Vous trouverez ici des textes extraits de mes écoutes et lectures "spirituelles". Si un mot, une phrase, une
pensée, touche votre coeur c'est que Dieu vous a fait signe par les mots de ceux qu'Il inspire.
L’élection américaine, dont on nous tient étroitement informés, amène dans notre actualité celle des violences urbaines, raciales, et la question de la circulation des armes, puisque désormais ce qui se passe là-bas se reproduit de plus en plus dans notre pays, certes dans une moindre mesure.
Les débats que suscite aux États-Unis la liberté d’être armé et les inquiétudes sur l’insécurité croissante en France rappellent à notre attention la figure de ceux qui tentent, là-bas et ici, d’enrayer les engrenages mortifères.
Je veux parler de ces engrenages capables de transformer un jeune individu né dans un pays en paix, un pays de droit, en membre d’un groupe réduit par son environnement à la haine et à la violence.
C’est à ces femmes et à ces hommes de bonne volonté que je voudrais dédier cette chronique, en souvenir d’une religieuse que j’ai rencontrée en Louisiane, au pénitencier d’Angola où sont envoyés les condamnés à la peine capitale.
Sœur Helen Prejean a consacré sa vie à apporter, dans le couloir de la mort, la parole du Christ et la force des Évangiles à ceux vivant jusque-là dans des replis de banlieues chroniquement plongées dans une intense obscurité spirituelle.
Cette religieuse, qui a milité pour l’abolition de la peine de mort, m’a profondément bouleversée par le témoignage qu’elle m’a confié, sur les derniers instants d’un détenu qui a attendu des hommes, puis de Dieu, le pardon pour son acte criminel.
Il lui avait dit, assis sur la chaise électrique : « Si je vous avais connue plus tôt, je ne serais pas là. »
Elle m’a ouvert les yeux sur tous les anonymes qui visitent les prisons pour maintenir une note d’humanité dans cet univers atroce. Mais aussi sur ceux qui, au plus bas de la condition humaine, œuvrent continûment pour la charité.
Je les admire : nulle dissipation dans leur vie, nul flou dans leur vision du monde.
Pour eux, il y a la certitude de la croix, plantée dans l’histoire depuis deux mille ans et qui sépare le bien et le mal.
À gauche de la croix, du côté du mauvais larron, ils rangent tous ceux qui nient l’injonction d’aimer qui leur est faite par le mystère même de la croix ; à droite ceux qui se laissent enrôler par l’amour, fussent-ils d’anciens larrons.
Du « Que celui qui n’a jamais péché » au « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au paradis », il n’y a que miséricorde et pardon, et ils s’en font un manteau.
Il y a, au cœur de leur tendresse – qui gonfle violemment mon cœur lorsque je suis à leur contact – l’impénétrable mystère de l’amour – l’amour qui peut tout, hormis « n’être pas ».
Ils n’ont sans doute jamais eu autant de « travail » qu’en ce moment, où la dégradation de la situation économique – mais aussi morale, à tous les niveaux, jusqu’au plus haut de l’État –, entraîne dans les succursales des associations caritatives des flots de nécessiteux, en nourriture, en biens matériels et en secours spirituels.
Comme chez Mère Teresa, comme chez ces prêtres en Inde, ces petites sœurs en Afrique ou chez ces individus sans église qui travaillent sans relâche à combattre la violence entre les hommes, quelles que soient les formes qu’elle prend, j’admire la volonté évidente, l’irréductible résolution d’agir – de soulager de toute leur force, avec toute leur vie, le poids de cette croix qu’a traînée Jésus jusqu’au Golgotha.
J’ai trouvé l’engagement plus éblouissant encore chez ceux qui, sans renoncer à leur voie, m’ont avoué douter parfois, mais n’ont rien abandonné et ne se sont pas résignés à ces « à quoi bon ? » dont je suis si familière.
Ils sont le beau contre le tragique. Le beau : l’amour conjugué à la tendresse. Imperméables aux injonctions publicitaires, ils protègent le monde de la laideur, en se sacrifiant pour ceux qu’on a jetés sur le bord des chemins.
Je bénis la lumière que reçoivent ceux sur qui ils se penchent chaque jour, à les soigner, les réconforter, les chérir.
Ils opèrent des miracles : en permettant à ces femmes, ces hommes et ces enfants de croire en leur amour, ils leur offrent de croire en celui de Dieu pour eux.
Et c’est sans nul doute la révélation la plus intense qu’il leur sera donné de vivre.
