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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 23:55
Le voile islamique

Voici deux articles d'Annie Laurent de l'association CLARIFIER (sur l'Islam) rédigés en 2016 sur les seuls fondements de la connaissance et de la raison, donc en évitant tout simplisme et toute polémique. Vous y trouverez tout ce qu’il convient de savoir sur cette question non dépourvue de complexité et vous pourrez ainsi en avoir une idée précise.

Le voile islamique

A notre époque, le fait pour beaucoup de musulmanes de sortir la tête couverte est souvent perçu comme une exclusivité de la religion islamique. Or, l’origine de cette tenue est très antérieure à l’apparition de l’islam. Toutes les civilisations, celles de l’Antiquité grecque et romaine comme celles des Perses, des Pharaons et de l’Ancien Testament, ont connu cette pratique qui n’avait rien de religieux et pouvait aussi concerner les hommes, en particulier chez les juifs.

La dimension religieuse du voile féminin est apparue avec le christianisme comme le montre l’universitaire Bruno-Nassim Aboudrar dans un livre récent, Comment le voile est devenu musulman (Flammarion, 2014), où il commente les recommandations de saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens (11, 2-16) ainsi que l’interprétation qu’en ont faite deux Pères de l’Eglise, saint Clément d’Alexandrie et Tertullien.

Suivant l’exemple de la Vierge Marie, que l’on n’imagine pas non voilée, des générations de chrétiennes laïques ont porté mantille, foulard ou chapeau pour se rendre à l’église. Cette tradition perdure chez une partie des catholiques et chez les orthodoxes. Quant au voile des religieuses, il signifie leur consécration à Dieu, état de vie inconnu en islam. Le christianisme ne fait pas de la tête couverte une obligation civile ni même morale, mais en Europe le couvre-chef a longtemps fait partie de la tenue habituelle des femmes.

Chez les Arabes d’avant l’islam, seules les femmes des couches aisées et libres portaient un voile pour se distinguer des servantes et des esclaves. Mais, très vite, cette tenue a eu une double dimension, à la fois civile et religieuse, comme le rappelle l’imam Hassan Amdouni, établi en Belgique, dans un manuel récent sur la toilette féminine : « L’islam est une religion qui englobe la vie dans tous ses aspects […] parce qu’elle émane de Celui qui a créé l’être humain et qui sait, par conséquent, ce qui lui convient le mieux » (Le hidjâb, Maison d’Ennour, Paris, 2001, p. 14).

I – LE « VOILE » DANS LE CORAN

Trois versets coraniques abordent la tenue vestimentaire et le comportement des femmes hors de leurs foyers. Sur ce point, les traductions effectuées par certains spécialistes français utilisent indistinctement le mot « voile » alors que les textes arabes comportent trois vocables ayant un sens différent dans chacun des versets.

> Coran 24, 31 : « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines […]. Dis-leur encore de ne pas frapper le sol de leurs pieds pour montrer leurs atours cachés ».

Le mot arabe est ici khimâr (khumur au pluriel). Il désigne « tout ce qui cache ». La tête et les cheveux n’étant pas mentionnés, on peut comprendre qu’il s’agit  d’un fichu-châle servant à couvrir le décolleté.

> Coran 33, 59 : « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées ».

Le mot arabe est ici jalâbîb (pluriel de jilbâb). Il désigne un ample vêtement (robe, cape ou manteau) couvrant les habits de dessous, donc plus enveloppant que le khimâr. Là non plus la tête et les cheveux ne sont pas mentionnés.

> Coran 33, 53 : « Ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète sans avoir obtenu la permission d’y prendre un repas, et attendu que le repas soit préparé. […] Quand vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs ». 

Dans ce verset, qui ne concerne que les femmes de Mahomet, le mot arabe est hidjâb. Il signifie « tenture » ou « rideau », comme le montre son usage dans d’autres passages où il évoque le fait de dérober aux regards et de séparer certains lieux et certaines personnes entre eux (cf. 7, 46 ; 17, 45 ; 19, 17 ; 38, 32), mais aussi le fait de voiler le cœur et l’intelligence (cf. 41, 5), ou encore de maintenir la séparation entre Dieu et l’homme (42, 51).

Ainsi, le Coran pose des principes sans pour autant décrire un vêtement islamique-type pour les femmes.

II – APPLICATIONS

  Depuis l’origine, les juristes musulmans considèrent le port d’une tenue féminine enveloppante comme obligatoire. Pour pallier l’imprécision du Coran quant à la forme des vêtements que la musulmane doit porter, ils ont eu à définir les parties du corps féminin qui doivent être cachées à la vue des hommes, sauf ceux, parents ou autres de la femme concernée dont le Coran donne la liste : pères, beaux-pères, fils, frères, etc. (24, 31).

1°/ Que faut-il voiler et à quel âge ?

 Les juristes se sont basés sur le concept de ‘aoura (pudeur, intimité) ; celui-ci fait l’objet d’interprétations qui peuvent être divergentes selon les écoles juridiques et les idéologies.

Hassan Amdouni : « Pour la femme, la ‘aoura comprend tout le corps, y compris les cheveux, exception faite du visage (de la racine des cheveux jusqu’en dessous du menton et d’une tempe à l’autre), des mains et des pieds (en dessous du talon d’Achille) » (Le hidjab, op. cit., p. 33).

Cette définition se fonde sur un récit contenu dans la Sunna (Tradition mahométane), seconde source du droit en islam. Au cours d’une visite d’Asma, sœur aînée d’Aïcha, l’épouse préférée de Mahomet, ce dernier devant la tenue légère de sa belle-sœur, détourna la tête et dit : « Il ne convient pas à une femme, à partir du moment où elle a ses règles, de montrer autre chose que ceci et cela », désignant d’un geste son visage et ses mains (relaté par Abou Dawoud, cf. H. Amdouni, op. cit., p. 28).

Le port de la tenue islamique est requis à partir de la puberté, mais la femme ménopausée  est autorisée par le Coran à s’en dispenser (24, 60).

2°/ Un droit variable.

 Il en résulte, pour Amdouni, que les quatre principales écoles juridiques du sunnisme (hanéfite, malékite, chaféite et hanbalite), ultra-majoritaire dans l’islam, autorisent le dévoilement du visage et des mains, à condition que cela ne provoque pas la tentation (Le hidjâb, op. cit., p. 35-36). Mais, selon Ghassan Ascha, islamologue libanais diplômé de la Sorbonne, seule l’école hanéfite permet le dévoilement du visage et des mains, les trois autres ne l’admettant qu’en cas de force majeure, les soins médicaux par exemple (Du statut inférieur de la femme en islam, L’Harmattan, 1987, p. 126).

D’autres savants musulmans assurent que les malékites et les hanéfites n’autorisent le visage découvert qu’à condition que celui-ci ne soit pas fardé. Certains citent en outre un hadîth (propos de Mahomet) réputé authentique, selon lequel « quand elle [la femme] sort de la maison, le diable lui souhaite la bienvenue ». Donc, la femme tout entière est ‘aoura, ce qui rend le voile intégral obligatoire (P. Newton et M. Rafiqul Haqq, La place de la femme dans l’Islam, Dossiers Sénevé, Paris, 1995, p. 7).

3°/ La conception islamiste.

Par ailleurs, pour Salah-Eddine Boutarfa, juriste tunisien diplômé de l’Université de Paris, c’est à tort que le mot « atours » (qu’il faut cacher, selon le Coran en 24, 31, cf. supra), zîna en arabe, a été traduit par « visage » par certains jurisconsultes, alors que la traduction correcte est « ornements ». « Il ressort de cette grossière méprise qu’elle a été faite volontairement, à seule fin d’atteindre le but fixé : créer de toutes pièces une interdiction formelle alors que rien ne la justifiait » (« Le voile et l’islam », revue de l’Institut des Belles Lettres arabes, Tunis, n° 104, 1963).

