[...] on me demande pour la énième fois : pourquoi voyagez-vous tant? Il y a toujours dans ces questions un élément d'accusation, comme si la stabilitas loci, cette vieille règle interdisant aux Trappistes et aux Chartreux de jamais quitter leur couvent une fois entrés dans la clôture, devait être la norme humaine et son contraire, la mobilité comme principe, une infraction perverse à cette règle d'airain, point de vue que nul n'a mieux formulé dans toute son implacabilité que Pascal, pour qui « tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ».
[...] Les Trappistes menaient, en un sens, une vie extrémiste. Pas à leurs propres yeuxsans doute, mais tout de même. Une fois entrés, ils n'avaient plus le droit de sortir, ni de parler, et en cas d'absolue nécessité de communiquer, ils avaient à leur disposition une sorte de langage des signes, comme les sourds-muets. Ils se levaient avant le jour, vivaient de la production de fromage et de bière, dans un monde cyclique rythmé parles saisons et par la répétition annuelle des temps forts du calendrier liturgique, un monde silencieux et statique qui, lentement et en décrivant de grands cercles toujours identiques, se mouvait à travers le temps sans que les moines eussent jamais besoin de franchir les murs de leur couvent.
[...] mais ce que je sais, c'est que dans la grande mobilité qui caractérise ma vie, je ne cesse de revisiter ces lieux d'immobilité, pour troquer provisoirement - fût-ce un bien bref instant - la ligne zigzagante de mon parcours et le principe du détour contre cette forme de vie si opposée. Peu importe à quel moment on y entre - dans un monastère zen aux abords de Kyoto, à l'Aula Dei chez les Chartreux espagnols, à Orval ou à Cluny chez les Bénédictins ou une fois de plus chez les Trappistes de l'ermitage d'Achel - on se dépouille de l'agitation du monde en mouvement pour se retrouver inclus dans un mécanisme d'horlogerie lent et enroulé sur lui-même, et je ne crois pas qu'il y ait meilleur endroit où réfléchir à cette phrase initiale du poème de Goethe : que signifie le mouvement?
[...] Je ne suis pas sûr de mériter le titre honorifique de nomade, mais il est certain que ma vie s'apparente au nomadisme. Reste à savoir s'il existe des différences essentielles entre ces deux modes d'existence, si le voyageur ne vit pas dans son couvent personnel, moine d'un ordre individuel dont il a lui-même fixé la règle. Son chaos apparent obéit aux lois de l'arrivée et du départ, ce qu'il fait lorsqu'il réfléchit dans une chambre d'hôtel ou dans un avion bondé au cours d'un vol de douze heures s'appellerait méditation dans un monastère, le voyageur solitaire observe plus souvent le silence que maint conventuel et, en dépit de tout le mouvement qu'il se donne, il vit, comme les moines dans leur cellule, dans le monastère infiniment grand de l'univers, cette immense horloge qui va son train perpétuel, comme la vie dans les monastères humains.
[...] mais je savais qu'en fermant les yeux, je verrais le labyrinthe arachnéen, le réseau des voies maritimes, des rails de chemin de fer, des lignes aériennes, des chaussées et des sentiers qui ligote le monde et qui, pour le voyageur, remplit la même fonction que le livre d'heures pour le moine cloîtré.
[...] Un jour, j'ai décidé d'échanger une cellule monastique contre les chemins du monde et c'est aujourd'hui seulement, après tant de pérégrinations, que j'ai enfin compris que, si l'on cherche la même chose, l'opposition entre le mouvement et l'immobilité est un leurre, et qu'il me fallait tout ce mouvement pour le découvrir.
