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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 22:53
Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc

Dialogues de Péguy, musique électro-variète-hard-rock d’un certain Igorrr, chorégraphies de Découflé, Domrémy déménagé dans les dunes du Pas-de-Calais, c’est l’enfance de Jeanne d’Arc vue par Bruno Dumont 

Porté par les folies à succès de Ma Loute (2016), le réalisateur se grise d'excentricité en s'inspirant de deux textes de Charles Péguy, Jeanne d'Arc (1897) et Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910).

Les dialogues, beaux et recherchés, sont essentiellement chantés.

La Pucelle de Domrémy fait un tour de chant en gardant ses moutons.

Des religieuses plus déchaînées que dans La Grande Vadrouille viennent en visite pour un numéro de head-banging (il s'agit de secouer la tête et les cheveux de bas en haut, comme les teigneux du heavy metal).

Et bien, sûr, il y a des apparitions dans l'air...

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Mix de 3 critiques

L’action, divisée en deux parties, commence en 1425 avec l’enfance de Jeanne d’Arc. C’est à la naissance d’une vocation rebelle que nous invite à assister Dumont, à l’avènement d’une conscience qui se révolte contre le Mal, qui est à cette époque l’aliénation de la France et de son peuple, trahis pas les clercs, à la puissance anglaise.

Une série de dialogues merveilleusement habités confronte Jeannette à sa bonne amie Hauviette, que soutient la foi simple du catéchisme, et à Madame Gervaise, une nonne (que Dumont, facétieux et saugrenu comme il sait l’être, multiplie par deux jumelles), qui lui oppose les vertus de la résignation théologique. Puis une Jeanne adulte, plus résolue et brûlante que jamais, met à exécution ses desseins, trompant son père avec la complicité de son oncle, le film finissant à son départ.

Le dispositif est archi-simple : sur un bout de lande de sa région (sable, touffes d’herbe, moutons, grands ciels et grands vents), Jeannette bavarde avec sa copine Hauviette.

Elle souffre de l’état de la France, aimerait bien qu’un chef de guerre digne de ce nom lève une armée pour bouter dehors l’anglois.

Leur dialogue est magnifique, maniant la langue ouvragée de Péguy. Voir et entendre deux gamines de 10 ans le déclamer (avec parfois des erreurs de diction charmantes) déclenche la première grande émotion de ce film.

Parfois, entre deux strophes, Jeannette et Hauviette chantent et dansent, entre impétrantes à la Nouvelle star, diguedondaine et headbanging straight from Hellfest !

La musique du dénommé Igorrr oscille entre technopop médiéviste (la meilleure part), variétoche opératique à la Hossein ou Plamandon et hard rock aux guitares ringardes.

Dumont a greffé ensemble des éléments d’une invraisemblable hétérogénéité et pourtant, à y réfléchir deux minutes, ces mariages carpe-lapin revêtent aussi une certaine logique : entre la célèbre pucelle et les candidates aux divers radio-concours ou télé-crochets, il y a bien une même extraction populaire et provinciale, une même pulsion de réponse à un appel, un même processus insondable qui nait au plus profond de l’esprit et du corps de jeunes filles.

Dans la deuxième partie du film, Jeanne et Hauviette ont grandi, elles sont devenus des jeunes femmes de 16 ans.

La pucelle sait maintenant que le chef de guerre qu’elle attend, c’est elle.

Elle est prête pour aller délivrer Orléans. En attendant le grand départ, elle sollicite l’alliance de son oncle (joué par un de ces acteurs étrangement comiques typiques de chez Dumont), casse la voix de plus belle  (Lara Fabian, sors de ce corps !) et secoue sa chevelure avec une force qui pourrait en faire la présidente du fanclub de Metallica.

On n’oubliera plus ces deux comédiennes inconnues qui incarnent les deux âges de Jeanne : Lise Leplat Prudhomme, craquante, ou la belle brune Jeanne Voisin au prénom prédestiné. 

Une beauté très particulière, une puissance très étrange, proche et lointaine à la fois, hiératique et sauvage, ressort de ces scènes composées comme des vitraux ouverts aux quatre vents, sur lesquels le spectateur est invité à lire une Histoire qui charme son regard et pénètre son cœur.

Ces vertus tiennent dans un mélange qu’on s’est bêtement résigné à croire impossible entre culture savante et culture populaire.