Cette traduction et ce récit permettent en effet aux idéologies islamistes d’exiger que l’intégralité du corps de la femme soit rendue invisible. Depuis la deuxième moitié du XXème siècle, les adeptes du salafisme et du wahabisme veulent appliquer les fatouas (avis religieux) très rigoristes d’Ibn Taymiyya. Pour ce juriste damascène du XIVème siècle, le visage doit être caché par le voile. C’est aussi ce que préconise l’islamiste pakistanais contemporain Mawdoudi (1903-1979), dans son ouvrage El hidjâb (cf. G. Ascha, op. cit., p. 128). Dans certains milieux, une musulmane dévoilée est considérée comme nue.

Certains estiment que même la voix féminine relève de la aoura à cause du trouble qu’elle peut provoquer chez l’homme qui l’entend (Abdelwahab Bouhdiba, La sexualité en Islam, PUF, coll. Quadrige, 1975, p. 53). Le voile intégral (cf. infra) est alors une façon d’empêcher la femme de parler en public.

4°/ Les modèles de voiles.

La tenue islamique des femmes varie selon les cultures, les pays et les écoles juridiques. On peut distinguer deux catégories.

a) Le jilbâb (vêtement ample, épais et dissimulant les formes, cf. supra) revêt différentes formes :

  •  L’abaya maghrébine, de couleur foncée ou pastel, laisse le visage et les mains découverts.

  •  Le haïk algérien, taillé dans une cotonnade de couleur ivoire,  comporte une robe souple, le tissu sur le visage, sauf les yeux, pouvant être orné de broderies. Disparu lors de l’indépendance de l’Algérie (1962), il est réapparu dans les années 1990 sous l’influence de l’islamisme.

  • Le tchador, lourde pièce de tissu noir laissant le visage et les mains découverts est porté par les chiites (Iran, Irak, Liban, Bahreïn, Yémen). Interdit par Réza-Chah Pahlavi en 1936, il a été rendu obligatoire par Khomeyni en 1979.

  • La burqa gris-bleu, assortie d’un grillage en tissu masquant le visage, a été imposée par les Talibans dès leur arrivée au pouvoir en Afghanistan, dans les années 1990. Elle est aussi portée au Pakistan et dans d’autres pays d’Asie centrale.

  • Le niqab noir recouvrant tout le corps, y compris le visage (avec une fente pour les yeux ou un voile de visage plus fin pour permettre d’y voir) et les mains (gantées), est obligatoire en Arabie-Séoudite et dans divers pays de la péninsule Arabique. On le rencontre aussi beaucoup en Egypte. Il est également porté en Irak et en Syrie où on l’appelle izâr. L’Etat islamique (Daech) l’impose partout où il s’installe (Irak, Syrie, Libye, Nigéria, etc.), y compris aux chrétiennes et aux yézidies.

b) Le hidjâb ne concerne que la tête. Il consiste en un foulard serré autour des cheveux, des oreilles et du cou, dont la couleur, qui peut être chatoyante, est laissée au choix. Il est en principe, mais pas systématiquement, assorti d’une longue robe ou d’une tunique couvrant un pantalon. Le hidjâb n’est lié à aucune culture et constitue la tenue la plus répandue. Interdit en Turquie par Atatürk en 1926, il est autorisé et encouragé dans ce pays depuis 2013. Emine Erdogan, l’épouse du président de la République, ne sort jamais sans son voile.

POUR CONCLURE

Nonobstant ses variantes, « entre le voile [hidjâb] et la burqa, il n’y a qu’une différence de degré, non de nature » (Hanifa Chérifi, membre du Haut-Conseil à l’intégration, Le Monde, 16-17 décembre 2001).

Leïla Babès, sociologue franco-algérienne, estime que

« l’usage de ce concept [hidjâb] comme voile de la femme, et de surcroît appliqué à l’ensemble des musulmanes alors qu’il est réservé aux épouses du Prophète, est un abus et un détournement de sens, qui devrait être d’autant plus transgressif que le Coran réserve à celles-là un statut particulier : “Ô femmes du Prophète, vous n’êtes les pareilles d’aucune autre femme” » (33, 32) (Le voile démystifié, Bayard, 2004, p. 22).

Annie Laurent

alaurent@associationclarifier.fr

Les messages du voile

Le port du « voile » et son développement actuel comportent des signes adressés aux musulmans et au reste du monde. Ils invitent également à des réflexions concernant aussi bien le regard que l’islam porte sur l’être humain que sur son projet conquérant.

1°/ Protéger la femme et assurer sa liberté ; rassurer l’homme et garantir sa vertu.

 Le jilbâb, dans ses variantes (cf. PFV n° 42), met le corps féminin à l’abri de la concupiscence des hommes. « C’est un bouclier » (Bruno-Nassim Aboudrar, Comment le voile est devenu musulman, Flammarion, 2014, p. 155). La liberté et la sécurité de la musulmane sont conditionnées par le port de cet habit spécifique.

L’imam Hassan Amdouni, établi en Belgique, opposé au voile intégral, donne un sens identique au hidjâb.

Le hidjâb est le moyen par lequel Dieu – qu’Il soit loué – honore la femme et met fin au marchandage forcé de son charme, et à l’agression répétée du regard convoitant des hommes ! A ce niveau, le hidjâb œuvre à la fois contre une déstabilisation de l’ordre social et contre le ravalement de la femme au niveau de l’objet » (Le hidjâb, Maison d’Ennour, Paris, 2001, p. 86).

Leïla Babès, sociologue française d’origine algérienne, en tire cette remarque :

 Le mot d’ordre est le suivant : le corps de la femme est objet de désir sexuel, elle doit donc le voiler pour assurer la tranquillité des hommes » (Le voile démystifié, Bayard, 2004, p. 11).

Faut-il penser que l’islam considère l’homme incapable de maîtriser ses sens, au point de devoir enfermer la femme, soit chez elle, soit dans un vêtement enveloppant au dehors ?

En déduire comme l’ont fait les exégètes, tout comme le font les musulmans aujourd’hui par la surenchère à laquelle ils se livrent, que la prescription a un caractère éternel et non circonstancié, c’est reconnaître que les hommes musulmans sont des hommes sans éducation, incapables de contrôler leurs instincts animaux » (L. Babès, op. cit., p. 32).

La retenue est pourtant recommandée à l’homme par le Dieu du Coran : « Dis aux croyants : de baisser leurs regards, d’être chastes. Ce sera plus pur pour eux. – Dieu est bien informé de ce qu’ils font » (24, 30). 

Enfin, revêtu par une jeune fille, le « voile » indique que celle-ci est pieuse et sérieuse, donc prête à être épousée. Mais que dire de ces étudiantes qui portent un hidjâb arrangé avec affectation et coquetterie, sur un visage très maquillé et avec un pantalon moulant, comme on le voit en Egypte ou en Syrie ? Seule la chevelure présenterait-elle un élément troublant pour l’homme au point que la cacher devienne obsessionnel ?

2°/ Rappeler ou réintroduire la condition traditionnelle de la femme en islam. 

Lorsqu’il est imposé, et quelle qu’en soit la forme, le « voile » réintroduit dans l’univers mental musulman une conception traditionnelle de l’islam qui postule l’infériorité de la femme (cf. sur ce sujet, PFV n°19).

 Il en devient l’emblème : porter le voile de façon stricte, c’est vouloir se conformer à la Sunna du Prophète et assumer tout le discours coranique de la relation entre les deux genres » (Viviane Liati, De l’usage du Coran, Mille et une nuits, 2004, p. 271).

a) Négation de la femme en tant que personne.

