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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 22:55
Le Jésus de Bernard Sesboüé confronté au Jésus de Frédéric Lenoir

Dans son livre Comment Jésus est devenu Dieu, Frédéric Lenoir exprime ses convictions sur l'identité de la personne de Jésus de Nazareth. Pourquoi lui « répondre » ? Parce qu'il donne à penser que l'Eglise avait finalement décidé de la divinité du Christ au IVe siècle sous la pression des empereurs romains.

Selon ce livre toujours, « les évangiles laissent planer un doute sur l'identité de cet homme hors du commun »... Une mise au point sur un sujet aussi important apparaît donc nécessaire, faite à la fois en historien et en croyant.

En historien, parce que la thèse fondamentale de l'auteur n'est pas fondée au regard des données qui ont été l'objet d'une recherche considérable.
Dès l'époque apostolique les chrétiens de la «grande Église» ont cru que Jésus de Nazareth était Fils de Dieu et donc Dieu au sens fort de ce terme.

En croyant aussi, parce que si le Jésus de Frédéric Lenoir reste un personnage exceptionnel, celui-ci semble réduire la figure de Jésus et relègue au loin tout mystère.

 

Lire l'introduction du P. Sesboüé sj

Je n'ai ni l'habitude ni le goût de la polémique. Frédéric Lenoir a écrit un livre, Comment Jésus est devenu Dieu, qui exprime ses convictions sur l'identité de la personne de Jésus de Nazareth. Il en a parfaitement le droit et je dois dire que son livre de vulgarisation - je n'emploie nullement ce terme en un sens péjoratif, mais parce qu'il exprime le genre littéraire de l'ouvrage - est intelligent, bien informé et bienveillant, pour tout dire sérieux.

S'il en est ainsi, pourquoi vouloir lui « répondre » ? Parce que j'ai regretté une publicité tapageuse sur les ondes, mettant exagérément en relief l'intervention des empereurs romains et donnant à penser que l'Église, sous leur pression, avait finalement décidé de la divinité du Christ au IVe siècle. La quatrième page de couverture nous dit aussi que « les évangiles laissent planer un doute sur l'identité de cet homme hors du commun ». Je reconnais que le livre est d'un tout autre niveau et qu'il aurait pu s'épargner cette facilité médiatique. Mais, sur le fond des choses, j'estime qu'un débat sur un sujet aussi important est nécessaire. Je veux le mener à la fois en historien et en croyant.

En historien, parce que j'estime que la thèse fondamentale de l'auteur n'est pas fondée, au regard de données qui ont été l'objet d'une recherche considérable et qui permettent d'arriver aujourd'hui à des conclusions fermes. Dès l'époque apostolique, les chrétiens de la « grande Église » ont cru que Jésus de Nazareth était Fils de Dieu et donc Dieu au sens fort de ce terme. C'est donc sur le point de l'histoire que doit porter avant tout ma réponse, car l'auteur se situe à ce plan. On sait que le projet déclaré du Monde des religions est de rester toujours en deçà de toute confession de foi et de présenter les dossiers de chaque religion avec l'objectivité sereine que donnerait la neutralité.

En croyant aussi, parce que cet ouvrage nous propose, dans un esprit qui plaît à notre temps, une réduction radicale du mystère du Christ en le ramenant dans les clous d'une raison immédiate et plus facilement acceptable. Le Jésus de Frédéric Lenoir reste un personnage exceptionnel, mais il ne s'est jamais prétendu Dieu, il n'a pas été considéré comme tel par la première génération chrétienne. Le mystère planant sur son identité serait resté entier. Ce n'est que par la suite qu'il aurait été « divinisé » en plusieurs étapes. Il reste un leader religieux exceptionnel, mais un homme sans plus.

Pour le chrétienil ne s'agit pas là d'une présentation plus simple de la foi chrétienne, il s'agit de la négation de son affirmation centrale et de tous les enjeux que celle-ci enveloppe : le mystère trinitaire s'évanouit, l'affirmation prodigieuse et déconcertante que Dieu aime l'homme jusqu'à lui donner son Fils disparaît, la communion vivante et vitale de l'homme avec Dieu par le don de l'Esprit Saint est sans fondement. S'il en était ainsi, je redirais, comme l'a fait Paul à propos de la résurrection, « nous serions les plus malheureux des hommes », nous ne serions pas « sauvés » au sens que le Nouveau Testament donne à ce terme. Il faut dire aussi que l'affirmation de la résurrection de Jésus, dont l'auteur reconnaît l'origine apostolique, apparaît alors dépourvue de toute crédibilité.