Autant de courts-circuits entre la langue de Péguy et la musique rock qui la met sur orbite, entre l’écriture musicale élaborée et les voix façonnées par la soupe anglo-saxonne qui les porte, entre la gaucherie des gestes et la sophistication chorégraphique qui en joue, entre le primitivisme des décors et la poésie maniériste qui fait y léviter les personnages.

De ces collisions admirables, les acteurs sortent transfigurés, touchant, pour le coup, à ce qu’en religion comme en cinéma on appelle la grâce.

A l’instar de Péguy, Dumont signe une sorte de « Mystère cinématographique », inventant avec cette Jeannette ce que le philosophe Gilles Deleuze, fervent lecteur de Péguy et fin connaisseur de cinéma, désignait chez l’écrivain comme un « langage auroral ».

Tel est le sentiment qu’inspire le film. Une impression d’absolue nouveauté, une épiphanie stylistique. Aussi, un précis de fermeté et de dignité pour des temps aussi empoisonnés que les nôtres, une démonstration que l’esprit souffle où il veut.

Des visions, Bruno Dumont en a forcément eu beaucoup pour se lancer dans pareille aventure.

Mais si elles sont délirantes, elles sont aussi très tenues, maîtrisées et mises en scène avec un superbe sens de l'équilibre, de l'harmonie.

Le loufoque n'empêche pas le sérieux, et vice versa. Le cinéaste dit avoir puisé cette liberté chez Péguy, qui s'autorisait tout et son contraire.

Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc est un vrai festival d'oxymores : le sacré et le trivial se confondent, le mystique et le comique s'unissent.

Le résultat est un cinéma audacieux, très stimulant, qui déroute tout le temps et retient tout le temps l'attention.

C'est sur le plan musical que le risque pris est le plus grand. Car, au lieu de la veine Demy, imparable quand le cinéma français se met à chanter, Dumont et son compositeur, Igorrr, ont choisi une ambiance du type Notre-Dame de Paris au Palais des Sports. Autant dire que ce film ne vise pas une beauté facile. Mais en bataille !

C'est précisément cette bataille qui est la réussite de Jeannette. Grâce à cet étonnant cocktail d'ingrédients, et grâce aux deux jeunes interprètes qui tiennent magnifiquement le rôle-titre, l'une enfant et l'autre adolescente, on a finalement le sentiment d'entrer dans l'âme de Jeanne d'Arc, aussi pieuse que guerrière.

Avec les forces de l'esprit, la petite paysanne engage déjà le fer. Elle n'a plus qu'un pas à franchir pour devenir celle qu'elle sera.

Que le film donne à comprendre cela est la preuve du bien-fondé de la démarche de Dumont.

Mais il aboutit à un tel ovni cinématographique qu'on ne peut, dans le même temps, que remettre en cause cette démarche. Comme son héroïne, le cinéaste s'est donné à lui-même une mission possible et impossible.

Sa créativité se déploie mais s'enferme dans le concept. Sa fantaisie a tout pour séduire le public mais elle atteint une radicalité qui, cette fois, fera fuir la plupart des spectateurs. La réussite de Jeannette est donc aussi une impasse.


 

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 22:54
Une sainte orthodoxe contemporaine - Sainte Sophie de Kleisoura
Une sainte orthodoxe contemporaine - Sainte Sophie de Kleisoura
Une sainte orthodoxe contemporaine - Sainte Sophie de Kleisoura
Une sainte orthodoxe contemporaine - Sainte Sophie de Kleisoura
Une sainte orthodoxe contemporaine - Sainte Sophie de Kleisoura
La voix de la sainte
Enseignements spirituels

"La crainte de Dieu rend une personne sage: Qu’est-ce que la crainte de Dieu? Non pas que l'on ait peur de Dieu, mais avoir peur d'attrister quelqu'un, de nuire à quelqu'un, de lui faire du mal et de proférer des accusations. C'est la sagesse, après tout cela, Dieu vous illumine sur ce qu'il faut faire dans votre vie. »

«Cherchez et trouvez les pauvres, rassemblez-les et aidez-les. C'est ce que Dieu veut, et non pas d’aller à l'église pour faire semblant d’y prier. »

«L'aumône doit être secrète, car Dieu seul doit savoir. »

« Oh, si vous saviez ce qui est arrivé au Seigneur mercredi et vendredi, vous ne mettriez rien dans votre bouche, ni pain, ni huile, ne rompez pas le jeûne du mercredi et du vendredi ! »

"Les anges parlent tous les jours. Dieu envoie les anges pour voir si les gens se repentent." »

«La Toute Sainte pleure, elle pleure tous les jours: elle dit à son Fils: Mon Fils et mon Dieu, donne au monde la sagesse, pardonne au monde. »

"Que la bouche devienne basilic et rose."

