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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 22:14
Comprendre la Sainte Trinité?

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ! Amen !

« Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ! Amen ! [1]» Cette formule qui nous est si familière nous est donnée pour la première fois par Jésus à la fin de l’Evangile de Saint Matthieu. Elle fonde notre foi dans la révélation inouïe d’un Dieu unique en trois personnes.

Quelle révélation et quel mystère !

En méditant le sens de cette parole j’avoue avoir été écrasé par le mystère de ces mots qui dévoilent à l’homme quelque chose de la vie et de l’être même de Dieu. Une phrase de Vladimir Lossky m’a rassuré : « La Trinité ne peut être saisie par l’homme, c’est elle qui saisit l’homme et suscite en lui la louange [2]». Ainsi ayons déjà à l’esprit que chaque fois que spontanément monte en nous un chant d’allégresse vers Dieu, c’est la Sainte Trinité qui est à l’œuvre en nous.

Néanmoins dans ces moments privilégiés et trop rares où je sens en moi la présence de Dieu j’aurais bien du mal à prétendre que je distingue clairement la Sainte Trinité en moi : une douce présence vivante et aimante, oui ; la certitude que la grâce de Dieu est sur moi et en moi, encore oui ; mais qui est là ? Le Père, le Fils, le Saint Esprit ? Les trois ensembles ou un ange envoyé par Dieu ? Il m’est impossible de le dire.

Quand je prie il m’est naturel de m’adresser au Christ que je connais comme un ami proche. Je connais ses représentations, je connais les évènements de sa vie, j’entends sa voix quand j’écoute ou je lis ses enseignements et c’est par lui que j’ose dire « Notre Père qui est aux cieux ». Et si mon cœur s’échauffe dans la prière, si je ressens un temps de paix et de joie, j’ai l’impression que l’Esprit est bien là, présent en moi.

Voilà ma pauvre expérience de la Trinité mais par elle j’adhère avec confiance à  l’enseignement de l’Eglise qui m’a transmis la révélation d’un Dieu unique en trois personnes et je crois de toute mon âme que quand nous prions Dieu en nous adressant au Père, ou au Fils, ou à l’Esprit, ou dans toute prière quelle soit personnelle ou non, ce sont les trois personnes divines qui sont présentes à notre âme.

Néanmoins puisque Dieu nous a donné l’intelligence nous pouvons essayer de dépasser cette expérience limitée et l’éclairer par une réflexion méditative sur le mystère de la Trinité.

Et d’abord interrogeons-nous : comment la formule « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » nous révèle l’unité de Dieu en trois personnes ?

On peut constater qu’il n’est pas dit : « au nom du Père, au nom du Fils et au nom du Saint Esprit ». L’action baptismale ne se fait pas en leur nom à chacun mais au non des trois comme un. Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont bien à considérer dans leur unité tout en étant individuellement distincts.

Jean dans l’Apocalypse nous fait entendre la louange perpétuelle des quatre Vivants qui contemplent la face du Seigneur : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu, le tout Puissant, qui était, qui est et qui vient [3]».

Comme Dieu seul est saint nous pouvons dire ainsi : Saint est le Père et le Père est Dieu, Saint est le Fils et le Fils est Dieu, Saint est l’Esprit et l’Esprit est Dieu, et les trois sont un, Dieu.

Notre Dieu est un et trine. Pourquoi trine ? Il en est ainsi de toute éternité mais essayons quand même de comprendre.

Un Dieu unique qui serait uniquement un dans son essence, dans sa nature serait un être fermé sur lui-même, statique, immuable et impersonnel. Or notre Dieu est amour. Et il n’y a pas d’amour vrai s’il n’y a pas un autre que soi à aimer, à qui se donner totalement. Et l’amour révèle la personne car il n’y a pas de personne s’il n’y a qu’un. Et sur le plan divin s’il y a vie il y a trois. Un est statique, deux oppose et divise, trois est relation, il rend égal chacun des trois dans un mouvement éternel de don total de l’un à l’autre. Et ce don total est celui de la nature divine. Et s’il y a don total entre les trois personnes, il ne peut y avoir qu’une seule volonté.

