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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 22:55
YON. Autour de l'icône de saint Irénée : Archiprêtre Michel de Castelbajac (4e à partir de la gauche). On reconnaît Père Quentin, son fils (2e à partir de la gauche). Et aussi Mgr Séraphim de bienheureuse mémoire, ainsi que P. Syméon (à l'extrême droite), aujourd'hui archevêque Michel de Meudon. Et aussi P. Benjamin, les protodiacres Germain et  Serge...

YON. Autour de l'icône de saint Irénée : Archiprêtre Michel de Castelbajac (4e à partir de la gauche). On reconnaît Père Quentin, son fils (2e à partir de la gauche). Et aussi Mgr Séraphim de bienheureuse mémoire, ainsi que P. Syméon (à l'extrême droite), aujourd'hui archevêque Michel de Meudon. Et aussi P. Benjamin, les protodiacres Germain et Serge...

En arrivant à l’église Saint Jean le Russe à Lyon, on remarque tout de suite le prêtre d’un certain âge qui prie dans le sanctuaire en français. La voix est faible, mais son intonation chavire le cœur…

 

Michel de Castelbajac est né en 1928. Après des études à Sciences Po et à l’institut de Théologie de Saint Denis, il a travaillé au Ministère des Affaires Etrangères, puis dirigé une usine de production de cristal. Il fut ordonné prêtre en 1964 par saint Jean (Maximovitch), archevêque de Shanghaï et de San-Francisco. Il a joué un rôle très important à la paroisse de Meudon lorsqu'il y célébrait. À cette époque, il organisait des conférences dans le cadre de la paroisse qui ont beaucoup marqué toute une génération de jeunes, et de moins jeunes. En 2008, le Saint-Synode de cette Église lui accorda de porter la mitre, en reconnaissance pour ses labeurs pastoraux, distinction que lui remit l’archevêque Michel de Genève et d’Europe occidentale. Le 6 juillet 2019 naissance au ciel de l'archiprêtre Michel de Castelbajac.

Un aristocrate français parle de sa paroisse orthodoxe.

Il faut sans doute que je vous parle un peu de ma vie. Jusqu’à l’âge de dix-sept ans, j’ai vécu en Gascogne où mon père possédait quelques terres dont il avait hérité.

Nous travaillions nous-même aux champs. Je ne me souviens guère de vacances scolaires que je n’aurais passées entre les haricots et les tomates.

Ma famille était de tradition catholique, et l’on nous avait appris dès l’enfance à dire : « Que Dieu vous bénisse » en guise de salutation. Cela étant, si j’aimais beaucoup l’Église, je ne peux vraiment pas dire que j’étais un adolescent idéal et pieux.

Je sortais la nuit, volais l’argent de mes parents pour m’acheter des albums d’art, dont je voulais faire ma profession. Pourtant mon père avait d’autres projets. Il rêvait pour moi d’une carrière de haut fonctionnaire ou d’homme d’affaires.

On chercha d’abord à me placer dans un collège de Jésuites où il y avait des cours de commerce, et ensuite, comme cela n’avait pas marché, à Sciences Po. Je me souviens du jour où je dus quitter ma Gascogne ensoleillée pour le brouillard parisien.

Je n’avais aucune envie de cette vie de fonctionnaire dont rêvait mon père. Je devins quand même diplomate et travaillai au Ministère des Affaires Etrangères.

A la même époque, j’épousai Christine, mère de mes quatre enfants. Je continuai de fréquenter l’église catholique, mais ma relation à la foi me conduisit à rompre avec l’Eglise Romaine.

Tous mes efforts pour comprendre ce qui m’arrivait se heurtaient à de l’incompréhension, on me traitait de protestant. Personne ne comprenait la profondeur de mon tourment. Tout cela se termina par ma rupture, si douloureuse pour mes proches et moi, avec le catholicisme.

Beaucoup dans ma famille ne comprirent pas combien cette démarche était difficile pour moi. Je fus véritablement proscrit tant de ma famille que de celle de mon épouse.

Avec cela, il se passait dans mon âme quelque chose d’incroyable ; je me retrouvai seul, ayant perdu la foi, et commençai à m’agiter à la recherche de quelque chose de nouveau.

A cette époque, à Paris, René Guenon était très populaire : catholique d’origine, il était devenu l’apologiste de la philosophie orientale en Europe. Sous son influence, je me passionnai pour la mystique musulmane et j’allai chez les soufis. Leur enseignement sur la prière du cœur m’attirait.