Sa vie

Le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique a approuvé le 4 octobre 2011 la glorification de la sainte ascète Sophie, du monastère de la Toute Sainte à Kleisoura, qui est consacré à la Nativité de la Génitrice de Dieu. […]

En l'honneur de cette merveilleuse nouvelle, le Monastère de la Nativité de la Mère de Dieu de  Kleisoura le dimanche 27 novembre 2011 a célébré cette fête en menant en procession les saintes reliques et l'icône sacrée de sainte Sophie pendant le service de Matines et avant la Divine Liturgie où étaient présents des milliers de personnes venues vénérer la sainte nouvellement glorifié.

Son jour de fête sera le 6 mai chaque année,  jour de son natalice en 1974.

Sa vie

Sophie Saoulidi, «ascète de la Toute Sainte», est née d'Amanatiou et de Maria Saoulidi dans un village de Trebizonde dans la région du Pont (Asie Mineure) en 1883. Elle y a également été mariée, plus tard en 1907, à Jordan Hortokoridou, mais après sept ans son mari disparut (probablement pas de par sa propre volonté) en 1914, et elle est restée avec un fils nouveau-né qui est bientôt mort. Ces tragédies ont contribué à façonner sa piété et son esprit repentant, en la faisant dépendre uniquement de Dieu. Son ascèse commença au Pont sur une montagne loin de ses parents. C'est là qu'un jour Saint-Georges lui apparut et l'avertit d'informer les villageois d'une persécution à venir et de fuir, et ainsi elle sauva le village.

Son âme respirait le Christ et la Toute Sainte avec son amour simple et humble. «Un est le Seigneur et  autre est la Dame», disait-elle du Christ et de la Toute Sainte, «le reste d'entre nous sont tous frères et sœurs».

Elle enseignait ceux qui étaient simples, surtout les femmes, et chaque parole qui venait de ses lèvres était dite avec humilité et amour. Comme pour beaucoup de «fols-en-Christ» du passé, les orgueilleux et les éduqués ne reconnaissaient pas sa valeur autant que ceux qui possédaient des cœurs simples et humbles.

Elle vint en Grèce en 1919 comme exilée. Le nom du navire qui l’amenait était le Saint-Nicolas, et lorsqu'ils arrivèrent en Grèce, la Toute Sainte lui apparut et dit: «Viens chez moi. »  Sophie demanda: «Où es-tu et où est ta maison? » La Toute Sainte répondit: «  Je suis à Kleisoura. »

Elle est allée s'installer au monastère de la Nativité de la Génitrice de Dieu de Kleisoura de Kastoria quand elle avait 44 ans. Là, l'higoumène du monastère était Grégoire [Magdalis], un moine athonite de grande vertu. Sophie apprit beaucoup de lui et elle prononçait toujours son nom avec le plus grand respect.

Sur ordre de la  Toute Sainte, Sophie vivait près de  la cheminée de la cuisine du monastère qui servait également à cuire la nourriture. Elle y dormait deux heures par nuit et le reste de la nuit, elle priait à genoux.

En hiver, il y faisait particulièrement froid, alors que l'eau de pluie coulait sur elle. Parfois, elle allumait un petit feu, mais cela n'aidait pas beaucoup. A la fenêtre, elle avait toujours un cierge allumé devant la fresque de la Toute Sainte. C'est là qu'elle mangeait et passait son temps, et quand les visiteurs venaient la voir, elle disait leurs noms, avant même qu'ils se présentent à elle. 

Les gens venaient de Thessalonique et des environs, même depuis Athènes, juste pour la voir. Elle disait aux gens leurs noms et leurs problèmes familiaux sans qu'on les lui dise auparavant. Parmi ceux qui sont venus était Père Léonidas [Paraskevopoulos], qui devint plus tard métropolite, et qui dirait  parlant d’elle: «Vous avez un grand trésor là-haut».

Elle s'habillait mal et avait une couverture avec des trous. Ses sandales avaient des trous aussi. Les visiteurs voyaient comment elle souffrait dans le froid et l'humidité et lui donnaient des vêtements, mais elle les prenait d'une main et les donnait aux pauvres de l'autre main. Elle portait toujours une écharpe noire, et depuis ses jours au Pont, elle ne se baignait jamais. Son jeûne était constant et elle ne se permettait de l’huile que le week-end. Elle se souciait peu de ce qu'elle mangeait, ne mangeait que pour survivre, et s'inquiétait moins de la propreté, de sorte qu'elle pouvait même manger de la nourriture sans la laver. Et malgré les germes et les vers, elle est toujours restée en bonne santé.