Et il n’y a pas partage de la nature divine une en trois personnes sinon nous aurions trois dieux mais une communion de trois personnes dans une même nature divine.

Retenons bien que l’être de la Trinité est une communion d’amour et c’est à cette communion qu’est appelé l’homme à participer. Et chaque personne de la Trinité est totalement Dieu disposant chacune de toute la nature divine. Pour l’amener à notre compréhension imaginons comme nous le suggère Saint Grégoire de Nazianze les trois personnes comme trois soleils distincts mais qui se compénètreraient l’un l’autre et qui auraient chacun en commun la lumière une[4].

Notre Dieu est un et trine, ayant une seule nature, un seul être spirituel, une seule volonté et trois personnes comme trois consciences distinctes.

Paul nous révèle un peu plus du mystère en affirmant : « Car tout est de Lui, par Lui et en Lui [5]». Cette phrase nous fait sentir ce qui peut distinguer les personnes divines. Cette distinction n’est pas un attribut de la personne mais c’est ce qui la fait être, ce qui est son existence propre. Le Père est source, tout est « de Lui » ; le Fils est manifestation, tout est « par Lui » ; l’Esprit est communication, tout est participable « en Lui ».

Et nous pouvons grâce à cette grille de compréhension même si elle est grossière approcher de la structure trinitaire qui sous-tend tout ce qui est de Dieu. Ainsi le nom de Dieu Sagesse : le Père est la source de la Sagesse, le Fils est la Sagesse, l’Esprit la force qui nous communique la Sagesse ou l’autre nom de Dieu Vérité : le Père est le Vrai, le Fils la Vérité et l’Esprit la puissance de Vérité.

Sur le plan divin les trois sont simultanément Père, Fils et Esprit de toute éternité.

Mais sur le plan du créé si l’action de Dieu est bien trinitaire nous la percevons dans le temps comme une suite d’actions des trois personnes divines dont l’ordre varie selon ce qui est en jeu.[6] J’en citerai deux parmi les six que je pourrais commenter.

La suite « Père, Fils, Esprit » caractérise par exemple le dévoilement progressif de Dieu aux hommes ; d’abord comme Dieu unique et créateur, puis comme Dieu qui s’incarne et se manifeste, enfin comme Dieu qui purifie et sanctifie en communicant sa divinité.

La suite « Esprit, Père, Fils » caractérise le processus par lequel l’homme peut devenir par grâce Fils de Dieu dans le Christ ressuscité. C’est la réalisation de la parole de Paul « Vous avez reçu l’Esprit d’adoption par lequel nous crions « Abba », Père [7]»

Enfin je ne peux terminer sans vous parler de l’homme et de sa relation à la Sainte Trinité.

Dieu nous a créé par un débordement d’amour pour que s’instaure éternellement une relation personnelle entre Lui et nous, entre les trois personnes divines et chacune de nos personnes. Ce dessein de Dieu pour l’homme était antérieur à la chute. Adam possédait à sa création une nature unique, une seule volonté et la potentialité de la multitude des personnes humaines voulues par Dieu.

« Qu’est-ce qu’une personne, dit Olivier Clément, sinon un visage donnée à la matière du monde[8] ».

Adam a reçu comme un sceau l’image de la Trinité et son destin était d’atteindre à la ressemblance c’est-à-dire de faire advenir les personnes humaines libres de tout conditionnement, des consciences pures hors du temps et de l’espace, et dont l’existence propre est d’entrer librement dans la communion d’amour de la Sainte Trinité en donnant ainsi à la nature du créé tout entier le visage du Fils.

En refusant d’adhérer au projet de Dieu Adam a détruit l’unité de la nature créée faisant advenir non pas des personnes mais des individualités, combinaison uniques d’éléments dépendant de cette même nature et vouées à disparaître dans le néant.

