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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 19:34
Quand Moscou se proclame « troisième Rome »
Rome, Constantinople, Moscou : comment ces trois villes se sont-elles trouvées en concurrence au gré de l’histoire ?
D’où vient le titre de « nouvelle Rome » ?

Rome, la Ville éternelle. Le rayonnement de la Rome antique sur le monde civilisé du bassin méditerranéen est tel qu’au début de l’ère chrétienne, la cité est reconnue comme première cité, indétrônable. Terminologie adoptée par les premiers chrétiens, plus ouvertement encore quand l’empereur Constantin se convertit au christianisme et autorise les fidèles à pratiquer leur culte sans avoir à se cacher.

Mais il n’a pas fallu longtemps pour que, Rome étant livrée aux peuples barbares, Constantin se réfugie à Byzance. C’en est fini, au moins pour quelque temps, du rayonnement de Rome, qui reste néanmoins chère aux fidèles chrétiens, comme la ville de saint Pierre et saint Paul.

Au IVe siècle, l’Empire romain étant à défendre sur son flanc oriental, c’est un nouvel ancrage qui se dessine. Donnant son patronyme à la cité, Constantin transforme alors Byzance en Constantinople, capitale vite qualifiée de « Rome byzantine » ou encore « deuxième Rome ».

En 451, et constatant l’effondrement de l’Empire romain, le deuxième­ concile de Constantinople reconnaît la ville et décrète que « l’évêque de Constantinople est le second après celui de Rome. Cependant l’évêque de Constantinople aura la préséance d’honneur après l’évêque de Rome, puisque cette ville est la nouvelle Rome ». Une primauté politique, tandis qu’à Rome, le pape exerce toujours son autorité, plus stable encore à partir du VIIIe siècle avec la création des États pontificaux.

Quand Moscou s’empare-t-elle du titre de « Rome » ?

En 1054, les Églises d’Orient et d’Occident se séparent : c’est le schisme qui donne naissance à l’orthodoxie avec, premier des patriarches, celui de Constantinople. Seule Constantinople peut encore prétendre au titre de capitale du monde chrétien pour les orthodoxes, la Rome catholique étant dans l’erreur.

Quant à l’Église orthodoxe russe, elle n’apparaît vraiment qu’à la fin du Xe siècle, pour croître assez vite. C’est notamment le pouvoir politique qui intervient : en 1589, le tsar Boris Godounov pousse à la création du Patriarcat de Moscou pour que l’Église orthodoxe russe soit autonome, autocéphale et non plus sous l’autorité séculaire de Constantinople. D’autant plus qu’en 1453, Constantinople est conquise par les Ottomans… Le titre de « Rome éternelle » se trouve en déshérence.

À l’autorité de Moscou, gardien de l’orthodoxie, ne manquait plus que le titre de « troisième Rome » suggéré par la voix du moine Philothée de Pskov, dans les années 1510-1511. Ainsi s’exprime-t-il dans un courrier adressé au grand-prince Basile III : « Sachez, tsar très pieux, que tous les empires appartenant à la religion chrétienne orthodoxe sont maintenant réunis dans votre empire : vous êtes le seul empereur des chrétiens du monde entier. Après vous, nous attendons l’Empire qui n’aura pas de fin… Deux Rome sont tombées, mais la troisième demeure et il n’y en aura pas de quatrième. »

Que représente le titre de « troisième Rome » ?

Jamais deux sans trois… Et la troisième est présentée comme la dernière, parce qu’étant une forme d’accomplissement, parce que la symbolique du chiffre trois est hautement spirituelle. Il n’y a pas que la puissance spirituelle de l’Église moscovite qui est avancée : c’est aussi une réalité politique. Le message suggère une prédominance sur Rome et Constantinople : « Et maintenant sur la terre entière rayonne, plus éblouissante que le soleil, la sainte Église catholique apostolique de la troisième nouvelle Rome », avait encore écrit Philothée.