Le voile intégral suggère la négation de la femme en tant que personne, puisque l’expression du visage (tristesse, joie, rire, pleurs, etc.), reflet de l’intériorité, est le vecteur privilégié du dialogue entre semblables. Ce qui poussait Jihane Sadate, l’épouse de l’ancien président d’Égypte, à qualifier ses concitoyennes qui le portaient de « tentes ambulantes ».

Témoignage d’une musulmane qui, ayant été contrainte de porter le niqab, recevait les félicitations de ses proches pour sa « perfection » :

Pourtant, en moi, il n’y avait plus rien. J’étais devenue rien. Sans visage, sans nom, sans volonté, sans désirs » (Zeina, Sous mon niqab, Plon, 2010, p. 88).

Non sans souffrance, elle est parvenue à se libérer de ce voile oppresseur.

Obstacles à des rapports humains paisibles et sains, le niqab et la burqa provoquent le regard des autres, ce qui est paradoxal.

 Ces musulmanes d’Occident [qui portent le voile intégral] se comportent comme des images. Et cela pour exprimer une religion, affirmer une culture qui abomine l’ostentation en général, celle des femmes tout particulièrement, et proscrit les images » (B.-N. Aboudrar, op. cit., p. 19).

Le voile, quel qu’il soit, sépare. Il est ségrégatif et, comme tel, postule aussi la méfiance envers la femme (cf. PFV n°20 et PFV36).

 En voilant la femme, l’islam instaure le doute et la suspicion, non seulement à l’égard de celles qui ne se conforment pas à la norme, mais à l’égard de toutes les femmes. Car, en même temps qu’il dé-montre la femme, le voile en suggère toute la puissance magnétique sur les hommes. Voilée ou non, la femme reste donc un être dangereux, réduit à un corps qui fascine et qui inquiète. » (L. Babès, op. cit., p. 44).

b) Un féminisme masculin.

 C’est contre cette conception, inséparable de l’obligation du port du voile, que se sont élevés les pionniers du féminisme arabo-musulman, notamment le premier d’entre eux, l’Égyptien Qasim Amin (1863-1908), diplômé en droit de l’université de Montpellier et auteur de La libération de la femme, ouvrage qu’il publia au Caire en 1899.

Constatant l’absence de clarté du Coran qui, de toute façon, n’interdit pas aux femmes de montrer leurs visages, il en déduit que le voile relève de coutumes habillées d’un vernis religieux et qui n’ont rien de sacré.

 « Le voile n’est qu’une affaire de mœurs, pas de religion » (cité par Le Point, n° 2277, 28 avril 2016).

Il faut donc, explique Amin, adapter la tenue des femmes au bien de la société contemporaine. Or, à ses yeux, l’isolement, à la maison ou sous le voile dans la rue, est négatif socialement car il empêche les femmes d’être des « êtres complets » et de contribuer au progrès des sociétés islamiques. La pensée d’Amin encouragea les musulmanes à se débarrasser de leurs voiles. Le ton fut donné par sa compatriote Hoda Chaaraoui, qui se dévoila publiquement à Alexandrie en 1923.

D’autres intellectuels arabes ont suivi la voie d’Amin. L’un des plus connus est le Tunisien Tahar Haddad (1899-1935), auteur de La femme tunisienne devant la loi et la société (1930), ouvrage qui inspira le Code du statut personnel promulgué en 1956 à l’initiative du futur président Habib Bourguiba. Les femmes étaient désormais libres de choisir leur conjoint, de poursuivre des études, de travailler hors de leur foyer, de voter et d’être des citoyennes à part entière.

Ainsi, de nouvelles habitudes se sont propagées un peu partout jusque dans les décennies 1970-80, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’islamisme influence le retour du voile, par les idées, la persuasion et la finance.

Aujourd’hui, dans le chiisme (moins figé que le sunnisme), notamment en Iran, des savants se prononcent contre l’obligation faite aux femmes de se couvrir les cheveux. La réforme qu’ils préconisent est conçue comme allant de pair avec l’émancipation féminine. Ce courant se développe depuis l’élection, en 2013, de l’actuel président, Hassan Rohani.

3°/ Promouvoir le communautarisme, affirmer une identité et engager une stratégie de conquête.

Le « voile » constitue une sorte de « certificat d’islamité », d’appartenance à la « meilleure communauté suscitée parmi les hommes » (Coran 3, 110), qui permet de distinguer les musulmanes des « mécréantes ». « On se pose en s’opposant. Il y a une altérité irrémédiable et revendiquée » (V. Liati, op. cit, p. 270).

a) Promotion du communautarisme.

 Le « voile » accompagne des revendications identitaires qui s’affirment dans la vie privée et sociale (cf. le refus de la mixité entre adultes) par la réclamation de droits spécifiques, conformes à la charia (loi islamique), et, sous l’excuse de la liberté religieuse, favorise le communautarisme.

Telle est la position affirmée par Ahmed Jaballah, président de l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF, affiliée aux Frères musulmans), le 21 novembre 1989, à l’intention du Premier ministre d’alors, Lionel Jospin, au moment de la première « affaire du voile » à l’école, survenue à Creil.

« Vous laissez entendre que le Coran n’impose pas le foulard. Or le livre sacré des musulmans est très clair et très explicite, et ne laisse aucun doute sur le devoir de chaque musulmane de porter le voile » (Le Monde, 22 novembre 1989, cité par Gilles Kepel, À l’ouest d’Allah, Seuil, 1994, p. 280).

b) Revendication identitaire.

 Par ailleurs, le retour du voile, qu’il soit volontaire ou qu’il relève d’un conditionnement familial ou social, postule une identité qui ne veut pas se laisser corrompre par l’influence des mœurs occidentales, jugées néfastes. En témoigne cette discussion qui s’est déroulée dans l’Algérie française entre une métropolitaine, Marie, épouse d’un musulman mais refusant de se voiler, et sa belle-mère. Marie :

 « Dieu n’a pas fait la figure des femmes pour la mettre derrière un rideau, honteusement ».

Sa belle-mère :

 « Les femmes de chez nous sont des filles de soumission et de patience et non des effrontées dont chacun, dans les rues, peut connaître le visage pour ensuite salir l’honneur » (B.-N. Aboudrar, op. cit., p. 93).

c) Stratégie conquérante.

La propagation du « voile » en Europe, la solidarité envers les musulmanes « victimes » de la laïcité et la mobilisation de l’Oumma (la communauté islamique) sont au service d’une stratégie de conquête mise en œuvre par les réseaux liés aux Frères musulmans. C’est ce que démontre  Paul Landau, spécialiste de l’islamisme, dans son enquête sur l’UOIF, Le Sabre et le Coran (éd. du Rocher, 2005). Projet auquel s’oppose le mouvement Objectif France, présidé par Rafik Smati, Français d’origine algérienne.

« L’évolution vers le radicalisme religieux au fil du temps me confirme dans la conviction que le foulard islamique n’est pas un attribut religieux, mais un outil de conquête politique. Ne soyons pas naïfs : le voile est un étendard de l’islamisme ! » (Site Nouvelles de France, 27 avril 2016).

POUR CONCLURE

 Ce n’est pas en tant que vêtement – sauf dans ses formes aliénantes ou disgracieuses – que le voile islamique pose problème mais à cause du projet dont il est le vecteur, aussi bien dans les pays de tradition musulmane en cours de réislamisation que dans les pays où l’islam s’établit à travers l’émigration.

Selon Hanifa Chérifi, membre du Haut-Conseil à l’Intégration, les atermoiements de l’Etat français ont entraîné un processus dangereux pour l’unité nationale.

« Si l’on s’était donné le temps de la réflexion, on se serait rendu compte que le port du voile est un obstacle au processus d’intégration scolaire, sociale et, surtout, d’intégration dans le monde du travail » (Le Monde, 16-17 décembre 2001).

