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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 22:55
Marie de Magdala : la mère de Jésus ?
La question même a de quoi surprendre ! Marie de Magdala, aliasMarie-Madeleine, n’est-ce pas cette ex-prostituée repentie mentionnée par Luc dans son évangile (Lc 7, 36-50) ?

C’est bien, en effet, ce qu’affirme la tradition de l’église latine depuis la fin du viesiècle (Grégoire le Grand, 591). Mais cette tradition n’a été retenue ni par l’église grecque, ni par l’église syriaque.

Et les évangiles, eux, ne disent rien de tel. Tandis que la pécheresse lucanienne est laissée dans l’anonymat, Marie de Magdala, elle, est au contraire présentée comme un témoin privilégié et un acteur de tout premier plan.

Et c’est aussi le personnage féminin le plus souvent cité dans les évangiles. Au sein du groupe de celles qui suivent Jésus, la Magdaléenne occupe la préséance : lorsqu’elle se trouve en compagnie d’autres femmes, elle est toujours nommée en tête de liste.

Elle est présente au Calvaire et se trouve formellement à la tête du groupe de femmes qui se rendent au tombeau. Et c’est elle qui s’acquitte alors envers le défunt de tous les devoirs qui reviennent habituellement à la mère.

Chez Jean, c’est même à elle seule que Jésus apparaît au matin de Pâques. Précisons surtout que, dans les évangiles, Marie de Magdala et la mère de Jésus ne sont jamais présentes simultanément, à une exception près semble-t-il, en Jean 19, 25 : « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala ».

Combien de femmes au pied de la croix ?

Les exégètes sont toujours divisés sur la question de savoir si l’évangéliste mentionne ici trois ou quatre femmes. Mais, comme souvent, la vérité est ailleurs…

Car Jean ne parle en réalité ici que deux femmes : il les présente, puis il les nomme, mais en ordre inversé, car il s’agit d’un chiasme (schéma classique de type ABBA).

Plusieurs commentateurs (dont Raymond E. Brown, à ne pas confondre avec Dan Brown…) avaient justement observé que, chez Jean, tout le récit de la crucifixion et de l’ensevelissement obéissait à une structure chiasmatique, non pas seulement à l’échelle des mots cette fois, mais à l’échelle des phrases, des idées – appelons-la : « macro-chiasme ».

On avait également établi que cette structure s’articulait autour de Jean 19, 25-27, qui en constituait la clé et qui devait donc permettre d’en saisir tout l’ensemble.

Mais nul n’était jusqu’ici parvenu à en percer le « code » car personne n’avait encore eu l’idée de pousser l’analyse au-delà de la macrostructure.

Or, il se trouve que ces trois versets de Jean, situés au cœur du « macro-chiasme », répondent eux aussi, mais au niveau de la microstructure, à une construction chiasmatique, ce qui nous donne en fait :

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère (A)

Et la sœur de sa mère (B),

Marie, femme de Clopas (B),

Et Marie de Magdala (A).

Jésus donc voyant sa mère (A)

Et le disciple se tenant auprès (B),

Celui qu’il aimait (B),

Dit à sa mère (A) :

“Femme (A),

Voici ton fils (B)”.

Puis il dit au disciple (B) :

“Voici ta mère (A)”. »

(Jean 19, 25-27)

En somme, l’évangéliste inscrit discrètement ici une série de croix en X sur la Croix en † (ou en T) sur laquelle Jésus est supplicié.

Précisons que cette construction particulière trouve sa justification dans cet évangile mais nous n’entrerons pas dans les détails ici.

La suite du récit est connue : Marie de Magdala se rend ensuite au sépulcre où Jésus lui apparaît. Le récit de Jean est donc d’une grande cohérence : de même que sa mère est présente à la Croix, elle l’est aussi au tombeau.

Selon la lecture traditionnelle des sources évangéliques, Marie, la mère de Jésus, quoique présente durant le ministère public de son fils (Mt 12, 46-50 ; 13, 55 ; Mc 3, 31-35 ; 6, 3 ; Lc 8, 19-21 ; Jn 2, 1-12) aurait en effet été absente, aussi bien lors de la Passion (sauf chez Jean), de l’ensevelissement, que de la visite au tombeau.