Il reste bien sûr le pas à faire à notre tour – je me range au nombre des miséreux à qui ils tendent la main.
Leur infinie Charité nous enseigne, à nous aussi, une vérité qui est une invitation : ce n’est pas ce qui vient à nous – ainsi leur amour – qui est la vie véritable, mais ce qui vient de nous.
Comme l’a écrit le poète Oscar Milosz : « Être, c’est créer et non recevoir sa vie. »
Helen Prejean (née le à Bâton-Rouge, en Louisiane) est une religieuse catholique américaine, connue par le combat qu'elle mène contre la peine de mort, faisant campagne pour son abolition part...
Militante historique contre la peine de mort aux États-Unis, sœur Helen Prejean, dont le livre Dead Man Walking a été adapté au cinéma, a rencontré le pape, jeudi 21 janvier, au Vatican. Ell...
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J'ai rencontré Irakli Gogoladzé au monastère de Samtavro. Tout à coup, ce jeune homme d'environ vingt-cinq ans s'est approché de moi et m'a dit : "Vous savez, le staretz Gabriel a fait un miracle pour moi... J'ai entendu dire qu'on faisait une collection de ces histoires. Pourriez-vous me dire à qui je pourrais l'envoyer ?" J'ai répondu avec révérence et joie : "Je suis le traducteur et le compilateur de la version russe du livre, Le diadème du staretz..."
Sans me laisser finir, rempli d'émotion, il a commencé à me raconter son histoire. J'ai allumé le dictaphone et... je l'ai écouté me raconter une guérison miraculeuse par le staretz Gabriel (Ourguébadzé). J'aimerais partager cette histoire avec vous, chers lecteurs.
Un miracle s'est produit dans ma famille grâce au staretz Gabriel.
Il n'était pas encore canonisé lorsque j'ai entendu parler de lui pour la première fois. Notre première "rencontre" a eu lieu lorsque j'étais, je pense, en septième année et que j'ai visité le monastère de Samtavro avec mes amis. N'étant encore qu'un enfant, j'ai été étonné par tout ce que j'ai vu sur la tombe du staretz - et tout d'abord par le nombre incroyable de personnes qui sont venues le vénérer.
Sans avoir vraiment conscience de ce que je faisais, je me suis également approché de la tombe, et c'est alors que mon amitié avec l'e staretz Gabriel a commencé. En m'inclinant devant la tombe, j'ai ressenti une immense grâce. Mon cœur était rempli d'amour. Sentant cette joie intérieure, j'ai voulu crier aussi fort que possible : "Je vous aime tous !"
La moniale Parasceva nous a donné de l'huile de la lampade sur la tombe du staretz Gabriel et nous a expliqué comment nous faire l'onction. J'avais l'impression d'avoir obtenu un pouvoir invincible. Et c'est ce qui s'est passé !
Quelques mois ont passé, et le désastre a frappé notre maison. Mon père est tombé malade du psoriasis. Nous avons fait le circuit de tous les hôpitaux, mais sa forme était si grave et son stade si avancé qu'aucun d'entre eux ne voulait nous recevoir.
Après quelque temps, grâce aux intercessions de nos proches, mon père a été reçu à l'hôpital de Tbilissi pour des maladies de peau et vénériennes. Le traitement s'est déroulé très lentement. Les médecins ont dit qu'il lui faudrait au moins quatre mois pour se rétablir complètement.
Une nuit, mon père a eu une crise cardiaque, et ils ont à peine pu lui sauver la vie. Alors je me suis souvenu du staretz, sur la tombe duquel des guérisons miraculeuses ont lieu. J'ai couru à la maison, j'ai pris l'huile de la lampade de la tombe du staretz Gabriel, et je suis venu à l'hôpital. Les médecins ne laissaient entrer personne dans sa chambre, mais lorsque j'ai expliqué la situation, ils ont accepté et m'ont laissé entrer en secret. Je suis allé voir mon père, et il dormait. Avec mon petit doigt, je l'ai oint trois fois en forme de croix avec l'huile, j'ai lu le "Notre Père" et j'ai demandé de tout mon cœur au staretz de guérir mon père. Puis je suis parti sans un mot.
Le matin, ma mère et moi sommes allés à l'hôpital avec un ami. Nous sommes allés dans la chambre de mon père... pour être plus précis, nous avons couru avec horreur quand nous avons entendu le cri de l'infirmière : "C'est pas possible !
