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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 19:31

Aborder ce mot avec un esprit d’escalier, voilà qui fait sourire et invite à la légèreté, pourquoi pas ! Il y a toutes sortes d’escalier, les somptueux et les bancales, comme les humains en somme.

Pas de grandes demeures, celles d’autrefois, châteaux ou édifices de pouvoir sans escaliers larges aux volutes élégantes. Monter l’escalier rapprochait du prince, impressionnait les petits et rehaussait les courtisans.

 Escaliers royaux, escaliers républicains, grand escalier de l’Opéra avec ses gardes républicains en tenue de soldats de plomb, armée d’opérette ravie de siéger à l’Opéra, promotion réjouissante.

Escaliers de marbre, brillants comme l’ivoire trop longtemps caressé, escaliers des fastes de l’histoire que ses acteurs n’ont pu user.

Escaliers de pierre, plus tendres, aux marches incurvées par un nombre incalculables de pas, souvent théâtres de duels sans paroles où ne résonnait que le cliquetis des épées.

L’avantage revenait à celui qui se trouvait sur plus haute marche que l’adversaire, domination précaire. Marches profondes en pentes douces, montées sans efforts par les dames relevant délicatement crinoline fleurie.

Escaliers en colimaçon des tours à portes secrètes, ou encore des échafauds pour dernière ascension.

Mais quittons les escaliers à aristocratiques souvenirs, pour ceux des faux semblants, ceux du théâtre. Là on ne monte pas, on descend. L’ai-je bien descendu, clamait Mistinguett en années folles, revêtue de strass et de falbalas emplumés. Escalier décor, face au tombeau qui s’ouvre pour Don Juan refusé du ciel auquel il n‘a pas droit.

Escaliers de service pour le petit peuple au service des grands. Rengaine des pas lourds,  il faut monter, descendre, en lente routine, esprit ailleurs. On s’est fâché avec l’escalier moderne des grands ensembles, alors le génie humain a inventé l’ascenseur pour lui faire la nique.

                Escalier de la cave, celui-là est plus intime, en bois brut dans les demeures campagnardes, penché comme s’il allait tomber sous le poids des ans, mais ne rompant jamais, fidèle aux aïeux, à leurs héritiers et aux enfants menacés d’y descendre s’ils n’étaient pas sages.

Il est aussi l’escalier gourmand des grands-parents, où se rangeaient les pommes de terre et celles des pommiers, en tas bien alignés pour survivre tout l’hiver.

Il menait à la réserve de bois et de briquettes pour que chaleur dure pendant les frimas. Signe d’aisance, les bonnes bouteilles couvertes de poussière attendaient de revenir à la surface les jours de fête carillonnées.

Avec l’esprit d’escalier, le passé et le présent se racontent ainsi dans le désordre, au gré des souvenirs et des caprices de chacun.  Mais notre vie n’est-elle pas aussi une sorte d’escalier ? 

Ses marches se gravissent de l’enfance jusqu’à l’âge avancé.  Escalier parfois muni de rambardes rassurantes, parfois à nu pouvant donner vertige dangereux.

Il se monte avec plus ou moins de fougue ou de peine mais ne permet pas de retour. A chacun son escalier. Heureusement, il y a des passerelles pour en changer et s’élever sur d’autres envolées avec larges vues sur l’horizon.

Tout escalier peut ainsi devenir échelle de Jacob.

Hélène Lenattier

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 19:30

La bioéthique prétendument « bio » est une entreprise qui a ses propres objectifs, sa propre logique et ses propres méthodes fondées sur des discours trompeurs. A contrario, l’engagement pour la vie est un discours de vérité.

L’éthique dite « bio » a sa logique imposée : elle se définit comme un « débat démocratique permanent au sein de la société » (exposé des motifs de la loi bioéthique) et se fonde sur l’obligation de s’adapter aux mœurs du temps. Les nouveaux clercs savent très bien comment imposer ce débat.

Tout d’abord il s’agit d’accoutumer la population aux transgressions existantes dans la société grâce à de puissantes campagnes médiatiques.

Puis d’autoriser une bonne partie de ces transgressions par la voie législative (en prétendant que l’on adopte « un texte d’équilibre »).

Enfin d’inculquer à une jeunesse déboussolée un cadre de pensée qui amalgame le légal et le moral, comme dans l’enseignement moral et civique à l’école qui prétend « transmettre des savoirs et des valeurs » : ainsi, le respect des textes législatifs est vu comme une « valeur », où la « non-discrimination » devient le cœur de la morale.

 

Le droit à l’enfant et tri embryonnaire

N’ayant plus aucun rapport avec la morale, il n’est pas étonnant que l’éthique « bio » utilise ses propres méthodes qui passent par la tromperie. Un des principaux mensonges est celui de la « double filiation maternelle » : à l’enfant qui y sera soumis, on fera croire qu’il a deux mères interchangeables avant de lui avouer quelques années plus tard que sa seconde mère n’est que la compagne de sa maman.

Autre discours mensonger : les parlementaires de la majorité affirment que le droit à l’enfant pour toutes les femmes ne conduira pas à la GPA ; et en même temps le gouvernement ferme les yeux sur les activités commerciales servant d’intermédiaire à cette GPA et favorise la principale association qui la promeut (le ministre de la Santé lui a fait octroyer en mai dernier un siège au conseil d’administration de l’Union nationale des associations familiales).