A la suite de la résurrection du Christ, Dieu-homme, l’Esprit pénétrant chaque homme lui donne la possibilité s’il l’accepte d’unir sa libre volonté à celle de Dieu pour accomplir la ressemblance c’est-à-dire devenir une personne en communion éternelle avec la Sainte Trinité et ce faisant  d’entraîner toute la création dans la gloire de la divinisation ainsi que le prophétise Paul « le monde lui-même sera libéré un jour du pouvoir destructeur qui le tient en esclavage et (qu’) il aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu[9] ».

Ce que résume dans une brillante synthèse le mystique rhénan Jean Tauler : «  Ainsi l’homme …dans le Fils, naît du Père et reflue dans le Père avec le Fils devenant un avec lui … Le Saint Esprit se répand alors … et il inonde et pénètre le fond de l’homme avec ses aimables dons … Puissions-nous tous atteindre ce fond où nous trouverons la véritable image de la Sainte Trinité[10] ».

« Que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit soient toujours avec vous [11]» Amen !

Marc Guichard

Autres homélies en ligne


[1] Mat 28, 19

[2] Extrait de Théologie dogmatique, conférences orales enregistrées. transcrites et préparées par Olivier Clément

[3] Apoc. IV, 8

[4] « Il était, il était, et il était : mais il était un. Il était Lumière et lumière et lumière : mais une seule lumière. C’est ce que David s’imaginait jadis quand il a dit : ‘par ta lumière nous voyons la lumière’ (Ps 35,10). Et nous maintenant nous voyons et nous prêchons. De la lumière qui est le Père nous atteignons la lumière qui est le Fils dans la lumière de l’Esprit: théologie brève et simple de la Trinité […] : Dieu, s’il est licite de parler succinctement, est indivis en des êtres divisés l’un de l’autre » Oratio 31, 3.14.

[5] Rom., xi, 36

[6] La notion de « taxis » est développé par Jean Kovalevsky dans son ouvrage Initiation trinitaire Editions orthodoxes

[7] Rm 8, 15

[8] CLES Entretien avec Alain Valade et Jean Puy http://www.cles.com/entretiens/article/orthodoxie-le-mystere-de-l

[9] Rm 8, 19-22

[10] 29 : Sermon pour le deuxième dimanche après la Trinité

[11] 2 CO 13,13

 

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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 22:08
La Sainte Trinité (différences entre les Eglises)

Le dogme de la Sainte Trinité contient deux affirmations dogmatiques :

1. la naissance du Verbe et la procession du Saint Esprit avant les temps (autrement Dieu ne serait pas la plénitude avant la venue du Verbe et l'envoi de l'Esprit saint), et

2. la naissance et l'envoi dans le temps.

Dans l'éternité le Fils naît et l'Esprit procède du Père ;

dans le temps l'Esprit fait naître le Fils  (dans l'Incarnation du Fils par le Saint-Esprit) et descend sur le Fils (lors de l'Épiphanie) et le Fils envoie le Saint Esprit sur les apôtres.

L'envoi et la naissance dans le temps n'altèrent pas l'unité éternelle des Trois Personnes qui ont pris une part égale à la création : Dieu le Père comme cause première, le Fils comme parole créatrice et l'Esprit comme principe vivifiant.

La séparation dogmatique entre l'Orient et l'Occident chrétien devint effective, en ce qui concerne le mystère de la Sainte Trinité, au moment où Anselme de Canterbury formula d'une manière précise ce dogme[4] en mettant le signe de l'équivalence entre la procession éternelle et l'envoi dans le temps[5], et quand il le proclama doctrine officielle de l'Église de Rome devant les évêques orientaux au Concile de Bari (1096).

L'addition «et du Fils» (filioque) eut une importance primordiale pour la vie de l'Église romaine. Dans la formule du Concile de Lyon (1274) qui confirma l'introduction du «filioque» il est dit : «Le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils non comme de deux principes, mais comme d'un seul principe, non par deux spirations, mais par une seule spiration[6]». D'après cette formule dogmatique il n'y a qu'un seul courant de grâce dans l'Église, celui du Christ, et ce courant de grâce est le Saint Esprit (esprit du Christ). 