Mais, dira-t-on, mes deux références, l'histoire et la foi, sont contradictoires. Comment pourra-t-on penser que je rends compte honnêtement de l'histoire, si je veux en même temps rendre justice aux grandes affirmations classiques de la foi traditionnelle ? Je répondrai tout d'abord qu'il est un terrain sur lequel nous devons inévitablement nous croiser sinon nous rencontrer, c'est celui de l'histoire de la foi. Ce terrain a son objectivité : qu'est-ce que les disciples de Jésus ont cru et proclamé au sujet de l'identité de Jésus? Qu'est-ce que les chrétiens des générations suivantes ont inscrit dans leurs confessions de foi? Quel est le sens historique de la crise arienne? D'autre part, nous savons tous aujourd’hui qu'il n'y a pas d'histoire purement objective, que tout historien est habité par des préconceptions et des convictions quand il rend compte de l'histoire. Mon partenaire est dans la même situation que moi sur ce point. Pour sérieux et bien informé qu'il soit, son récit est « orienté », par sa manière de mettre en relief telles données et d'en taire d'autres, non pas sans doute qu'il veuille formellement les cacher, mais parce qu'elles sont sans importance pour lui. Il cite les principaux textes que je vais lui opposer. Mais il ne les retient pas, ou en minimise le sens par une exégèse anachronique et il jette le doute sur la titulature divine élaborée par le Nouveau Testament pour Jésus de Nazareth. Cette pesée constante des éléments est au coeur de tout travail d'historien. J'essaierai de la faire avec le plus d'honnêteté possible et de manière constructive. En définitive, c'est le lecteur qui est toujours juge.

La thèse de l'auteur : les premiers chrétiens n'ont pas confessé la divinité de Jésus

Quelle est la thèse de l'auteur ? Pour les premiers témoins :

1. Jésus est un homme qui entretient un rapport particulier à Dieu et il a un rôle salvifique en tant qu'unique médiateur entre Dieu et les hommes;
2. Jésus est mort et ressuscité d'entre les morts, et il continue d'être présent aux hommes de manière invisible.
Ces deux affirmations me semblent constituer la clé de voûte de l'édifice chrétien. Pour les disciples de Jésus, celui-ci est pleinement homme : il n'a jamais été conçu comme un dieu ayant pris une apparence humaine, ni comme l'incarnation du Dieu d'Abraham et de Moïse.

Tel serait donc le noyau historiquement attesté de la foi chrétienne originelle. Il ne comporte pas l'affirmation de la divinité de Jésus, telle que l'Église l'aurait développée d'abord au IIe siècle avec l'évangile de Jean et plus tard, par la volonté des empereurs, selon la construction dogmatique initiée à Nicée et continuée jusqu'à Chalcédoine: Jésus « devient » le Fils éternel et consubstantiel au Père qui s'est incarné en unissant sa nature divine à une nature humaine pour ne constituer avec elle qu'une seule personne. Tout cela a été construit après coup. Le terme biblique de « médiateur » est interprété par l'auteur au sens d'intermédiaire. Jésus a été « élu » par le Père comme son fils, ce que montrent les théophanies de son baptême et de la transfiguration et sa résurrection. D'ailleurs, le discours de Pierre dans les Actes dit bien: « Il a été fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous vous aviez crucifié Ac 2,36). De toute façon, au jour de l'ascension de Jésus, « le mystère planant sur son identité, lui, reste entier ».

Bref, en termes théologiques, Frédéric Lenoir admet bien une forme de « christologie d'en bas ou christologie d'exaltation, mais en la comprenant au sens d'une adoption de Jésus par Dieu. Mais il refuse la « christologie d'en haut », en particulier celle du « Verbe fait chair » ou d’incarnation, qui est le propre de l'évangile tardif de Jean, dont il ne traitera que dans le second « acte » de la divinisation de Jésus. « Ce me semble important, écrit-il, c'est d'affirmer que le substrat de la foi est lisible de manière très explicite dans le témoignage des apôtres pour lesquels Jésus est un homme unique, sans être Dieu pour autant. » Le mystère trinitaire n'est lui aussi qu'une explicitation rationnelle compliquée de la confession du Christ comme vrai Dieu, « subtile gymnastique de l'esprit, maniant les paradoxes et les concepts philosophiques ».

