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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 22:20

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A partir du haut moyen âge, l'Église catholique a commencé à souffrir d'une aliénation progressive entre les deux moitiés du monde chrétien, celle qui alors parlait grec et celle qui parlait encore latin.

Le XIe siècle n'a été marqué, à cet égard, que par un incident gravement révélateur, et ce n'est qu'à l'époque moderne, après la catastrophique dernière croisade, détournée sur Constantinople, après la réunion manquée de Florence, après les raidissements de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, que la rupture entre l'Orient et l'Occident est devenue ce qu'elle est.

Cependant, l'histoire même des développements de la spiritualité dans l'Orient chrétien, russe ou grec, à partir du moment où l' « orthodoxie » d'Orient et le « catholicisme » d'Occident commencent à se considérer comme des étrangers, le montre : la substance de la foi et de la pratique de l'Orient orthodoxe demeure pleinement consonante avec la substance de la foi et de la pratique de l'Occident catholique. Rien ne le manifeste mieux que ce fait que nous avons décrit ; la renaissance, au début du XIXe siècle, de la spiritualité orthodoxe s'est produite autant par une assimilation des meilleurs acquis de l'Occident catholique que par une redécouverte, concomitante, des sources propres à l'Orient.

Certes, les saints orthodoxes ont leurs notes bien à eux, des notes d'ailleurs d'une merveilleuse variété, mais tout comme les saints catholiques, et il est impossible de dire en quoi un saint Séraphin de Sarov serait moins le frère d'un saint Curé d'Ars que d'un saint Joseph de Volokolamsk, ou un saint Jean de la Croix d'un saint Nil Sorsky que d'un saint Ignace de Loyola.

Sans doute, dans la tradition spirituelle orthodoxe, il est des réussites plus ou moins complètes, des synthèses plus ou moins satisfaisantes. Mais il en est exactement de même dans la tradition spirituelle catholique. Ceci n'empêche pas, nous semble-t-il, qu'un catholique puisse vénérer sans hésiter non seulement la vie mais la doctrine des saints orthodoxes, tout comme, croyons-nous, un orthodoxe peut faire siennes (et, de fait, des saints orthodoxes ont fait leur sans hésiter) la doctrine et la vie des saints catholiques.

[...] En un sens, aucune division ne peut faire perdre à l'Église rien de ce qui lui est essentiel. La déchirure entre l'Orient et l'Occident n'empêche pas que les Pères grecs, que les liturgies orientales, que les trésors de pensée et de spiritualité accumulés par la tradition byzantine et dans sa succession appartiennent toujours à l'Église catholique.

Et les brisures de la Réforme protestante elles-mêmes n'ont pu faire que la Parole de Dieu ne reste la grande et incomparable richesse de toute la tradition catholique, que le salut ne demeure pour tout chrétien une grâce que la foi seule peut saisir, et la foi le principe de la plus intensément personnelle relation de chaque âme avec Dieu dans le Christ. 

Louis Bouyer

In La spiritualité orthodoxe & la spiritualité protestante et anglicane

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 22:41

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Tout homme est un phénomène unique et original ; la voie de chaque ascète est, elle aussi, unique et originale. Cependant les hommes, dans leur tendance à classifier les phénomènes selon tel ou tel critère, le font également dans ce domaine.

L'expérience séculaire des Pères permet de classer en trois catégories ou types le développement de la vie spirituelle d'un homme.

La grande majorité des hommes fait, partie de la première catégorie. Ils sont attirés à la foi par une légère touche de la grâce, puis passent le restant de leur vie dans un effort spirituel modéré pour observer les commandements, et ce n'est qu'à la fin de leur vie, en raison des souffrances vécues, qu'ils connaissent la grâce dans une mesure quelque peu plus grande. Certains d'entre eux, d'ailleurs, font plus d'efforts et reçoivent une grande grâce avant leur mort. C'est le cas de nombreux moines.