Cees Nooteboom
Goethe, le monastère et le mouvement
Traduit par Philippe Noble
Actes Sud pour la traduction française
tiré du Magazine littéraire N° 457



C'est en contemplant Le Retour du Prodigue peint par Rembrandt que j'entends le mieux la parabole,
d'Asie Mineure du IVème siècle, il est né à Patara, une cité de Lycie, entre 250 et 270 après Jésus-Christ. Ses convictions chrétiennes le pousse à effectuer des pèlerinages en Egypte et en Palestine, mais l'Empereur Dioclétien le fait emprisonner par mépris pour cette religion. Il meurt le 6 décembre 343 ou 345 à Myre, victime des persécutions sous l'Empire romain. Depuis sa mort, le personnage alimente les légendes en souvenir de sa bonté. Saint patron des enfants, sa fête est célébrée dans les pays nordiques le 6 décembre. Il distribue des cadeaux aux enfants méritant. Cette légende a été importée aux Etats-Unis par les Hollandais et les Allemands au XVIIème siècle.
Père Noël est présent comme valet dans les pays de tradition germanique. Il prend de nombreux noms, tels que Knecht Ruprecht en Allemagne, Krampus en Bavière orientale et en Autriche ou Hans Trapp au Palatinat et en Alsace, avant de devenir la célébrité que l'on connaît aujourd'hui. La première évocation du Père Noël date de 1823 dans un poème américain de Clement Clarke Moore. Cette fable permit d'uniformiser les différentes traditions en coexistence. Ce conte décrit un vieil homme à la barbe blanche, à l'allure joviale et débonnaire, conduit par un traîneau tiré par huit rennes. La mitre de Saint-Nicolas est remplacée par un bonnet et la crosse par un sucre d'orge. En 1866, l'écrivain américain George P. Webster décrit les longs mois de l'été polaire, l'atelier et la maison du Père Noël enfouie sous les neiges du Pôle Nord. La représentation moderne du personnage apparaît pour la première fois en 1868 sur la couverture du "Harper's Magazine" dessinée par Thomas Nast, originaire du Palatinat. Le Père Noël est ainsi vêtu d'un costume rouge garni de fourrure. Il faut cependant attendre 1931 pour que son image devienne populaire. Haddon Sundblom propose sa version sur la célèbre affiche publicitaire de la compagnie Coca-Cola afin d'inciter les consommateurs à acheter cette boisson fraîche en plein hiver. L'illustration montre l'image du Père Noël que nous connaissons aujourd'hui et fut largement relayée par la presse écrite puis par la télévision ensuite.
défricheur dont la tâche essentielle consiste à maintenir l'ordre à la ferme et aux champs. Il se montre particulièrement coopératif si un bon repas lui est servi la veille de Noël. Dans de nombreuses fermes, un lit douillet lui était préparé pour la circonstance et la place d'honneur lui était réservée à table. Il est reconnaissable par son bonnet rouge et sa grande barbe blanche. Il est aussi équipé d'une épaisse fourrure de voyage pour se protéger des rigueurs hivernales. Cette histoire est en fait une allégorie du Père Noël. Clement Clarke Moore est le premier auteur à faire référence aux lutins dans un texte intitulé "A Visit From St Nicholas" (la visite de Saint-Nicolas) paru dans le journal "Sentinel" de New York en 1823. Il évoque des petites créatures qui secondent Saint-Nicolas dans la distribution des cadeaux aux enfants. Le récit est traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde entier.
dans ses déplacements le soir du 5 décembre afin de punir les enfants qui n'ont pas été sages pendant l'année. Son histoire perdure dans l'Est de la France. Le mythe du Père Fouettard prend son origine dans différentes fables. On croit souvent qu'il serait une invention des pédagogues du XVIIIème siècle pour effrayer les garnements et les paresseux. En fait, le personnage naquît lors du siège de Metz par les troupes de Charles Quint au XVIème siècle. Les habitants de la ville assiégée décidèrent de tourner en dérision l'image de l'empereur en brûlant un mannequin à son effigie et en le surnommant le Père Fouettard. L'influence de la presse américaine fit perdre progressivement les attributs moralisateurs de Saint-Nicolas avec l'abandon du Père Fouettard, mais les parents usent encore de cette légende pour menacer les petits garnements de ne pas recevoir de cadeaux le soir de Noël.