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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 19:30
L'ami de l'âme - Anam Chara

L'anamkhar ou amitié de l'âme
dans
l'orthodoxie celtique

Le terme d'anamkhara est familier aux irlandais. C'est l'ancien concept de "l'ami de l'âme" qui vous écoute, vous guide et vous aime.

Il y a une sorte d'amour qui est indissoluble,

que ni le temps ni l'espace, 

ne peuvent couper ou détruire,

et même la mort ne peut abolir,

car avec Dieu l'union des caractères,

et non celle des lieux,

unis les amis dans une commune demeure.

Saint Jean Cassien 
 

L'une des églises les plus anciennes et créatives du christianisme, l'Église Celtique des origines, a grandi en importance, des siècles avant que des conflits théologiques et politiques ne divisent tragiquement le peuple chrétien. Cette Église Celtique commençante, existant tout à fait indépendamment de Rome à partir du cinquième au douzième siècle, était composée d'une grande variété d'Églises dans des endroits comme l'Irlande, le Nord de l'Angleterre, la Cornouailles, le pays de Galles, lÉcosse, la Bretagne et l'île de Man. 

Bien que ces Églises n'aient jamais été administrativement unies, elles ont connu dans une large mesure l'unité entre elles, grâce à leur style de vie monastique, aux liens familiaux et d'amitié, au respect pour la guidance spirituelle des femmes et à leur spiritualité commune.

Dans cette première Église celtique, une personne qui agissait en tant qu'enseignant, confesseur, ou guide spirituel était appelée par les Gallois periglour ou beriglour, ainsi que par les Irlandais et les Écossais anamkhara, qui signifie "ami de l'âme" ou simplement "âme amie". Ce genre de ministère a finalement été associé par l'Église occidentale essentiellement masculine avec le prêtre ordonné dans  le  sacrement de  réconciliation, mais,  dans les premiers temps du christianismceltique, ces relations étaient ouvertes aux laïcs et aux clercs, aux femmes et aux hommes.

Une  anecdote  de  Saint-Brigitte  de  Kildare,  trouvée  au  début  du  siècle  neuvième  dans  lMartyrologe de l'Oengus Culdee, témoigne de l'importance de l'anamkhara...

Un jeune clerc de la communauté de Ferns, fils adoptif de Brigitte ( sainte Brigitte de Kildare ), avait l'habitude de venir la voir avec friandises. Il était souvent avec elle dans le réfectoire pour prendre de la nourriture.

Un jour, après être allé à la communion, elle frappa un battant de cloche. "Eh bien, jeune clerc, là", dit Brigitte, "as-tu un anamkhara ?". "Oui", répondit le jeune homme. "Chantons son requiem", dit Brigitte. "Pourquoi ?" demanda le jeune clerc.

"Parce qu'il est mort", dit Brigitte. "Quand tu as termila moitié de ta ration, j'ai vu qu'il était mort". "Comment sais-tu cela ?"

"Facile à dire", répondit Brigitte, "à partir du moment où ton anamkhara était mort, j'ai vu que ta nourriture a été mise (directement) dans le tronc de ton corps, puisque tu était sans tête. Sors et ne mange rien jusqu'à ce que tu aies à nouveau un anamkhara, car toute personne sans anamkhara est comme un corps sans tête, elle est comme l'eau d'un lac pollué, ni bonne à boire, ni pour se laver. Voilà ce qu'est une personne sans ami de l'âme (anamkhara) !"

Cette histoire, dans le contexte d'un repas avec des références à la mort et l'eau, a des connotations symboliques, sacramentelles que la plupart des chrétiens reconnaîtront. Elle suggère que les Celtes croyaient que des amis de l'âme chrétiens était quelque chose de crucial pour la subsistance humaine et la croissance spirituelle, et que de telles relations de mentorat étaient finalement liées à l'amitié avec Dieu.

[...] aussi bien les chrétiens du désert et ceux des pays celtes, et les anecdotes qu'ils ont écrites, affirment la valeur des amitiés avec les enseignants, les confesseurs et les guides pour atteindre la sainteté personnelle et acquérir la sagesse.

