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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 19:30

« Lorsqu'il est mené dans le domaine de l'intelligence , l'idéal industriel d'efficacité, constitue potentiellement une menace mortelle à l'idéal pastoral de la pensée contemplative »

Nicholas Carr ‚ Les bas-fonds

Il y a beaucoup d'agitation dans l'industrie de l'enseignement autour de l'apprentissage générationnel. La prémisse réside dans les différentes approches que les générations consécutives adoptent en matière d'éducation.

Prenons la génération des baby-boomers ‚la plupart d'entre eux aiment apprendre de manière linéaire‚ lire des livres (et les lisant jusqu'au bout) et ils se sentent à l'aise dans un cadre de classe traditionnel. Au fur et à mesure que vous progressez vers les nouvelles générations, la situation change.

Le modèle de lecture n'est plus linéaire ‚ l'apprentissage est mélangé ‚ les livres perdent brusquement de leur importance et le tout puissant Internet est de plus en plus accepté‚ balayant sur son chemin tout ce que nous savions traditionnellement sur les salles de classe et les devoirs écrits.

En tant que grand consommateur d'e-médias ‚ mais pas natif de l'ère électronique‚ je me retrouve coincé entre ces deux mondes. Je m'épanouis tous les jours grâce à l'efficacité des informations diffusées sur Internet ‚ mais j'aime toujours m'approfondir dans l'arôme d'un bon livre lors d'un après-midi paresseux.

Non pas que j'en ai beaucoup… De ce point de vue, j'ai le luxe de pouvoir regarder quelque peu objectivement ces deux mondes qui se dispersent‚ l' un en voie d'extinction‚ l'autre évoluant vers une créature inconnue et largement imprévisible.

Le mirage des médias électroniques consiste en une efficacité presque effrayante pour stocker et transmettre des informations. Une bibliothèque entière peut désormais tenir dans une liseuse Kindle de la taille d'un magazine.

L'incroyable accessibilité qui s'ouvre devant des millions de personnes rend les bibliothèques et librairies traditionnelles obsolètes. Qui voudrait passer le temps à faire une recherche dans la bibliothèque alors qu'il peut accéder aux mêmes informations dans le confort de son canapé?

Il y a cependant un prix à payer pour cette technologie ‚ comme le dit Nicholas Carr dans un article récent ‚ «Les médias ne sont pas seulement des canaux passifs d'information. Ils fournissent la matière de la pensée‚ mais ils façonnent aussi le processus de la pensée » [1] Aujourd'hui, nous lisons différemment ‚ nous apprenons différemment et j'ose dire que nous commençons aussi à penser différemment.

La monnaie d'échange des intellectuels classiques était autrefois la connaissance‚ l' information. Un médecin, par exemple, devait passer par des années d'école de médecine et des centaines de manuels pour pouvoir poser un diagnostic correct. Aujourd'hui, n'importe qui peut accéder aux bases de données Internet et diagnostiquer n'importe quelle maladie.

Le problème est que, dans la plupart des cas, les informations que l'on obtient ne sont que très superficielles et manquent de toute compréhension de ses profondes ramifications collatérales.

C'est pourquoi‚ dans la plupart des cas‚ bien que les gens aient leurs informations‚ leur diagnostic est erroné. Ils appellent cela la cyberchondrie. Un vrai médecin par contre qui a pris le temps d'approfondir sa compréhension de chaque signe et symptôme‚ atteindra un niveau de compréhension plus élevé bien sous la surface‚ sera capable de faire le bon choix.

C'est ce que nous fait Internet: il nous enlève la profondeur des connaissances et nous installe dans des eaux peu profondes. Répété chaque jour, cela devient notre façon de tout faire. Nous devenons vagabonds à travers les hyperliens de la vie‚ ne faisant aucun effort pour descendre sous la surface brillante de ce qui nous entoure.

Le danger dans ce cas n'est pas seulement que nous pourrions mal diagnostiquer un simple rhume, mais que nous pourrions mal comprendre l'essence même de la vie.