Mais avec ce nouvel éclairage, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. Elle n’a cessé d’être présente.

Si l’on compare les listes de femmes présentes lors de la Passion, qui figurent dans les Synoptiques (qui semblaient ignorer la présence de la mère de Jésus) avec celle de Jean, on constate alors qu’elles ne sont plus inconciliables (comme cela avait semblé être le cas jusqu’ici).

Marc (Mc 15, 40) et Matthieu (Mt 27, 56) mentionnent trois femmes : Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le Petit et de Joses – que Matthieu appelle aussi « l’autre Marie » (Mt 27, 61 ; 28, 1) – ainsi que Salomé (la mère de deux des apôtres Jacques et Jean).

Certes, le groupe dont parlent les Synoptiques comprend encore d’autres femmes mais qu’ils ne nomment pas. Celles-ci, est-il précisé, se tiennent à distance et observent de loin.

Nous sommes en focalisation externe. Chez Jean, la perspective change : la focalisation est interne et la scène est vue de près. Cette fois, les femmes ne sont plus que deux : la mère (Marie de Magdala) et la tante de Jésus (« l’autre Marie », par rapport à la précédente), autrement dit, les proches parentes.

Il y a changement de point de vue. Pourquoi ? Disons, pour aller vite que Marc et Matthieu se font l’écho de la « tradition apostolique », tandis que Jean, qui exclut Salomé du cercle des intimes, se fait ici l’écho de la « tradition familiale ».

Que disent les sources anciennes ?

Mais comment se fait-il, si cette lecture est exacte, qu’aucune source ancienne n’en ait conservé la trace ?

En réalité, et même si cela peut sembler incroyable, les sources existent et elles sont nombreuses.

Avant que la tradition latine ne fasse de Marie de Magdala une ex-prostituée, la tradition syriaque, bien plus ancienne, l’avait identifiée à la mère de Jésus.

Et Éphrem de Nisibe est loin d’être le seul représentant de cette tradition.

On en trouve également la trace chez de nombreux autres écrivains ecclésiastiques (de langue syriaque, copte, grecque et même latine), dans les apocryphes, dans les écrits gnostiques ou assimilés et même dans le Talmud de Babylone.

À ce titre, le houleux débat qui agite depuis des années les spécialistes autour de l’identité de la « Marie » des textes gnostiques – Marie mère de Jésus ou Marie de Magdala ? – est en définitive ridicule car il est sans objet.

Une fois n’est pas coutume, tout le monde a raison, puisqu’il s’agit en réalité, comme dans les évangiles, d’un seul et même personnage, appelée tantôt « Marie », et tantôt « Marie la Magdaléenne » (ou « de Magdala », mais a-t-on jamais eu idée de vouloir distinguer, dans les évangiles, « Jésus » de « Jésus le Nazaréen » ou « de Nazareth » !).

Notez bien ceci : dans ces documents, les deux Marie ne sont jamais présentes simultanément (prenez la Pistis Sophia par exemple), tout simplement parce qu’elles ne le peuvent pas !

Vouloir à toute force les distinguer revient ni plus, ni moins, à s’opposer sur la question de savoir si c’est plutôt « bonnet blanc » ou « blanc bonnet »… (tiens… un chiasme !).

Et ceci est valable pour tous les textes gnostiques ou assimilés qui nous sont parvenus.

Le baiser de Marie à Jésus

On a voulu faire de Marie de Magdala l’épouse ou la compagne de Jésus en s’appuyant notamment sur ces mêmes documents, en particulier l’Évangile de Marie et l’Évangile selon Philippe. Marie de Magdala y est en effet appelé la « compagne » de Jésus, il y est dit que Jésus l’aimait plus que tout autre femme et qu’il l’embrassait souvent sur la bouche.

Certes, mais ceci étaye justement cela car dans la tradition syriaque, la mère de Jésus est également qualifiée de « compagne » (au sens de complémentarité, évidemment…) de son Fils, et il est également dit que Jésus l’aimait « plus que tout autre femme ».

