comme je vous les ai données". Car la Tradition dans l'esprit orthodoxe est le critère pour comprendre la foi.

Le contraire de la Tradition est hérésie, tout comme la transgression est le contraire de l'obéissance.

Toute dérogation à la Tradition est hérétique. Personne ne peut comprendre la foi si ce n'est dans la manière dont elle a été livrée à l'Église par les Apôtres.

Au sujet des gardiens de l'Église, saint Clément d'Alexandrie dit : "Ils conservent la Tradition bénie de la foi qui est transmise directement par les saints Apôtres". Et Eusèbe de Césarée dit que saint Ignace d'Antioche était un défenseur des fidèles contre les hérésies et qu'il les "exhortait fermement dans la tradition apostolique".

Ainsi, la Tradition bénie a émergé de l'obéissance. L'obéissance dans l'Orthodoxie est une partie inséparable de la vie des fidèles qui endurent le chemin de leur salut, car à la chute notre nature humaine a perdu la capacité de discerner entre le juste et le mauvais, entre le bien et le mal.

Elle avait besoin d'une obéissance bénie pour faire face aux effets de son état corrompu et déchu. C'est pourquoi la désobéissance est devenue le signe de l'orgueil et de l'erreur abominables, tandis que l'obéissance est le signe de l'humilité bénie et de l'abnégation.

L'orgueil et l'amour-propre, qui sont à l'origine de toutes les passions et de toutes les chutes, s'opposent à l'obéissance.

Le concept d'obéissance s'est développé à travers les communautés monastiques traditionnelles, où l'obéissance constitue le fondement du cheminement de chaque moine.

La prière pure et toute croissance spirituelle est produite par l'obéissance.

Le moine obéissant voit ses sens internes purifiés, son esprit éclairé et sa volonté purifiée. Il est capable, dans cette vie présente, de voir quelque chose des révélations éternelles de Dieu.

Mais le moine désobéissant ouvre la porte à Satan pour entrer et sortir comme il veut, se condamnant avec un esprit confus où les pensées sont sans repos et les passions agitées.

Qu'un homme fasse sa propre volonté et s'accroche à ses pensées constitue l'origine de chaque chute et de l'adhésion ultérieure à la désobéissance d'Adam.

Le Christ est venu d'abord pour guérir notre volonté, pour nous enseigner l'obéissance en abandonnant notre propre volonté à Sa volonté divine, de même qu'il a volontairement soumis Sa volonté humaine à Sa volonté divine.

Le Christ nous a libérés de l'iniquité de notre orgueilleuse volonté déchue. Il nous a libérés par Sa Croix et Sa Résurrection, mais aussi par Son obéissance et Son exemple vivant.

C'est pourquoi le moine promet à sa tonsure de garder ses trois vœux monastiques, dont le plus important est l'obéissance.

Sur ce concept se construit aussi l'obéissance des fidèles laïcs à leurs pères spirituels qui gardent la Sainte Tradition et agissent selon elle.

La caractéristique la plus importante d'un Père dans l'Église est son obéissance absolue à la Tradition orthodoxe. C'est pourquoi l'Église fait prêter le serment et la confession d'un évêque lors de son intronisation d'accepter ce que l'Église accepte et d'anathématiser ce qu'elle anathématise.

A-t-il donc le droit d'accepter par la suite ce que l'Église a rendu anathème ? Seule cette obéissance préserve la grâce de l'Esprit Saint dans l'Église, parce qu'elle coupe la racine de toute hérésie et de tout enseignement qui s'oppose à la Tradition, entraînant la séparation de la Grâce et la mort spirituelle.

L'obéissance en Orthodoxie n'est pas à des personnes, sinon elle devient des préjugés mondains. Celui qui est partial ne se soucie pas de la Tradition de la foi ni du dogme, mais seulement de la personne envers laquelle il est partial, qu'elle soit orthodoxe ou hétérodoxe.

Saint Paul a mis en garde les Corinthiens contre de tels préjugés. C'est pourquoi l'obéissance, par l'intermédiaire de l'évêque et du père spirituel, est à l'Église et à la sainte foi orthodoxe sur laquelle l'Église est fondée.

C'est ce que nos saints Pères ont appelé l'obéissance à la Sainte Tradition qui doit être pleinement représentée en la personne de l'évêque.

Car il transmet la Tradition de tout ce que l'Esprit a continuellement enseigné à l'Église depuis le commencement. En tant que telle, la Tradition devient le cheminement ou l'histoire du salut, et non une collection de dogmes et de pratiques du passé.

