Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 23:26
Et si on se prosternait ?

Une réflexion qui interroge le monde catholique et peut-être protestant. En orthodoxie c'est tout le contraire : les prosternations/métanies, inclinations, agenouillements avec front contre le sol  etc. font partie des gestes habituels des fidèles au cours des offices. A minima en entrant dans une église le croyant orthodoxe s'incline avant de vénérer et embrasser les icônes du Christ et de la Mère de Dieu.

Il y a quelque temps, j’ai fait un séjour dans un monastère. À l’issue des complies, le dernier office de la journée, alors que ses frères quittaient le chœur, un moine est resté dans l’église.

J’y demeurai aussi, souhaitant un temps de prière personnelle et silencieuse. Il aura été nourri par ce moine qui se mit à pratiquer des prosternations.

Lentement, de la position debout, il s’est mis à genoux ; puis paumes des mains à terre, il a incliné son buste vers l’avant jusqu’à venir toucher le sol avec son front.

Il est resté dans cette position, puis progressivement, son dos s’est redressé et il s’est remis debout. Il a recommencé une nouvelle fois cette séquence.

Il m’a semblé qu’il y mettait encore plus d’attention. Et encore une fois. Alors que je l’observais, je me suis laissé prendre par ce mouvement, qui a initié en moi un mouvement intérieur. Je savais qu’il s’inclinait devant Dieu, je comprenais qu’il y avait dans cette position une marque d’infini respect pour son Créateur.

Mais j’ai senti grâce à ce moine que la prosternation est aussi un acte qui « remet chaque chose à sa place » dans notre intériorité corps-psychisme-esprit. Par l’orientation du regard (vers le sol et vers le bas), c’est une arme anti-distraction efficace.

Par l’abaissement qu’il implique, c’est un exercice anti-orgueil sans égal – je suis au même niveau qu’un SDF ou un bébé, et sûrement dans une position d’infériorité avec mon pire rival.

Or pour les Pères du désert, la distraction et l’ego sont les risques les plus importants pour notre vie spirituelle. Continuant à regarder ce moine, je me suis aperçu que prosterné au sol, son cœur était au-dessus de sa tête, donc de son cerveau.

Un peu comme si, dans cette position, la vie spirituelle redevenait enfin le « chef ». Genoux, mains et front contre le sol, ce moine avait le corps abandonné, le cerveau (le psychisme) rabaissé et le cœur (l’esprit) exposé au Ciel.

Au fur et à mesure que les cycles de prosternation se succédaient, et que des choses s’alignaient en moi, il m’est apparu que ce mouvement était celui des temps liturgiques, en tout cas des plus importants d’entre eux : Avent, Carême et Pâques.

De debout à genoux, l’Avent, l’abaissement ; le front au sol, le Carême, le « tu es poussière et tu retourneras à la poussière », et le redressement, Pâques avec le relèvement. La prosternation m’est apparue comme un kit maison de l’année liturgique, m’aidant à m’aligner intérieurement.

Il est dommage que cette pratique ait été oubliée. Aujourd’hui, les prosternations sont réservées à des occasions exceptionnelles que sont les ordinations ou les professions religieuses, en signe de totale disponibilité à Dieu.

Etty Hillesum rapporte, dans son journal, avoir réappris à s’agenouiller – attitude qui lui deviendra habituelle – de la part d’une chrétienne. Je sais pour ma part que, dans ma prière privée, j’ai à réapprendre à me prosterner avec lenteur et attention, comme ce moine me l’a rappelé.

Par Jean-Guilhem XerriPsychanalyste et essayiste

Auteur de (Re)vivez de l’intérieur, Cerf, 224 p., 16 €.

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 23:55
Penser la mort pour vivre
Père Anselm Grün Moine et écrivain Le père Anselm Grün écrit depuis son abbaye en Bavière de petits livres qui aident des millions de lecteurs.

Ce week-end, nous célébrons la Toussaint, le 1er novembre, une fête catholique importante dont le sens est parfois oublié…

Anselm Grün : Nous ne sommes pas seuls, nous sommes portés par cette Église du ciel, nous rappelle la Toussaint. C’est vrai chaque jour, lorsque nous récitons le Notre Père : notre prière est enrichie par la vie des saints. Lorsque nous prions ces mots, nous prions comme des gens qui doutent, qui croient et qui sont regardés par Dieu. Et les saints se penchent vers nous, il y a un lien spirituel qui se crée. La prière des saints relie le ciel et la terre.