Il reste aux États européens à ouvrir les yeux sur cette réalité et à prendre les mesures qui s’imposent. Saisie d’une affaire concernant l’employée musulmane d’une entreprise belge qui refusait de retirer son foulard islamique sur le lieu de son travail, l’avocate générale de la Cour de Justice de l’Union européenne a estimé, dans ses conclusions, que cette interdiction « peut être licite » car « elle ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion, dès lors que cette interdiction s’appuie sur un règlement général de l’entreprise interdisant les signes politiques, philosophiques et religieux visibles sur le lieu de travail » (Le Figaro, 1er juin 2016).

Annie Laurent

a.laurent@associationclarifier.fr

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3 novembre 2019 7 03 /11 /novembre /2019 23:55

Il n’y a pas que certaines espèces animales qui sont en voie d’extinction. L’accès au silence aussi. De nombreuses études le prouvent et l’OMS place la pollution sonore au deuxième rang des menaces sur la santé publique, après la pollution de l’air.

Aujourd’hui, les espaces de silence se sont réduits comme peau de chagrin.

Mais ne nous y trompons pas, l’ennemi du silence, ce n’est pas tant le bruit que la peur du silence.

La connexion permanente, l’incessant flux de paroles imposé par les nouvelles technologies, la dépendance au téléphone portable conduisent à le redouter.

À observer la nature, il apparaît d’ailleurs que l’homme est la créature la plus bruyante sur cette terre. Triste palmarès…

Pourtant, le silence nous est indispensable. C’est de lui que surgissent les paroles.

Et, sur un autre plan, il est cet état dans lequel nous faisons retour sur nous-mêmes, nous approfondissons notre être ; un état dans lequel nous méditons, rêvons, créons, réfléchissons, pleurons, prions.

Des publications scientifiques rapportent d’ailleurs qu’une exposition silencieuse régulière a des effets sur la régénération du cerveau.

Étouffés par le bruit, nous sommes de plus en plus nombreux à rechercher le silence, dans la pratique des retraites, de randonnées solitaires en pleine nature ou encore de la méditation.

Il se joue là quelque chose non seulement d’important mais d’essentiel à notre vie intérieure.

Le silence était pour les Pères du désert une ressource majeure.

En témoigne cet apophtegme : « L’archevêque d’Alexandrie vint un jour à Scété. Les frères, qui étaient réunis, demandèrent à l’abbé Pambo de dire quelques mots à l’évêque pour l’édifier. Mais il répondit : “S’il n’est pas édifié par mon silence, il ne le sera pas par mes paroles.” »

Ou encore : « On disait d’Abba Agathon que pendant trois ans il se mit un caillou dans la bouche jusqu’à ce qu’il fût capable d’observer le silence. »

Ce qui me parle là, c’est qu’il observe le silence. En effet, ce silence n’est pas tant une absence de parole qu’une écoute. Et, malgré nos croyances, le silence n’est pas empêché par le bruit. Il est la matrice de la parole, comme son utérus.

Le silence est. Et de lui surgit la Vie.

Des conditions extérieures peuvent en favoriser ma perception mais l’enjeu est de me mettre à l’écoute de ce silence qui m’habite, qui est là au plus profond de moi, indépendamment du nombre de décibels autour de moi.

Pratiquer le silence semble parfois impossible, or il est là, juste là, à portée de mon attention.

Se mettre à l’écoute du silence, ça n’est pas couper le son. C’est de l’ordre d’une expérience où, au travers du bruit et de mes distractions, je perçois sa présence.

C’est me rendre attentif à ce qui est au-delà des mots.

C’est m’entretenir avec la Vie qui s’y donne et me renouvelle.

C’est peut-être pourquoi la liturgie consacre le Samedi saint, veille de la Résurrection, comme le jour du grand silence.

On raconte que dans l’ascenseur du pape François est accrochée une icône qui représente la Vierge Marie portant l’index à sa bouche, la Vierge du silence !

Nous voilà rappelée la nécessité d’écouter quotidiennement quelques minutes ce silence qui nous habite.

Jean-Guilhem XerriPsychanalyste et essayiste

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 23:55
Archimandrite Zenon en 2008 à la Cathédrale St-Nicolas, Vienne.
 
Par Aidan Hart, publié sur Orthodox arts journal.
 
Je ne suis pas donné à l'adulation: il place un fardeau trop lourd d'attente sur le malheureux destinataire, et entrave souvent l'adorateur. Mais je dois avouer que je suis à la limite de l'adulation pour les œuvres du peintre iconographe et fresquiste russe contemporain, l'archimandrite Zenon (Teodor).
 
De temps en temps un iconographe apparaît, qui est libre et traditionnel, un vent de fraîcheur, une nouvelle plante dans une forêt de conformité. Tel est le père Zenon. Ses œuvres résonnent d'authenticité. Il apprend constamment des différentes traditions iconographique, de l'Occident comme de l'Orient, s’exposant a de nouvelles influences - d'abord de l'école de Moscou d’André Roublev, puis d’ancienne oeuvre Byzantine, Romane, Arménienne, et plus récemment, des œuvres de Ravenne et de la Rome des premiers siècles. Il déterre les secrets des chefs-d’œuvre, les fait siennes, puis il peint sans travail apparent.
 
Un esprit de timidité, si ce n’est de peur, domine toujours la renaissance de l’icône du siècle dernier. C’est une réaction compréhensible à plusieurs siècles de non-respect de la tradition, mais c’est une réaction et non pas un état sain dans lequel rester. Alors que la plupart des iconographes contemporains rejettent le sentimentalisme et le naturalisme des œuvres du XIXe siècle, et copie les icônes byzantines et russe médiévales comme un antidote, la plupart d'entre nous sont encore essentiellement des copistes, et trop souvent de mauvais copistes. Et, naturellement, ce sont les mêmes chefs-d’œuvre qui sont sans cesse reproduit, ce qui a pour effet malheureux de rabaisser les œuvres mêmes que nous aimons tant.
 
Mais alors des personnes comme le père Zenon arrivent, qui ouvrent toutes grandes les portes et les fenêtres de cette salle périmée et nous montre ce qu’est une tradition authentique. Ils se nourrissent directement aux sources, recherchant l'esprit plutôt que la forme des icônes médiévales. Ils respirent la sainte lumière et l'air de la liturgie, de la prière intérieure, le Saint-Esprit de Dieu Lui-même, et unissent cette vie au grand don artistique. Être un grand iconographe nécessite non pas seulement la piété, ni seulement des compétences, mais les deux mariés.
 
Ces personnes s’immergent dans le corpus existant des icônes médiévales comme un étudiant devant leur maître. Mais dans la plénitude des temps, ils quittent la maison et développe leur propre voix. Ils n’ont pas la timidité de rester à jamais sous le toit de leur maître, en sécurité mais triste. Les graines sont destinés à être emportés de l'arbre mère, et à croître dans le sol frais.
 
Alors que le métissage produit une déformation, l’isolationnisme guinde l’iconographie. L'isolationnisme peut prendre la forme d’une croyance qu’à une époque une culture est plus spirituelle et donc la seule vraiment digne d'être imité, ou qu’être iconographe en soi c’est toujours de copier le travail des grandes époques passées. Mais des iconographes comme le père Zenon ouvrent des perspectives, et nous montrent par leur travail que la tradition est vivante. Leurs icônes sont des enfants d'une créativité nourrie non par l’isolement, mais par la Sainte Liturgie.
 
Depuis peu il y a des écrits en anglais à propos de l'Archimandrite Zenon, je tiens à vous présenter sa vie, ses pensées et icônes. Si un lecteur peut corriger ou ajouter à mes recherches, je lui serais très reconnaissant.
 