Nous avons pensé, eh bien, c'est la fin ! Ma mère s'est évanouie. J'ai été saisi de tremblements que je n'avais pas la force de contrôler. Je suis entré dans la chambre et j'ai vu mon père assis sur le lit. J'étais stupéfaite. Il n'avait plus d'éruption sur le corps ni sur le visage, sa peau était comme celle d'un nouveau-né.
Bientôt, le médecin-chef est entré dans la chambre, celui-là même qui m'avait permis de rendre visite à mon père. Je n'oublierai jamais l'expression de son visage à ce moment où il a vu son patient avec une peau absolument claire ! Le médecin s'est mis à pleurer et à se signer, en disant : "Gloire à Dieu... Gloire à ce statetz..."
Alors mon père nous a arrêtés et nous a demandé de quel staretz nous parlions. Je n'ai même pas pu commencer à lui parler du staretz Gabriel avant que mon père ne nous parle du rêve qu'il a fait cette nuit-là.
C'était comme si un prêtre à la barbe grise entrait dans la pièce et lui disait : "Eh, mon frère... Eh bien, jusqu'à présent, tu n'as pas reçu la communion ni eu de confession, mais tu as un fils et une femme croyants qui m'ont appelé ici. Je ne supporte pas de voir comment ils pleurent... Laisse-moi te guérir, et tu commenceras à vivre une vie religieuse. Va souvent à l'église, confesse-toi et reçois la communion. Alors nous serons amis... Sinon, je ne suis pas ton ami. Compris ?"
Il a fait un clin d'oeil à mon père, a fait le signe de croix sur lui et est parti...
J'ai pleuré - tout le monde dans la pièce pleurait ! Bien que mon père n'ait jamais vu le staretz de son vivant, sa description du "prêtre" correspondait tout à fait à celle de saint Gabriel.
Gloire à toi, ô Dieu ! Gloire à toi, Père Gabriel !
Gabriel, né Goderdzi Urgebadze était un moine orthodoxe géorgien vénéré pour sa vie monastique et sa piété. Avec de nombreux miracles qui lui sont attribués, la tombe de Gabriel à Mtskheta a attiré un nombre croissant de pèlerins.
Le père Gabriel Urgebadze, récemment glorifié, se vit demander comment prier pour les ennemis. Le staretz répondit :
"D'abord, commencez par prier pour ceux que vous aimez le plus, par exemple pour vos enfants.
Ensuite priez pour les autres membres de votre famille.
Ensuite pour tous ceux d'entre vos proches et vos voisins que vous n'avez pas eu comme ennemis.
Bénissez la ville dans laquelle vous vivez, mais pas seulement elle, bénissez tous les habitants du pays.
Et votre pays n'est pas le seul, il est entouré d'autres pays - demandez à Dieu que les gens ne se querellent pas.
Alors, lorsque vous aurez prié pour tout le monde, et que seul reste l'ennemi - ne l'abandonnez pas.
Demandez à Dieu de remplir son coeur de bonté et de compréhension et de sagesse.
Coming to the starets at his grave every day, I noticed that you could feel a special grace and tranquility. You don't think about anything, nothing comes to your mind, you don't worry about ...
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À l’occasion de la Journée de prière pour la sauvegarde de la Création, instituée en 1989 par le patriarche œcuménique Dimitrios, ce 1erseptembre, également le premier jour de l’année ecclésiale, nous vous proposons un entretien avecChristophe Levalois, rédacteur en chefd’Orthodoxie.com, qui vient de publier aux éditions Le Courrier du livre un essai intituléLe loup et son mystère. Histoire d’une fascination(198 pages, 18 euros). Dans celui-ci, il explore les relations entre les êtres humains et cet animal de la préhistoire à nos jours. L’influence du christianisme est l’une des questions évoquées dans l’ouvrage, elle sera abordée lors de cet entretien et plus généralement la place de l’animal au sein du christianisme.
Illustration ci-dessus : enluminures de la Bible de Souvigny (XIIe s., source :Wikipédia).
Le loup, ancêtre du chien, fut le premier animal à être domestiqué
Orthodoxie.com :Le loup, comme vous le montrez dans votre livre, a une très grande importance dans de nombreuses traditions. À quand cela remonte-t-il ?
Christophe Levalois : À la préhistoire, il y a au moins plusieurs dizaines de milliers d’années. On a retrouvé des restes d’un loup domestiqué, c’est-à-dire d’un chien, vieux de 33 000 ans dans les grottes de Goyet en Belgique. C’est le plus ancien connu. On sait aujourd’hui que tous les chiens descendent du loup et que cet animal fut le premier à être domestiqué, très longtemps avant tous les autres. Cette question passionnante occupe toute une partie de mon livre. Bien des choses se sont nouées en cette période. C’est l’époque de l’art pariétal qui représente bien plus des animaux que des êtres humains lesquels étaient alors complètement immergés dans le milieu naturel.