Beaucoup pensent aujourd'hui ainsi et estiment que cette manière de comprendre le message chrétien aurait de nombreux avantages : elle éviterait de mettre sur nos épaules cette doctrine incroyable selon laquelle un homme de notre humanité serait Dieu en personne. Elle nous rangerait plus facilement du côté du monothéisme et faciliterait le dialogue avec le judaïsme et l'islam, qui interprètent la doctrine trinitaire comme un retour à une forme nouvelle de polythéisme. Elle reste très respectueuse de la figure unique de Jésus toujours proclamé Christ et Sauveur. Elle rendrait les chrétiens beaucoup moins « prétentieux » dans le dialogue avec les religions de l'Asie, qui admettent parfaitement que l’Occident suive la religion de Jésus Christ, mais demandent en retour que nous reconnaissions la pleine légitimité et la même valeur de salut aux personnes de leurs fondateurs. Enfin, elle est infiniment plus rationnelle, puisqu'elle nous libère des contradictions doctrinales infinies auxquelles entraîne le mystère de la Trinité. L'enjeu pour la foi est donc capital.

Mais une vraie question se pose

Cependant, Frédéric Lenoir pose à travers son livre une vraie question. Jésus s'est présenté gomme un homme, et tout d'abord comme un « homme comme les autres ». C'est au terme d’un compagnonnage humain que les disciples en sont venus à s'interroger sur l'identité dernière de cet homme, reconnu comme unique. Leurs expressions pour répondre à jette question ont connu un incontestable progrès. En ce sens, Jésus a bien été l'objet d'un devenir, non pas de son devenir Dieu, car en rigueur de terme on ne « devient » pas Dieu, on l'est depuis toujours, mais du devenir de la foi des disciples en Jésus comme Dieu et dans un second temps dans l'explicitation du langage de cette confession. Il est clair aussi que le développement des dogmes conciliaires a traduit la confession ancienne dans des termes de la pensée grecque tout à fait nouveaux.

Or on peut reconnaître que la catéchèse chrétienne, depuis que les grandes questions modernes sur l'identité du Christ se sont introduites sur la place publique, ne s'est pas préoccupée suffisamment de présenter la pédagogie de la révélation de Dieu en Jésus de Nazareth. C'est une pédagogie profondément respectueuse de notre humanité, en parfaite cohérence avec un acte d'incarnation dans cette même humanité. Je reconnais volontiers la faille pédagogique de certains catéchismes qui oublient que la confession de Jésus Fils de Dieu a été l'objet d'un devenir jusqu'à sa résurrection et qu'après sa résurrection elle a considérablement progressé en expression au cours de la rédaction du Nouveau Testament. Ce devenir intéresse légitimement les chrétiens qui cherchent à avoir une foi « intellectuellement honnête », comme disait Karl Rahner. Ce n'est pas Jésus qui est devenu Dieu par une extrapolation grandissante de l'Église à son sujet. Mais il a fallu un cheminement aux premiers disciples pour en venir à reconnaître en Jésus de Nazareth la manifestation incarnée de Dieu. Il y a un processus à expliquer. Nul ne peut croire d'entrée de jeu qu'un homme est le Dieu unique. Comment en est-on arrivé là? C'est pourquoi le titre de ce livre, bien différent de celui de mon partenaire : Comment Jésus est devenu Dieu, résume ce qui nous sépare.

Il me faut donc reprendre le dossier selon les trois actes dégagés par Frédéric Lenoir : le témoignage du Nouveau Testament; la confession chrétienne de la foi aux lIe et IIIe siècles; le mouvement conciliaire des IVe et Ve siècles, de Nicée à Chalcédoine. Je ne répéterai pas ce qu'il a clairement exposé; mais j'apporterai des compléments considérables qui appartiennent au sens de tous ces événements. Ce seront les trois chapitres de ce petit ouvrage.

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 22:55
La légende des sept dormants
Les Sept Dormants, pour les chrétiens, ou Gens de la Caverne, selon une sourate du Coran, ont fait très tôt l’objet d’une immense vénération populaire.

Qui sont les Sept Dormants d’Éphèse ?

Entre 250 et 253, sept jeunes hommes de la bonne société d’Éphèse refusent de sacrifier au culte de l’empereur Dèce et à ses idoles : ils se sont secrètement convertis au christianisme. Arrêtés et interrogés, ils acceptent de renoncer à tous leurs biens et aux honneurs liés à leur rang mais n’en sont pas moins emprisonnés. Par chance, ils parviennent à s’enfuir et à se réfugier dans une caverne sur une hauteur de la ville où ils s’endorment.