L'efficacité est essentielle dans nos vies‚ d' accord‚ la technologie nous aide à y parvenir‚ mais nous avons également besoin de réflexion. Certaines choses doivent simplement s'imprégner de nous plus longtemps pour que nous puissions les comprendre. 

Ceci est particulièrement important dans nos vies spirituelles. Un domaine qui est particulièrement affecté par une vie superficielle est la prière.

La prière ne peut pas être faite devant un écran d'ordinateur à l'aide d'un moteur de recherche; la prière n'est pas une réflexion après coup alors que nous nous dépêchons de devancer l'heure de pointe.

La prière a besoin de temps pour pénétrer dans nos esprits et de là dans nos cœurs. Une minute ou deux par jour entre les courses ne suffit pas.

Nous avons contracté cette tendance contagieuse à nous précipiter à travers tout, même les offices de l'Église. Nous les voulons de plus en plus courts. Mais vers quoi nous précipitons-nous? Vers les choses du monde; le même monde qui traite tout avec superficialité et diagnostique mal le sens même de la vie.

Nous n'avons pas de temps pour nos âmes parce que nous ne comprenons pas les implications de cette occasion manquée. 

Nous ne comprenons pas que cette vie est la seule chance que nous ayons de développer une relation significative avec Dieu; une relation qui prend du temps à se développer. 

Comment pouvons-nous connaître Dieu si nous passons si peu de temps avec Lui , alors que nous n'obtenons que des informations erratiques et insignifiantes sur Lui? 

Comment pouvons-nous L'aimer si nous voulons seulement Le rencontrer en ligne dans un forum de discussion? Certaines choses ne peuvent tout simplement pas être remplacées par la technologie.

Il n'y a pas de raccourcis vers le Ciel‚ seulement un effort éternel pour connaître Dieu plus chaque jour en Lui accordant toute notre attention sans partage. 

Nous devons prendre le temps de méditer sur notre existence et de faire des efforts pour l'ajuster à ce que nous attendons de nous " Soyez donc parfaits , comme votre Père qui est aux Cieux est parfait." [Matthieu 5:48]

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

GLADSOME LIGHT DIALOGUE


[1] Nicholas Carr‚ Is Google Making Us Stupid?‚ The Atlantic‚ July-August 2008

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 19:30

L’icône de la Mère de Dieu dite «consolatrice», dans l’église Saint-Dimitri à Vyronas, dans la banlieue sud-est d’Athènes, a commencé à verser des larmes depuis le 8 septembre 2020, annonce le diocèse métropolitain de Kaisariani, Vyronas et Hymette.

Selon la tradition de l’Eglise orthodoxe, de tels «signes» du Seigneur concernent les fidèles et non les infidèles.

«Ce sont des signes de Dieu pour les fidèles», selon ce diocèse de l’Eglise orthodoxe de Grèce.

Lors de la liturgie de la fête de la Nativité de la Mère de Dieu, fêtée traditionnellement par les chrétiens orthodoxes le 8 septembre, l’icône de la Panagia Parigoritissa, la «Vierge consolatrice», a commencé à pleurer lors de la lecture de l’Evangile, communique le diocèse.

La Mère de Dieu soutient et réconforte les fidèles
Le phénomène s’est reproduit les jours suivants, ce qui a suscité l’arrivée de nombreux fidèles venus  vénérer l’icône de la Panagia.

Le diocèse précise que l’événement avait lieu au moment de la célébration de la Divine Liturgie «lorsque l’Esprit Saint observe le lieu et bénit l’assemblée par sa présence».

«Nous prions que notre Seigneur nous protège dans la situation actuelle», relève-t-il.  

Le fait que ce «signe» se manifeste sur l’icône particulière de la «Vierge consolatrice» signifie que la Theotokos, la Mère de Dieu, soutient et réconforte les fidèles, «comme elle a réconforté et soutenu les Apôtres et les autres fidèles des premières communautés chrétiennes lorsque les chrétiens étaient persécutés et emprisonnés».