Toutefois, malgré mon assiduité, mon cœur restait vide. Je me rendis alors dans un ashram de Vishnu, que je fréquentai régulièrement pendant un an. Je lus la Bhagavad Gîta, me liai avec un gourou qui m’introduit petit à petit à l’organisation de cette communauté.

Pourtant, ne trouvant pas les réponses à mes questions spirituelles, je les quittai. J’étudiai la philosophie chinoise Dao, je lus différents livres…

Comme vous le voyez, mon chemin fut véritablement compliqué. J’essayais une quantité d’enseignements, mais ma soif spirituelle demeurait inassouvie...

Un jour, un ami très proche tomba malade. Lorsque je lui rendis visite, il me demanda s’il y avait une vie après la mort, et dit : « Michel, j’ai peur de mourir. Je ne vais pas à l’église, mais toi… Tu es croyant, parle-moi de Dieu. »

J’étais arrivé chez lui à dix heures du matin et ne partis qu’après le déjeuner. Tout ce temps-là nous parlâmes de la foi.

Toutefois, à la fin, il me fallut reconnaître que je ne pouvais l’aider en rien : «Pardonne-moi, dis-je, mais je n’ai pas réussi à trouver mon Eglise. Je l’ai cherchée trois ans et ne l’ai pas trouvée…».

Il était allongé sur un lit dans une pièce immense, longue et sombre. J’étais tellement absorbé par notre conversation que je n’ai même pas remarqué que quelqu’un d’autre était présent à ce moment là.

Or, à la station de bus, on me toucha l’épaule : «Cette Église existe, - me dit soudain une personne inconnue -, excusez-moi, j’ai entendu malgré moi votre conversation alors que je me trouvais au fond de la pièce. Je suis croyant et ce que vous avez dit m’a touché. Je peux vous conduire à l’Église que vous cherchez»…

Nous échangeâmes nos coordonnées et partîmes chacun dans une direction. Deux mois plus tard, on frappa à la porte. Je me souviens que Marie-Lise, notre fille de deux ans, qui commençait à peine à parler, s’écria soudain : « C’est l’ami de papa ! ».

En vérité, cette personne faisait pour moi ce que pouvait faire seul un véritable ami.

C’était la fameuse personne de la station de bus, Spiridon Brettos, un Grec. Il me dit : «Il y a un prêtre russe à l’église orthodoxe française du boulevard Blanqui, dans le 13e. Je pense que vous devriez le rencontrer».

Je me rendis à la liturgie orthodoxe et restai pour toujours dans cette Église. Du premier coup, sans hésitation aucune. Je trouvai ici, enfin, ce que je cherchais depuis si longtemps. La vraie vie.

Un office qui donne l’impression d’être au paradis. La communion au Christ... Aujourd’hui encore, je pleure parfois de bonheur d’appartenir à cette Eglise. La route qui m’a menée ici fut par trop difficile…

— Vous employez les mots que l’on aime citer dans les manuels d’histoire. Les ambassadeurs du prince Vladimir, après avoir assisté à l’office à Constantinople, dirent, eux aussi, qu’ils ne savaient pas s’ils étaient sur terre où dans les cieux…

Cela est difficile à comprendre pour celui qui est né et a grandi dans la tradition orthodoxe. L’Eglise Orthodoxe est un lieu où l’on sent de manière particulièrement forte la réalité dans laquelle Dieu s’est fait homme.

Les orthodoxes ont une relation vivante avec l’Eglise, ils vivent en Elle. Et lorsque l’on rencontre des gens dont le regard est illuminé par la foi dans le Christ, on a envie de les suivre, de leur parler, de leur demander de parler d’eux-mêmes.

Lors de la liturgie, cette impression de communier avec Dieu est particulièrement forte…

— Vous êtes toujours coupé de vos proches catholiques ?

Heureusement, aujourd’hui tout cela s’est plus ou moins apaisé. Nous avons appris à éviter les sujets de discorde et rétabli la communication.

Je suis allé il y a très peu de temps à une fête organisée en l’honneur du millénaire de la famille Castelbajac, lors de laquelle se sont réunis les représentants de cette immense famille de différents coins de France.

Hélas, beaucoup de mes proches ne sont déjà plus de ce monde. Cela dit, je suis très heureux que tout ait changé pour le mieux.