Moscou s’affirme comme le centre historique de l’orthodoxie, cherchant à développer son autorité au XVIe siècle sur « toutes les Russies » comprenant la Russie, les principautés slaves et aussi la Biélorussie et l’Ukraine. Mais le titre de « troisième Rome » n’est guère avancé durant la constitution de cet empire. Pierre le Grand (1682-1725) n’a pas besoin de l’appui ecclésial pour s’imposer, transférant même la capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg. C’est le tsar Alexandre II, au XIXe siècle, qui reprend les écrits du moine Philotée, dans une vision « romantique », considèrent les historiens.

Moscou, troisième Rome pour le monde orthodoxe ?

Avec plus de cent millions de fidèles, l’Église orthodoxe russe représente près de la moitié du monde orthodoxe. Un poids considérable qui conduit les autorités russes à provoquer bien souvent le patriarche de Constantinople, Bartholomeos Ier, reconnu comme « premier parmi ses égaux ». La reconnaissance par Constantinople de l’Église orthodoxe ukrainienne autocéphale en 2019 a provoqué la colère de l’orthodoxie russe.

Depuis dix siècles d’existence, l’Église russe s’impose comme étant le défenseur de l’orthodoxie, aussi bien en termes spirituels que politiques. Un lien si fort qu’elle a traversé les régimes et les divergences. « Si nous les Russes, nous en venions à tout perdre – territoires, populations, gouvernement –, il nous resterait, encore et toujours, l’orthodoxie », affirmait le dissident Alexandre Soljenitsyne.

Depuis le 24 février, début du conflit russe avec l’Ukraine, les interventions du patriarche Kirill participent à cette vision d’une Église affirmant sa primauté, au service d’une politique : « Pour Vladimir Poutine, la religion sert l’ordre social et la morale familiale. En échange, l’Église et son patriarche apportent un discours religieux à l’idéologie en place », analyse le théologien orthodoxe Jean-François Colosimo.

L’image de la « troisième Rome », qui préfigure la cité céleste, alimente non seulement les imaginaires culturels des fidèles russes mais aussi sans doute, les engagements politiques et militaires d’un Vladimir Poutine soutenu par Kirill, patriarche de Moscou et de toutes les Russies. La troisième Rome est en passe de devenir une citadelle assiégée.

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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 19:30

Le Mont-Saint-Michel, signe de Dieu pour les hommes, fait retentir depuis 1300 ans la question que pose le nom même de Michel : « Qui est comme Dieu » ? Personne, bien-sûr. Pourtant, par notre baptême nous sommes configurés au Christ. Qui est comme Dieu ? Chaque baptisé qui prend au sérieux son baptême doit aspirer à le devenir. C'est ce que nous rappelle cette pyramide improbable, fruit de la création et du travail (de la foi) des bâtisseurs.

Depuis des temps immémoriaux trois rochers émergent de cette échancrure située à la frontière de la Normandie et de la Bretagne. Le mont Tombe, le rocher de Tombelaine et le mont Dol. Trois pyramides, pas très hautes, mais totalement incongrues dans ce paysage plat où la mer, répondant à l'appel de la lune, vient deux fois par jour recouvrir les immensités sableuses et plates de la grande baie. Cela pourrait être triste, et parfois c'est le cas, mais le plus souvent c'est surprenant de vie et de couleurs pastel. Le spectacle est permanent. La beauté à couper le souffle. La nature nous aide à comprendre intuitivement la puissance et la grandeur du créateur.

Mais Dieu ne s'est pas contenté de créer le ciel, la mer et la terre. Il a voulu y introduire la Vie.  La vie sous toutes ses formes : minérale, aquatique, végétale, animale. Et, au cœur de cette création, il nous forma Homme et Femme à son image : libres et dotés d'intelligence. Et pour que l'humanité se souvienne de lui, il privilégia quelques lieux où l'on pourrait le reconnaître, le retrouver. Le Mont-Saint-Michel et sa baie sont un de ces espaces où Dieu donne rendez-vous à l'homme.