Le véritable évêque naît de l'obéissance, en soumettant sa propre volonté à Dieu et à l'Église. L'évêque se soumet au Christ en gardant Ses commandements, et à l'Église en gardant ses canons. Le Christ et l'Église ne sont pas des vérités séparées, mais une seule vérité.

L'évêque infidèle aux canons de l'Église est déloyal envers toute la foi et devient un adversaire de Dieu et de l'Église.

Le monde a ses façons de convaincre les nombreux fidèles qui ont été confiés au salut avec de nombreux arguments, qu'ils ne s'opposent pas à la foi, mais font la volonté de Dieu alors qu'en fait ils font leur propre volonté et résistent violemment à quiconque est en désaccord avec leurs opinions.

Saint Dorothée de Gaza dit que si un homme ne cherche pas honnêtement la volonté de Dieu, alors même s'il demande à un prophète, Dieu mettra dans le cœur du prophète une réponse qui correspond à la déception du cœur du chercheur.

Comme le dit la Bible : Si le prophète se laisse séduire, s'il prononce une parole, c'est moi, l'Eternel, qui aurai séduit ce prophète; j'étendrai ma main contre lui, et je le détruirai du milieu de mon peuple d'Israël. (Ezéchiel 14:9).

Nul n'est trompé, si ce n'est celui qui dédaigne l'obéissance à l'esprit orthodoxe que l'Église a suivi depuis l'époque des Apôtres jusqu'à aujourd'hui, et qui impose ses propres pensées qui sont nuisibles à la foi.

Ils sont nombreux dans l'Église de nos jours. Ils se soumettent volontiers à l'esprit de ce siècle qui est plein de mal, de débauche et d'enseignements hérétiques.

Ils transgressent et négligent sous prétexte que nous vivons à une époque qui exige de tels changements et omissions. Ils se justifient par ces excuses et soumettent l'Église à la sécularisation et à la conformité à l'esprit de ce monde.

Saint Hilaire de Poitiers dit : "L'Église se vante que le monde l'aime ; la haine du monde était la preuve qu'elle était au Christ".

De même que le moine désobéissant ne peut ressentir la paix en lui-même, de même ceux qui ont été confiés à l'Église du Christ, l'évêque et les prêtres, ne trouveront le vrai repos que par une obéissance bénie à la foi, aux dogmes et aux canons qui définissent le fondement de cette foi.

Nos saints Pères ont été persécutés pour la foi, et dans la profondeur de leurs souffrances d'exil et de martyre, leur paix intérieure était de plus en plus pure et encore, pour une seule raison : la Grâce divine témoignait fortement en eux à la gloire de la Vérité qu'ils défendaient.

Mais leurs ennemis étaient pleins de confusion, de colère et de désir de vengeance.

Saint Hilaire de Poitiers exprime l'état de paix qu'il a connu quand les hérétiques l'ont exilé en disant : "Pour moi, je ne me plains pas de l'époque : Je me réjouis plutôt que l'iniquité se soit révélée dans mon exil, quand, incapable de supporter la vérité, elle bannit les prédicateurs d'une saine doctrine, afin d'amasser pour elle-même des maîtres selon ses propres désirs. Je me glorifie dans mon exil, et je me réjouis dans le Seigneur."

En tant qu'évêque, saint Hilaire a compris que garder la sainte foi orthodoxe ne s'accomplit qu'en rejetant tout enseignement qui s'oppose à cette foi.

Il a défendu cette foi en tant qu'évêque, considérant qu'il s'agissait de la même foi des Apôtres.

Il a dit comme un autre Paul : "J'ai dit ce que je croyais moi-même, conscient que je me devais, en tant que soldat au service de l'Église, de vous envoyer, conformément à l'enseignement de l'Évangile par ces lettres, la voix du ministère que je tiens du Christ, et cette voix n'est que l'écho de celle de l'Église et de l'enseignement des Apôtres".

 Archimandrite Gregorios (Estephan) Higoumène de la Dormition du monastère de la Dormition de la Mère de Dieu, à Bkeftine, (Liban)

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 22:55
Un moine cuisinier pas comme les autres
Un moine cuisinier pas comme les autres

ON A RETROUVE LE MEILLEUR CUISINIER DE FRANCE

Vous n'avez jamais entendu parler de lui mais les grands chefs le considèrent comme un « pair » spirituel. Retiré dans les Cévennes, le moine orthodoxe le plus original de toute la Sainte Terre publie ses Recettes du Monastère, Portrait d'un religieux-jardinier, capable de citer tour à tour Ratatouille et les grands mystiques.