(cath.ch/orthodoxtimes/be) 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 19:30
La Lettre de Béthanie N° 174

Chers amis,
 

Durant ce mois d'octobre, nous fêtons une grande sainte qui a joué un rôle important dans la création de Béthanie. Je veux parler de sainte Thérèse d'Avila. Certes, elle n'est pas cataloguée « orthodoxe », mais la sainteté dépasse les catégories ecclésiales. Le véritable œcuménisme n'est-il pas celui des saints ?  Elle est la grande réformatrice de la tradition du Carmel.

Elle a retrouvé la tradition des pères du désert et cette tradition unit l'occident et l'orient, le premier et le second testament. Tout repose en fait chez sainte Thérèse sur un seul mot : Amour. Elle s'est entièrement donnée à « Sa Majesté », c'est ainsi qu'elle parlait de Dieu, et elle a redonné le sens de la véritable prière, cette intimité avec son Seigneur.

Dans le souffle et la vigilance, assise sur un petit banc, elle retrouve un art de méditer avec son corps, ré-enracinée dans la terre, du fait de la posture même. « Méditer, disait sainte Thérèse, c'est réunir Marthe et Marie en un seul être, et que l'amour soit partout présent et pas seulement dans le temps de Marie, mais aussi dans le temps de Marthe. »

Tout cela pour dire que l'amour est une pratique permanente et que celui qui s'exerce à aimer est un pratiquant.  La valeur de nos actes ne se mesure pas à leur rendement ou à leur efficacité seulement, mais la valeur se mesure à l'amour qu'ils contiennent. Nous serons jugés seulement sur l'amour, et le jugement : c'est la croix, l'amour inconditionnel, l'Agapè.

A travers tout donc, il n'y a qu'une direction à tenir : aimer, c 'est à dire être présent, adhérer à la vie à l'instant. Accueillir cette vie, la mienne, ici et maintenant : « à bras le corps » comme le répétait souvent le père Alphonse. Quelle est la Vie de ta vie dans cette vie qui se déroule du matin au soir ? Comment mettre de « l'être » dans le « faire » ?

L'amour n'est pas seulement un sentiment, un trémolo au cœur. L'amour est une énergie qui se manifeste dans une qualité de présence...une attention bienveillante ! Dans la présence et le geste conscient, je célèbre une Présence qui m'habite et qui se révèle à moi essentiellement dans « un murmure subtil et doux », comme nous le précisent les écritures saintes : Silence, Paix, Joie qui ne sont pas de ce monde et qui se révèlent à celui qui s'ouvre à la Vie de sa vie.

Alors, nous dit sainte Thérèse, dans cette « intention » profonde, cette orientation de notre volonté unit à la volonté du Père qui habite dans tout mon être, je puis commencer à accepter ce qui arrive dans ma vie existentielle comme faisant partie du plan divin auquel je suis associé avec toute la création qui comme moi bien souvent « gémit » dans l'attente de La rencontre avec son Seigneur.

Cette rencontre, est-il besoin de le préciser, peut se faire et devrait se faire « ici et maintenant » C'est l'expérience du « numineux », expérience qui peut se faire au cœur de la nature (qui est une deuxième Bible disent les Pères.), dans la rencontre amoureuse également, puisqu'on peut aimer « à perdre la raison » (comme le dit si bien le poète Aragon), dans l'expression artistique ou encore dans la participation à un rituel sacré comme la liturgie.

Si je m'exerce à recevoir de plus en plus toute chose comme venant de l'Amour, et même les plus inattendues, alors peut naître en moi ce désir de laisser monter du fond de mon cœur cette prière de sainte Thérèse : « A tout, je dis oui ! » L'exercice du « oui », du « amen » à la volonté de Dieu, s'exprime aussi bien quand je suis Marthe que lorsque je suis Marie. Il n'y a pas de moments particuliers pour s'exercer, car la pratique, c'est « l'intensité de la vigilance permanente. » A chaque instant, je suis « en travail » !

Il ne s'agit pas de résignation, comme on pourrait quelquefois le penser, mais bien au contraire d'une synergie d'action qui est, comme dit saint Paul : « Le bon combat. » Cet engagement dans la bataille de la vigilance est rempli de souffrances, de déceptions et de chutes, (je cite ici Graf Dürckheim), mais il est aussi rempli de victoires, si petites soient-elles, et qui à chaque instant peuvent nous remettre en selle, comme le boxeur assis sur son banc, et qui récupère entre deux rounds !