Les visiteurs lui donnaient souvent de l'argent, qu'elle cachait partout où elle pouvait. Et quand quelqu'un en avait besoin, elle allait le chercher et donnait l'argent immédiatement.

Elle vit beaucoup de choses scandaleuses faites par des prêtres et des laïcs, mais ne critiqua jamais personne. «Couvrez les choses, pour que Dieu vous couvre», disait-elle.

Sa popularité s'est rapidement manifestée, de sorte que les gens sont venus non seulement de toute la Grèce, mais même de lieux comme la France et Israël pour la voir. Certains villageois se sont moqués d'elle cependant, l'appelant " Sophie la folle." Pour beaucoup, elle ressemblait à sainte Marie d'Égypte, mince comme un os et toute desséchée. Cependant elle possédait la même beauté que sainte Marie d’Egypte.

Version française Claude Lopez-Ginisty

Miracles et événements merveilleux

Son amour pour Dieu et l'humanité était puissant et elle avait des expériences impressionnantes avec la Toute Sainte et différents saints.

Alors que le navire transportait les passagers d'Asie Mineure en Grèce en 1919, un coup de tempête mit les passagers en grand danger. Finalement, la tempête cessa et tout le monde survécut, mais le capitaine dit après avoir fait le signe de la croix: "Vous devez avoir parmi vous une personne juste qui vous a sauvés," et tout le monde a regardé Sophie qui se tenait en prière au coin du navire pendant la durée du voyage. Cet incident existe réellement sur bande vidéo, où elle-même raconte ce qui s'est passé:

«Les vagues étaient remplies d'anges et la Toute Sainte parut, disant: « L'humanité sera perdue, parce que les gens sont très pécheurs. » Et j'ai dit: «Toute Sainte, parce que je suis une pécheresse, laisse-moi être perdue afin que le monde soit sauvé. »

En 1967, Sophie devint très malade et elle souffrait énormément. Son estomac avait des plaies ouvertes qui sentaient mauvais. Elle supporta la douleur avec courage, en disant: «La Toute Sainte viendra m'enlever ma douleur, elle me l'a promis. Certains Athéniens l'ont sur bande vidéo expliquant ce qui s'est passé peu de temps après:

«La Toute Sainte est venue avec l'Archange Gabriel et Saint Georges, ainsi qu'avec les autres saints.» L'Archange a dit: «Nous allons t’opérer maintenant.» J'ai dit: «Je suis une pécheresse, je dois me confesser, recevoir la communion ! » «Tu ne mourras pas», dit-il, «nous faisons une opération de chirurgie sur toi», et il commença à inciser.

Comme avec beaucoup de saints, elle eut une relation spéciale avec des animaux sauvages, particulièrement avec des ours de la forêt, mais aussi avec des serpents et des oiseaux.

Père Nicholas Gkikarnas, prêtre dans le village de Kleisoura, raconte ce qui suit:
"Un enfant dans le village de Kleisoura mourait, il fut amené avec précipitation vers le monastère pour y être baptisé avant sa mort, alors Sophie lui  fit un baptême aérien [ le baptisa dans l’air au lieu de l’eau, pratique lors de danger pour la vie de l’enfant] et le nomma Théocharis [ Grâce de Dieu] , afin que la Grâce de Dieu sauve l'enfant. "

Le même M. Theocharis ajoute:

"Ma mère décédée, Soultana était son nom, avait perdu trois enfants et dès que je suis né, le 1er août 1946, ils avaient dit de me« consacrer »au Monastère, à la Toute Sainte, et si elle le voulait, je vivrais.

Ils m'ont emmené au monastère sans parrain et m’ont dit que  quiconque se présenterait d'abord me baptiserait. La moniale Sophie, entendit cela, au milieu des pleurs et elle nous ouvrit. Tout le monde attendait un nom comme Thanase ou Pierre, mais elle a dit que la Grâce de Dieu viendrait sauver l'enfant. C'est ainsi que j’en suis venu à vivre avec le nom de Théocharis.

Le frère de Théocharis, M. Pericles B., érudit, parle avec une grande ferveur de la sainteté de Sophie:

«Sans aucun défaut, si quelqu'un mérite d'être honoré comme un saint, c'est Sophie, une personne candide, elle est sans tache», a-t-il ajouté avec beaucoup d'amour et de respect envers sa mémoire.