Orthodoxie.com :Quelle fut l’évolution de cette relation au cours de l’histoire ?
Christophe Levalois : Elle fut longue et complexe. Tout dépend des types de sociétés. Les chasseurs-cueilleurs, nomades ou semi-nomades, eurent cet animal en très haute estime. Il est une figure positive dans de nombreuses traditions, notamment en Europe, en Asie, en Amérique du Nord ou encore en Afrique du Nord. Par contre, pour les sédentaires le loup est devenu plus que le concurrent, l’adversaire et même l’ennemi. Dans la Grèce classique, à l’époque de Platon et d’Aristote, différente en cela de la Grèce d’Homère, il est considéré comme la figure de l’ennemi de la cité et de son ordre politique, à l’inverse du chien. Cette représentation s’est installée durablement, notamment en Europe. Ce n’est qu’au XIXesiècle que l’on commence à observer un changement qui s’amplifie nettement au XXesiècle. Aujourd’hui, la question de la condition animale et celle de notre relation avec les animaux font partie des sujets sensibles et débattus avec des conséquences législatives et politiques.
La diabolisation du loup est plus liée à l’évolution de la société qu’au christianisme
Orthodoxie.com :On accuse souvent le christianisme d’avoir diabolisé le loup. Dans votre livre, vous nuancez beaucoup cette affirmation.
Christophe Levalois : Oui, parce que l’hostilité à l’égard du loup est antérieure au christianisme et la diabolisation du loup est bien postérieure à la christianisation de l’Europe. En effet, si dans un nombre important de traditions le loup a une bonne image, on observe aussi que celle-ci évolue avec le temps notamment dans certaines sociétés. C’est le cas dans la Grèce antique, à l’époque classique il devient une image de l’ennemi de la cité, de celui qui ne respecte pas l’ordre de la cité en train de s’édifier. Dans l’Ancien Testament, il est aussi un animal menaçant. Le Christ reprend cette image biblique, assez typique d’un milieu pastoral finalement, en disant : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Matthieu 10, 16). Le christianisme hérite à la fois de la tradition hébraïque et de la tradition gréco-latine. Dans les deux, le loup est déjà un animal représentant un principe en dehors de la société que l’on souhaite construire, voire opposé et dangereux pour celle-ci. La diabolisation proprement dite de l’animal est plus récente, elle date de la fin du Moyen-Âge. Elle est le résultat de toute une évolution de la société qui a aussi entraîné, les deux phénomènes sont liés, la vague des grands, et nombreux, procès en sorcellerie. Aussi, ce n’est pas tant le christianisme qui a diabolisé le loup, même s’il y a participé, et que bien sûr des chrétiens y ont contribué activement, que la société occidentale à un moment de son histoire pour des raisons qui concernent sa propre évolution sociale et politique. D’ailleurs, l’extermination du loup en France et dans d’autres pays, au XIXeet au début du XXesiècle, a lieu dans une société en partie déchristianisée et pour des motifs qui ne sont pas religieux. Pareillement, le retour du loup que l’on observe dans de nombreuses contrées, ne se fait pas en raison de motivations religieuses, mais suite à l’évolution de la société, de sa relation avec la nature et les animaux ainsi que d’un recul des terres mises en culture qui laisse plus de place à l’animal sauvage. Les prémices de ce mouvement se situent au XIXesiècle. Il ne cesse de s’amplifier depuis.
Le christianisme n’est pas responsable de la crise écologique
Orthodoxie.com :Quelle est la place de l’animal dans le christianisme ? On entend souvent dire que le christianisme est responsable de la situation de domination prédatrice et sans partage de l’homme sur la nature et les animaux ainsi que leur dévalorisation.
