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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 22:33
Selon la doctrine officielle de l'Eglise catholique, il n'y a que l'âme qui survit après la mort biologique, une âme qui doit attendre l'Avènement ultime de Jésus à la fin des temps, pour retrouver son corps. Ce scénario n'est pas très cohérent avec les manifestations du Christ pascal, ni même avec l'ensemble de l'anthropologie biblique. On peut se demander si le christianisme ne s'est pas laissé un peu contaminer par le « dualisme platonicien » pour qui l'âme est une entité spirituelle, autonome, prisonnière du corps.

Nous avons vu que, selon la tradition biblique (comme chez saint Paul), la structure de l'homme est ternaire. Il y a le corps, l'âme et l'esprit. Le corps et l'âme sont les deux éléments indissociables qui constituent ensemble l'homme vivant, la personne humaine. Le mot « chair » pour un Sémite est plus qu'un « morceau de viande », mais désigne justement la totalité de l'être humain dans sa condition limitée et mortelle.

L'évangile de Jean ne dit pas que le Verbe s'est fait corps ou âme, mais qu'il s'est fait «chair» c'est-à-dire homme (Jn 1, 14).

La foi chrétienne n'a donc rien à voir avec le dualisme platonicien ou cartésien, selon lequel notre corps ne serait qu'une enveloppe, ou une usine biochimique, autonome, sans aucun lien avec l'âme. Aristote, et plus tard saint Thomas d'Aquin, ont décrit l'« âme » comme la «forme», l'énergie qui informe, structure la matière de notre corps. Quant le Credo dit : « Je crois en la résurrection de la chair », il signifie : «Je crois en la résurrection de la personne.»

Selon l'anthropologie biblique, le troisième élément constitutif de notre être-homme est l'esprit (ruah), entité spirituelle qui est le Souffle de Dieu qui anime notre âme - l'âme de notre âme - et qui nous permet d'entrer en relation avec lui. Principe spirituel et immortel.

Ces différents éléments qui structurent l'homme, le corps, l'âme et l'esprit, ne sont pas trois pièces de mécano, mais trois réalités qui se compénètrent pour former indissociablement l'homme vivant.

La manifestation pascale du Christ, incarné et ressuscité, confirme que la permanence d'un corps est constitutif de l'être-homme.

Cela dit le corps du Christ ressuscité n'est pas la simple projection dans l'au-delà de son corps biologique.

Michel Hubaut
Du corps mortel au corps de lumière
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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 22:30
Le grand bibliste Jacques Cazeaux m'a fait prendre conscience de cette résonance troublante : avant son Ascension, Jésus passe quarante jours avec ses disciples, exactement comme avant sa prédication il passe quarante jours au désert.

Quoi de plus opposé, pourtant, que la Résurrection et le désert ? Ici, la source jaillissante ; là, le sable desséchant. Ici, la Victoire ; là, la Tentation.

Or, justement, si par ce nombre saint Luc les met en parallèle et les rapproche de cet autre passage où Moïse reçoit la Torah tandis que les Hébreux fabriquent le Veau d'or, n'est-ce pas pour nous rappeler qu'il y a une tentation de la résurrection ?


Ce que nous signifie la parole de Jésus à Marie-Madeleine : « Ne me retiens pas ! »

La présence visible du Ressuscité ici-bas serait pour nous un péril. Elle servirait nos désirs d'évasion. Elle nous laisserait dans un éblouissement passif, oublieux des choses de la terre, dédaigneux de la misère du prochain, voués à des prosternements d'esclave devant la merveilleuse toute-puissance. Car le démon aussi se prosterne, comme le montre la scène du « démoniaque gérasénien ».

Ainsi, Jésus monte au ciel non pour nous abandonner, mais pour nous préserver d'une soumission servile. Il ménage l'espace d'une réponse amoureuse. Il fait cette pénombre nécessaire à la chambre nuptiale.

 

 Fabrice Hadjaj
Panorama Avril 2009
 
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 22:27
[...] non loin de la chapelle, le cirque Zavatta. J'en visitai la ménagerie en compagnie du frère Augustin juste avant d'aller faire cours sur le relativisme. Nous contemplions les chevaux sculpturaux et splen-dides, les chameaux résumant en eux les dunes du désert, les lions assoupis semblables à des sages tibétains, les éléphants balançant leur trompe comme un métronome, les autruches qui avaient l'air d'un montage ridicule avec leurs longs cils de coquettes au bout de ce tuyau ondulant planté dans une énorme boule de plumes noires...

« Quand je vois tous ces animaux, dis-je au frère, je songe à la fantaisie du Créateur. Comme il a dû jubiler en faisant tout cela. Il vit que cela était bon, oui, d'une bonté poétique où l'on voit la
liberté d'un génie suprême, l'amour dans l'invention, l'humour dans la construction rigoureuse... »

Or, Augustin compléta par cette remarque profonde : « C'est le même Dieu qui a fait ces animaux et donné ses commandements. Il faut donc voir dans le Décalogue au moins autant de liberté, autant de fantaisie que dans la stupéfiante variété de la faune et de la flore. Ces commandements, vous me direz, sont en petit nombre, ils semblent nous limiter. En vérité, ce sont des principes générateurs, des moyens d'empêcher que s'installe l'uniformité du mal. »


Devant moi, l'autruche faisait monter et descendre sa grosse tête qui, comme la Daisy de Disney, alliait le canard et la coquette et déployait tout le sens argotique de l'expression « poule de luxe ». Et je me dis : « C'est vrai : "Tu ne commettras pas d'adultère", quoi de plus original ? "Tu ne tueras pas", quoi de plus favorable à la diversité ? "Tu ne feras pas d'ouvrage le septième jour", quoi de plus moteur pour la gratuité de la joie ? »

 

Fabrice Hadjadj
Panorama Avril 2009
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