Alain Passard, l’inventeur de la cuisine de potager dévouée au bio ? Que nenni !

Perché dans un monastère des Cévennes surplombant une vallée de Lozère, le frère Jean en fait tout autant depuis vingt-deux ans.

Installé au Skite Sainte-Foy (communauté en orthodoxe), un ermitage du XVIe siècle, le moine orthodoxe cultive chaque jour que Dieu fait, aubergines, petits pois mange-tout ou pommes de terre sans phyto ni machines.

« Mais avec amour », lance le sémillant vieil homme. Ici, le mot prend tout son sens.

Frère Jean a mis la dernière touche à ses Recettes du monastère, à publier en juin prochain.

Résolument simples, elles écrivent en filigrane la biographie du septuagénaire. Houmous ou tzatziki venus d’Orient, lorsqu’il priait au monastère de Mar Saba en Judée, koulitch de la spirituelle Russie et, bien sûr, les produits du crû tels le tian, la bohémienne et la daube de sanglier à la provençale.

Des recettes qui doivent surtout transcrire un art de vivre. « Cuisiner exige d’écouter autant le divin caché dans la nature que l’âme du pèlerin ; le produit et le convive.

C’est ce qui permet un moment véritablement eucharistique », s’enthousiasme le religieux, avant de retourner à son habituelle simplicité : « Prenez le Disney Ratatouille, dans lequel le critique maigre et grincheux reprend goût à la vie grâce à un repas. Eh bien, c’est un peu ce que j’essaie de faire ici. »

Il faut croire qu’il y parvient. Musiciens, peintres, acteurs ou cuisiniers viennent, dans le plus grand secret, y chercher le repos.

Notamment des grands chefs. « J’aime ceux qui fêtent la vie au quotidien, résume le prêtre.

Une fraternité secrète se noue dans l’amour de la bonne chère ». Ce n’est pas nous qui vous diront le contraire, frère Jean !

« A mon arrivée, Patrick Pagès, cuisinier et sommelier cévenol étoilé, m’a beaucoup appris ». Avec le « Prince Jardinier » Louis Albert de Broglie, le religieux discute tomates.

Il lui arrive aussi de faire bonne pitance au Petit Nice de Gérald Passedat. Ou d’aller bénir des grands crus bourguignons.

A la demande de son ami le sommelier Bruno Quenioux (cave PhiloVino), frère Jean recommande régulièrement à Dieu des... bouteilles de Romanée-Conti.

L’amour de la cuisine a précédé celui du Très-Haut.

Frère Jean se souvient encore de sa mère jouant à lui faire deviner des plats à l’odeur.

Devenu adulte, il court le monde comme photographe de presse. Un reportage au mont Athos en 1983 bouleverse sa vie ; il se convertit.

Depuis, il travaille à apaiser celle des pèlerins. Le Skite Sainte-Foy est son écrin. On y trouve de vieux arbres fruitiers et des vignes de clinton, un cépage interdit parce que, disait-on, il rend fou.

Frère Jean n’en a pas besoin. Préparer un caviar d’aubergine avec deux belles gousses d’ail suffît à son bonheur.

« J’aime la majesté du simple », professe le bonhomme aux faux airs de Joaquin Phoenix.

A croire que tous les apôtres du « produit », de Guy Savoy à Alain Passard, ont suivi le catéchisme de ce moine pas comme les autres.

BIENTÔT UN FILM AVEC DEPARDIEU ?

Depuis plusieurs années, le projet, mené par le producteur Alain Kruger, est sur la table : tourner un film avec Gérard Depardieu et le frère Jean au sein même du monastère orthodoxe Skite Sainte-Foy.

Le pitch ?
Des missionnaires sont envoyés par un groupe agro-alimentaire voler des graines d'arbres ancestraux, gardées par les moines. Qui, bien sûr, ne se laisseront pas faire et les convertiront à l'humilité devant la Création...