Nouveau mensonge quand le ministre Olivier Véran affirme qu’au-delà des sujets sociétaux, le projet de loi « aborde des sujets d’intérêt majeur pour l’avancée de la science et de la santé ». En effet, rien n’y est favorable à « la science », sûrement pas la facilitation de la manipulation des embryons humains (dont la seule utilité sera de permettre à des chercheurs français de faire des communications dans des congrès internationaux).

Rien non plus n’y est favorable à la santé, sûrement pas le tri embryonnaire qui sera élargi à l’occasion de chaque PMA, ni l’IMG pour cause de « détresse psychosociale ».

Mensonge encore quand le président du Collège des gynécologues français affirmait en octobre 2019 que cette dernière est justifiée par les « principes éthiques de justice et d’autonomie ».

 

« Bio » signifie vie

Même si tous ces discours mensongers ne peuvent avoir que des conséquences négatives sur la société, il ne faut pas désespérer de l’avenir. Cette année encore, beaucoup d’actes de vérité ont été posés par des jeunes, comme ces engagements pris dans le mariage avec la promesse du don de la vie.

N’oublions pas que « bio » signifie vie et que, comme le dit l’exhortation Familiaris consortio du pape Jean Paul II, « la fécondité de l’amour conjugal s’élargit et s’enrichit de tous les fruits de la vie morale, spirituelle, surnaturelle que le père et la mère sont appelés à donner à leurs enfants, et, à travers eux, à l’Église et au monde ».

C’est la vie morale qui sauvera notre société.

Rémi Sentis
Rémi Sentis, ancien élève de l'E.N.S., Docteur ès Sciences, directeur de recherche émérite, est président de l'Association des scientifiques chrétiens. Il a publié de nombreux articles dans des revues internationales et deux livres de mathématiques appliquées. Il est aussi président de la Fédération des associations familiales catholiques des Hauts-de-Seine et de la commission "droit de la famille" au sein de l'Union départementale des Associations familiales du 92.

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 19:30

Les sept premiers pas de la Vierge Marie (XIVe siècle). Église Saint-Sauveur-in-Chora (Istanbul).
 

Comment raconter une vie ? Il y a tant de choses, tant d’images à évoquer qu’il est souvent difficile de faire le tri entre les moments vraiment importants et ceux qui le sont moins.

À quoi s’ajoute que, d’une vie à une autre, plusieurs événements sont communs, certains mêmes trop banals pour être évoqués, qui ne disent rien de particulier d’une personne.

Prenons l’exemple de la vie de Marie telle qu’elle est représentée dans les mosaïques qui recouvrent les trois premières baies du narthex intérieur de Saint-Sauveur-in-Chora à Istanbul.

Toutes rendent compte de la vie de la mère de Jésus, depuis sa naissance jusqu’à la dormition, sans rien omettre des scènes les plus connues que l’histoire chrétienne a retenues : Marie bénie par les prêtres, la présentation au Temple, Marie confiée à Joseph, l’Annonciation ou encore la Vierge à l’Enfant.

Avec ces moments clés, d’une mosaïque à l’autre, c’est toute la biographie mariale qui est mise en scène pour les fidèles.

Sauf qu’il y a une autre mosaïque parmi celles-là, une que l’on remarque moins que les autres, un peu comme une photo d’enfance oubliée dans un album ancien, et cette image en dit plus long que toutes peut-être sur la manière de raconter une vie humaine.

Cette mosaïque, c’est celle des sept premiers pas de la Vierge Marie que l’on a sous les yeux.

Minuscule, hésitante, les bras en avant, une fillette s’aventure des bras de sa mère à ceux de son père.

Bien sûr, la tradition hagiographique reconnaît aussitôt Anne et Joachim. Mais à quoi bon le rappeler ici ? La scène est d’une telle grâce qu’il n’y a que ces pas dans la lumière qui comptent.

Ces pas d’une enfant, croira-t-on, sont ceux de tous les enfants du monde quand ils apprennent à marcher.

Mais ils ne sont pas tout à fait les mêmes : sept comme les futures sept douleurs de la Vierge, les sept « glaives » qui ont transpercé son cœur, ils préfigurent tout son destin avant même qu’elle ait fait son chemin.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Chancelante et confiante, elle remet sa marche entre les mains de son père placé devant elle. Une enfant, au fond, à l’image de notre humanité à tous.

Pascal Dethurens, professeur de littérature comparée à l’université de Strasbourg.

Repères

La mosaïque byzantine, dont l’apogée se situe entre le VIe et le XVe siècle, remonte à une longue tradition venue de la Grèce antique et de Rome. À partir du IVe siècle, les Églises chrétiennes ont adopté et adapté cette tradition pour dépeindre des scènes de la vie religieuse, sur les pavements des édifices, les murs et les plafonds. Les artistes byzantins ont ainsi influencé ceux du royaume normand de Sicile au XIIe siècle, ainsi que ceux de Venise et de Rome, mais aussi de Russie et d’autres pays du monde orthodoxe. L’art de la mosaïque s’est estompé ensuite au cours de la Renaissance.

Saint-Sauveur-in-Chora est l’un des plus beaux exemples d’églises byzantines à Istanbul. Convertie en mosquée par les Ottomans en 1511, elle est devenue un musée en 1948. Mais elle vient d’être reconvertie en mosquée – le 21 août 2020 – par décret présidentiel du chef de l’État Recep Tayyip Erdoğan, qui abandonne ainsi l’héritage de Mustafa Kemal, fondateur de la république laïque de Turquie.

https://natureln.librox.net/spip.php?article726

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