Et qui sont vos saints préférés ?

A. G. : Saint Benoît, bien sûr. Mais aussi Thérèse d’Avila, saint François, Edith Stein, saint Augustin…

Le lendemain de la Toussaint, l’Église nous invite à célébrer nos défunts. Est-ce l’occasion de réfléchir au sens de la vie, de la mort ?

A. G. : C’est essentiel. Penser à la mort nous rappelle que notre vie est limitée. C’est une invitation à vivre pleinement le moment présent. Je ne sais pas du tout combien de temps je vais vivre, mais je sais qu’aujourd’hui je suis vivant. Donc je vis, pleinement ! Si je considère ma mort, je peux vivre avec une grande liberté.

Mais cela fait peur de regarder la mort aujourd’hui…

A. G. : Dans les apophtegmes, ces petites histoires de sagesse que nous ont laissées les Pères du désert, un moine demande : « Pourquoi n’as-tu jamais peur ? » L’autre lui répond : « Parce que j’ai tous les joursla mort devant les yeux. » Aujourd’hui, il y a une tendance à vouloir tout contrôler, et la mort remet en question cette prétention. Il faut se poser la question : de quoi les hommes ont peur face à la mort ? Certains ont peur de perdre le contrôle de leur vie. D’autres, au soir de leur existence, ont peur de ne pas avoir eu une vie bonne, à l’image de ce qu’ils auraient aimé qu’elle soit. D’autres enfin ont peur de quitter leurs proches, et je comprends l’angoisse de la mère pour ses enfants… Il faut traverser ses peurs, parce que nous serons un jour confrontés à la mort.

Est-ce que l’ultime question serait ce qui nous attend « après la mort » ?

A. G. : Oui… (Silence.) Il faut croire ce que nous dit la Bible : nous serons auprès de Dieu, et toutes nos aspirations de plénitude seront comblées. Créés à l’image de Dieu, nous atteindrons alors l’être que nous devons devenir. Les artistes ont cherché à représenter la vie éternelle, ils montrent les défunts passant de l’autre côté du voile, plongeant dans l’amour divin. C’est notre espérance.

Est-ce plus facile pour les moines de croire ?

A. G. : Les moines aussi sont confrontés au doute ! Il ne faut pas en avoir peur : en doutant, j’avance dans ma quête… Croire, ce n’est pas savoir, c’est faire confiance. Le doute permet à la foi de rester vivante.

La vie monastique ne peut-elle pas se décliner d’une certaine manière dans la société d’aujourd’hui ?

A. G. : Les hommes et les femmes qui vivent dans le monde ne peuvent pas nous copier. Ils doivent trouver leur propre rythme. Nous avons tous besoin de rituel, par exemple prendre du temps pour soi.

Mais vous savez bien qu’il est difficile de s’arrêter : les sollicitations sont tellement nombreuses…

A. G. : Je connais aussi cela dans la vie monastique ! Il me faut faire les choses les unes après les autres, être là où je suis en ce moment, et pas ailleurs. C’est vrai pour les moines, pour les parents, les gens au travail, et même les enfants qui sont de plus en plus occupés. Il s’agit de vivre l’instant présent pour être acteur de ma vie.

Notre existence est parfois bousculée par le deuil, la maladie, l’épreuve…

A. G. : Mais la mort, la maladie font partie de la vie ! C’est vrai, il y a des choses que je ne peux pas décider, qui s’imposent à moi. Être en bonne santé est un cadeau, mais je ne peux pas le garantir. Que veut me dire la maladie ? Quel signe m’envoie-t-elle ? Je n’interroge pas le passé, mais la perspective, non pas la cause mais le but. Réfléchissant à ce qui m’arrive, je peux sentir une invitation à ralentir, à prendre du temps, peut-être transformer ma vie… Se transformer, ce n’est pas devenir un autre mais devenir de plus en plus moi-même. Face à cet événement qui survient et qui m’échappe, je reprends l’initiative : c’est à moi de décider.