Christophe Levalois : L’animal est présent quasiment dès le commencement dans laGenèse, plus précisément dès le cinquième jour pour les créatures aquatiques et les oiseaux, et le sixième jour pour les bêtes terrestres, dont la création, selon la Bible et c’est à noter, a lieu le même jour que l’homme. Les animaux sont donc des éléments constitutifs de notre monde, créés par la Parole divine, puisqu’ils sont expressément nommés lors de la Création. L’être humain est dans la Bible l’achèvement des six premiers jours de la Création et son couronnement. Il reçoit la lourde responsabilité d’être le gardien, le « jardinier » en quelque sorte (Genèse 2, 15) du Paradis, non son propriétaire, et de faire fructifier ce qu’il a reçu. Le passage souvent incriminé estGenèse 1, 28 dans lequel Dieu dit à l’être humain de dominer la terre et de soumettre les animaux. Pris au sens littéral, ce passage légitime et justifie une domination de l’être humain qui a pu conduire à bien des excès et à la crise écologique que l’on connaît. C’est toute la question de l’interprétation des textes qui est posée là, mais aussi celle de leur utilisation à des fins partisanes afin d’accroître un pouvoir qui n’est que terrestre et matériel, un détournement finalement.
En mars 1967, un article célèbre d’un historien américain, Lynn T. White, intitulé « Les racines historiques de notre crise écologique » (Science, vol. 155, no 3767), plaide la responsabilité du christianisme dans cette crise. Une thématique reprise par d’autres depuis. Le christianisme est notamment accusé d’anthropocentrisme, c’est-à-dire de mettre l’homme au centre de la Création, ce qui aurait dévalorisé le reste de la Création et ouvert la voie à une utilisation prédatrice de celle-ci. Cette position a été réfutée par différents auteurs dontJean-Claude Larchetdans son ouvrageLes fondements spirituels de la crise écologique(Syrtes, 2018). En effet, la responsabilité de l’être humain doit s’exercer « à l’image et selon la ressemblance » de son Créateur, ce qui n’est pas rien ! Selon cette perspective, dont témoignent de très nombreux textes, la Création est infiniment respectable et même plus encore vénérable. Elle est essentielle pour la réalisation de l’accomplissement spirituel voulu par le Créateur. Jean-Claude Larchet emploie à ce propos l’expression « d’usage spirituel de la Création ». Le récit de la Genèse est à prendre dans un sens spirituel et non pas littéral. C’est ainsi qu’elle était comprise par les Pères de l’Église et durant des siècles. Ainsi, le pouvoir sur les animaux renvoie aux « animaux intérieurs », à savoir les pensées, passions, mouvements de l’âme, ils sont évoqués entre autres par Origène, Basile le Grand et Ambroise de Milan. Cela a souvent conduit à considérer les animaux comme des symboles, des signes de tel ou tel aspect de la Création et de la signification spirituelle attenante. Les associations sont nombreuses. Ainsi le Christ est entre autres l’agneau, le lion ou encore le phénix. Trois des quatre Évangélistes sont représentés par des animaux : Marc par le lion, Luc par le taureau, Jean par l’aigle. Parmi les ouvrages qui abordent cette question, je signale juste celui de saint Nicolas Vélimirovitch (de Jitcha et d’Ochrid),Les symboles et les signes, datant de 1932 et dont la traduction française a été publiée en 2010 par les éditions L’Âge d’Homme. En un mot, les réalités visibles sont les symboles et les signes des réalités invisibles. Saint Nicolas Vélimirovitch explique ainsi la différence entre les deux termes : « Le symbole est permanent, le signe éphémère ». Le visible conduit à l’invisible, c’est ainsi que les choses sont comprises. Par contre, on peut observer, me semble-t-il, qu’avec l’évolution qui a amené une accentuation de l’anthropomorphisme, en d’autres termes à tout ramener à l’homme et à ses réalités propres, les symboles, dont les significations, je le répète, sont d’ordre spirituel, sont devenus des allégories ou des images de comportements ou de caractères psychologiques, comme dans les Fables de La Fontaine. L’être humain s’est peu à peu enfermé sur lui-même, voyant tout selon sa mesure et son regard. Mais nous sommes là, avec La Fontaine, au XVIIesiècle, à l’époque de l’essor du rationalisme.
L’avènement du christianisme a entraîné la fin des sacrifices religieux d’animaux en Europe
Un autre argument de taille, qui pourtant n’est jamais avancé, et qui va contre les thèses qui avancent la responsabilité du christianisme dans la crise écologique actuelle, est que la domestication et l’aménagement de la nature par l’être humain, avec leurs conséquences sur la faune et la flore, ont débuté des milliers d’années avant l’émergence de la tradition biblique et du christianisme, au néolithique. Dans le même ordre d’idées, on peut remarquer que des modifications environnementales considérables causées par l’homme se sont déroulées bien avant l’avènement du christianisme, comme la déforestation autour de la Méditerranée au Ier millénaire avant J.-C., ou encore l’extinction du lion en Europe dans l’Antiquité. Les êtres humains n’ont pas eu besoin de la Bible et du christianisme pour cela ! C’est pourquoi les responsabilités doivent pour moi être cherchées dans l’évolution de la société, hier comme aujourd’hui. Au passage, je fais aussi observer qu’à la différence d’autres traditions religieuses, le christianisme ne pratique pas le sacrifice animal. Le sacrifice ultime du Christ sur la Croix a aussi entraîné la fin des sacrifices d’animaux.