Pour l'orthodoxie, les rapports de Dieu et de l'homme sont réciproques. D'un côté il y a la grâce du Fils qui nous est nécessaire pour notre salut, d'un autre côté, quand cette grâce a été librement acceptée, il nous faut la grâce du Saint Esprit pour transformer notre vie.

Deux moments distincts sont donc nécessaires : Dieu vient à nous par son Fils qui nous donne la possibilité du salut et la plénitude de la vérité, mais pour être sauvés il faut un acte libre d'acceptation et une transfiguration de la vie par la grâce du Saint Esprit.

Les Trois Personnes de la sainte Trinité participent à notre vie spirituelle. Le Père envoie le Fils qui nous apporte le salut. Acceptant ce salut, nous nous élevons vers le Père par le Saint-Esprit. Comme l'a dit le Sauveur : «Mais l'heure vient, - et maintenant elle est là - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et c'est pourquoi ceux qui l'adorent doivent adorer en esprit et en vérité» (Jn 4, 23-24).

Pour l'orthodoxie, le Christ est le chef invisible et céleste. Le Saint Esprit, qui garde ce que le Fils a transmis, est le pilote de l'Église.

L'Occident suit la formule donnée par Anselme de Canterbury qui s'est développée logiquement au sein de l'Église romaine jusqu'au dogme de Vatican. Selon cette doctrine le pape est le vicaire et le seul représentant du Christ sur cette terre et par cela même distributeur de la grâce du Saint Esprit (qui procède du Fils) et ceci non en vertu d'un charisme spécial reçu du Saint Esprit, mais en tant que successeur du premier des apôtres. Par conséquent, le couronnement du pape est, non une consécration supra-épiscopale, mais un acte canonique.

L'orthodoxie croit, tout au contraire, que la grâce du Saint-Esprit appartient à l'Église toute entière en vertu du sacrement de la chrismation (confirmation) et ne peut être attribuée, même du consentement de tous, à un chef visible.

A) - Première Personne de la sainte Trinité

À la définition dogmatique du Symbole, acceptée par tous les chrétiens, se rattachent les dogmes de la création et du péché originel.

La création

Dieu a créé de rien (ex nihilo) le monde visible et invisible et lui a donné des lois qui lui permettent de vivre heureusement. Le mal consiste dans l'inobservance des lois et des commandements de Dieu qui entraîne avec elle la corruption de l'homme et de toute la créature.

L'homme est le sommet en perfection de la créature visible. Il a été créé à l'image de Dieu et l'image divine s'est imprégnée définitivement dans la glaise. Il a été créé libre de suivre ou de ne pas suivre les commandements de Dieu, mais il a été prévenu que le mésusage de la liberté entraînerait sa chute.

Il existe dans le dogme de la création une différence essentielle entre l'Église orthodoxe et l'Église de Rome : Augustin d'Hippone formula la doctrine de la grâce organique et de la grâce surérogatoire, ajoutée et non créée avec la nature même de l'homme et qui préservait l'homme de l'inclination au mal, de la douleur et de la mort.

L'orthodoxie croit que l'homme a été créé libre. Il n'a pas été, par conséquent, préservé de l'inclination au mal. Autrement, il n'aurait pas péché. Il a glorifié Dieu spontanément et non parce qu'il était dirigé vers le bien par une grâce spéciale. La nature humaine est inclinée vers le Bien et garde toujours l'étincelle divine. Le mal lui est extérieur, il vient de l'inobservance des lois de Dieu. Le péché (désobéissance aux commandements de Dieu) est le seul mal réel (saint Basile[7]). En obéissant aux commandements de Dieu, l'homme suit sa nature qui est faite pour vivre auprès de Dieu (saint Cyrille).

D'après Augustin d'Hippone la nature est au contraire prédisposée au mal et ne peut s'en préserver sans une grâce spéciale.