Mais quoi de si étonnant, de la part d’un homme a priori célibataire et sans enfants, que d’aimer ainsi sa mère ? D’autant qu’ici, l’amour filial se double évidemment d’un amour mystique.

Reste le baiser sur la bouche. Laissons de côté sa dimension symbolique et mystique et allons droit au but : le baiser sur la bouche était alors une pratique répandue, entre amis et entre proches, comme de nombreux documents l’attestent.

Les filles embrassaient ainsi, aussi bien leur père que leurs frères, et les fils leur mère.

Mais surtout, il existe une tradition bien établie (plusieurs textes), mais peu connue pour l’instant, qui veut que Marie de Magdala (la mère de Jésus dans ces récits), au moment de l’apparition de son Fils, ait voulu alors l’embrasser sur la bouche : un acte alors éminemment naturel de la part d’une mère, surtout au vu des circonstances.

Voici comment elle est rapportée par le pseudo-Cyrille de Jérusalem (un texte qui nous est parvenu en copte – comme la plupart des écrits gnostiques – et modestement traduit de l’italien par mes soins…) :

« Il lui dit : “Mariham !” Elle reconnut que c’était son fils et voulut l’embrasser, s’exclamant en hébreu : “Rabboni” qui se traduit par “Maître”.

Elle courut à sa rencontre, désireuse, dans sa joie, de l’embrasser et de baiser sa bouche – puisque aucun être humain ne serait capable de refréner sa joie dans un moment pareil ! – mais lui voulut la retenir et lui dit : “Ne me touche pas…” »

Et encore, chez le même auteur (c’est Marie qui parle) :

« J’étais si heureuse que je m’approchai pour l’embrasser selon mon habitude. Lui me dit : “Ne me touche pas…” »

Il s’agit d’une amplification littéraire de l’épisode rapporté chez Jean (Jn 20, 11-18) dont il existe plusieurs variantes.

Les écrits gnostiques ne font tout simplement que véhiculer cette tradition que j’ai appelée « diatessarique » : elle fut, en effet, prioritairement connue et transmise par les auteurs qui utilisaient le Diatessaron (« à travers les quatre »), une harmonie syriaque des évangiles traditionnellement attribuée à Tatien (vers 170), mais qui est sans doute plus ancienne.

Mais on pourrait, en l’occurrence, tout aussi bien parler de « tradition familiale » puisque nous avons vu qu’elle est déjà présente chez Jean : Marie de Magdala est tout simplement la forme complète du nom de la mère de Jésus. Mais faut-il vraiment y voir un toponyme 

Que signifie magdala ?

D’après l’explication la plus répandue, Marie serait originaire de la localité de Magdala, sur les bords du lac de Tibériade. Mais cette explication n’est sans doute pas la bonne et pour plusieurs raisons.

En voici les deux principales : d’une part, ce n’était pas l’usage, à cette époque et dans ce milieu, de nommer une femme d’après son lieu d’origine.

D’autre part, et surtout, l’emploi par Luc de hê kalouménê (ἡ καλουμένη) entre « Marie » et Magdalênê (Magdalhn») paraît exclure toute référence à un nom de lieu. Luc écrit en effet (Lc 8, 2) : Maria hê kalouménê Magdalênê (Μαρία ἡ καλουμένη Μαγδαληνή),

Marie surnommée la Magdalênê. Or, dans la Bible, quand le mot kalouménos (καλούμενος) – au féminin chez Luc – sépare deux autres termes, et que le premier des deux termes est un nom propre, le second n’est jamais un nom de localité. Il s’agit toujours alors d’un surnom qui entend souligner une caractéristique physique ou morale du personnage.

Si l’on remonte à l’araméen, les termes que l’on traduit par « Marie de Magdala » peuvent avoir plusieurs sens.

Ils peuvent notamment signifier Marie « la grande », voire « la tour » (magdela). Ou encore, en araméen de Palestine (megaddela) : Marie « la célébrée », « la Magnifiée », « l’Exaltée » (au sens positif du terme). Il s’agissait donc initialement d’une épithète élogieuse attribuée à Marie, destinée à la singulariser (une femme juive sur quatre, en moyenne, s’appelait Marie, en Palestine, à cette époque) et à souligner son caractère éminent. Elle a été choisie entre toutes : Luc 1, 42.