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 22:55
Le miracle de la multiplication (une explication pour tous les élèves)

Marc 8, 1 à 9

En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule, et que les gens n’avaient rien à manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : « J’ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et certains d’entre eux sont venus de loin. » Ses disciples lui répondirent : « Où donc pourra-t-on trouver du pain pour les rassasier ici, dans le désert ? » Il leur demanda : « Combien de pains avez-vous ? » Ils lui dirent : « Sept. » Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Puis, prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit, et il les donnait à ses disciples pour que ceux-ci les distribuent ; et ils les distribuèrent à la foule. Ils avaient aussi quelques petits poissons, que Jésus bénit et fit aussi distribuer. Les gens mangèrent et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait sept corbeilles. Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya.

Chers frères et sœurs, j’affirme avec vigueur que le récit de la multiplication des pains et des poissons par Jésus est un évènement qui s’est réellement produit quelque part en Galilée il y a deux mille ans.

Je n’y ai pas assisté bien sûr mais ma conviction se fonde sur deux faits : d’abord c’est le seul miracle de Jésus qui soit rapporté dans chacun des quatre Evangiles. Et ce consensus si inhabituel entre les rédacteurs de ces textes montre que le miracle a marqué si fort les esprits qu’il s’est imposé à tous comme un prodige extraordinaire réellement vécu.

Comprenez bien l’émotion de ceux qui étaient présents et la force qu’ils en tireront ensuite pour témoigner : ils se sont vu manger du pain et des poissons qui n’existaient pas avant que Jésus ne les leur fasse distribuer.   

Ensuite cette multiplication surnaturelle de nourriture n’est finalement pas si exceptionnelle que ça pour ceux qui fréquentent la vie des saints. Des témoignages de multiplication de nourriture nombreux et dignes de foi se sont succédés jusqu’à notre époque et tout laisse à penser que ce ne seront pas les derniers.

Quand les vivres viennent à manquer de façon dramatique Dieu peut répondre aux demandes pressantes du saint qui le prie pour augmenter jusqu’à l’abondance un petit reste de nourriture, de pâte, de blé ou de noisettes.

Cela est arrivé par exemple par la prière d’Ansovin[1] devenu patron des agriculteurs, de Don Bosco[2] ou du Curé d’Ars[3].  Lisez ces témoignages et vous serez édifiés.

Encore plus près de nous il y eut le Padre Pio[4] qui donna par exemple la communion à une foule de fidèles alors qu’il n’y avait au début de la messe que quelques hosties dans le ciboire.

Le miracle est une réalité mais il reste exceptionnel (hormis peut-être la vie qui est un miracle permanent en soi). C’est la propriété même du miracle d’être une manifestation visible et inhabituelle de la puissance divine qui abolit par exception les lois naturelles communes pour rétablir un court instant un peu de l’harmonie paradisiaque.

Le miracle est essentiellement un signe d’exception voulu par Dieu pour frapper les esprits et faire comprendre que ce que dit le Fils ou ceux qui parlent en son nom est Vérité et Parole de Dieu.

Le miracle au fond c’est du marketing divin, un moyen médiatique avant l’heure pour faire passer dans les consciences le message de Dieu.

Alors qu’est-ce que Dieu veut nous dire avec le miracle de la multiplication des pains et des poissons ?

Je n’épuiserai certainement pas le sujet qui occupe les exégètes depuis des siècles mais je retiendrai quelques points qui m’ont saisi en méditant ce texte.

D’abord je remarque que Jésus témoigne de la compassion et de l’empathie pour cette foule qui l’a suivi pour l’écouter.

Donc je dirai que si nous voulons être sûr que Dieu nous ait « à la bonne » suivons le Christ, écoutons-le, restons auprès de lui dans la prière, faisons un instant abstraction de nos besoins charnels : sacrifions de nos désirs, de nos plaisirs et de notre confort pour méditer et prier avec lui et il s’occupera du reste.

Si le Christ est au centre de notre vie le miracle de la multiplication des pains nous dit qu’il prendra soin de nous sur tous les plans.

L’esprit d’abord sera rassasié mais le corps ne sera pas oublié.  « Cherchez d'abord le Royaume et sa justice, - dit Jésus- et tout cela vous sera donné par surcroît. »[5]

Je remarque aussi que le Christ nourrit la foule seulement après l’avoir enseignée.

Pourquoi ? Parce que la Parole de Dieu n’a de vraie fécondité que dans celui qui l’écoute en pratiquant l’abstinence ou le jeûne.

Le ventre plein nous rend sourd à la brise divine qui nous chuchote les paroles de la vie éternelle. Le ventre vide affine nos sens et ouvre nos oreilles spirituelles.