Le péché originel

La chute de l'homme a eu pour cause un acte libre et volontaire de désobéissance. L'homme se détourna de Dieu, croyant, en son orgueil, qu'il pouvait vivre sans Lui, et il perdit toute relation immédiate avec Dieu.

Le péché originel[8] était un poison, entré dans la chair de l'homme, non une privation de grâce extra-naturelle. Ayant goûté au poison de la désobéissance, l'homme fut entraîné par lui et préféra pécher, désobéir et se fonder sur lui-même en se séparant du Créateur.

La désobéissance originelle a entraîné non seulement la corruption de l'homme, mais aussi celle de la nature toute entière. Il fallait pour restaurer l'union de Dieu avec l'homme que l'humanité elle-même, après une longue expérience, se rapprocha de l'idée de l'expiation de son péché d'orgueil et de désobéissance et que toute la création fût transfigurée.

Dans le péché originel il y a trois moments :

- la présomption orgueilleuse de vouloir faire tout soi-même,

- la désobéissance aux commandements de Dieu, et

- l'absence de contrition.

Selon la conception catholique-romaine, ce retour de l'homme vers Dieu n'est conditionné que par un don tout gratuit, par un retour de la grâce dont l'homme fut privé au moment de sa chute et non par une acceptation du salut et par un retour volontaire de l'homme vers Dieu dans l'abdication de ses propres forces et de son orgueil.

Au contraire, l'orthodoxie croit que la nature créée est bonne en elle-même et qu'elle est inclinée vers Dieu ; qu'elle a été corrompue par l'orgueil et la désobéissance (péché originel) du premier homme et qu'une transformation de la nature et un retour libre et volontaire de l'homme vers Dieu sont indispensables. 

Selon la doctrine catholique-romaine, l'homme jouissait avant le péché originel, d'une vie naturelle et d'une vie surnaturelle. Préservé de l'inclination au mal, de la douleur et de la mort il perdit par le péché la vie surnaturelle et toutes ses faveurs. Elles lui sont rendues gratuitement à cause des mérites de Jésus-Christ, à la condition de rester en état de grâce et de ne pas commettre de péchés mortels.

Pour l'orthodoxie, l'état sans péché mortel n'est qu'un état neutre et ne suffit pas pour le salut.

Pour le protestantisme la chute de l'homme a été définitive et irrémédiable. Il fut à jamais paralysé. Il n'y a plus de relation possible entre le fini et l'infini, entre le naturel et le surnaturel.

Le jansénisme est aussi pessimiste, quant à la nature humaine, que le protestantisme. La tragédie humaine consiste, selon lui, en ce que Dieu ne veut pas le salut de tous ses enfants.

L'orthodoxie croit et confesse que Dieu veut le salut de tous et qu'il ne dépend que de l'homme de répondre à l'appel divin. Ce qui pourrait cependant rapprocher l'orthodoxie et le catholicisme romain, opposés dans la question du péché originel et de la nature humaine, est «la grâce de charité» Augustinienne, à condition qu'elle soit le point de départ de la transformation de l'homme par le Saint Esprit.

Parmi les théologiens occidentaux qui se confessent le plus des conceptions de l'Orthodoxie on peut nommer les grands moines de Lérins[9], saint Jean Cassien et Scot Érigène. 


B) - Deuxième Personne de la Sainte Trinité

Le dogme de la Deuxième Personne de la Sainte Trinité a été formulé par les conciles pendant leur lutte contre les hérésies des premiers siècles. Il est accepté par tous les chrétiens dans les limites du Symbole de la Foi. Il y a cependant deux affirmations dogmatiques importantes qui séparent l'orthodoxie et le catholicisme romain et qui découlent logiquement de la doctrine de la création et du péché originel. La première concerne l'Incarnation et la deuxième la rédemption.

L'Incarnation

Pour l'orthodoxie l'Incarnation est l'acte suprême de l'amour de Dieu envers l'humanité par lequel elle a reçu la révélation définitive de la vérité (inhérente à son salut) et la nature humaine a été sanctifiée.