Orthodoxie.com :Vous avez dit que l’être humain est le couronnement de la Création. Il a donc une place centrale.
C’est incontestable. Mais il s’agit plus en fait d’un théocentrisme que d’un anthropocentrisme, lequel a dominé bien plus tard, depuis les Temps modernes pour être plus précis. La perspective biblique est l’image et la ressemblance (Genèse 1, 26) de la source divine à l’origine de tout. C’est cette perspective, ce théocentrisme, qui légitime la place centrale de l’être humain avec la responsabilité devant le Créateur qui l’accompagne. Le Créateur s’adresse, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament, plus particulièrement à l’être humain, mais c’est un être qui fait pleinement partie de l’ensemble de la Création, qui en est solidaire. Ce qui lui est proposé n’est en rien un repli sur lui-même ! Bien au contraire, il est appelé à effectuer un chemin de transformation intérieure et ainsi à s’ouvrir à d’autres dimensions, à d’autres perceptions et à toutes les facettes de la Création qu’il rencontre. D’autre part, pour les sociétés anciennes comme dans le christianisme, la nature est signe du monde spirituel, ou multitude de signes si l’on veut. Ne serait-ce que pour cela, son importance est capitale. En outre, l’être humain est aussi consubstantiel au reste de la Création, on peut aussi parler de parenté, il est créé avec de la « poussière prise du sol » (Genèse 2, 7) avec en plus, ce qui est différent du reste de la Création, le souffle divin. Il est donc intimement lié à l’ensemble de la Création. Il y a même interaction. L’exil du Paradis d’Adam et Ève affecte la Création (Genèse 3, 17). À l’inverse de ce processus d’éloignement, les vies de saints témoignent que le rapprochement de la source divine se traduit entre autres par un rapprochement, une grande sollicitude et même une familiarité au quotidien avec les animaux sauvages. Un signe pour tous !
« Le cœur qui a appris à aimer compatit à toute créature, même à une petite feuille »
Cependant, pour revenir sur la relation avec les animaux, on observe, au sein du christianisme, tout comme dans la tradition biblique, une diversité par-delà l’unité entre des auteurs, sans doute liée à la sensibilité propre à chacun et à ce qu’il leur a paru important de transmettre à un moment donné. Certains accentuent cette domination, qui est d’abord une responsabilité, de l’homme sur l’animal en créant une sorte de fossé entre l’être humain et le reste de la Création, c’est le cas de saint Augustin (De la grandeur de l’âme, chapitres 26 à 29). Dans cette optique, il est considéré que l’animal n’a qu’une âme sensitive alors que l’être humain a en plus une partie supérieure, lenoûsen grec, traduit par esprit, intellect ou raison. Mais l’évêque d’Hippone rappelle aussi dans sonDiscours sur le psaume 35(36) ce passage : « Seigneur, tu sauves hommes et bêtes » (35, 6). Trois siècles avant, Irénée de Lyon s’appuyant sur des textes bibliques et la transmission apostolique assure que les animaux seront aussi présents dans le Paradis à venir (Contre les hérésies, V, 33, 3-4). En effet, dans la Bible et dans toute la tradition chrétienne, on trouve des écrits et des personnages qui magnifient, souvent poétiquement, l’œuvre entière de la Création, que l’on songe au psaume 103 (104) ou à Isaïe (11, 6 et 65, 25) qui nous offre notamment comme image du Paradis retrouvé, le Royaume à venir : « Le loup habitera avec l’agneau ». Nombreuses sont les vies de saints et de saintes qui montrent une grande intimité avec des animaux et préfigurent sous cet aspect le Royaume à venir. Dans son beau livre intituléLes animaux dans la spiritualité orthodoxe(Syrtes, 2018), Jean-Claude Larchet donne de nombreux exemples de ces relations de grande proximité et de grande affection réciproque de saints avec des animaux accompagnés de textes dans lesquels ceux-ci affirment notamment prier non seulement pour tous les êtres humains, mais également pour la totalité de la Création dont les animaux. Saint Silouane l’Athonite, dans la première moitié du XXesiècle, précise que cette relation s’étend également à la flore : « Le cœur qui a appris à aimer compatit à toute créature, même à une petite feuille » (dans l’ouvrage de l’archimandrite Sophrony,Saint Silouane, Cerf, 2016). D’autres établissent jusqu’à une fraternité entre l’homme et l’animal, la plus célèbre illustration, catholique cette fois-ci, est François d’Assise, aussi bien avec sonCantique des créaturesqu’avec son exhortation à son « frère loup » (Fioretti, chapitre 21). En 2015, le pape François reprend cette idée de fraternité dans son encycliqueLoué sois-tu(« Laudato si « ) (deuxième chapitre, « Une communion universelle »).