— Vous ne vous êtes pas seulement converti, mais êtes devenu prêtre orthodoxe. Cela a-t-il été difficile ?

Très. Je le compris presque immédiatement. Il me fallut, pour étudier la théologie, abandonner ma carrière au ministère des Affaires Étrangères et travailler comme gardien de nuit.

Je fus ainsi confronté au dilemme typique des hommes croyants : comment à la fois servir l’Église et satisfaire aux besoins de la famille. En effet, je ne devais pas seulement m’occuper de ma propre instruction. J’avais une femme et quatre enfants dont j’étais responsable.

A un moment, nous n’avions même pas d’argent pour acheter des médicaments pour notre enfant. Il fallut réfléchir à un moyen d’arrondir nos fins de mois…

Lorsque je vois des prêtres qui ne font que servir l’Église, comme beaucoup dans votre pays, je les envie. Je ne pus me consacrer pleinement aux affaires religieuses qu’une fois que mes enfants eurent grandi, lorsque je partis à la retraite, à soixante ans.

Jusque là, j’avais été président d’une usine de production de cristal en banlieue parisienne, et secrétaire de préfet. Je travaillais comme fonctionnaire cinq jours par semaine, et le dimanche j’entrais dans le sanctuaire pour célébrer la liturgie.

Voila ce qui fut vraiment difficile : me trouver à la fois dans deux états totalement différents. Un jour je fus tellement fatigué qu’arrivé à l’église pour Pâques, je me changeai et tombai évanoui. Il y eut cependant des problèmes plus graves.

— Par exemple ?

Par exemple, alors que j’étais prêtre depuis longtemps, je continuai de ne pas avoir un regard suffisamment « orthodoxe ».

Dans les premières années de mon sacerdoce je me vis obligé de demander à l’une de nos paroissiennes d’aller se confesser à un autre prêtre. En fait, elle me parlait de ses difficultés et attendait de moi des conseils, et de mon côté je ne voyais pas où se trouvait le problème et ne pouvais l’apaiser.

Il y a des choses qui sont vraiment importantes pour la vie d’une personne et sa croissance spirituelle, mais les comprendre, apprendre à les reconnaître est assez difficile.

A l’époque je ne savais pas les discerner, je n’avais pas suffisamment d’expérience.

L’orthodoxie donne vraiment un regard nouveau, elle permet de distinguer les vrais problèmes des faux. Mais pour cela il faut s’en imprégner, apprendre à percevoir le monde à travers son prisme.

— Quel est le rapport de vos enfants à l’Église orthodoxe ?

Mes aînés sont restés laïcs. Mon fils Jean-Guillaume dirige une agence d’architecture à Paris, et ma fille aînée Marie-Lise est restauratrice.

En revanche, les cadets ont liés directement leur vie au service de l’Église.

Quentin est prêtre à la paroisse Saint Jean le Russe à Lyon et ma fille Catherine est moniale dans un monastère grec.

Après sa scolarité elle fit des études de langues et travailla à la Bibliothèque Nationale de Paris, où elle était spécialise des manuscrits grecs anciens.

Un jour on l’envoya en Grèce, à Salonique. Là, Catherine passa quelques jours au monastère. Ce fut suffisant pour qu’elle fasse le choix le plus important de sa vie.

Au bout de quelque temps elle prit l’habit monastique.
Mon fils est prêtre, et ma fille moniale. Pour des parents pieux, il n’est pas de joie plus grande !

Néanmoins, ce choix nous fit souffrir, mon épouse et moi-même.

Le couvent grec dans lequel vit Catherine est connu pour sa règle stricte. Les premiers jours de carême, les moniales ne mangent absolument rien, elles ont de multiples services, le monastère lui-même est pauvre et ascétique, il n’y a aucun confort : par exemple, il faut descendre la montagne en chariot pour aller chercher l’eau.

La première année nous n’eûmes aucune nouvelle de notre fille, nous n’avions pas même le droit de lui écrire.

Aujourd’hui je peux la voir, je lui parle au téléphone. Je suis allé récemment en Grèce, où j’ai rendu visite à Sérafima - c’est le nom qu’elle a reçu lors de son entrée au couvent.

Elle est très gaie, son visage est jeune et rayonnant. Toutes les moniales sont rayonnantes de joie. Ma fille y vit depuis plus de vingt ans et ne vieillit pas du tout.