La deuxième catégorie comprend ceux qui sont attirés, au début, par une touche de la grâce relativement légère, mais font, ensuite, preuve d'un grand zèle dans la prière et dans la lutte contre les passions, et connaissent, au cours de ce laborieux effort ascétique, au milieu de leur voie, une grande effusion de la grâce ; passant le reste de leur vie dans un effort encore plus grand, ils atteignent un haut degré de perfection.

La troisième catégorie est la plus rare. C'est celle des hommes qui, par leur ferveur, ou plutôt grâce à la prescience de Dieu, reçoivent dès le début de leur voie ascétique une grande grâce, la grâce des parfaits. Leur voie est la plus difficile, car personne, en effet - pour autant qu'on puisse en juger d'après les vies et les œuvres des saints Pères, d'après la tradition orale des ascètes des siècles derniers et encore en se basant sur l'expérience de nos contemporains - personne ne peut garder en plénitude le don de l'amour divin, mais ensuite, pour une période prolongée, l'homme subit la perte de la grâce et l'abandon de Dieu. En réalité, ce n'est pas une complète perte de la grâce, mais subjectivement l'âme ressent la diminution des effets de la grâce comme un abandon de Dieu. 

Les ascètes de cette dernière catégorie souffrent plus que tous les autres, car, après avoir connu la grâce et la contemplation de la lumière divine, ils ressentent les ténèbres de l'abandon de Dieu et les attaques des passions, en raison même du contraste avec ce qu'ils ont vécu auparavant, d'une manière incomparablement plus aiguë : ils savent ce qu'ils ont perdu. En outre, la grâce vécue transforme l'homme tout entier et le rend infiniment plus sensible à tout phénomène spirituel. 

Les ascètes de cette dernière catégorie souffrent plus que tous les autres, car, dans ce monde-ci, l'amour du Christ est plongé dans une très douloureuse « fournaise de l'épreuve » (I P 4,12); car, dans ce monde-ci, l'amour du Christ est inévitablement un amour crucifié.

Tiré de « Starets Silouane », Archimandrite Sophrony

http://www.silouane.info/silouane.htm

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 22:40

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Si tu portes la croix de bon cœur, c’est elle qui te portera et te conduira à la fin désirée, c’est-à-dire là où tu cesseras de souffrir ; mais ce ne sera pas ici-bas.

Si tu la portes à contrecœur, tu t’en fais un fardeau et tu la rends plus lourde, et pourtant il faudra quand même la porter.

Si tu rejettes une croix, tu en trouveras certainement une autre peut-être plus pesante. 

Crois-tu échapper à ce qu'aucun homme n’a pu éviter ? Qui parmi les saints a été sans croix et sans tribulation dans ce monde ?

Jésus Christ lui-même, notre Seigneur, n’a pas été une seule heure dans toute sa vie sans peine et sans douleur. « Ne fallait-il pas que le Christ endure ces souffrances, qu’il ressuscite d’entre les morts pour entrer dans sa gloire ? »  (Lc 24,46s)

Comment donc peux-tu chercher une autre voie que cette voie royale de la sainte croix ?... 

Cependant, celui qui est affligé par tant de peines n’est pas sans une consolation qui les adoucisse, car il sent croître les fruits de sa patience à supporter sa croix.

Car, lorsqu’il la porte de bon cœur, tout son poids se change en douce confiance qui lui redonne courage…

Cela n’est pas l’effet de la vertu de l’homme mais de la grâce du Christ qui est assez puissante pour transformer une chair fragile au point que ce qu’elle redoute et fuit instinctivement, elle l’embrasse et l’aime dans la ferveur de l’esprit. 

Il n’est pas dans la nature de l’homme de porter la croix, d’aimer la croix…; si tu ne comptes que sur toi-même, tu ne pourras rien faire de tel.

Mais si tu mets ta confiance dans le Seigneur, la force te sera donnée d’en haut, et tu auras pouvoir sur la chair et le monde.

Et tu ne craindras pas même le démon, notre ennemi, si tu es armé par la foi et marqué par la croix de Jésus Christ. 

L'Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle 

Livre II, ch. 12 

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