Aussi, on peut dire que sur l’ensemble de cette question la réponse se doit d’apporter des nuances, en grand nombre ! En effet, la sensibilité écologique est aussi présente tant dans la tradition biblique que chrétienne, comme en-dehors du christianisme d’ailleurs, à des degrés différents selon les textes et les auteurs il est vrai. De même que cette sensibilité, qui existe depuis toujours, est devenue plus forte à l’époque contemporaine, elle l’est aussi chez les chrétiens, dont les orthodoxes, et est devenue, aussi chez eux, plus consciente, plus forte, plus partagée. Certains chrétiens figurent même parmi les précurseurs des mouvements écologistes actuels, je pense aux protestants Jacques Ellul et Denis de Rougemont, une génération plus tard aux catholiques Jean et Hélène Bastaire. On trouve aussi chez l’orthodoxeNicolas Berdiaev, dans un texte de 1923 intitulé « Salut et création. Deux compréhensions du christianisme » (traduction française parue dansPour un christianisme de création et de liberté, Cerf, 2009), cette affirmation remarquable et sans équivoque, après avoir abordé l’amour pour le prochain : « L’amour pour les animaux et les plantes, pour un brin d’herbe, pour les pierres, pour les fleuves et les mers, pour les champs et les montagnes, fait partie de la voie de mon salut. Ainsi suis-je sauvé ; ainsi le monde entier est sauvé ; ainsi l’éclairement est-il atteint. La morte indifférence à l’égard de l’homme et de la nature, à l’égard du vivant, au nom de la voie du salut personnel, est une manifestation répugnante de l’égoïsme religieux, un dessèchement de la nature humaine ».
Orthodoxie.com :Qu’en est-il de l’écologie au sein du christianisme orthodoxe aujourd’hui ?
Bien que toujours présente comme nous l’avons vu, la conscience écologique s’est développée ces dernières décennies, une évolution étudiée par l’historien Éric Baratay. À une époque où les considérations écologiques n’avaient pas la même vogue qu’aujourd’hui, cette conscience s’exprime souvent dans l’œuvre d’Olivier Clément ; en 1983, le regretté patriarche d’Antioche Ignace IV (Hazim) écrit trois textes regroupés sous le titre « Sauver la création » (publiés par Desclée de Brouwer en 1989). Plus récemment, parmi les auteurs qui ont abordé plus particulièrement cette problématique, nous pouvons citer, dans l’espace francophone,Michel Maxime Egger, leP. Philippe Dautais, leP. Alexandre SiniakovetJean-Claude Larchetdéjà mentionné, ces deux derniers ayant la particularité d’aborder de manière plus approfondie la question de la relation avec les animaux.
« Les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales »
Du côté des Églises, la prise de conscience s’affirme aussi alors que les mouvements écologistes commencent tout juste à se faire connaître et obtiennent des résultats politiques encore très modestes. Ainsi, en 1989, le patriarche œcuménique Dimitrios institue une journée de prière pour la sauvegarde de la Création, le 1erseptembre. Cette décision venait à la suite de trois conférences internationales sur l’environnement suscitées par le Patriarcat œcuménique qui se sont tenues de 1987 à 1989. En 2015, le pape François a pris une initiative similaire pour l’Église catholique. Le successeur du patriarche Dimitrios, le patriarche Bartholomée engage, dès 1991, une série d’actions, notamment des colloques internationaux comme les symposiums « Religion, Science Environnement », sur les questions écologiques et leur urgence. Cette importante activité au fil des années lui a valu, à partir de 1996, le surnom de « patriarche vert ». Dans les années 2000, l’agroécologistePierre Rabhi, qui a conseillé le monastère orthodoxe de Solan, situé dans le Gard, qui pratique l’agriculture biologique à partir des années 1990, est invité en Roumanie à l’invitation de l’actuel patriarche Daniel, alors métropolite de Moldavie et de Bucovine, pour apporter une expertise pour un projet, initié en 2006, d’agriculture biologique de terres de la métropole. En 2009, le Patriarcat de Roumanie publie la version roumaine, avec une préface du patriarche Daniel, d’un ouvrage de Pierre Rabhi,Manifeste pour une nouvelle relation de l’homme et de la terre. De son côté, l’Église orthodoxe russe a consacré un chapitre de sesFondements de la doctrine sociale, dont l’ensemble a été finalisé et approuvé par son Saint-Synode en 2000, à l’Église et aux problèmes écologiques en soulignant d’emblée la gravité de ceux-ci. Le 4 février 2013, le conseil des évêques de l’Église orthodoxe russe publie un texte sur les questions environnementales dans lequel le clergé et les laïcs sont invités à participer à des actions environnementales. Le 26 juin 2016,l’encycliquedu grand concile orthodoxe réuni en Crète assure que « les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales » et exhorte à « changer radicalement de mentalité ».