L’orthodoxie russe dans les yeux d’un Français

— Père Michel, on dit en Russie que la société occidentale est dominée par une conscience laïque. Est-ce vrai ? Pourriez-vous qualifier votre pays de catholique ?

Non. Hélas, la France est véritablement un pays athée. L’Église ici n’a aucune influence. C’est justement pour cela que se développent ici des religions qui ne sont pas traditionnelles pour les Français.

Le chemin que j’ai parcouru est aujourd’hui assez typique. Il témoigne de la crise que traverse notre société.

Vous savez, j’ai beaucoup appris dans mon enfance en travaillant dans les champs. Il est écrit dans la Bible que Dieu maudit Adam en lui disant que l’homme gagnera son pain à la sueur de son front.

Mais pour celui qui a appris à apprécier son labeur cela devient une bénédiction. Par cette sueur l’homme se rapproche de Dieu.

Si l’homme ne pense qu’au moyen de gagner plus, il devient malheureux. Ces pensées nourrissent l’orgueil et l’égoïsme, et plus il y a d’égoïsme, plus l’homme est malheureux. A cause de lui nous croupissons dans notre solitude.

Les gens sont seuls dans la foule, seuls dans la vie. Ils ne font pas confiance à l’Église catholique, et en même temps ils ont un extrême besoin d’être soutenus. Aussi, ils se mettent à chercher ce qui pourrait les consoler, comme je le fis moi-même.

En outre, nombreux sont ceux qui, en « vol libre », passent d’une religion à l’autre, sans trouver la vraie voie. C’est pourquoi, me semble-t-il, la tâche principale des Russes qui vivent aujourd’hui en France est de confesser l’orthodoxie.

Ce sont vraiment vos compatriotes qui peuvent partager aux autres leur foi salvatrice.

Il y a quarante ans, lorsque je me convertis, c’était une autre époque. Mes proches ne savaient pas ce que signifiaient le mot « Orthodoxie », mon père pensait que c’était un groupe de musique.

Mais aujourd’hui n’importe quel Français qui s’intéresse à la religion est parfaitement informé de l’existence de l’Église orthodoxe.

Beaucoup veulent en savoir plus sur elle. S’ils sont rares à fréquenter les églises orthodoxes, c’est, permettez-moi, la faute des Russes. Ils font de l’Orthodoxie leur propriété nationale, et n’accueillent pas volontiers les étrangers.

Je me souviens qu’un jour, ma fille arriva dans un monastère orthodoxe. Quelqu’un, l’ayant entendu parler, lui demanda : « Pourquoi êtes-vous ici ? Vous êtes pourtant Française ! ». Le pauvre fut bien réprimandé par l’ami russe qui accompagnait ma fille…

L’orthodoxie est une religion universelle, qui existe pour tout homme sur terre. Refuser à quelqu’un d’être orthodoxe à cause de sa nationalité est un péché.

Le Christ est le même pour tous. Il nous unit. Dans ce sens, il n’y a pas, dans l’Eglise, de nationalité.

— Et vous, qu’est-ce qui vous relie personnellement à la Russie et comment la voyez-vous aujourd’hui ?

Vous savez, notre famille est liée à l’histoire de votre pays. Il suffit de dire que l’un de mes ancêtres fut le seul étranger qui reçut la Croix de Saint André des mains mêmes du tsar.

Monsieur de Castelbajac était ambassadeur de France en Russie peu de temps avant la guerre de Crimée des années 1853-56. Il fit tout son possible pour éviter ce conflit, écrivit au gouvernement, tentant de montrer que déclarer la guerre à la Russie était un crime.

Un beau jour il fut convoqué auprès de l’empereur Nicolas 1er. Le souverain lui dit : « La guerre aura lieu de toute façon, nous ne pouvons l’éviter. Mais je veux vous récompenser personnellement »…

La Russie me semble un pays fantastique ! Un exemple étonnant de ce que le Seigneur éprouve ceux qu’il aime.

Comme dans le proverbe : « seul un vrai père bat son fils ». Car Dieu n’éprouve pas pour se venger ni inspirer la crainte. C’est une façon d’éduquer, de nous arrêter ou nous enseigner, nous les hommes.

Ainsi toutes les difficultés et tragédies auxquelles la Russie a été et sera confrontée confirment que vous vivez dans un pays élu de Dieu.