La vigilance, l'attention bienveillante, sont des activités à risque car elles nous obligent à sortir de notre zone de confort. Cette zone de confort s'appelle : « la vie ordinaire » où tout est aplati sur l'horizontalité existentielle. « Nos inquiétudes, nos souffrances, viennent de ce que nous ne nous comprenons plus nous-même » dit Thérèse : Nous ne savons plus qui nous sommes, et pourquoi nous sommes là. « Oh, Seigneur ! Prenez en compte tout ce que nous endurons sur ce chemin, par manque de connaissance ! » ajoute-t-elle.

La connaissance, dont il est question ici, n'est pas le savoir, mais une communion qui se réalise dans le silence de l'oraison, silence de l'esprit en nous, le noûs, même si, au demeurant, notre âme est agitée par de multiples pensées et émotions en tout genre. « De même que nous ne pouvons pas arrêter le mouvement du ciel qui file à toute allure », dit Thérèse, « nous ne pouvons pas davantage fixer notre pensée ... nous nous croyons perdues et pensons mal employer le temps que nous passons en présence de Dieu.

Or, peut-être que l'esprit est tout uni à Lui, présent dans les demeures toutes proches, tandis que notre pensée, restée aux abords du château, souffre au milieu de mille bêtes féroces et venimeuses, et progresse grâce à ce qu'elle endure. Voilà qui ne doit pas nous troubler, ni nous inciter à abandonner car c'est ce à quoi nous pousse le démon. La plupart du temps, toutes nos inquiétudes et nos peines viennent de ce que nous ne nous comprenons pas nous-même. » Le Château intérieur, quatrièmes demeures.

La première « invitation » ou le premier appel lancé par Dieu à l'homme concerne l'écoute : « Shema Israël. » ... Entends Israël ! ... La perception précède la compréhension. Je ne peux pas comprendre qui je suis, je ne peux que le sentir ! Le grand drame de notre monde est que l'homme devient de plus en plus sourd et aveugle à tout ce qui ne tombe pas sous ses sens ordinaires. Ses facultés de compréhension de la vie intérieure sont mises à mal par le surdéveloppement de l'intelligence rationnelle.

Il en résulte une sorte de durcissement du point de vue profane, on dirait aujourd'hui un « formatage », et un éloignement des évidences spirituelles intérieures. Notre conscience profonde, essentielle, est en veilleuse. Elle étouffe dans la dispersion généralisée de notre société de consommation. Consommer pour maintenir la croissance n'est pas un but dans la vie particulièrement exaltant !

Béatitude ! Royauté ! Gloire ! Voilà ce à quoi nous sommes invités dans la vie en Christ. Béatitude dans la jouissance de Sa présence, Royauté dans l'intégrité de l'homme uni à Dieu et Gloire dans le rayonnement de Sa présence en tout temps et en tout lieu. La conquête de cette triade nécessite de mener « le bon combat ». Le projet de Dieu, c'est l'homme accompli.

Chasteté ! Obéissance ! Pauvreté !… trois vertus d'abnégation qui rétablissent l'équilibre spirituel dans le cœur de l'homme… A première vue, ça ne motive pas vraiment ! Notre égo bien aimé recherche avant tout l'immédiateté de la jouissance, de la possession et de la puissance !

La première attitude est de se placer en silence face à Dieu, et de voir en vérité où nous en sommes, car c'est Lui qui nous guide et qui nous éclaire.

Vous me direz sans doute, que vous ne pouvez pas passer votre journée en silence face à Dieu ! Vous avez tout à fait raison : il y a Marthe et Marie...

Sainte Thérèse le précise avec force dans ses lettres : « Point n'est besoin de beaucoup de temps au début : », mais ces quelques minutes (disons cinq minutes pour le débutant ! ) , si elles sont prises au sérieux, comme les cinq minutes essentielles de ma journée, peuvent mettre le feu aux épines qui étouffent notre cœur. Une étincelle suffit pour « allumer le feu ! ».....

 

                                Je vous dis toute mon amitié en Christ !

 

Père Francis

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