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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 09:47
Et si on s'arrêtait un peu, quelques minutes par jour, pour goûter le silence, s'asseoir " simplement et sans affaire " comme disent les maîtres zen, pour se retrouver, goûter le " non-agir ", apprécier le moment présent… ? Attention, ce n'est pas un rituel spiritualiste ou une invitation à rejoindre une association bizarre. C'est de médecine qu'on parle. De santé.

Le professeur Jon Kabat-Zinn traite le stress, notamment celui des patients des hôpitaux, depuis trente ans avec des techniques de méditation fondées sur la prise de conscience du souffle et des sens. Quand on lui fait remarquer que cette méthode pourrait aussi aider les personnes souffrant de déficit d'attention, il sourit et remarque doucement : " Mais mon Dieu, c'est la société tout entière qui souffre d'un déficit d'attention ces temps-ci. "

Ce professeur de médecine à l'université du Massachusetts enseigne la méditation mais il est tout sauf un gourou à la mode. De passage à Paris, où il présente la traduction d'un de ses livres majeurs (L'Eveil des sens, Ed. des Arènes, 450 p., 27 €), il reconnaît même détester les recettes new age. Diplômé du MIT en biologie moléculaire, il a étudié à fond, scientifiquement, les effets des diverses voies de méditation (yoga, tibétaine, zen…) avant de lancer sa fameuse Clinique de réduction du stress en 1979.

" Quand je me revois alors, je me dis : “Mais c'était quoi, le stress, dans ces années-là ?” En comparaison avec ce que nous vivons actuellement, plongés dans le monde numérique qui nous sollicite en permanence et nous oblige à être multitâche, ce n'était rien ! Aujourd'hui, face au progrès digital, nous ne voyons plus les fondamentaux de la vie, nous faisons des listes, nous répondons à nos courriels, nous avons peur de ne pas pouvoir tout faire, nous avons du mal à fixer notre attention plus de cinq minutes… Drogués du numérique nous agissons, faisons, défaisons… Nous ne sommes plus des “êtres” humains mais des “faires” humains ! "

Jon Kabat-Zinn enseigne cela sans relâche depuis trente ans. Il intervient aussi bien dans les séminaires d'entreprise que devant les congrès médicaux, il aide les équipes olympiques ou les soldats de retour d'Irak ; et, sans se lasser, il répète ce " presque rien " (selon son expression) : nous pourrions aller mieux si chaque jour nous méditions un moment, pour nous accorder, nous mettre dans le ton. Il répète qu'il est urgent d'apprendre à nous servir d'autre chose que de notre capacité à penser, pour découvrir la conscience, la pleine conscience. Il apprend même " l'ici et maintenant " à des managers qui sont partout à la fois et sans cesse en avance d'un coup (à voir sur Internet la vidéo surprenante de sa conférence devant les salariés de Google). On découvre avec lui qu'au-delà de nos cinq sens, l'esprit est un sens. Et qu'il est bon de vivre chaque instant à fond. Bref, des choses simples mais essentielles que la vie moderne efface un peu plus chaque jour.

Médecin avant tout, le professeur Kabat-Zinn a une vision assez médicale des problèmes de nos sociétés, de leurs maladies ; il tient des propos durs sur son pays dans les années Bush. Mais c'est surtout aux individus malades qu'il s'adresse ; ainsi qu'à nous tous stressés de la vie. Le genre de traitement qu'il préconise est simple et peu coûteux ; pourtant, dans ce domaine, la France, enfermée dans ses certitudes et son déficit de la Sécu, est loin derrière l'Allemagne et la Scandinavie. Elle a au moins vingt ans de retard dans l'étude et l'application de ces techniques de réhabilitation. Voilà une autre information à méditer. Au calme.


Didier Pourquery
Et si nous prenions le temps de méditer
Article paru dans l'édition du 20.06.09 LE MONDE 2
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/19/et-si-nous-prenions-le-temps-de-mediter-par-didier-pourquery_1209129_3232.html

Jon Kabat-Zinn, né le 5 juin 1944, est un professeur émérite de médecine. Il a fondé et il dirige la Clinique de Réduction du Stress (Stress Reduction Clinic) et le centre pour la pleine conscience en médecine (Center for Mindfulness in Medicine, Health Care, and Society) de l'université médicale du Massachusetts. Il enseigne la « méditation de la pleine conscience » (mindfulness meditation) comme une technique destinée à aider les gens à surmonter leur stress, leur anxiété, leur douleur et leur maladie. Il est membre du conseil d'administration du Mind and Life Institute, qui a pour but de promouvoir un dialogue entre la science et le bouddhisme.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jon_Kabat-Zinn

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 09:24
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 22:07
Ce que nous léguera la période que nous traversons, nous n'en savons rien. Nous ne savons même pas quand nous pourrons faire le bilan de cette maladie de langueur. Plus tard, les historiens lui donneront un nom. Tant que nous ne connaissons pas la « fin du film », nous ne pouvons nous livrer qu'à des conjectures sans vérification. Ou à des espoirs !

Que de tout ces maux naisse un bien. Voilà le sou­hait à la réalisation duquel une volonté partagée pourrait s'atte­ler. Qu'il y ait, demain, des types de comportements, des gaspilla­ges, des illusions, des réflexes qui n'aient plus court. Que demain, et pour longtemps, l'humanité n'éprouve plus les efFets néfastes de cette âpreté au gain, de cette fiè­vre du court terme qui ont donné le coup de grâce à la croissance.

Que la raison l'emporte durable­ment sur la déraison, et que les profiteurs, les chantres de l'inéga­lité, les illusionnistes, les goinfres en un mot, cessent de chercher à assouvir leurs appétits. Et, aussi, cessent de nous faire croire qu'il y a un ordre dans le désordre de l'in­justice, une organisation dans la jungle, une légitimité sacrée dans le « marché », une fatalité natu­relle dans les inégalités.

Si, demain, tout cela est caduc, nous pourrons dire : nous avons retrouvé le chemin de la sagesse. Et que de la crise sera sortie une civilisation ayant repris ses esprits. Ajusté d'une autre façon la hiérarchie de ses « valeurs », remis à leur juste place le goût du lucre, abandonné la tolérance pour les obscénités de l'égoïsme et rendu la société plus sobre et plus soudée. Le jour où nous constaterons cela, on pourra dire que nous avons vécu une mue de la civilisation. Qu'un vieux monde aura péri pour en enfanter un autre. Oui, vivement la sortie, si elle débouche sur cela !             
 

BRUNO FRAPPAT
Panorama Juin 2009
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