Regardez le vingtième siècle en Russie. Les guerres sanglantes et les révolutions, le pouvoir athée et les persécutions de l’Église ont donné au monde une foule de nouveaux saints. C’est justement grâce à leurs prières que la Russie est libre aujourd’hui.

("FOMA" Tatiana MASSE Traduction: Myriam Odaysky)

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 22:55

Icône des saints médecins anargyres

 Une nouvelle race de médecins roumains veut placer la foi au cœur de sapratique, alarmant ceux qui croient que religion et médecine ne font pas bon ménage.

Le cardiologue Ciprian Fisca a à peine dormi pendant son quart de travail de la nuit dernière, et son prochain labeur commence tôt demain matin.

Mais en ce moment, huit heures avant son retour à l'hôpital, il n'y a pas d'autre endroit où il préférerait être que dans la cuisine d'une retraite religieuse, au cœur de la Transylvanie rurale, en train de peler des raiforts.

Le jeune homme de 27 ans se porte volontaire comme cuisinier dans la retraite isolée de Saint Jean l'Evangéliste, pour aider les prêtres à préparer le repas de demain. Parmi le petit groupe qui participe à la restauration, il y a une étudiante en pharmacie et la jeune sœur de Ciprian, qui espère étudier la médecine elle-même.

Le lieu de retraite se compose d'une modeste église entourée de bâtiments d'aspect moderne actuellement en construction, dont une cantine, un centre de conférences et des installations d'hébergement.

La transformation de ce site éloigné laisse entrevoir la renaissance de l'Église orthodoxe roumaine, qui a fait preuve d'une grande force après un demi-siècle de dictature communiste.

Autrefois associée aux personnes âgées et aux ruraux pauvres, l'Église attire aujourd'hui dans les villes des jeunes instruits, y compris un grand nombre de médecins et d'étudiants en médecine.

Photo de groupe prise au camp médical d'Oasa.

Pour une nouvelle génération de médecins roumains dévoués, la foi n'est pas seulement une affaire privée - elle concerne aussi leur travail. "Si vous êtes médecin, Dieu doit être le chef de votre service, dit Ciprian.

L'Église promeut un type de pratique médicale qui combine des enseignements séculaires avec sa position sur les questions contemporaines du style de vie, de la morale et de sexualité.

Les médecins qui suivent cette forme de "médecine chrétienne" approuvent généralement les bienfaits apparents pour la santé de la prière et du jeûne, préconisés par l'Église [...]

Cela a alarmé de nombreux membres de la profession médicale qui croient que la religion et la médecine ne devraient pas se mélanger.

Ces critiques considèrent que l'opposition de l'Église à l'avortement et à la contraception est incompatible avec l'éthique médicale moderne, et ils se méfient de son enthousiasme pour des thérapies alternatives ou relativement peu éprouvées comme la prière et le jeûne.

Gabriel Diaconu, psychiatre et commentateur pour Viata Medicala, le journal médical le plus lu en Roumanie, affirme que si les médecins ont le droit d'être religieux, la foi doit être exclue de leur pratique.

"Il y a des médecins qui jouent pour des orchestres classiques pendant leur temps libre, mais ils n'apportent pas leur violoncelle dans la salle d'opération", dit-il.

La foi et la nation roumaine

La retraite de Saint Jean l'Evangéliste est gérée par les moines du monastère d'Oasa, en haut dans les Carpates.

Depuis plus d'une décennie, les moines organisent des camps d'été annuels pour les jeunes Roumains pieux qui cherchent à mieux comprendre leur foi et à goûter à la vie monastique.

Après avoir commencé par un ou deux camps, les moines organisent aujourd'hui une dizaine d'événements de ce type chaque année, accueillant plus d'un millier d'invités, âgés de 18 à 30 ans.

Cette année, pour la première fois, les moines ont accueilli un camp exclusivement réservé aux médecins et aux étudiants en médecine.

Ciprian était l'un des 170 invités. Aimable et bien barbu, il porte un chapelet à son poignet et a longtemps renoncé à regarder la télévision pour se consacrer à la médecine et au bénévolat. Il décrit Oasa comme "son lieu de naissance spirituel".

Une journée moyenne au camp commence et se termine par un office religieux. Une partie du programme est consacrée à des conférences sur des thèmes religieux et à des cours de musique biblique et de chant patriotique.