En la désignant ainsi, les évangélistes n’auraient donc eu nulle raison d’être plus précis : leurs premiers destinataires savaient immédiatement de qui il s’agissait. Une fois passé en grec, le sens du vocable sémitique s’est perdu et il a fini par être faussement interprété comme un toponyme.

Une thèse peu romantique…

Évidemment, cette thèse est moins romantique et bien moins croustillante que celle développée par Dan Brown dans Da Vinci Code. Elle ne répond sans doute pas davantage aux préoccupations du public actuel souvent avide de sensationnel.

Mais elle est largement étayée et, plutôt que d’être simplement ignorée, mériterait sans aucun doute un examen approfondi. Pour la soutenir, nul besoin en tout cas d’avoir recours à de faux papyrus…

Voici pour l’aperçu le plus rapide et le moins incomplet possible des conclusions de mes travaux en cours concernant cette question.

Reste à présent à trouver un éditeur pour l’ouvrage iconoclaste (?) sur lequel je travaille depuis sept ans et dont je suis en passe d’achever la rédaction : Marie appelée la Magdaléenne – Ier – VIIIe siècle – Entre Tradition et Histoire (titre provisoire). Il devrait compter environ 500 pages. J’en suis aux dernières corrections.

Thierry Murcia,

Docteur ès lettres de l’Université d’Aix-Marseille

Membre associé de l’Unité Mixte de Recherche (UMR) 7297

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 22:55
L'hostie ou le pain levé ?

Lors de la Cène, Jésus a consacré du pain, pour laisser aux hommes son Corps dans le mystère de l’Eucharistie.

Ceci ayant eut lieu selon les évangiles synoptiques pendant la Pâque juive, cela aurait été du pain azyme, non levé.

Saint Jean place son récit avant cette fête, et dans ce cas le pain aurait été fermenté.

Mais là n’est pas le plus important, et les premières communautés se servaient indifféremment de pain azyme ou fermenté : tout dépendait des facilités d’approvisionnement.

Il n’y eut de choix qu’à partir du VIe ou du VIIe siècle : l’Orient se prononça pour le pain fermenté, et l’Occident pour le pain azyme.

Le concile de Florence déclara les deux coutumes légitimes, et les institua règles pour chacune des deux régions. Cette différence demeure encore.

L’introduction spécifique des hosties est assez tardive : jusqu’au IXe siècle, les fidèles offraient le pain et le vin qu’ils avaient apportés, et le prêtre prélevait juste la quantité nécessaire pour la consécration. Le pain restant était distribué ensuite en signe de partage.

A partir du IXe siècle, le mode de vie changeait, et certains fidèles préféraient offrir de l’argent que du pain.

Par ailleurs, avec le régime féodal, les églises avaient reçu des terres leur assurant une relative indépendance dans le culte en leur fournissant la farine nécessaire.

D’autre part, un souci liturgique s’est dégagé : uniformiser les offrandes et éviter d’avoir à rompre du pain, ce qui amenait toujours à la multiplication des parcelles. De petits pains individuels furent préparés, au nom d’hosties (ce qui signifie étymologiquement « victime »).

Dans ce même souci liturgique, on réserva au prêtre une hostie plus grande, afin de conserver le rite de fraction du pain tel que le Christ l’avait fait. Une taille plus importante a de plus l’avantage pastoral d’être plus visible lors de l’élévation.

Pour autant, on retrouve dès le VIe siècle des moules de pierre servant à la confection spécifique de pains d’autel. Ils comportent des inscriptions gravées, qui imprimeront sur les pains des croix, l’alpha et l’omega ou d’autres inscriptions soulignant la nature du pain consacré : le Corps du Christ.

Jusqu’au XIV siècle, cette tâche fut exclusivement réservée aux clercs et aux religieux. Progressivement, des religieuses (semi-contemplatives puis contemplatives) assumèrent ce service, et cela devint de règle à partir du XVIIe.

La fréquence des communions augmentant, et le nombre de religieuses s’y adonnant diminuant, les techniques de production évoluèrent, mais le climat de prière qui accompagne la fabrication demeure.