Selon Nora Chadwick dans son ouvrage classique The Age of Saints in the Early Celtic Church (L'Age des Saints dans l'Église celtique primitive), l'anamkhara était à l'origine quelqu'un qui, comme compagnon, partageait sa cellule et à qui on se confessait révélant les aspects confidentiels de la vie. Ainsi, Chadwick dit que la tradition celtique de la guidance spirituelle a été fortement influencée par les chrétiens du désert et que l'apparition de l'anamkhara dans les Églises celtiques était un développement naturel qui pouvait être liée au syncelle, "celui qui partage une cellule" dans l'Église orthodoxe grecque.

Considérant l'importance de la cellule dans la spiritualité du désert comme lieu où l'on rencontre Dieu et où l'apprend "tout", partager sa cellule avec un ami de l'âme alors, est partager son moi le plus intime, sa vie, son esprit et son cœur.

Jean Cassien (  360-435 ), visiteur précoce du désert et l'un de ceux dont les écrits ont été les plus responsables de la grande popularité de la spiritualité du désert chez les Celtes chrétiens, partage sa cellule à Bethléem, avec son ami Germain, pratique commune de l'Orient pendant le quatrième siècle, jusqu'à ce qu'elle soit condamnée par les législateurs monastiques, peut-être de peur qu'une telle intimité puisse mener à des comportements condamnables. Dans ses Conférences, toutefois, Cassien compare l'amitié à ceux qui, par l'union de caractère, et "non de lieu", sont unis entre eux "dans la demeure commune". Ce lien entre amis, dit-il, est indissoluble: "Ce lien, dis-je, n'est pas brisé par les circonstances, aucun intervalle de temps ou d'espace ne le pourrait briser ou détruire, et la mort même ne peut pas séparer ceux qui sont unis par un tel lien".

Version française Claude Lopez-Ginisty ( 2009 )

d'après SOUL FRIENDSHIP in Early Celtic Monasticism

 

Sainte Brigitte de Kildare ou Brigitte d'Irlande est née en 451 à Faughart près de Dundalk, en Irlande. Elle est morte vers 525 à Kil Dara étymologiquement « cellule du chêne ».

C'est une sainte des Églises catholique et orthodoxe qui l’honorent le 1er février.

D'après la Tradition, elle est la fille d'un druide écossais, Dubhtach, et d'une esclave chrétienne baptisée par saint Patrick !

Le culte de sainte Brigitte est dérivé du culte christianisé  de la déesse celte triple Brigit, qui était célébrée lors de la fête druidique de Imbolc, pleine lune de février !

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 20:35
L’Invocation du Nom est une prière d’une très grande simplicité, accessible à tous, mais elle conduit en même temps aux plus profonds mystères de la contemplation.
 
Quiconque se propose de dire la Prière de Jésus pendant de longues périodes de temps chaque jour – et, encore plus, quiconque voudrait avoir recours au contrôle de la respiration et à d’autres exercices physiques en relation avec la prière – a sans doute besoin d’un starets, d’un guide spirituel expérimenté.
 
Mais ceux qui n’ont pas de contact personnel avec un tel guide peuvent pratiquer la Prière sans aucune crainte, aussi longtemps qu’ils le font pendant des périodes limitées – au début, pas plus de dix à quinze minutes à la fois – et aussi longtemps qu’ils n’essaient pas d’intervenir dans les rythmes naturels du corps.
 
Aucune formation particulière n’est requise avant de commencer la Prière de Jésus... « Pour marcher, il faut faire un premier pas ; pour nager, il faut se jeter à l’eau. C’est la même chose pour l’Invocation du Nom.
 
Commence à le prononcer avec adoration et amour. Adhères-y. Répète-le. Ne pense pas que tu es en train d’invoquer le Nom ; pense seulement à Jésus Lui-même. Dis Son Nom lentement, doucement et tranquillement. »
 
La forme extérieure de la Prière est apprise aisément. Fondamentalement, elle consiste en ces mots : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi. »
 
Il n’y a pas là, cependant, une stricte uniformité. La formule verbale peut être raccourcie : « Seigneur Jésus-Christ, prends pitié de moi » ou « Seigneur Jésus », ou même « Jésus » seulement.
 