Pour réaliser cela il fallut le rêve d'un évêque : Aubert, d'Avranches (né en 660, mort vers 725). Saint homme qu'un archange vint déranger trois fois dans son sommeil en 708 pour lui intimer l'ordre de construire une maison de Dieu sur le mont Tombe. C’est Michel, prince de la milice céleste, premier des anges, qui s'est chargé de ce travail. « Qui est comme Dieu ? » Cette traduction de l'hébreu Mi-Ka-El, hante depuis près de mille trois cents ans le rocher où s'est édifié l'un des sites les plus extraordinaires qu'on puisse voir en Europe : le Mont-Saint-Michel. La question peut être ressentie comme une menace. C'est l'archange guerrier qui pousse son cri d'indignation devant l'orgueil et la folie des hommes qui ont, de tout temps, cherché à conquérir le pouvoir d'intimider et de dominer leurs semblables. De ce point de vue, l'abbaye du Mont-Saint-Michel pourrait être l'expression de cette propension. D'où vient qu'elle ne provoque pas cette impression ? Cela tient sans doute à une conjonction de facteurs extrêmement subtils et tout à fait particuliers à cet ensemble qui comprend la baie, le village et l'abbaye. Ce mélange rare de terre, de mer, de vent, de pierres, cette conjonction étonnante et positive du travail de la nature (les croyants disent de Dieu) et du génie humain empêchent le dérapage des sentiments et permettent d’équilibrer mesure et démesure, grandeur et humilité, gloire et déchéance, spirituel et matériel, univers de création et univers d'achèvement, Dieu et Démon, Michel et Satan.

La magnificence du lieu (classé monument historique en 1862 et patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, l’un des sites les plus visités de France),  la réputation de l'archange, la beauté des constructions ont vite mis en marche de nombreux pèlerins. Conscients dans leur foi d'avancer vers la « Jérusalem céleste » ; reproduisant au long de leur pérégrination la marche des hébreux dans le désert ; imitant le peuple élu traversant à pied (presque) secs la mer des roseaux. Passer à travers la mer, n'est-ce pas passer à travers la mort ?

Tout pèlerin revit pour lui-même l'aventure d'Israël. Il doit s'arracher au quotidien, accepter d'abandonner ses certitudes, ses appuis, ses sécurités. Il doit faire confiance : la baie est dangereuse, le sable mouvant, la marée rapide. Et quand il a pris pied sur le rocher, il n'est pas encore au bout de ses peines. La montée du village est aussi un chemin symbolique. Le visiteur, sans s'en apercevoir, quitte peu à peu le monde du commerce humain pour celui du « commerce » divin, des nourritures terrestres (symbolisées par la célèbre omelette proposée à l'entrée de la ville), il monte jusqu'aux nourritures célestes. De la table de l'auberge à la table de l'autel où le pain et le vin deviennent pour les chrétiens corps et sang du Christ. Le passage d'une table à l'autre n'est pas facile. Il faut monter sans cesse. D'abord la rue très en pente ; puis les 360 marches du « Grand Degré ». Pas d'ascenseur, pas d'escalier mécanique, mais quelle récompense que d'entrer dans cette grande forteresse construite pour assumer une triple fonction : être imprenable par quelque force ennemie que ce soit ; être accueillante au pèlerin épuisé qui arrive au terme de sa route ; être resplendissante pour dire la gloire de Dieu et permettre à l'âme de s'élever dans une prière fervente, sous l’œil bienveillant de la statue de saint Michel, qui trône à 170 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La baie, le village, l'abbaye du Mont-Saint-Michel témoignent de cette unité créatrice de Dieu et de l'Homme.  Ils signent, par leur histoire, la vocation spirituelle, économique et politique de ce lieu. Ils invitent le croyant, comme le non-croyant, à se laisser gagner par l'admiration, la contemplation et la jubilation.

 

Aujourd'hui, les pèlerins sont souvent submergés par les touristes. C'est donc un double accueil qui nous incombe


Depuis 1300 ans, l'Église catholique, fidèle à sa vocation et à la mission donnée par l'archange, s'efforce de proclamer la Parole de Dieu, accueille les pèlerins et leur offre les sacrements de l'Eucharistie, du pardon, des malades si nécessaire. Elle est également attentive à la vie spirituelle de la population qui, de tout temps, habite sur le rocher, au pied des murailles de la puissante abbaye-forteresse. Peuple de pécheurs, peuple de commerçants, peuple d'aubergistes et d'hôteliers… Le petit cimetière qui jouxte l'église Saint-Pierre est le témoin séculaire de la permanence de cette vie laborieuse et austère. Aujourd'hui, les pèlerins sont souvent submergés par les touristes. C'est donc un double accueil qui nous incombe, mais c'est une même et seule mission : comprendre et partager l'héritage de tous ceux qui ont « fait » le Mont-Saint-Michel afin d'être, pour notre temps et les temps futurs, des bâtisseurs de beau, de bon et de bien.