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 22:56
De Gethsemani au Golgotha

Du jardin de Oliviers, je fus traîné devant les tribunaux. J’étais seul, personne n’était là pour prendre ma défense, les miens m’avaient abandonné.

Je fus alors conduit chez Pilate comme un vulgaire voleur, comme un animal dangereux qu’il fallait éliminer au plus vite. Pilate reconnut mon innocence et pour apaiser la foule, me fit flageller…

Ensuite les soldats me couronnèrent d’épines et me rassasièrent d’opprobres. J’étais debout devant mes persécuteurs, la couronne d’épines qui griffait ma tête de toutes parts laissait couler mon Sang sur mon visage tuméfié.

Le manteau de pourpre dont on m’avait revêtu cachait en partie mon corps meurtri, lacéré par les coups de fouets innombrables que m’avaient infligé les bourreaux assoiffés de sang… Je ne voyais presque plus… bien que je savais depuis ma transfiguration au Thabor ce qui allait m’arriver.

J’étais vulnérable, mon angoisse grandissait sans cesse. J’étais Fils de Dieu, je vivais pleinement ma condition d’homme, d’homme bafoué… J’avais accepté ma mission, j’irais jusqu’au bout.

La foule voulut que je sois crucifié alors que je n’avais commis aucun méfait. Par amour pour mon Père et pour vous, j’acceptai en silence l’injuste sentence, Je donnai donc ma vie pour la Rédemption de l’humanité.

Pilate ne voulant pas perdre sa dignité, se lava les mains pour se dégager de toute responsabilité. Barrabas fut relâché selon le choix de la foule ingrate, on voyait encore dans les yeux du malfaiteur, le plaisir de faire le mal.

Oh! mes enfants, toute cette foule déchaînée contre moi me conduisait à la mort alors que je ne désirais que le bien de chacun.
 

Comme je n’arrivais pas à soulever la croix si pesante, un des bourreaux m’aida à la poser sur mes épaules. J’ai cru que j’allais défaillir tant elle était lourde.

Sur cette croix, je lisais tous les péchés qui se commettaient sur terre et qui se commettraient jusqu’à la fin des temps, je voyais les vôtres mes enfants. Oui, il fallait que je la porte et que je la supporte pour vous…

A ce moment-là, voyant toute cette ignominie, le ciel et la terre n’auraient pas été assez grands pour contenir toutes les larmes que je refoulais…

Après quelques pas, outragé par cette foule furibonde qui me lapidait, je tombai sous le poids du pesant fardeau de la croix qui m’écrasait au sol, mon visage ensanglanté baignait dans la poussière.

Mes enfants, aidez-moi à porter la croix des péchés du monde en acceptant la vôtre par amour pour moi! Si elle vous semble bien lourde, comparez-la à la mienne que je porte avec chacun d’entre vous jusqu’à la fin des temps.

Votre croix est mienne, comme mon Père m’a aidé à me relever, je vous aide à vous relever lorsque vous tombez dans le péché, implorez mon pardon après chaque chute et allez de l’avant, ne baissez jamais les bras, ne vous complaisez jamais dans le péché.

Au moment de me relever, mon Cœur se mit à battre très fort, je sentis un tendre regard se poser sur moi. Je levai les yeux, j’aperçus près de moi ma chère Maman.

Je vis en un instant toute la détresse de son cœur de mère, son visage était d’une pâleur que je ne lui connaissais pas… elle comprit la parole d’amour que lui transmettait mon cœur uni au sien dans la détresse «Je dois aller jusqu’au bout de mon sacrifice…»

Elle savait que rien ne m’arrêterait. Son regard me fit comprendre qu’elle serait toujours à mes côtés dans la tâche que le Père m’a confiée.

Les fouets claquaient sur mon corps endolori. J’étais à bout de force, la poussière du sol et la sueur, mêlées à mon Sang, m’aveuglaient.

J’avais pour compagnon de route les pierres que l’on me jetait, les insultes et les moqueries, toute la méchanceté de la foule. Voyant ma fatigue intense et voulant me garder vivant pour ne pas manquer le spectacle de ma crucifixion, les soldats chargèrent Simon de m’aider à porter ma croix jusqu’au Golgotha.