Cette souffrance est souvent psychique, psychologique : c’est parfois une terrible épreuve.

A. G. : Beaucoup de personnes souffrent d’avoir trop d’attentes. Le stress, la dépression ont un sens. C’est souvent le désir de tout contrôler qui provoque le stress : or la vie est incontrôlable et imparfaite. Il y a effectivement des chrétiens qui prient Dieu en lui demandant d’être débarrassé rapidement de la peur, du mal-être. Dieu n’agit pas comme un prestidigitateur. Ma transformation viendra de la rencontre avec cette peur, cette dépression, et aussi de la rencontre avec Dieu dans la prière.

Vous nous invitez à vivre le temps présent : comment durer, dans la vie monastique mais aussi dans la vie affective, familiale, spirituelle ?

A. G. : La clôture du monastère est pour moi une protection. Quand je reviens à l’abbaye, je retrouve une vie bien rythmée. Si je répondais aux sollicitudes et aux demandes extérieures, je ne serais plus « aligné ».

Mais quels conseils pouvez-vous donner pour durer dans le monde ?

A. G. : Saint Benoît parle de stabilité, c’est même un des trois vœux bénédictins. Beaucoup de personnes aujourd’hui sont à la recherche de nouvelles expériences, en quête de quelque chose de nouveau, ils ne trouvent plus de vraie stabilité. Or, nous en avons besoin. Il faut qu’il y ait dans la vie des choses qui se répètent, et pendant ces activités banales, je peux réfléchir et finalement me ressourcer, me recentrer. J’ai été cellérier (économe du monastère) pendant trente-six ans durant lesquels j’ai fait la même chose chaque jour ! C’est aussi cela, durer : accepter de refaire ce que nous avons fait la veille.

Ces conseils, vous les présentez au travers vos très nombreux livres publiés depuis des années. Comment expliquez-vous votre succès ?

A. G. : J’utilise un langage simple, je ne moralise pas, je n’enseigne pas de haut en bas… En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire : je décris la vie telle qu’elle est et formule quelques conseils. Les lecteurs sont en attente : je sens le désir de la foi et de la spiritualité dans l’humanité aujourd’hui. Et puis j’ai confiance dans mes lecteurs, je crois en eux. Ils ont en eux-mêmes cette nostalgie, ce désir de Dieu.

Recueilli par Christophe Henning
__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 23:57
Le paradis
Le paradis désigne la promesse du bonheur sans fin pour les justes, une participation de l’homme à la nature divine dans un éternel présent.
Quelle est la différence entre le paradis terrestre et le paradis céleste ?

Le mot paradis désigne à l’origine d’immenses réserves végétales et animales entourées de murs, construites par les rois perses du Ier millénaire av. J.-C.

C’est ce mot grec paradèisos, gan-éden en hébreu, qui a servi à désigner le paradis terrestre, jardin dont ont été chassés Adam et Ève, dans la Genèse. Il a ensuite été repris pour signifier le Royaume des cieux, promis par Jésus dans le Nouveau Testament.

Puisque le même mot a été employé pour désigner aussi bien le jardin d’éden, paradis terrestre et le Royaume céleste, les deux notions ont souvent été confondues – d’autant qu’une longue tradition biblique et artistique associe bonheur éternel et nature bucolique.

« Le paradis céleste annoncé par le Christ n’est pas du tout une transposition matérialiste du jardin d’éden. Il faut changer de registre, affirme le père Jean-Marc Bot, prêtre du diocèse de Versailles et auteur de Vivement le paradis ! (1).

C’est un paradis supérieur, qui est déjà là en cours, dû au fait que Jésus ait ouvert la porte. » Cette distinction se retrouve dans les écrits de sainte Thérèse d’Avila : « Entre la seule lumière de ce divin séjour où tout est lumière, et la lumière d’ici-bas, il y a déjà tant de différence, qu’on ne peut les comparer, celle du soleil ne semblant plus que laideur », décrit-elle dans le Livre de la vie après une expérience mystique des réalités éternelles.