Hélas, leur cachette est découverte et, sur ordre de l’empereur, murée par des soldats. Selon la tradition chrétienne, les jeunes hommes se seraient réveillés environ deux cents ans plus tard – au Ve siècle donc – avec l’impression de n’avoir dormi qu’une nuit. Témoignant par là d’une possible résurrection de la chair – contestée à cette époque –, l’un d’eux serait sorti chercher de la nourriture. Les sept jeunes gens seraient ensuite retournés dans leur grotte avant de s’endormir pour l’éternité.

Dater ces événements – auxquels certains voient un fondement historique – est difficile. Les historiens qui s’y sont intéressés – Louis Massignon au premier chef – situent en général le réveil des Sept Dormants avant le second concile d’Éphèse en 450 et celui de Chalcédoine, un an plus tard : selon la légende, l’empereur d’Orient Théodose II (408-450), venu à Éphèse prier sur la tombe de saint Jean, aurait en effet constaté le miracle.

« L’édifiante histoire des emmurés vivants connut un foudroyant succès. Très vite, elle essaima aux confins du monde méditerranéen, de l’Occident latin à la péninsule Arabique », rapporte Manoël Pénicaud, chercheur au CNRS, spécialiste des pèlerinages et des lieux saints partagés, qui leur a consacré sa thèse (1).

Qu’en dit la tradition musulmane ?

La XVIIIe sourate du Coran est consacrée aux « Gens de la Caverne » (sourat al-Kahf, la sourate de la Caverne), récit qui présente d’évidentes résonances avec celui des Sept Dormants. Mohammed, le prophète de l’islam, donne un certain nombre de détails : orientation nord-sud de la caverne, présence de leur fidèle chien à l’entrée, construction d’une chapelle commémorative sur le lieu de leur emmurement...

Mais le Coran, pour qui leur sommeil a duré 309 ans, hésite sur le nombre des jeunes gens : trois, cinq ou sept  ? « Mon Seigneur sait le mieux quel est leur nombre, que ne connaissent que bien peu », se borne à indiquer le Coran.

« La deuxième vague de diffusion du mythe via la conquête islamique sera fulgurante », constate Manoël Pénicaud, qui observe que le caractère non circonstancié du récit coranique a favorisé « la multiplication de sites secondaires » du Maroc au Turkestan chinois... 

« Chaque fois, la légende locale des Dormants varie sensiblement, s’adaptant aux mythologies antérieures, aux territoires, aux représentations. Par contre, les ingrédients fondamentaux demeurent : le sept archétypique, la grotte mystérieuse, l’hypnopsychie – le sommeil de l’âme –, le trésor surgi du passé, le voyage dans le temps... autant de ressorts dramatiques qui ont fait le succès de la légende. »

Quelle vénération dans l’histoire ?

Les Sept Dormants font très tôt l’objet d’une immense vénération populaire. La légende s’étend vers l’Occident chrétien jusqu’à Grégoire de Tours, auteur du premier récit en latin (2), et se propage simultanément vers la Syrie, l’Égypte et l’Abyssinie. Leurs sept noms ont été gravés au VIIIe siècle en copte sur les murs d’une chapelle de Nubie.

Dans l’Europe médiévale, leur culte continue à se propager à travers des livrets de colportage, grâce à La Légende dorée, via aussi la translation de leurs reliques repérées à Rome, en Allemagne, au Luxembourg, en Espagne, mais aussi un temps dans la basilique de l’abbaye Saint-Victor à Marseille.

Ils sont souvent invoqués pour repousser la fièvre, parfois l’insomnie, en particulier chez les enfants, les Dormants ayant été décrits – par la tradition chrétienne – comme des adolescents ou même des enfants. De même, côté musulmans, leurs noms – ainsi que celui de leur chien Qitmir – sont gravés sur des objets usuels pour protéger du « mauvais œil ».

Dès les années 1930, Louis Massignon a tenté de recenser les sites qui les mentionnent, dans l’islam comme dans le christianisme. À partir des années 1950, cette collecte devient systématique et aboutit à la publication d’un « recueil documentaire et iconographique ».

Ainsi, à Guidjel (Algérie), près de Sétif, sept piliers romains dans un cimetière sont considérés comme les tombes des Seb’Ruqûd (Sept Dormants) et la huitième celle de leur chien. À Marmoutiers, près de Tours, une chapelle abrite une crypte avec les sept sarcophages des Sept Dormants, considérés comme des cousins de saint Martin, tombés soudain « dans un sommeil éternel »...

En 1951, la fille de Louis Massignon, ethnologue et linguiste, apprend l’existence du cantique – en breton – du « pardon des Sept-Saints », célébré fin juillet à Vieux-Marché (Côtes-d’Armor).