Une courte biographie
 
Père Zenon - dans le monde Vladimir Theodore - est né dans le sud de l'Ukraine en 1953, de sorte que les trente-huit premières années de sa vie se sont passées sous le communisme athée. Lui et sa famille vivait dans la région de Mykolaïv près d'Odessa, dans la petite ville de Pervomaïsk. Dans les interviews, il a souvent souligné que cette région était autrefois une très grande colonie Grecque. Ce fait pourrait bien avoir influencé sa convictions que l'iconographie russe doit retourner à ses racines byzantines si elle souhaite atteindre à nouveau les sommets qu'elle a obtenu au XVe siècle.
 
Son père était éleveur et sa mère comptable. Comme c’était souvent le cas à l'époque communiste, il a été emmené par sa grand-mère à l'église étant enfant. Les parents pouvaient perdre leur emploi pour une telle chose, mais le KGB pensait que les baboushkas retraités étaient assez inoffensives!
 
Père Zenon rappelle dans une interview avec Mikhail Serdyukova qu’ étant à l'église à l'âge de trois ans, il a été frappé par la beauté et le mystère des offices : «Je me souviens très bien recevoir la communion, et l'atmosphère inhabituelle - je n’avais jamais vu une telle chose nulle part ailleurs: calme, beau et inexplicablement mystérieux. Même la discipline liturgique que j’ai connu me semblait spéciale: elle forme le caractère, mais sans faire peur. Je me souviens encore la merveilleuse odeur de l'encens, et le prêtre nommé Père Jean ... " Cette église a été détruite plus tard dans les années 1960 par le gouvernement soviétique locale.
 
Vladimir avait toujours dessiné, c’était donc sans surprise qu’en 1969, il s’inscrit pour des études d'art à l'École d'Art d'Odessa dans le département de la peinture. La formation de l'art russe, bien que quelque peu académique, est généralement très approfondie, et cela à muni le futur père Zenon d’une grande facilité comme dessinateur.
 
C’est dans sa seconde année à l'école d'art qui, à travers l'art, il a rencontré les Évangiles et a trouvé la foi orthodoxe pour lui-même. "Chaque artiste est confronté à des œuvres de maîtres anciens dont les sujets sont basés sur la Bible, les récits évangéliques. Ces peintures, soulèvent des questions dont les réponses peuvent seulement être données par les Évangiles. L'Évangile est la pierre angulaire, l'ABC de la compréhension de la vie humaine en général et de la peinture en particulier. Sans les Évangiles, les anciens maîtres sont incompréhensibles ". (1)
 
Après sa conversion, il a commencé à peindre des icônes. C’était une occupation dangereuse puisque les icônes pouvaient être interprétées par les autorités comme une forme de propagande anti-soviétique, une infraction punissable. Il n'y avait aucun enseignant d’iconographie disponibles à Odessa, ainsi Vladimir était obligé d'apprendre en copiant à partir de reproductions et des originaux médiévaux, bien que très peu de bons exemples existaient où il vivait.
 
Après ses études à l'école d'art d'Odessa, Vladimir remplies ses deux années obligatoires dans l'armée soviétique, mais en tant que peintre. Puis en 1976, il devint moine au monastère de la Dormition des grottes de Pskov (aussi connu comme Pskov-Pechory ou Pskov-Pechersky). Plutôt non traditionnel pour sa précipitation, trois semaines seulement après son arrivée l'abbé nommé Vladimir pris ses vœux et l’ordonna au diaconat. Quarante jours plus tard, le diacre Zenon était ordonné prêtre. On a l'impression à partir d’interview données plus tard qu'il aurait préféré ne pas être ordonnés, mais rester concentré sur son ministère d’iconographe. Mais il se sentait obligé d'obéir à son abbé, ou de risquer d'être appeler à quitter le monastère pour désobéissance.
 
La peinture d’icône de l'archimandrite Zenon a continué de se renforcer. Après deux ans et demi au monastère, en 1979, le Patriarche Pimen, lui-même un expert et connaisseur de l'iconographie, a appelé ce nouvel iconographe prometteur à la Laure de la Trinité-Saint-Serge. Ce monastère est le coeur spirituel de l'église russe, et à ce moment était aussi le siège du Patriarcat. Père Zenon y a vécu pendant les sept prochaines années, où il a créé, entre autres choses, l'iconostase pour la chapelle de la crypte de la cathédrale de la Dormition.
 
En 1983, le Patriarche demandait au père Zenon de participer à la restauration et à l’ornementation du monastère saint-Daniel à Moscou, qui cette année est devenu la résidence officielle du Patriarche de Moscou et le siège de l'église orthodoxe russe. Il a vécu et travaillé à Danilov pendant un an tout en peignant les icônes pour l’église de la crypte.
 
Iconostase de l'église de la crypte du Monastère Saint-Daniel, Moscou, 1984, peint par le père Zenon.
 
C’est en travaillant à Danilov qu'il a commencé à être considéré comme l'un des principaux iconographes en Russie, et aussi à recevoir des invitations de l'étranger. Toutefois, il a trouvé la vie trépidante de ces deux grands monastères difficiles, et après un an a demandé une bénédiction pour retourner au monastère de Pskov-Pechersky, où il est allé en 1985.
 
Durant les huit prochaines années tout en vivant à Pskov il travaillait principalement sur les commandes de divers iconostases. De 1985 à 1986, par exemple, il peint l'église de Sainte-Parascève dans la région de Vladimir, puis les icônes de l'iconostase de la chapelle du martyr Cornelius à l’intérieur de l'église Saint-Nicolas dans son monastère.
 
Eglise basse St-Cornelius dans l'église St-Nicolas du Monastère de Pskov-Pechery, 1985-1986.
Ascension, iconostase de l'église saint-Cornelius.

En 1988, il peint l'iconostase de l'église basse de saint Séraphim dans l'ancienne cathédrale de la Trinité à Pskov, en 1990 pour celle de la Protection de la Mère de Dieu au monastère de Pskov-Pechery. Et de 1989 à 1991 pour l'église des Saints de Petchersk sur la Colline.
 
Eglise basse St-Séraphim, dans la Cathédrale de la Sainte-Trinité, Pskov.
Eglise de la Protection, Pskov-Pechory.

Depuis environ 1988 l’archimandrite Zenon a commencé à s’éloigner de la période Moscovite du 15ème siècle pour son inspiration et a dessiner des modèles plus anciens, mais encore à ce moment principalement de Russie, comme des icônes du 12ème siècle de Kiev et de Yaroslavl.
 
1988, Notre Dame du Signe, Crypte église St-Séraphim, Cathédrale de Trinité, Pskov.
Stylistiquement issu des œuvres de Yaroslavl du XIIe siècle.
Détail de Notre Dame du Signe, 12e siècle, Yaroslavl,
montrant la base de l'oeuvre du Père Zenon pour l'église St-Séraphim, 1988.

En effet, comme nous l'avons déjà indiqué et comme nous le verrons plus en détail ci-dessous, son inclination au fil des ans a été de s’appuyer sur des modèles de plus en plus anciens, et plus récemment sur les mosaïques du sixième siècle de Ravenne, en Italie, et les portraits à l'encaustique romano-égyptiens des premier et deuxième siècles. En fait, au cours des dernières années, il a commencé à peindre des icônes sur planches en utilisant cet ancien medium qu’est l’encaustique, c’est de la cire mélangée avec un pigment, utilisé soit chaude ou comme une émulsion avec de l’huile et des résines.
 
En 1991, le communisme soviétique s’est effondrée, apportant avec lui une plus grande liberté pour l'Église en Russie. Au cours des années suivantes de nombreux temples étaient rétablis à la propriété de l'Église, ce qui a créé une énorme demande pour de nouveaux iconostases et peintures murales. Ceci, combiné avec sa renommée croissante, conduit le Père Zenon a recevoir de plus en plus de commande, et pas seulement en Russie, mais aussi de l'étranger, tels que le Monastère du Nouveau-Valaam en Finlande, et plus tard, d’Italie, de Belgique, de Vienne et de Grèce.
 