Orthodoxie.com :Et plus précisément pour la place des animaux ?
Les animaux sont englobés dans l’ensemble des questions environnementales. Ils sont évoqués au passage, ils ne sont pas oubliés, mais il n’y a guère de développement. C’est vrai pour les orthodoxes et pour l’ensemble des chrétiens. Si l’on considère leGrand euchologe et Arkhiératikon(Diaconie apostolique, 1992), recueil d’offices religieux pour toutes les occasions, on trouve davantage de prières de bénédiction pour des objets ou des constructions que pour des animaux ! De plus, les seuls animaux évoqués le sont collectivement et ce sont seulement les animaux de rente, d’élevage : troupeau, rucher, essaim d’abeilles, élevage de vers à soie, étang et vivier. Bien sûr, il reste toujours la possibilité d’utiliser les prières adaptables à différentes circonstances et objets. Il faut y voir le reflet des préoccupations des sociétés où ces prières ont été composées. Une évolution est toujours possible, de nouvelles prières et de nouveaux offices peuvent être écrits. Par contre, nous l’avons vu, les animaux ont une place notable dans les hagiographies, les vies de saints, depuis le premier millénaire.
La réflexion sur l’animal et sa place restent marginales, alors que la question de la condition animale ne cesse de prendre de l’ampleur dans la société. Toutefois, pour ce qui est de l’orthodoxie, outre l’ouvrage de Jean-Claude Larchet et celui du P. Alexandre Siniakov déjà indiqués, on peut noter le colloque œcuménique qui s’est tenu à Paris à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge le 21 mars 2009 sur le thème « Les animaux dans l’économie du salut ». Les actes ont été publiés dans leno231 (juillet-septembre 2010)de la revue orthodoxeContacts.
«Il y a dans la tradition chrétienne largement de quoi répondre aux attentes et aux espoirs de nos contemporains »
Orthodoxie.com :Comment voyez-vous l’évolution de cette question ?
Je pense que la réflexion sur celui qui est « le plus autrui des autrui », selon l’heureuse expression de Claude Lévi-Strauss en 1962, à savoir l’animal, tout comme notre relation avec celui-ci, va prendre plus de place dans le christianisme. Tout simplement, parce que c’est une forte demande actuelle et le rôle des chrétiens, comme à toutes les époques, est aussi de répondre aux préoccupations, qui sont également les leurs, et aux évolutions d’un temps. Pour cela, il faut ne pas hésiter à aborder des questions précises et à y répondre clairement, par exemple concernant la chasse en tant que loisir, l’élevage industriel, la vivisection, l’abandon et la maltraitance d’animaux.
Le christianisme a toujours privilégié, dès les premiers temps, la question de la dignité de chaque être humain et de sa destinée spirituelle, ce qui a toujours été une question cruciale et urgente dans l’histoire et au premier chef pour chacun d’entre nous. Elle l’est toujours aujourd’hui, comme hier, et le sera demain. Mais à notre époque d’autres impératifs sont aussi apparus avec force et une large majorité de la population y est très sensible, c’est le cas de la condition des animaux et de la façon dont nous les percevons et nous les traitons. Il y a dans la tradition chrétienne largement de quoi répondre aux attentes et aux espoirs de nos contemporains, sur ce sujet comme pour d’autres. À nous de savoir y puiser, d’en montrer les richesses et d’en assurer la fécondité.
"L'animal n'est pas le centre d'intérêt des auteurs bibliques qui s'intéressent avant tout à la condition de l'homme", prévient d'emblée le Père Pierre de Martin de Viviès, prêtre du dioc...
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