Il ne voulait pas, mais s’y résigna par obéissance aux gardes. Mon silence le rapprochait de moi, dans la souffrance de la croix, il s’aperçut que je n’étais pas comme les autres condamnés, il y avait une injustice…

Ils doivent se tromper, pensait-il. Pas à pas sur le chemin, il commençait à m’aimer, il comprenait qu’en acceptant de porter ma croix, il porterait désormais la sienne avec amour.

Une femme courageuse se détachait de la foule et s’approchait de moi, un linge blanc à la main, elle me regardait avec une immense tristesse, Je lisais de la pitié dans ses yeux. Je fus surpris par sa douceur lorsqu’elle essuya mon visage de son linge qu’elle serrait ensuite contre son cœur.

Oh! mes enfants, au milieu de toutes ces misères que l’on m’infligeait, cette petite marque d’affection me toucha profondément.

Ce jour-là, mon visage fut imprimé non pas sur le linge seulement mais sur le sien aussi. Offrez ma Sainte Face ensanglantée à mon Père; offrez-lui mon précieux Sang pour la conversion des pécheurs.

Mon Père se laisse émouvoir lorsqu’on lui présente son Fils ensanglanté. Soyez de petites Véronique par vos gestes d’attention envers moi, prenez soin de moi et je deviendrai le médecin de votre âme.

Complètement anéanti et brisé de fatigue, je tombai une seconde fois; les bourreaux de plus en plus excités, à coups de pieds, me demandaient de me relever.

Simon me tendit la main et j’eus la force de poursuivre le chemin si pénible. Je le fis pour tous ceux que le Père m’avaient donnés.

Mes enfants, priez sans cesse, ne vous découragez pas lorsque vous tombez, venez laver vos péchés dans le Sang de l’Agneau, confessez-vous autant de fois qu’il sera nécessaire et avancez au large, ce sont les efforts renouvelés qui comptent à mes yeux.

J’aperçus le lieu de mon supplice où je rendrais mon dernier soupir. Derrière moi, des femmes se lamentaient et priaient; elles se souvenaient des miracles et guérisons que j’avais accomplis. J’étais leur bienfaiteur.

Je me retournai et leur dis «Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vos enfants, si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec?»

Mes petits, je vous demande de changer de vie, convertissez-vous, apprenez les Saintes Ecritures à vos enfants dès leur plus jeune âge, si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.

La foule m’accablait et me pressait de toute part, la croix de plus en plus pesante déchirait mon épaule qui laissait entrevoir mes os si bien que dans cette agonie de mon corps broyé, je tombai encore une fois sous le poids de la croix.

Les coups de fouet élargissaient mes plaies, dans un pénible effort, je me relevais, titubais et retombais encore… malgré ma souffrance atroce, je continuais le chemin vers la mort qui m’attendait.

Mon Père me donnait toute sa force pour tenir jusqu’au bout du sacrifice que j’avais accepté. C’est à ce prix que je devais sauver les âmes.

Arrivés au «Crâne», les bourreaux retirèrent violemment la croix de mes épaules et me déshabillèrent sans ménagement.

La chair collée à mon vêtement provoqua une douleur telle que je regardais à terre croyant qu’une partie de mon dos avait aussi été arrachée; J’étais nu devant la foule, seules mes plaies ouvertes dont le Sang coulait jusqu’à terre habillaient mon Corps.

La foule était toujours aussi déchaînée contre moi. Humilié par ma nudité, je baissais la tête et j’écoutais sans rien dire, sans me plaindre par amour pour vous.

Mes bourreaux jouaient ma tunique aux dés, ils se la disputaient sans le moindre sentiment de respect à mon égard. Mes enfants, laissez-vous dépouiller de tout ce qui encombre votre âme, donnez-moi votre orgueil, votre amour-propre, acceptez les humiliations comme je l’ai fait moi-même, une humiliation acceptée est un petit bonheur pour l’éternité.

Je m’allongeais enfin sur la croix, le dos meurtri au contact du bois dur me donnait l’impression d’être couché sur un lit de ronces et d’épines. A peine ai-je eu le temps de reprendre mon souffle que les bourreaux m’écartelaient pour clouer mes mains.