André Fournier
recteur du Sanctuaire Le Mont-Saint-Michel

Saint Michel archange, défends-nous dans le combat !
Sois notre secours contre la malice et les embuches du démon.
Que Dieu exerce sur lui sa puissance,
« et qu'il nous donne la force de témoigner de notre foi »,
nous le demandons en suppliant.
Et toi, Prince de la milice du ciel, armé de la force de Dieu,
repousse en enfer Satan et les autres esprits mauvais
qui rodent dans le monde pour perdre les âmes.
Amen.

 

Compléments

Les premières mentions du culte à saint Michel, de l'Orient à l'Occident.

C'est en Orient que le culte à saint Michel est attesté le plus tôt, dès le IVe siècle. Les coptes (chrétiens d'Égypte) ne célèbrent pas moins de sept fêtes annuelles en son honneur. Ce culte est passé de l'Orient à l'Occident vers le VIe siècle. Il connut un fort développement, en particulier en Italie, au mont Gargano, en Italie dans les Pouilles. Saint Michel est fêté aujourd'hui en Occident, avec les archanges Gabriel et Raphaël, le 29 septembre. Il semblerait d'après le martyrologe romain que la date corresponde à la dédicace d'une basilique à saint Michel sur la voie Salaria, à dix kilomètres au nord de Rome. Il sera gardé comme patron secondaire de la France, patron de l'Allemagne, de la ville de Bruxelles, des parachutistes et de la police.

Trois apparitions de l'archange saint Michel (parmi bien d'autres).
Au mont Gargano en 492. 
En 492, l'Italie n'était pas encore unifiée : l'empire romain était en phase de dissolution. Le plus beau taureau de la région du Gargano disparut. On le retrouva au sommet du mont Gargano, agenouillé à l'entrée d'une caverne, les cornes liées dans les broussailles, et dans une forte colère. Le bouvier tira une flèche afin de l'affaiblir, mais la flèche, par un détour extraordinaire revint vers le tireur. Les habitants du lieu allèrent voir l'évêque du lieu, qui ne fit aucune démarche pour autant. Tous se mirent en prière pendant trois jours. Au troisième jour, l'ange Michel apparut et dit : « Je suis l'archange Michel, l'un de ceux qui se tiennent sans cesse devant le Seigneur. J'ai choisi ce lieu pour être vénéré sur terre, et j'en serai le protecteur. » Les paysans revinrent vénérer l'archange. Il semblait qu'un combat faisait rage puisque des éclairs en jaillissaient. L'évêque décida alors d'édifier un sanctuaire à saint Michel sur ce lieu. Ce sanctuaire fut le premier connu en Europe, d'autant plus vénéré qu'il se situe au Moyen-Âge sur le chemin maritime des croisades et constitue une étape quasi obligatoire vers la Terre sainte.

À Rome en 590, où apparaît la date du 29 septembre.
Depuis 589, Rome était inondée par le Tibre. La pluie faisait beaucoup de victimes, parmi lesquelles le pape Gélase le 7 février 590. Grégoire, le nouveau Pape élu le 3 septembre 590, eut pour première réaction de faire prier la ville. Un triduum de prières publiques eut lieu, le Pape prenant la tête des cérémonies. Un pèlerinage partit de la basilique Saint-Jean de Latran à Rome, passant par la basilique Sainte-Marie-Majeure, pour traverser le Tibre et finir à Saint-Pierre. Le Pape était vêtu d'un sac et brandissait une icône de la Vierge. Le troisième jour, quand on arriva au pont qui relie la ville au Vatican, on constata encore la mort de 80 personnes lors de la procession. Mais la foule entendit alors des chants célestes, très beaux, comme le Regina caeli. Le Pape, levant les yeux au-dessus du Mausolée de l’empereur Hadrien, en rive droite du Tibre, vit l'archange étincelant rengainer son glaive. C'était un 29 septembre. Les crues et l'épidémie qui en résulta cessèrent et tout rentra dans l'ordre. Le Pape suivant, Boniface III, fit dresser au sommet du Mausolée une statue de saint Michel en marbre, l'édifice prenant alors l'appel¬lation de « Château Saint-Ange ».