Dans une lettre, M. Eleutherios M. écrit:

«J'étais enfant, et bien sûr, j'aimais bien jouer dans la grande cour du monastère de la Toute Sainte. Cependant, le soir, j'oubliais temporairement les jeux parce que j'aimais les histoires de grand-mère Sophie, et l'entendre parler de la Toute Sainte, et de l’opération de l’appendicite qu’elle avait faite pour elle, et à l'endroit [sur son corps] où l'opération avait été pratiquée, il y avait une simple ligne fine, transparente, très mince.

Je me souviens d'un incident. Comme nous nous réunissions le soir et entendions ses histoires, devant nous il y avait un chaudron sur le feu pour faire bouillir le blé. L'un des enfants se plaignit que son maïs était petit, alors grand-mère Sophia mit sa main dans le chaudron sans dommage, fouilla avec soin dans l'eau bouillante avec sa main, et en sortit un plus gros maïs pour le donner à l'enfant, en paraissant toujours très à l'aise. Maintenant que je suis plus âgé, je comprends que cela ne peut pas être fait si simplement, et il est impossible, je pense, que cela ait été fait par grand-mère sans lui brûler les mains.

Sainte Sophie et la jeunesse orthodoxe

La bienheureuse a baptisé de nombreux enfants des villages environnants. Beaucoup de familles qui ne pouvaient pas «tenir» un enfant à terme les consacraient à la Toute Sainte. Presque toutes les filles de la région qui portent le nom de Sophia ont été baptisées par elle. Elle a aussi baptisé des garçons. À un garçon de Kleisoura, elle donna le nom de Jordan, unique dans tout le village. C'était le nom de son mari depuis longtemps décédé.

Un autre garçon, elle l’a appelé Haralambos, qui quand il a grandi et a atteint l'âge de trente ans a décidé de se marier. Son père lui dit alors: «Mon enfant, pour te marier, tu dois recevoir la bénédiction de ta marraine, lui baiser la main, et moi, ton père, je te donnerai ma bénédiction.

L'enfant réagit, et  avec raison, car toute sa vie il n'avait jamais entendu parler de Sophia, et même comme bébé ne l'avait jamais vue. Comment la reconnaîtrait-il maintenant? - Si tu ne vas pas vers Sophia, je ne te donnerai pas ma bénédiction, insista le père.

Haralambos est donc parti, déçu, pour le monastère. Sophia l'attendait dans la cour. Elle l'appela par le nom qu'elle lui avait donné au baptême. «Mon enfant, mon Haralambos, viens à moi. Elle l'embrassa affectueusement et lui donna une bénédiction, lui parlant de sa future épouse, qu'il n'avait jamais vue. De plus, elle lui demanda: «Moi, mon enfant, je suis devenu vieille, et je ne peux pas te couronner [id est pour la cérémonie du mariage]...

Trouve un meilleur témoin... La jeune fille que tu prendras pour épouse est bonne, seulement s'il te plaît envoie-moi au moment de votre mariage une voiture rapide pour me conduire ,afin que je puisse saluer les couronnes.

Haralambos retourna au village complètement troublé. Mais il fit exactement comme sa marraine le lui demandait, et depuis ce temps il commença à fréquemment lui rendre visite et recevoir ses conseils.

Version française Claude Lopez-Ginisty

Prier Sainte Sophie

Apolytikion/ Tropaire, ton 3
Ô bienheureuse mère Sophie, tu es devenue sage et l'ornement de la Mère de Dieu, et tu as vécu ta vie dans l’ascèse au monastère, d'où se sont répandus les éloges de tes luttes, qui frappèrent les rangs des démons. Toi qui te tiens en intercession devant le Christ, ne néglige pas ceux qui t’honorent avec ferveur.

 

Kontakion même ton
Tu es devenue un trésor de sagesse divine et tu fus emplie de la crainte de Dieu, ô mère Sophie; Par ton intercession maternelle, ô bienheureuse, tu offres à tous la richesse de la Grâce.

 

Mégalinaire
Ayant été spirituellement sage, ô Mère, tu as passé toute ta vie dans une grand patience, et à présent tu demeures dans la chambre nuptiale auprès de la beauté de ton Epoux.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 22:54
Photo Jean-Luc Luyssen

Photo Jean-Luc Luyssen

Comment équilibrer nos aspirations vers Dieu, nos idéaux, nos rêves d’un monde plus juste avec notre quotidien parfois si matériel, nos zones d’ombre, l’importance que nous donnons à nos propres besoins, les limites de ce que nous sommes ?