J’ai bien cru que mes bras allaient se détacher de mon Corps, je serrais les dents pour ne pas hurler de douleur. Mes larmes se mirent à couler de mes yeux quand les clous s’enfoncèrent dans ma chair… mon Sang gicla de tous côtés, un des bourreaux s’essuya le visage d’un air dégoûté et s’acharnait de plus belle sur le reste de mon Corps.

Les coups répétés qui enfonçaient les clous dans mes pieds broyés me laissaient à demi-mort. Dans cette souffrance insupportable, j’eus le courage de demander à mon Père de leur pardonner le mal qu’ils me faisaient.

Ma Mère sanglotait, tous les coups qu’on m’affligeait résonnaient un par un dans le désarroi et le désespoir de son cœur anéanti.

Mes enfants, lorsque vous vous détournez de votre Dieu, lorsque vous vous enfoncez dans la fange du péché, vous me crucifiez en vous avec la même violence, n’en veuillez donc pas aux bourreaux qui se sont acharnés sur moi, lorsque vous vous détournez de ma loi d’amour pour jouir de tous les plaisirs malsains, vous prenez la place des bourreaux qui m’ont crucifié il y a deux mille ans.

Après m’avoir cloué à la croix, ils la retournèrent pour fixer les clous à l’arrière, mon Corps et mon visage s’aplatirent sur le sol, les bourreaux trop occupés à leur besogne ne se soucièrent guère de ce que Je pouvais ressentir.

Ensuite, ils soulevèrent la croix et la firent pénétrer dans la cavité qui devait la supporter.

A ce moment, sous l’effet du choc, mes plaies s’agrandirent, la croix vacillait, je croyais que mes mains et mes pieds allaient se déchirer pour me laisser tomber à terre, mon cœur allait exploser de frayeur, ma souffrance était à son comble.

Lorsque la croix fut stabilisée, j’étais fixé au point de ne plus pouvoir bouger un membre. Mon corps semblait paralysé…

J’entendis l’écho d’une voix «si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même». Je regardais la foule à travers mes yeux baignés de larmes et de Sang…

Après avoir promis le paradis au bon larron, après avoir donné ma Mère à Jean et à travers lui, toute l’humanité à ma sainte Mère, je criai vers le ciel: «Père, pourquoi m’as-tu abandonné»…

Un voile de plus en plus sombre obscurcissait ma vue, ma fin était proche, tout était accompli. Dans un dernier souffle, un dernier effort, mes lèvres desséchées humectées de vinaigre, laissèrent passer mes dernières paroles: «Père, entre tes mains, je remets mon Esprit.»

Mon dernier cri, cri d’amour, cri de vie, me plongeait dans un silence profond. Je ne voyais plus que le ciel qui s’ouvrait, tous les anges s’agenouillaient devant moi en signe de gratitude et de respect.

J’ai versé tout mon Sang pour te sauver, mon enfant, j’ai donné ma vie pour te racheter, que mon Sacrifice ne soit pas vain pour toi. Maintenant que tu le sais, décrucifie-moi en toi comme m’ont décrucifié ce jour-là ceux qui m’aimaient.

Panse mes blessures comme l’a fait ma sainte Maman lorsque je reposais entre ses bras. Ces blessures sont provoquées par ton indifférence envers moi, par tes péchés accumulés depuis tant d’années; console-moi en m’aimant; en changeant de vie tu seras l’enfant béni de mon tendre amour; par la guérison de mes saintes Plaies, tu ouvres la porte de mon Sacré-Cœur, ta demeure.

Mon Corps fut ensuite déposé dans un sépulcre neuf creusé à même le roc.

Mes enfants, sortez de vos tombeaux, ma résurrection est prémisse de la vôtre, soyez dociles et persévérants à l’écoute et à la pratique de ma Parole, laissez-vous transfigurer par votre Dieu, prenez le Chemin de vie que je vous offre, il mène à la gloire éternelle auprès de notre Père des cieux.

Je vous aime, ne rejetez plus l’Amour qui vous attend.

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