Le miracle nous dit autre chose. Il est le signe du don gratuit de Dieu et ce don est à l’exacte mesure de nos besoins comme l’a montré au temps de Moïse le miracle de la manne dans le désert.

Le don de Dieu comble notre soif d’infini et rassasie le corps et l’esprit. Le don c’est le contraire de la société marchande où tout se vend et tout s’achète. On n’achète pas l’enseignement divin, on n’achète pas la vie éternelle, on les reçoit et chacun les reçoit en plénitude sans distinction de race, de genre ou de position sociale.

Cela nous dit aussi que tout ce que nous recevons de Dieu ne nous appartient pas. Le don de Dieu passe par nous pour nous combler mais aussi pour être partagé, distribué et multiplié.

C’est une loi divine : plus nous donnons plus le don se multiplie en nous et autour de nous.

Le miracle de la multiplication des pains est vraiment à la portée de nos mains. Quand nous donnons nous apportons la vie parce que Dieu qui est la seule source de vie ne peut donner que la vie et le don de la vie c’est l’amour.

Il n’y a de vrai don que ce qui est donné avec amour. Et tout vrai don n’est qu’amour. Et le don d’amour est toujours multiplié par la puissance divine. Il crée de l’amour en surabondance. C’est l’effet papillon de l’amour.

J’ai toujours pensé que la prière de louange et d’intercession est un don que nous faisons au monde. Inspiré par Thérèse de Lisieux qui a dit qu’après sa mort elle ferait « tomber une pluie de roses » j’ai l’intime conviction que Dieu accueille la plus petite de nos prières et la multiplie en pluie de grâces.

Nos pauvres prières deviennent dans les mains du Seigneur des grâces qu’il distribue à ceux qui en ont besoin. Quand nous ne prions pas Dieu est impuissant.

Car Dieu ne peut ou ne veut agir dans ce monde sans notre libre concours.

C’est un des enseignements de l’évènement : Jésus a besoin de cinq pains et de quelques petits poissons fruits du labeur de l’homme pour accomplir le miracle. Jésus qui pourrait faire des pierres du pain veut nous dire sans doute : faites les premiers efforts et je multiplierai ensuite votre action.

Je voudrais aussi faire porter votre attention sur le processus des gestes et des paroles de Jésus qui aboutit au miracle de la multiplication de la nourriture. C’est un enseignement pour tout disciple du Seigneur.

Que fait Jésus ? Il rend grâce, il rompt les pains et il les distribue. Il bénit les poissons et il les distribue.

L’action de grâce précède tout. Rien ne peut arriver sans cet acte qui provoque la manifestation de la puissance de vie de l’Esprit-Saint.

Qu’est-ce donc que l’action de grâce ? C’est une action de remerciement avant même qu’ait lieu le résultat de la demande. C’est la puissance de la louange : louer le Seigneur de ce qui adviendra quoi qu’il puisse advenir. C’est un acte de foi essentiel dans notre relation à Dieu.

Nous devons donc remercier Dieu avant que Dieu agisse parce que nous croyons que Dieu a déjà agi. Rappelez-vous Jésus devant le tombeau de Lazare avant de le ressusciter : « Je te rends grâce (Père) de m’avoir écouté, je savais que tu m’écoutes toujours »[6]. Ce qui ne nous empêche pas bien évidemment de remercier Dieu pour les grâces que nous avons reçues. Rappelons-nous les dix lépreux guéris dont un seul, un étranger, est revenu rendre grâce au Seigneur.

Remarquons aussi l’évidente signification eucharistique du miracle de la multiplication des pains et des poissons. Pour le sentir vous noterez que le pain et le poisson sont les symboles connus du Christ, que le terme action de grâce se dit en grec « eucharistia » et vous vous rappellerez les paroles du prêtre quand il bénit les saints dons en disant : « l'Esprit par  qui  Tu  crées  tout  et  bénis  ce  qui  est créé,  sanctifies  ce  qui  est  béni et distribues ce qui est sanctifié »[7] ainsi que le partage du pain devenu le corps du Christ et sa distribution à la communion.

Enfin je terminerai en revenant sur l’action de grâce car c’est par elle que Dieu rend fécond notre vie de chrétien et multiplie en nous et autour de nous l’amour du prochain.

Et je laisse Paul vous interpeler à son sujet par cette vigoureuse parole :

« Et quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.[8]

A lui le Seigneur de la Vie soit l’Honneur, la Puissance et la Gloire aux siècles des siècles. Amen !

 

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