En France, au mont Tombe en 708
Dans la nuit du 16 octobre 708, saint Aubert, évêque d'Avranches, eut un songe pendant son sommeil. L'ange lui disait : « Je suis Michel, l'archange qui veille en présence de Dieu et je veux habiter en ce pays. Je le prends sous ma protection et j'en prends soin. » Trois fois, il le visita pendant son sommeil. La troisième fois, il posa son doigt sur le front de l'évêque et y laissa un trou. L'évêque consacra alors l'îlot du mont Tombe à saint Michel. Un oratoire fut fondé et douze chanoines vinrent l'habiter avant que les bénédictins en prennent possession en 966 (cette année 2016 est le 1050ème anniversaire de cette installation).

Marie et le Mont-Saint-Michel.
Saint Michel est inséparable de la Vierge Marie car tous deux jouent un rôle important dans la lutte contre les forces du démon. Ils apparaissent ensemble dans le chapitre 12 de l’Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament qui décrit les révélations symboliques de l’apôtre Jean sur la fin des temps. Tandis que la femme qui « crie dans les douleurs de l’enfantement » et met au monde « celui qui doit mener toutes les nations » (allusion à Marie et à son fils Jésus) est en lutte contre un terrible dragon, une grande bataille survient dans le ciel lors de laquelle saint Michel et ses anges parviennent à terrasser le dragon (Apocalypse XII, 7-8). Ce récit est la base de l’espérance chrétienne au sujet de la victoire finale sur le Mal. C’est donc tout naturellement que Marie est présente au Mont-Saint-Michel : la statue d’une Vierge noire, dite Notre-Dame du Mont-Tombe, témoignage de nombreux pèlerinages avant la Révolution, est présente dans la crypte de Notre-Dame-sous-Terre.

La présence chrétienne au Mont-Saint-Michel.
Quasi-continue depuis 1300 ans, celle-ci n’est pas que spirituelle, mais aussi matérielle. Prêtres, religieux et religieuses représentent plus d’un tiers de la population de la commune (qui est de 41 habitants en 2013), tandis que plusieurs monuments catholiques figurent parmi les 61 édifices protégés au titre des monuments historiques (abbaye, chapelle Saint-Aubert, église Saint-Pierre, presbytère…). L’abbaye est également à l’origine de nombreuses manifestations culturelles ouvertes aux croyants comme aux non-croyants.

Une construction progressive. 
Selon la tradition, la dédicace de l’église de « Saint-Michel-au-péril-de-la-mer » a lieu le 16 octobre 709 et l’évêque Aubert installe une communauté de chanoines. Il faudra cependant plusieurs siècles pour que l’abbaye prenne l’aspect qu’on lui connaît de nos jours. Le premier sanctuaire, où est enterré Aubert, est devenu la chapelle Notre-Dame-sous-Terre, en-dessous de la nef romane actuelle, bâtie au XIe siècle. Malgré l’intrusion des Vikings en 847, le lieu se transforme en abbaye bénédictine en 966 et accueille une grande bibliothèque abritant de nombreux manuscrits venus de toute la chrétienté. Les Bénédictins partent en 1791, sous la Révolution, et le Mont-Saint-Michel devient une prison, mais sa vocation religieuse est restaurée en 1922. Depuis 2001, les offices sont assurés par les Fraternités monastiques de Jérusalem.