Cette acceptation de la Vérité et cette sanctification ont nécessité une longue préparation de la part de l'humanité. De même que la désobéissance était un acte volontaire, de même le retour de l'homme vers Dieu devait reposer sur une libre acceptation du salut. C'est par Marie, mère de Dieu, que l'humanité toute entière a accepté le salut. Marie ne fut pas un instrument involontaire de la grâce, mais comme en témoigne le récit évangélique, elle posa par son acceptation un acte volontaire d'obéissance à la volonté de Dieu.

La doctrine de l'immaculée conception ne peut être acceptée par l'orthodoxie parce qu'elle constitue une rédemption partielle avant la rédemption générale,«en prévision des mérites de Jésus-Christ», parce qu'elle est contraire à la doctrine de la liberté dans le salut et qu'elle n’accepte pas l'acte d'obéissance indispensable pour notre rédemption. Il est impossible de parler du dogme de l'immaculée conception sans remonter à la doctrine orthodoxe et catholique de la création et du péché originel à laquelle il est lié.

La Rédemption

La rédemption est pour l'orthodoxie une véritable restauration de la nature humaine, un retour de l'homme vers Dieu par la Sainte-Croix et la résurrection du Sauveur. Depuis la rédemption nous sommes de nouveau liés à Dieu. Il y a un passage immédiat entre le fini et l'infini. Le commencement du salut est désormais possible dans cette vie. Il y a une véritable «nouvelle création». Par la rédemption nous avons été libérés de la mort et de la damnation et nous avons reçu la possibilité de transfigurer notre vie.

Selon la conception catholique-romaine il y a une «nouvelle création» qui est une réalité en ce monde. C'est, d'un côté, l'Église elle-même, et de l'autre la grâce sanctifiante : «l'Esprit du Christ» - don surnaturel que Dieu nous accorde gratuitement à cause des mérites de Jésus-Christ qui a racheté les hommes par ses souffrances et sa mort et a mérité le pardon de leurs péchés et les grâces nécessaires pour qu'ils puissent se sauver. Sa mort sur la croix n'était pas nécessaire pour nous racheter. Il a voulu souffrir et mourir pour offrir au Père un sacrifice parfait.

L'orthodoxie, tout au contraire, ne peut concevoir le salut sans la destruction de la mort et de la damnation par le sang versé sur la croix et sans la transformation de la nature dans la résurrection. Comme dit le chant du Vendredi Saint : «Tu nous as rachetés de la juste damnation par ton sang précieux».

Pour le protestantisme la rédemption est un acte miséricordieux de Dieu, qui annonce le radicalisme de notre chute et qui signifie que nous ne pouvons rien faire pour notre salut en dehors de la foi en Jésus-Christ.

Dans l'orthodoxie, le catholicisme et le protestantisme la conception du salut est différente.

La doctrine orthodoxe suit les paraboles évangéliques de la perle que le marchand trouve et pour laquelle il vend tout son bien ainsi que des dix vierges. Elles étaient toutes vertueuses et n'avaient rien à se reprocher, mais cinq manquèrent d'huile, c'est-à-dire de bonnes actions de clémence et de charité et ne furent point reçues. Car chacun emportera dans l'autre vie tous les trésors spirituels qu'il aura rassemblé dans ce monde.

«Tout ce que l'homme a fait de saint ici-bas l'accompagnera dans l'autre vie et lui donnera la vie éternelle» (Saint Macaire). D'après la parabole des dix talents, celui qui ne travaille pas aux dons spirituels que Dieu lui a confiés, sera considéré comme un esclave paresseux et jeté dans les ténèbres. Il ne suffit pas de croire, il faut que cette foi ne soit pas stérile, qu'elle mène vers la charité et que cette charité soit active.

Le jugement dernier ne sera pas seulement fait selon la foi des hommes, mais aussi d'après ce qu'ils ont fait ici-bas, et la condamnation n'interviendra pas à cause du manque de foi, mais à cause de l'absence de charité envers les proches, parce que nous ne pouvons pas aimer Dieu et ne pas aimer notre prochain.