Dans ce hameau des Sept-Saints, une chapelle a été bâtie au XVIIIe siècle au-dessus d’un dolmen aménagé en crypte. Pour l’islamologue catholique, cette vénération rejoint celle des Dormants d’Éphèse et non pas les sept évêques et évangélisateurs de la Bretagne, célébrés par le Tro Breizh, le « tour de la Bretagne » qui s’est développé du XIIIe au XVIIe siècle.

Quel héritage aujourd’hui ?

Chaque année, depuis 1954, un pèlerinage islamo-chrétien est organisé le quatrième samedi de juillet dans cette commune de Vieux-Marché, qui voit chrétiens et musulmans converger vers la chapelle des Sept-Saints. « Un mythe résiste à l’épreuve du temps en fonctionnant finalement comme les Dormants : il s’endort, se fait oublier, pour mieux se réveiller là où on ne l’attend pas. Il s’adapte et se recompose pour mieux durer », remarque l’anthropologue Manoël Pénicaud.

Aujourd’hui, les Sept Saints inspirent des créateurs contemporains, au théâtre, en littérature, en peinture... Un auteur algérien a esquissé un rapprochement entre eux et les sept moines de Tibhirine dans un hommage rendu aux martyrs de la guerre civile (3).

Anne-Bénédicte Hoffner

La Croix

 

(1) Le Réveil des Sept Dormants. Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne. Préface de Thierry Zarcone. Cerf, 2014.

(2) « Passion des saints martyrs et Sept Dormants à Éphèse », in Le Livre des martyrs, Éd. Paléo, 2003.

(3) Rachid Koraïchi, Les Sept Dormants, Actes Sud, 2002.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 22:46
Et s'il suffisait d'écouter...

Chers Amis,

Et s'il suffisait d'écouter...
C'est quand même le premier commandement : « Shema Israël ! » Mais écouter qui ? Ecouter quoi ? J'oserai dire écouter l'inaudible ! Le son, le bruit, c'est le domaine de la manifestation. Mais derrière le son, derrière le bruit, ou avant le son, avant le bruit !

Entendre l'inaudible, c'est se connecter à ce qui ne se manifeste pas mais qui sous-tend tout ce qui se manifeste. C'est revenir à la racine incréée de toute chose, et d'abord de nous-mêmes. Cette racine n'est pas rien, mais elle n'est pas non plus « quelque chose » ... C'est une qualité, une présence dont nous avons tous l'expérience. Nous sommes invités à nous y plonger : « faire mémoire » de ce saisissement que Graf Dürckheim appelle l'expérience du « numineux » ...

« Se donner le temps de se souvenir » ...
Cela s'appelle le « rappel de conscience » : c'est le nerf de la guerre ! Toutes nos pratiques pourraient être supprimées, rien ni personne ne peut nous empêcher de mettre cet exercice au cœur de notre quotidien. « Chercher d'abord le Royaume des cieux », c'est replonger régulièrement en nous. « le Royaume des cieux est à l'intérieur de vous », dit Jésus.

« En nous », mais où au juste ?
Et bien là où nous sommes ici et maintenant en train de naître à nous-mêmes, enracinés en terre et en ciel dans la conscience de ce champ d'énergie qu'on appelle le corps. En dehors de cette conscience, nous sommes dans l'inconscience... Nous sommes en train de mourir à nous-mêmes, immergés dans le mental qui nous coupe de la vie.

Tout ceci demande à être pratiqué !
Une once de pratique vaut des tonnes de théorie. « Debout ! Soyons attentifs ! En silence ! » proclame le diacre au début de la liturgie. Mais la liturgie est une célébration de la vie, une manière de rendre grâce, et nous sommes invités à le faire « en tout temps et en tous lieux ». Laissons ce « Debout, soyons attentifs, en silence », résonner à chaque instant dans notre quotidien.

Dans les arts martiaux, c'est un rappel constant durant l'entraînement. Il nous est demandé d'être « en garde » à chaque fois que l'on « baisse la garde » ... Pieds bien au sol, posé dans son bassin, orienté vers le ciel. Cette attitude est liturgique ; nous sommes « des célébrants » de la vie. C'est notre tâche : être là ! Intensément là ! Et peut-être un jour être saisi par le pur silence de l'Être.

C'est dans ce Silence que notre identité la plus profonde se révèle et que commence véritablement notre seconde naissance.

Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
 
        Père Francis président du Centre Béthanie

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