1992, Réfectoire du Monastère du Nouveau-Valaam, Finlande.

Mais puisque le communisme athée avait écrasé toute l’iconographie, il était très difficile pour les peintres en herbe d'apprendre l'art. Ainsi, après la chute du communisme de nouveaux peintres d'icônes ont dû être formés pour répondre à la demande croissante. Dans cet esprit, en 1994 l'État Russe a rendu à l'Église orthodoxe russe l'ancien Monastère de la Sainte Transfiguration (Spaso-Preobrazhensky) de Mirozhsky, Pskov, à la condition que l'Église y établisse une école de peinture d'icônes. Père Zenon conduit cette école, la transformant en une véritable fraternité de peintres - un phénomène unique, alors pour la Russie.
 
Dans le cadre du renouveau du monastère le père Zenon et son équipe restaurent l'église de St. Etienne le Protomartyr, notamment la création et l’ornementation d’une iconostase en pierre brute avec des icônes fresquées.
 
1995, fresque de l'iconostase de l'église St-Etienne, Monastère de Mirozhsky, Pskov.

Étant son propre monastère, le père Zenon avait la liberté de faire une cloison [d’icône] qui exprimait sa conviction que la cloison elle-même doit être assez simple pour ne pas distraire le spectateur des icônes. En fait, au cours des années à venir ses conceptions d’iconostase devaient se rapprocher de plus en plus des faibles barrières de l'Église primitive.
 
Son travail et les étudiants le visitant l’on de plus en plus mis en contact étroit avec les chrétiens non-orthodoxes et avec l'ancien art chrétien occidental. Par exemple, en 1994, le monastère bénédictin de Chevetogne, en Belgique, lui a commandé deux peintures murales, pour lequel il a dessiné un style roman.
 
Christ en Gloire, Chevetogne, Belgique.

En 1995, il a commencé une relation d'enseignement avec l’école d’iconographie de Seriate «Russia Cristiana » à Bergame, en Italie, où les enseignants et les élèves de l'école étudie sous le Père Zenon à Mirozhsky.
 
Il est venu à croire - ce qui est controversée du point de vue officiel orthodoxe - qu'il n'y avait aucun obstacle pour l'intercommunion entre catholiques et orthodoxes. En Novembre 1996, le Père Zenon a été suspendu de la prêtrise par l'Archevêque Eusèbe de Pskov et Velikiye pour avoir reçu la communion d'un prêtre catholique romain, l’archiprêtre Romano Scalfi Directeur de la l’école d’icône de Seriate, lors d’une messe catholique tenue au monastère de Mirozhsky. Ce n’est qu'en 2002 qu'il a été restauré au ministère sacerdotal, par ordre du patriarche Alexis II.
 
Au cours de ces six années de suspension de la prêtrise le père Zenon se retire quelque peu de la scène publique et s’installe dans le village de Gverzdon, à la frontière de la région de Pskov et de l'Estonie. Une petite communauté se rassemble autour de lui, et un atelier d'icône et de menuiserie se développe. Finalement, sur une période de cinq ans le père Zenon et ses assistants ont construit une petite église en pierre dans le style roman.
 
Chapelle à Gverzdon.

Des photos publiées de son travail, il semble que pendant cette période, de 1996 à 2002, il a travaillé principalement sur des icônes (planches) commandées par des particuliers. Ces travaux révèlent une recherche créative dans laquelle le père Zenon a continué à gagner en inspiration pour une grande variété de types d'icônes, y compris romane, enluminures arméniennes, et en particulier le Ménologe byzantin de Basile II, un volume d'enluminures peint autour de l’an 1000.
 
Croix d'inspiration romane, 2000.
Entrée à Jérusalem.
Comparer avec son prototype (prochaine image).
Entrée à Jérusalem, Arménien, 1286, Cilicie.
La Présentation du XC au Temple, par le père Zenon, 2000.
Comparer avec son prototype (prochaine image).
Menologe de Basil II, Byzantin, 1000.
Depuis sa restauration à la prêtrise ses commandes d'icônes l'ont amené à vivre dans différents endroits, même si je crois que sa base est toujours sa petite communauté monastique dans le village de Gverzdon, qui comprend deux moines. Entre 2003 et 2005 Père Zenon peint l'église de saint Serge de Radonège à la gare de Moscou "Semkhoz" dans le quartier Pouchkine, érigé sur le site de la mort du prêtre Alexandre Men.
 
Chapelle St-Serge de Radonège, Moscou, gare "Semkhoz", 2003-2005.
Saint Jean Damascène, fresque de l'iconostase, chapelle "Semkhoz".

Puis à partir de Novembre 2006 et Septembre 2008, lui et une équipe considérable d’assistant fresque la grande cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas à Vienne. Son équipe comprenait les peintres russes Eugene Malyagin, Anton Kouchans, Ilya Ivankin, Alexander Mysyk, Vassili Sokolov, et Anna Kashirina, ainsi que Yaroslav et Ioanna Yakimchuk de Pologne et Tatiana Shilovskaya d’Autriche.
 
2006-2008, Cathédrale St-Nicolas, Vienne.
La Nativité du XC, Cathédrale St-Nicolas, Vienne, 2006-2008.

Comme quelqu'un l'a observé, ces peintures murales utilisent comme style d’inspiration "des exemples classiques d’icônes russe pré-mongole et des Balkans - calme, harmonieuse et noble. Ce style est très en phase avec notre époque, ce qui nécessite une profondeur et une clarté évidente." Récemment l'église inférieure de St-Nicolas a également une nouvelle iconostase de marbre conçu par le père Zenon, avec des icônes peintes par lui.
 
De 2009-2010, il fresques une chapelle du monastère Simonopetra au Mont Athos. Les scènes dans ces peintures murales sont stylistiquement inspirés par la Ménologe de Basile II de l'an 1000.
 
SimonosPetra, Mont Athos, 2009-2010
Les Mages, SimonosPetra, Mt Athos, 2009-2010.

De 2012 à 2013 le Père Zenon a travaillé sur l'église basse de la cathédrale Feodorovsky à St-Pétersbourg.
 
Eglise inférieure de la Cathédrale Feodorovsky, St-Péterbourg, 2012-2013.
Les Apôtres, détail, Cathédrale Feodorovsky.

En raison de la révolution communiste cette église inférieure n’avait jamais été décorée comme prévu par les fondateurs, mais les documents existants mettent en évidence que leur intention était de fonder sa conception sur l'architecture de l'église des premiers siècles et son iconographie. Fidèle à cette vision, le père Zenon a puisé son inspiration pour les peintures murales des mosaïques du 6e et 7e siècle de Ravenne et des manuscrits enluminés des premiers siècles. Les icônes sur planche peinte à l'encaustique sont influencées en partie par les œuvres célèbres du Sinaï et des œuvres romaines des premiers siècles. Il a également conçu une barrière simple et basse au lieu de l‘habituel cloison d‘icône, et un ciborium au dessus de la Sainte Table, une ancienne tradition que l’on trouve par exemple du temps de l'empereur Constantin sur le tombeau du Christ à Jérusalem.
 
Sant Apollinare nuovo, Ravenne, 6e s.
Scènes de l'Ancien Testament, Cathédrale Feodorovsky, (comparer avec la prochaine image).
photo par Jim forest.
La vision d'Ezechiel, enluminure, 879-883.
Sts Pierre et Paul, Cathédrale Feodorvsky, St-Pétersbourg.
(Comparer avec la prochaine image)
St Pierre, Sinaï, 7e siècle.
Crucifix, Cathédrale Feodorovsky.
(comparer avec la prochaine image)
Crucifixion, fresque, église Santa Maria Antiqua, Rome, 741-752.
 