Si le protestant ne se sent pas responsable de son salut, si le catholique ne porte cette responsabilité que dans une certaine mesure, l'orthodoxe se sent pleinement responsable de son salut ou de sa damnation.

L'orthodoxie voit dans le salut le retour à Dieu. La vie éternelle est pour elle la connaissance de Dieu. La béatitude éternelle consiste à s'approcher de Dieu (Saint Jean Chrysostome, saint Basile le Grand, saint Grégoire de Nazianze).

La transformation de la nature humaine constitue le but de l'homme afin qu'elle puisse voir Dieu et vivre dans Sa communion constante. L'homme sera bienheureux parce qu'il sera saint. L'homme monte vers Dieu pour se sanctifier. Pour un chrétien la béatitude est dans la sainteté. La bonté est en elle-même une béatitude qui ne demande pas de récompense.

Selon la conception orthodoxe, l'homme crée sur la terre ce qui sera le contenu de sa vie après la mort (Saint Grégoire de Nazianze). Si l'homme s'est sanctifié sur la terre, il passe de cette vie vers l'autre comme si cette vie continuait (Saint Isaac le Syrien). La séparation entre Dieu et l'homme n'est pas dans la distance, ni dans le temps, mais dans la direction. Le salut n'est donc pas une récompense, mais une conséquence du travail spirituel de l'homme.

Ici la théologie orthodoxe rejoint la théologie catholique romaine. On retrouve dans Thomas d'Aquin la même conception que chez saint Irénée.

La justice de Dieu n'est pas la colère divine ; elle consiste en ce que Dieu accorde à chacun ce qu'il a désiré. Le salut d'après la conception orthodoxe, dépend donc directement de la direction que l'homme donne à sa vie.

Ainsi le salut ne résulte pas de la justification, ni des œuvres, mais il découle chez toute personne de la disposition volontaire de toute leur vie vers le chemin de la sainteté, par un travail obstiné pour la conquête de l'Esprit saint, travail qui libère l'homme de tout ce qui peut empêcher la montée.

«Le péché est un mal intrinsèque, le seul mal actif. Tous les autres maux terrestres sont des maux apparents et fictifs. La montée vers la sainteté devient effective quand la vertu devient une nécessité vitale de l'homme et le péché perd son intérêt. Un fil se rompt alors, fil qui rattache l'homme aux biens de ce monde. Ils ne le tentent plus» (Saint Tikhon de Zadonsk, 1725-1783).

La voie du salut pour un orthodoxe consiste en un travail continu de purification qui le rapproche de Dieu. «État de printemps continuel de l'âme», comme l'a si bien dit l'évêque Théophane le Reclus (1815-1894[10]). La foi aide l'homme à comprendre l'amour divin. Elle est le moyen par lequel l'homme reçoit l'amour divin. Il commence alors à se pénétrer de cet amour et il le transmet à tous ceux qui l'entourent. C'est dans la vie de saint Séraphin de Sarov que nous voyons s'épanouir avec le plus de beauté divine cet amour qui se communique à tous ceux qui en sont les témoins.

La foi est le moyen qui ouvre la voie du salut, mais elle n'est pas un but en soi. Elle n'est que le commencement du chemin spirituel. Les œuvres justes en sont pour un orthodoxe le complément naturel. Elles surgissent de la plénitude du cœur, de l'amour, non pas de l'obligation ou du devoir.

C) - Troisième Personne de la Sainte Trinité

Au dogme de la Troisième Personne de la Sainte Trinité, défini dans le Symbole de Foi, se rattachent les doctrines orthodoxes de l'Église et des sacrements (9eet 10e articles du Symbole de la Foi).

La définition du dogme de la Troisième Personne de la Sainte Trinité, telle qu'elle se trouve dans le 8e article du Symbole de la Foi, a été gardée intacte dans l'orthodoxie. L'Église romaine y a ajouté le mot «filioque», qui justifiait le pouvoir spirituel du Pape, vicaire du Christ, en le faisant distributeur de la grâce du Saint-Esprit, qui est, d'après l'enseignement de cette Église «l'Esprit du Christ» et qui «procède du Christ». L'Église orthodoxe garde au contraire la foi dans l'indépendance de la grâce du Saint-Esprit, qui ne procède pas du Fils, mais du Père seul.