Inversement, la formule peut être allongée en ajoutant « pécheur » à la fin, soulignant ainsi son caractère pénitentiel.
 
Quelquefois, une invocation à la Mère de Dieu ou aux saints y est insérée.
 
Le seul élément essentiel et invariable est l’inclusion du Nom divin « Jésus ».
 
Chacun est libre de découvrir à travers son expérience personnelle la formule qui répond le plus étroitement à ses besoins.
 
La formule précise employée peut varier de temps en temps, mais « Attention ! nous prévient saint Grégoire le Sinaïte, les arbres qui sont souvent transplantés n’ont pas de racines. »
 
Il y a une souplesse identique en ce qui concerne les circonstances extérieures.
 
On peut distinguer deux manières d’utiliser la Prière, la manière « libre » et la manière « formelle ».
 
L’usage libre désigne la récitation de la Prière quand nous sommes occupés à nos activités habituelles durant le jour.
 
Elle peut être dite, une fois ou plusieurs fois, dans des moments dispersés qui, autrement, seraient spirituellement gaspillés : quand nous sommes occupés à des tâches familières ou semi-automatiques, telles que s’habiller, se laver... quand on marche ou qu’on conduit, le jour ou la nuit...
 
Une partie de la valeur remarquable de la Prière de Jésus réside précisément dans le fait que, en raison même de sa simplicité radicale, on peut la dire dans des conditions où des formes de prières plus complexes ne sont pas praticables.
 
Cet usage « libre » de la Prière nous rend capables de combler le vide qui existe entre nos temps « forts » de prière et les activités normales de la vie quotidienne.
 
« Priez sans cesse » insiste saint Paul (1Thessaloniciens 5, 17). Mais comment est-ce possible puisque nous avons d’autres choses à faire également ?
 
L’évêque Théophane indique la vraie méthode : « Les mains au travail, l’intellect et le cœur avec Dieu. »
 
La Prière de Jésus, devenant avec la répétition fréquente presque continuelle et inconsciente, nous aide à nous tenir en la Présence de Dieu partout où nous sommes.
 
Ainsi devenons-nous semblables à Frère Laurent qui « était plus uni à Dieu dans ses activités ordinaires que dans les exercices religieux. »
 
« C’est une grande illusion, remarquait-il, d’imaginer que le temps de la prière devrait être différent de tout autre moment, car nous avons autant l’obligation d’être unis à Dieu par le travail au temps du travail que par la prière au temps de la prière. »
 
Cette « libre » récitation de la Prière de Jésus est complétée et renforcée par l’usage « formel », quand nous concentrons toute notre attention à dire la Prière à l’exclusion de toute activité extérieure.
 
Ici encore, il n’y a pas de règles rigides, mais variété et souplesse.
 
Aucune posture particulière n’est essentielle. Dans la pratique orthodoxe, la Prière est le plus couramment récitée assis, mais on peut la dire aussi debout ou à genoux, et même parfois couché.
 
Elle est normalement récitée dans l’obscurité complète ou avec les yeux fermés...
 
L’obscurité, cependant, peut avoir un effet soporifique ! Si nous somnolons assis ou à genoux, nous devrions nous lever pour un moment, faire le signe de la croix à la fin de chaque prière, et nous incliner à partir de la taille en un profond salut, touchant le sol des doigts de la main ou faire une prosternation chaque fois en touchant le sol de notre front.
 
Le chapelet ou rosaire, normalement avec cent nœuds, est souvent employé en relation avec la Prière, non pas d’abord pour compter le nombre de fois où elle est répétée mais plutôt pour aider à la concentration et à l’établissement d’un rythme régulier.
 
La mesure quantitative n’est pas encouragée. Saint Théophane le Reclus précise : « Ne t’inquiète pas du nombre de fois où tu dis la Prière.
 
Que ton seul souci soit qu’elle jaillisse de ton cœur avec la force vivifiante d’une fontaine d’eau vive. Chasse entièrement de ton esprit toute pensée de quantité. »
 
La Prière est quelquefois récitée en groupe, mais plus communément seul ; les mots peuvent être dits à voix haute ou silencieusement.
 
Dans l’usage orthodoxe, quand on la dit à haute voix, elle est plutôt parlée que chantée.
 