Pourquoi ses œuvres sont-elles hautement considérées ?
 
Les icônes de l'archimandrite Zenon et ses peintures murales affiche une maîtrise artistique et véhiculent la sainteté et la gravité des saints et des événements qu'ils décrivent. Comme un catalogue d’exposition récent l‘exprime : « Père Zenon se distingue par sa brillante habilité au dessin, sa recherche créative courageuse, et l'ouverture de sa position théologique". (2). On sent que ses œuvres sont anciennes mais originales. Cela vient, je crois, d'une union d’un don artistique très développé, le courage d'explorer de nouvelles voies, de la vie au sein de la Sainte Liturgie et de la prière. Il veut toujours se rendre à la source, à l'essence des choses.
 
Ci-dessous quelques-uns des éléments qui, je pense font de lui un peintre d’icône grand et influent.
 
La forme
 
Père Zenon a une compréhension consommé de la forme. Sa draperie est claire et logique, et ses figures affiche une bonne compréhension de l'anatomie. Bien que les icônes ne soient pas naturaliste, elles sont basées sur les formes du corps humain créé par Dieu. Les icônes ne faussent pas ces formes, mais les transfigurent, et cela nécessite une connaissance de ce qu'elles sont avant que nous les résumions. Comme le sculpteur Constantin Brancusi a déclaré, "La simplicité est la complexité résolue".
 
Père Zenon a aidé à restaurer pour la peinture russe une compréhension plus profonde de la forme. Dans une recherche d'une spiritualité accrue, l'iconographie russe du XIIIe au XVIe siècle avait tendance à aplatir et, certains diraient, dématérialiser le sujet, une tendance qui atteint son apogée dans les figures allongées de l'école de Moscou incarnés par André Roublev et Denys. Père Zenon considère hautement ces œuvres de cette école de Moscou, mais pense que nous ne pouvons pas recréer de telles œuvres de maître sur un vide. Il croit qu'un iconographe contemporain doit passer par le stade premier du byzantin, pour obtenir leur compréhension profonde de la forme comme héritée des périodes hellénistique et romaine. Il écrit:
 
Depuis que la tradition spirituelle vivante a été complètement coupée, le niveau de notre développement spirituel est très faible. Il est donc irréaliste de commencer par les plus hautes réalisations du 15ème siècle [Russe] de la peinture d'icônes. Ils sont sans aucun doute au-delà de la compréhension de l'homme moderne. Nous devons aller plus loin à nos origines spirituelles par la maîtrise de la tradition byzantine.
 
Chaque peintre d'icône devra marcher sur le chemin parcouru par les premiers peintres d'icônes russes suite à l'adoption du christianisme en Russie. Et ils imitaient les modèles Grecs. " (3)
 
Peut-être est-ce parce qu'il a vu la nécessité de renouveler un sens de la structure dans l'iconographie russe que le père Zenon a relancé la technique de peinture de la « membrane » , dans laquelle l'artiste établit une première forme en utilisant une ébauche monochrome.
.
 
L'étape de la première ébauche dans la technique de la membrane

Cela est suivi par un glacis semi translucide de teinte moyenne (la couche de la membrane), qui est ensuite suivie d'une nouvelle modélisation et coloration en utilisant deux teintes plus claires et plus sombres.
 
La technique de la sous-couche contraste avec la méthode du proplasme, qui a été la technique dominante utilisée par les iconographes du monde entier pendant les six derniers siècles et plus. Pour cela, la première étape consiste à appliquer une couche unie de tonalité plus sombre, et par la suite développer avec des tons de plus en plus légers.
 
Merci en grande partie au père Zenon, la technique de la membrane est maintenant de plus en plus utilisés dans le monde entier.
 
Fait intéressant, la première description détaillée de la méthode de la membrane se trouve dans un travail écrit, ou peut-être compilé, par un artiste Allemand. "Sur Divers Arts" qui a été écrit entre 1100 et 1120 par une personne utilisant le pseudonyme Théophile le Presbytère, que de nombreux chercheurs croient être le moine allemand bénédictin et orfèvre Roger de Helmarshausen. C’était ce livre que l’archimandrite Zenon a étudié afin d'apprendre et de faire revivre la technique de la membrane, car Théophile affirmait qu'il décrivait les méthodes utilisées par les peintres byzantins de son temps. C’est typique de l'esprit ouvert et curieux du père Zenon qui a utilisé une source occidentale pour faire revivre une tradition byzantine orientale!
 
Retour à l'essentiel
 
Le Père Zenon sait comment adapter le détail au milieu - une fresque peut être plus audacieuse qu’une peinture sur planche, par exemple. Il adapte aussi le style de ses icônes au contexte culturel, en utilisant par exemple le Roman pour les églises en Europe occidentale. Bien qu’il soit habile avec un pinceau et peut ajouter des détails si l'icône l'exige, il sait quand aller à l'essentiel et quand ajouter des ornements qui améliorent le sujet. Cela nécessite à la fois, sensibilité artistique et connaissance théologique.
 
Une bonne mémoire visuelle permet aussi de garder l'essentiel, car cela permet d'épargner au peintre de constamment se référer à une image et donc être tenté d'inclure tous les détails qui y sont contenues. La mémoire a tendance a stocker l'essentiel et a laisser de côté les détails.
 
À cet égard, cela rappelle le grand iconographe Théophane le Grec (1340-1410). Son ami, le chroniqueur russe Épiphane le Sage, a écrit de Théophane qu '«il ne peint pas comme les peintres russes font, regardant leurs cahiers quand ils peignent », mais peint directement sur le mur sans avoir recours à ces livres, tandis qu’il discourait sagement avec les spectateurs qui s’étaient réunis pour le regarder. Lorsque le travail l'exigeait, Théophane peignait avec beaucoup de vigueur et de rapidité, fresquait de vastes espaces dans un court laps de temps (Epiphane lui attribue d’avoir fresqué quarante églises dans sa vie). Père Zenon dans cet esprit peint en une semaine, les six icônes fresquées de l’iconostase de pierre de l'église de Saint-Serge de Radonège à la gare Semkhoz.
 
Le peintre comme théologien et penseur
 
L’archimandrite Zenon est un penseur ainsi qu’un peintre. La technologie moderne rend disponible en ligne et dans les livres un vaste éventail d'icônes. L’intelligence et un sens raffiné de la justesse esthétique et liturgique est nécessaire à l'iconographe moderne afin de discerner ce qu’il faut ignorer et ce qu’il faut utiliser dans cette multitude. Lorsqu'une icône est demandée pour une église particulière et un sujet particulier, l'intelligence est nécessaire pour adapter l'icône à ce lieu et thème. Le savoir-faire sans pensée est le travail des machines, mais le savoir-faire reliée à une pensée et la prière reflète la gloire, apporte la liberté, inspire.
 
Courageuse humilité
 
Père Zenon est intrépide. Il a dit dans une interview qu'il ne se soucie pas de ce que les gens pensent de lui:
 
Il faut être honnête avec soi-même et avec les membres de l'Église. Les autorités de l'Église essaient de plaire à tous: à la fois à droite et à gauche, le monde séculier et le monde de l'Église. Mais il est impossible de plaire à tout le monde. Le Christ était sans péché, mais même Lui n'a pas plu à tout le monde. (4)
 
Bien sûr, cela peut être pris de deux façons diamétralement opposées. Soit cela signifie qu’on est égocentrique, ou cela signifie qu’on est centré sur Dieu. Si c’est la première, nous pouvons recevoir la nouveauté de l'artiste, mais cette nouveauté ne nourrit pas notre esprit, qui a soif de l'Esprit Saint. Mais si c’est la seconde, nous recevons les fruits du paradis de l'artiste. Mais ce que les gens aiment peut être ce qu'ils ont l’habitude plutôt que ce qui les inspireraient au mieux. Un iconographe s’attache à des choses plus élevées et pas à la mode actuelle, qui nous apportera des fruits frais plutôt que des fruits secs.
 