Selon la théologie chrétienne, c’est Jésus qui a ouvert la porte du paradis en descendant aux enfers, à Pâques. Le Christ, « premier né d’entre les morts », est aussi le seul dans le Nouveau Testament à utiliser le terme paradèisos, qu’il prononce sur la croix. Il promet le Royaume au bon larron, crucifié à sa droite : « Amen je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis » (Lc 23,43).

Quelle idée peut-on se faire du paradis selon la théologie chrétienne ?

Le propre du paradis, c’est qu’il est l’infigurable, l’indescriptible. Il est « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment », comme l’écrit saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens.

Le Catéchisme de l’Église catholique en donne une définition, non moins mystérieuse. Il est « un état de bonheur suprême et définitif », une promesse de vivre toujours avec le Christ pour « ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés ».

Ceux qui accèdent au paradis, sont « pour toujours semblables à Dieu », parce qu’ils le voient « tel qu’il est », « face à face ». Le paradis nous bouscule car il ne s’inscrit pas nos représentations humaines d’espace et de temps. Il n’est pas un lieu, mais un état, une participation de l’homme à la nature divine.

De même, « l’éternité » promise auprès de Dieu n’est pas une suite de jours ennuyeux qui s’étireraient sans fin mais un présent éternel toujours nouveau, « l’instant vital de l’éblouissante surprise », comme tente de le décrire Jean-Marc Bot.

« J’aime l’image du buisson ardent qui brûle mais ne se consume pas », ajoute le père Éric Morin, prêtre du diocèse de Paris et professeur au Collège des Bernardins.

Dans les Écritures, on trouve quelques analogies qui parlent à notre imagination humaine. « Entre dans la joie de ton maître », invite Jésus dans la parabole des talents. Ainsi l’arrivée dans le royaume des cieux est souvent comparée à un « banquet », un « festin de noces ».

« La symbolique du repas est la plus forte qu’on ait dans le langage du Christ », souligne le père Jean-Marc Bot. Retrouverons-nous nos proches au Paradis ?

Sainte Thérèse d’Avila l’affirme lorsqu’elle raconte qu’un jour, transportée en esprit au ciel, les premières personnes qu’elle y vit furent « son père et sa mère ». « On y retrouvera les êtres chers mais aussi les êtres moins chers, en étant dénué de tout ce mal qui nous empêche d’être en paix avec nous-mêmes, avec eux, avec Dieu », ajoute le père Morin.

« C’est l’inverse de Sartre : le paradis c’est les autres », résume le père François Euvé, rédacteur en chef de la revue Études, qui insiste sur la dimension collective du salut.

Qui entrera au paradis ?

Jésus promet le Royaume des cieux, aux « pauvres en esprit », aux « persécutés pour la justice », « aux artisans de paix », à ceux qui ressemblent « aux petits enfants ».

À l’inverse, il assure que les « injustes » « n’hériteront pas du royaume de Dieu ». Pourtant même si cette entrée « dans la maison du Père » constitue bien un événement de justice – nos responsabilités et l’usage de notre liberté paraîtront à la lumière de Dieu – le paradis « n’est pas réductible à une simple récompense », précise Jean-Marc Bot.

« Parce qu’il ne peut y avoir aucune proportion entre la grâce d’entrer dans le royaume de Dieu et notre mérite personnel, c’est le projet fou de Dieu pour nous », s’émerveille-t-il.

Est-ce à dire que nos actions, bonnes comme mauvaises n’auront pas compté ? Si, mais « Dieu sait créer la justice d’une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir », constate humblement le pape Benoît XVI, dans son encyclique Spe salvi (« Sauvés dans l’espérance »).

Le paradis ne doit pas être envisagé uniquement comme une destination finale, lointaine, mais doit bien être appréhendé comme une réalité dont on est ­capable de son vivant.

Ainsi quand les pharisiens demandent à Jésus « où est le Royaume de Dieu ? », il leur répond : « Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.

On ne dira pas : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Selon le père Jean-Marc Bot, durant notre passage terrestre, nous pouvons furtivement goûter à l’intensité du paradis.

« L’émerveillement devant un beau paysage, un visage aimé, une œuvre d’art » sont autant de minuscules étincelles d’absolu à travers lesquelles nous sommes capables de saisir le bonheur promis par Dieu.

(1) Éditions de l’Emmanuel, 2002.

 

 
__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0