Il ne doit y avoir rien de forcé ni de recherché dans la récitation
 
Les mots ne doivent pas être formés avec un accent exagéré ou une violence interne, mais la Prière devrait établir elle-même son propre rythme de telle sorte qu’elle en arrive à chanter en nous en vertu de la mélodie qui lui est intrinsèque.
 
Le starets Parfenii de Kiev comparait le mouvement coulant de la Prière au doux murmure d’un ruisseau.
 
L’Invocation du Nom est une prière pour tous les temps. Elle n’est jamais déplacée... 
« La Prière de Jésus dans la spiritualité orthodoxe » de Kallistos Ware dans “Le lieu du Coeur “ de Elisabeth Behr-Sigel, Cerf, p. 128-132

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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 20:30

Parmi les 99 noms de Dieu, il existe des couples antinomiques qui décrivent l’action divine dans nos vies : « Celui qui avance les choses » (Al Mouqaddim), « Celui qui les retarde » (Al Mou’akhir) ; « Celui qui donne la richesse » (Al Mughni), « Celui qui l’empêche » (Al Mani’) ; « Celui qui envoie le mal » (Al Darr), et « Celui qui envoie ce qui est bon » (Al Nafi’) ; « Celui qui donne les honneurs » (Al Mu’izz), et « Celui qui avilit » (Al Mudhill) ; « Celui qui rabaisse » (Al Khafid) et « Celui qui élève » (Al Rafi’) ; « Celui qui rétracte » (Al Qabid) et « Celui qui étend » (Al Basit).

Certains pourraient être choqués par des noms tels Al Darr, qui envoie le mal, ou Al Mudhill, qui avilit.

Or, dans la perspective musulmane, ce qui nous semble mauvais, dans ce qui provient de Dieu, contient en fait un bien caché pour nous, que nous comprendrons ultérieurement.

Ce regard nous permet d’accepter les deux genres de moments, les bons et les mauvais, non seulement comme provenant de Dieu, mais aussi comme reliés à la Sagesse divine, qui sait mieux que nous ce dont nous avons besoin pour grandir et progresser dans cette vie.

Ils sont aussi reliés à la Justice divine, qui donne à chacun(e) ce dont il ou elle a besoin. Le Coran avance en effet que : « Si une blessure vous atteint, une blessure semblable atteint aussi les autres.

Ainsi faisons-Nous alterner les jours (bons et mauvais) parmi les gens, afin que Dieu reconnaisse ceux qui croient et qu’Il prenne parmi vous des témoins » (Al Imran 3 : 140).

En ce moment, beaucoup d’entre nous vivent ces jours mauvais, de blessure, ou de souffrance, où l’action de noms divins tels Al Mani’(qui bloque les biens), ou Al Mou’akhir (qui retarde les choses), ou Al Qabid (qui rétracte) ou Al Mudhill (qui avilit) est bien ressentie.

Dans une perspective de foi musulmane, ces moments ne sont pas arbitraires. Ils font partie du plan de Dieu pour chacun de nous, et ils ont un sens.

Le verset nous dit qu’ils permettent de reconnaître les témoins. Un hadith ajoute : « Le cas du croyant est étonnant : toute sa vie est bonne, et cela n’est vécu que par le croyant.

S’il lui advient un bien, il remercie, et cela décuple le bien, et s’il lui arrive un mal, il fait preuve de patience et cela se transforme en bien. »

Le descendant du Prophète, Jaafar Al Sadiq, disait aussi dans son invocation : « Mon Dieu, je ne sais pour quel état Te rendre grâce le plus, l’état de santé ou l’état de maladie par laquelle tu m’as purifié, effaçant (par la souffrance) ce qui a alourdi mon dos en péchés, et me donnant une occasion pour me repentir. »

Il y a donc des jours comme ça, et ils passeront. Et si, au cœur de ces jours, nous arrivons à y trouver un sens, ils peuvent aussi devenir une occasion de croissance et d’approfondissement.

Par Nayla TabbaraThéologienne musulmane libanaise (1)

(1) Auteure de L’Islam pensé par une femme, avec Marie Malzac, Bayard, 250 p.

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