Le ciel et la terre dans leur richesse symbolique peuvent aider à exprimer cette tension qui constitue notre humanité. Notre expérience de la verticalité et le caractère longtemps inaccessible du ciel en ont fait le lieu qui parle de Dieu.

Il élargit notre horizon à un espace infini, nous élève, nous entraîne vers des méditations métaphysiques tandis que la terre connue, expérimentée, tangible nous parle de notre humanité soumise à la loi de la pesanteur au sens physique comme spirituel, de ce qui nous tire vers le bas ou nous écrase.

Le récit de l’Ascension nous invite à réfléchir sur l’articulation entre ces deux pôles. À l’Ascension, Jésus monte au ciel devant ses disciples rassemblés, raconte Luc dans les Actes des Apôtres, et une nuée, signe de Dieu dans l’Exode, le dérobe à leurs yeux. Les disciples restent, les yeux fixés sur le ciel, attirés par ce monde de Dieu, avec peut-être le souhait que Jésus les emmène avec lui. Finalement, ne serait-ce pas plus simple ?

Deux hommes en vêtements blancs leur disent alors : « Gens de Galilée, Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » La précision géographique « Galilée » inscrit les disciples à la fois dans leur propre histoire et dans celle qu’ils ont partagée avec Jésus. C’est à partir de leur terroir qu’ils vont vivre leur foi et qu’il leur appartient désormais de proclamer l’Évangile, et non à partir du ciel.

La tension entre ciel et terre, entre ce qu’ils ont vécu aux côtés du Christ sur les routes de Galilée et de Jérusalem et son absence dont ils font désormais l’expérience, fera jaillir les mots authentiques pour annoncer l’Évangile. C’est aussi ce que nous vivons aujourd’hui.

Il y a quelques semaines, j’ai accompagné des jeunes dans un camp. Lors d’une animation dans un bois, les jeunes devaient choisir un arbre pour dire comment Dieu les accompagnait. Ce fut un moment très fort, comme si la symbolique de l’arbre aidait à faire de la théologie, à parler de l’infiniment haut qui se met en relation avec l’infiniment bas.

L’espérance en Dieu pourrait d’abord se transmettre à travers le plus gros chêne du bois qui s’élance bien droit vers le ciel. La confiance en Dieu se dit dans la solidité de ce tronc rugueux et large. Avoir la tête le plus haut possible est une façon de vivre notre foi, quand on tente de passer le plus de temps possible devant Dieu, dans la prière, la lecture de la Parole, la découverte de Jésus-Christ et la rencontre du Christ à travers les plus petits de nos frères et de nos sœurs.

Mais pour parler de ce que je vis avec Dieu, je pourrais aussi vous montrer ce petit chêne : il est là, minuscule, pas plus de 20 cm de haut. Il émerge dans le sous-bois encore hivernal en ce début de printemps, étonnant dans sa fraîcheur, frêle, mais en devenir. Vivre avec Dieu est ici annoncé comme une espérance qui invite à l’audace du témoin qui va témoigner à partir de son « terroir » de comment le Christ ressuscité entraîne sur des chemins de vie. La fragilité du témoin dit ici la force de la promesse.

L’espérance en Dieu, ce pourrait être aussi un ensemble d’arbres, trois ou quatre, dont les troncs s’entrecroisent ou même reposent les uns sur les autres. Ils ne sont pas très droits parce qu’ils laissent de la place aux autres ou peut-être parce qu’ils ont besoin les uns des autres, comme nous avons besoin de la richesse de la communauté pour vivre notre foi. Peut-être même que l’un d’eux pourrait être une image du Christ qui est venu partager nos vies et qui nous accompagne chaque jour.

Une dernière image, celle d’un arbre tordu, sans doute coupé plusieurs fois ou simplement cassé par les tempêtes de la vie : pourtant les pousses sont là, nombreuses. Avec Dieu, « on ne baisse pas les bras », comme dit un adolescent en regardant l’arbre.

Arbres tordus, arbres coupés et renaissants, arbres dont la cime épouse le ciel, ils sont comme des symboles de nos vies pour nous rappeler comment nous vivons et témoignons de l’espérance de Dieu et vivons entre ciel et terre, ancrés dans la vie que Dieu nous donne et tirés par l’espérance que donne Jésus-Christ.

Odile Roman-Lombard

Pasteure à Fontainebleau

La Croix du 24 mai 2017

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