Pierre KOVALEVSKY
Docteur de l’Université (1901-1978)


[4]. Selon le point de vue catholique-romain. (Note de l’éditeur).

[5]. Il y a confusion entre «l'envoi», qui est d’ordre économique et la «procession» qui est révélée. (Note de l’éditeur.)

[6]. Il faut préciser que le rejet de cette formule par l'Église orthodoxe provient d'abord du fait qu'elle n'a pas de fondement scripturaire et, même, qu'elle est expressément contraire à l'enseignement du Christ lorsqu'Il dit aux apôtres : «Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père...» (Jean 15, 26). (Note de l'éditeur).

[7]. Il faut préciser que, pour les Pères et toute la tradition chrétienne, le «mal» n'a pas d'existence en lui-même. Il n'est pas ontologique. Il est une catégorie engendrée par la volonté humaine, un défaut de direction. (Note de l’éditeur).

[8]. Le terme «originel» vient d'Augustin d’Hippone. Ce péché est presque muet, non nommable. Sa source pourrait être la désobéissance.

[9]. Fauste de Riez, Vincent de Lérins, Honorat d’Arles (†450).

[10]. Canonisé par le patriarcat de Moscou en 1988 (Note de l'éditeur).

http://eglise-orthodoxe-de-france.fr/la_sainte_trinite.htm

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 22:26
Photo Ossiane http://www.ossiane.fr/

Photo Ossiane http://www.ossiane.fr/

Le gémissement de mon coeur me faisait rugir [...] Et qui connaissait la cause de mon rugissement ? Il ajoute [le psalmiste] : Tout mon désir est devant toi. Non pas devant les hommes, qui ne peuvent pas voir le coeur, tandis que si tout ton désir est devant le Père, lui qui voit l'invisible te le revaudra.

Car ton désir est ta prière ; si le désir est continuel, la prière est continuelle. Ce n'est pas pour rien que l'Apôtre a dit : Priez sans relâche.

Peut-il le dire parce que, sans relâche, nous fléchissons le genou, nous prosternons notre corps, ou nous élevons les mains ? Si nous disons que c'est là notre prière, je ne crois pas que nous puissions le faire sans relâche.

Il y a une autre prière, intérieure, qui est sans relâche : c'est le désir. Que tu te livres à n'importe quelle autre occupation, si tu désires ce loisir du sabbat, tu ne cesses pas de prier. Si tu ne veux pas cesser de prier, ne cesse pas de désirer.

Ton désir est continuel ? Alors ton cri est continuel. Tu ne te tairas que si tu cesses d'aimer. Quels sont ceux qui se sont tus ? Ceux dont il est dit : A cause de l'ampleur du mal, la charité de beaucoup se refroidira.

La charité qui se refroidit, c'est le coeur qui se tait ; la charité qui brûle, c'est le coeur qui crie. Si la charité dure toujours, tu cries toujours ; si tu cries toujours, tu désires toujours ; si tu désires, c'est au repos que tu penses.

Tout mon désir est devant toi. Que se passe-t-il si ton désir est devant lui, mais non pas le gémissement ? D'où cela peut-il venir, quand le désir lui-même s'exprime par le gémissement ?
C'est pourquoi le psaume continue. Et mon gémissement ne t'échappe pas. Il ne t'échappe pas, alors qu'il échappe à la plupart des hommes.

Il semble parfois que l'humble serviteur de Dieu dise : Et mon gémissement ne t'échappe pas. Il semble aussi parfois que le serviteur de Dieu se mette à rire : est-ce que ce désir est mort dans son coeur ? Non, s'il y a désir, il y a gémissement ; il ne parvient pas toujours aux oreilles des hommes, mais il ne cesse jamais de frapper les oreilles de Dieu. 

(Enarat. in Ps. 37).

Saint Augustin

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