Père Zenon a acquis une réputation dans les cercles orthodoxes russes, de penseur assez radical. À un moment donné, selon le Wikipedia Russe, il a promu le remplacement de l'ancienne langue slave utilisé dans les offices russe, par le russe moderne, signant à cette fin un appel lancé le 10 Avril 1994 par l'Institut chrétien orthodoxe Saint Philarète. Il a plus tard changé son point de vue à ce sujet. Nous avons déjà noté ses vues sur l'intercommunion avec les catholiques romains, et dans le domaine iconographique nous avons déjà noté sa référence croissante aux barrières basses [chancel] au lieu des iconostases médiévales à plusieurs niveaux.
 
Éclectisme
 
Père Zenon est éclectique. Comme nous l'avons déjà vu, il a au fil des ans puisé à un large éventail d'influences en dehors de la période classique de St André Roublev : des mosaïques de Sicile; aux enluminures arméniennes; et aux enluminures byzantines; des fresques et icônes romane; aux mosaïques de Ravenne du sixième-septième siècles; et aux icônes romaine des premiers siècles.
 
À l'époque médiévale les iconographes, à moins qu’ils aient beaucoup voyagé, sont normalement exposés à une gamme très limitée de styles d'icône. Mais aujourd'hui, grâce aux voyages pas cher, aux livres, à Internet, et aux expositions nous sommes exposés à une grande variété de travaux. On ne peut pas l'ignorer. D'autre part, il y a un danger que nous prenions au hasard, et nous perdions dans ce pléthore d'influences, d’en faire un patchwork dissonant, et de ne pas trouver notre propre voix. Mais le père Zenon parvient à absorber ces écoles, de prendre l'essence et la force de chaque tradition et de les faire sienne, de les adopter avec raison comme approprié pour l'endroit où ils sont peints. Donc, il utilise un style romain dans une église italienne, ou une fresque romane pour le rite occidental de l'église de l'abbaye de Chevetogne, en Belgique.
 
Proportion et harmonie
 
Dans une discussion tenue au centre éducatif de la cathédrale Feodorovsky, St-Pétersbourg en 2012, le père Zenon a souligné la nécessité d'utiliser de bonne proportion dans la structuration de tout l'art de l'église. Il a parlé notamment du nombre d'or, en disant que, puisque cette proportion se retrouve tout au long de la création de Dieu, alors l'artiste liturgique doit également l'utiliser. En regardant ses œuvres, on est immédiatement frappé par leurs proportions agréables. Il peut être difficile de trouver un équilibre entre le mouvement et l'immobilité, mais une bonne proportion permettra de préserver le calme au milieu du dynamisme.
 
Les couleurs des icônes du père Zenon sont aussi harmonieuse. Parfois, il va peindre avec seulement quatre pigments, comme l'ont fait les anciens Romains et les Grecs qui ont souvent juste utilisé le 'tetrachromata" de noir, blanc, rouge et jaune.
 
Quelques citations, tiré d’interviews
 
D'après une entrevue avec Aleksandr Shchipkov sur Keston News Service: https://groups.google.com/forum/ - sujet / alt.religion.christian.east-orthodoxe / FDMXnDWYXcw
 
"Un peintre d'icônes n’est pas un artiste dans le sens mondain du terme. Il ne doit pas s’exprimer dans l'icône. Il doit peindre l'icône de sorte qu'elle sera une aide à la prière. La peinture d'icônes est une partie intégrante du service divin. Une icône mal peinte crisse de la même manière qu’un mauvais chant d'église, ou une lecture pauvre ou illettrées des textes de la liturgie. Le Seigneur m'a donné la possibilité de peindre des icônes. Mes talents Lui appartienne et je n’ai pas à être fier de ça".
 
"Les Latins ont toujours été différent des Byzantins, même avant le schisme [de 1054]. Les formes et les traditions ont différés. La vérité de l'Évangile a été absorbé par les cultures nationales de leur propre manière. "
 
“Il faut être honnête avec soi-même et avec les membres de l'Église. Les autorités de l'Église essaient de plaire à tous: à la fois à droite et à gauche, le monde séculier et le monde de l'Église. Mais il est impossible de plaire à tout le monde. Le Christ était sans péché, mais même Lui n'a pas plu à tout le monde. "
 
 
"L’icône est incarnée de la prière. Elle est créée dans la prière et pour la prière, qui est la force motrice de l'amour de Dieu, le désir de Lui comme beauté parfaite. Par conséquent, l'icône dans le sens authentique ne peut exister sans l'Église. Comme une façon de prêcher l'Évangile, comme un témoignage de l'Église sur l'Incarnation, l'icône est une partie intégrante de l‘office, avec le chant de l'église, l'architecture, le rituel ....
 
"Les racines de l'icône sont dans l'expérience eucharistique de l'Église. L'icône est inextricablement liée avec elle, et avec tous les niveaux de la vie ecclésiale. Lorsque le niveau spirituel de l'Église est élevé, l’art religieux est à son optimal. Quand la vie de l’Église est affaibli et en déclin, alors bien sûr l'art de l'Église s’inscrit également dans la décrépitude. L'icône devient alors souvent une image à thème religieux, et elle cesse d'être un objet de vénération et donc orthodoxe dans le vrai sens. "
 
Cité par Dimitri Kuntsevich, le chef de l'atelier de mosaïque du couvent Ste Elisabeth :
 
"Parfois, ce que vous peignez ne fonctionne pas, mais essayez encore et encore jusqu'à ce que vous réussissiez."
 
 
"La parole a perdu sa force et son pouvoir est sérieusement compromis par les médias de la culture de masse, ce qui a gravement affecté la conscience des gens et pénétré leurs âmes ... La seule façon par laquelle nous sommes en mesure de convaincre les gens est par l’unité spirituelle. "
 
«La beauté est l'un des noms de Dieu. Souvenez-vous du Psaume: «Tu es le plus beau des enfants des hommes; la grâce est répandue sur tes lèvres ». C’est une prophétie sur le Messie. La grâce représente principalement la beauté, l'élégance et l'attractivité, et en second lieu, la gentillesse et la bonté intérieure."
 
"Lorsque le temps de la persécution a pris fin, les chrétiens ont pu construire et décorer leurs temples. L'enthousiasme pour la beauté que le Christ a apporté au monde s’est 'répandu' sur les murs de l'église et les autres objets liturgiques. Lorsque le sens de la beauté était élevé, alors l’était aussi la qualité de l'art de l'église. Prenez, par exemple, les églises de Ravenne du VIe siècle. La fraîcheur de l'Évangile brille encore à travers. Si il n'y a pas de plaisir et d'émerveillement à la beauté, rien de bon ne viendra ".
 
Images et vidéos de l'œuvre du père Zenon en ligne
 
Notez, pour la recherche en ligne, son nom en russe: "Архимандрит Зинон (Теодор)". Vous pouvez obtenir une traduction approximative du texte russe en copiant et collant le texte dans https://translate.google.com/
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1. Entrevue avec Zenon par Mikhaïl Serdyukova sur le père Zenon peignant la cathédrale de Saint-Nicolas à Vienne.
 
2. 2012 exposition de son travail dans le musée 'Yalkala', Ilichevo, près de St-Petersburg.
 
3. Russian Church Art Today, by S.V. Timchenko, 1993, Moscow, Publ. New Book Klyuch. Aucun numéro de page donné.
 
4. D'après une entrevue Aleksandr Shchipkov dans Keston News Service:  https://groups.google.com/forum/ – !topic/alt.religion.christian.east-orthodox/FDMXnDWYXcw
 
 
 
Traduction Nicolas Petit, pour Iconophile.
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