- Méry David-Nicolas et Saint-James François, Le tour du Mont en 1300 ans, Éditions Ouest-France, 2011.
- Lefeuvre Jean-Claude et Mouton Jean-Pierre, Histoire de la Baie du Mont-Saint-Michel, Éditions Ouest-France, 2009.
- Guillier Gérard, L'Abbaye du Mont-Saint-Michel, bâtir pour un Archange, Éditions Équinoxe, 2011.
- Bely Lucien, Aimer le Mont-Saint-Michel, Éditions Ouest-France, 2015.
- Decaëns Henry, Le Mont-Saint-Michel, Éditions du Chêne. 2010. 
- Maigre François-Xavier, Sur les traces de l'Archange, Éditions Bayard, 2012.
- Destination Mont-Saint-Michel, in Revue Magasine, Éditions Milan, Numéro 29, avril 2016.
- Legros Jean-Luc, Le Mont-Saint-Michel : Architecture et civilisation, CRDP Basse-Normandie, 2005.

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22 mai 2022 7 22 /05 /mai /2022 19:30

La semaine passée a été une semaine fortement symbolique pour les Palestiniens et les Libanais.

La mort de Shireen Abu Akleh, journaliste palestinienne originaire de Jérusalem, tuée par une balle dans la tête tandis qu’elle couvrait un raid de l’armée Israélienne sur le camp de Jénine, alors qu’elle portait visiblement le mot PRESS sur son gilet pare-balles, a été un moment bouleversant.

Couvrant depuis vint-cinq ans la situation en Palestine sur la chaine Al-Jazira, Shireen était une icône pour le monde arabe.

Au choc de son meurtre s’est ajouté le choc des obsèques, la police israélienne attaquant la foule et les porteurs du cercueil, qui a failli tomber à terre.

Un de nos dictons arabes, dénonçant l’hypocrisie, dit : « Ils tuent la victime et marchent dans ses obsèques. »

Ici, le cas était pire : ils avaient tué la victime et semblaient vouloir arrêter ses obsèques. Face à cette brutalité et inhumanité, une autre scène fut fortement symbolique : celle de musulmans et chrétiens palestiniens unis dans les funérailles.

Des musulmans ont en effet aidé à porter le cercueil jusque dans la cathédrale melkite.

Qui plus est, les obsèques ayant lieu en début d’après-midi, les musulmans qui attendaient ont effectué la prière du vendredi dans la cour de l’hôpital où se trouvait le corps de Shireen, puis ont fait une prière musulmane sur les morts, prière que le prophète Mohammed avait accomplie pour le Négus d’Abyssinie, lui aussi chrétien et solidaire des causes justes, lorsqu’il apprit son décès en l’an 9 de l’Hégire (631 AD).

Face à de si belles positions, nous avons eu droit, sur les réseaux sociaux, à une armée d’internautes islamistes qui interdisait de dire « Que Dieu ait miséricorde sur son âme » car elle n’était pas musulmane, réduisant la miséricorde divine aux seuls musulmans.

Sur ma page Facebook, j’ai partagé une photo de la prière, que l’on appelle la prière de l’absent.

Sur 90 commentaires, une trentaine disait que j’inventais la scène avec des mots insultants.

Pour eux cette prière ne se fait que sur les musulmans, et si le Prophète l’a effectuée pour le Négus, c’est qu’il s’était converti à l’islam en secret.

Cependant, dix fois plus grand était le nombre de personnes qui ont partagé la photo de la prière de l’absent sur Shireen à partir de ma page (335 partages).

Si j’ai été, au début, ébranlée par la violence d’une partie de mes coreligionnaires, qui venait s’ajouter à la brutalité israélienne, force est de constater qu’elle n’a pas le dernier mot, et qu’elle ne représente qu’une petite minorité de la population musulmane.

Dimanche 15 mai, 74e anniversaire de la Nakba Palestinienne (catastrophe), était aussi un moment fort symbolique pour les Libanais avec les élections législatives tant attendues, et les nouvelles voix qui ont pu gagner malgré la machine contre eux.

Au milieu des ténèbres, de l’injustice, de l’ignorance et de la violence, il y a toujours des lueurs d’espoir, de solidarité et de renouveau, et des voix qui ne meurent pas.

Une semaine hautement symbolique
Par Nayla Tabbara, théologienne musulmane libanaise (1)

(1) Autrice de L’Islam pensé par une femme, avec Marie Malzac, Bayard, 250 p., 16,90 €.

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