Les invités peuvent également se voir confier des tâches telles que couper du bois et nettoyer les toilettes. Les repas sont frugaux et la conversation à l'heure des repas est découragée.

Il n'y a pas de télévision ni d'Internet, et l'utilisation de téléphones portables est pratiquement impossible, étant donné la faible couverture. A 21h30, les lumières sont éteintes. Les hôtes dorment dans des dortoirs aux sexe séparés.

Oasa semble bien loin des bouleversements politiques et économiques quotidiens de la Roumanie. Les matins d'été, l'air frais des montagnes sent le pin et l'herbe fraîchement tondue. Si la Troisième Guerre mondiale éclatait, les nouvelles arriveraient probablement ici en dernier.

La proposition d'un camp pour médecins et étudiants en médecine a été avancée par Teodora Span, une femme distinguée d'une vingtaine d'années de la ville de Sibiu.

Elle a eu cette idée après avoir remarqué combien d'invités aux camps d'été réguliers étaient des étudiants en médecine, comme elle.

Bien que son père soit prêtre, Teodora dit qu'elle ne se considérait pas comme une chrétienne dévouée jusqu'à ce qu'elle commence à visiter Oasa quand elle était adolescente et qu'elle " commence à penser sérieusement à la foi et la nation roumaine."

Au monastère, elle conduit les invités aux répétitions de chants patriotiques, démontrant un don pour le chant.

"Les systèmes scolaires te lavent le cerveau"

Le programme du camp des étudiants en médecine comprenait un atelier sur les techniques de premiers soins, ainsi que des conférences sur l'avortement, les liens entre l'alimentation et la maladie, le mode de vie chrétien orthodoxe et l'émergence d'un " nouveau paradigme " dans le traitement du cancer.

L'orateur vedette était le Dr Pavel Chirila, médecin et entrepreneur de 71 ans, connu pour ses croyances chrétiennes conservatrices et pour sa clinique de Bucarest offrant des traitements homéopathiques - une forme de médecine alternative qui a été démystifiée par des études récentes.

Le médecin est un critique virulent du programme gouvernemental de vaccination contre la rougeole, bien qu'il ait évité d'en parler dans son exposé. Cette année, la Roumanie a connu sa pire épidémie de rougeole depuis des décennies. Quelque 10 000 personnes ont été infectées par le virus et 35 sont décédées, la plupart des nourrissons.

Chirila a donné une conférence de grande envergure, couvrant des conseils sur le mode de vie et les thérapies contre le cancer. Il a également parlé de l'homosexualité comme d'une source de nombreuses maladies, la décrivant comme une "tendance" promue par l'Occident.

Chirila est l'un des membres fondateurs de la Coalition pour la famille, une initiative civique conservatrice qui tente de modifier la constitution pour définir le mariage exclusivement comme une union entre "un homme et une femme", rendant ainsi le mariage homosexuel impossible en Roumanie.

Conférence au camp médical d'Oasa.

Un autre conférencier du camp d'Oasa, le biophysicien Virgiliu Gheorghe, s'est attaqué à l'enseignement médical général.

"Tous les systèmes scolaires sont faits pour vous laver le cerveau", a-t-il dit à l'auditoire. Dans un enregistrement audio de la conférence entendue par BIRN, Gheorghe a également parlé du jeûne comme thérapie pour des maladies comme la schizophrénie et le cancer.

L'essor de la "médecine chrétienne" est un "pas en arrière", selon le Dr Mihai Craiu, professeur de pédiatrie à l'Université médicale Carol Davilla de Bucarest.

Chrétien pratiquant lui-même, il décrit la médecine moderne comme un don de Dieu et critique l'arrogance de ceux qui préconisent des traitements fondés sur des croyances anciennes.

"Je ne pense pas qu'aucune des religions fondamentales du monde n'interdise le progrès médical ", a-t-il dit à BIRN.

M. Diaconu, psychiatre et commentateur de Viata Medicala, affirme que tous les médecins ont le droit d'exprimer leur opinion, mais qu'il n'était pas éthique de le faire sans fournir de preuves solides.

"La diffusion d'informations sans preuve médicale est contraire aux bonnes pratiques", a-t-il déclaré.

Et si les médecins ont aussi le droit de participer à des retraites spirituelles, il a dit qu'ils ne devraient pas remplacer la pratique médicale par la "pseudo-médecine".

Lors d'entretiens téléphoniques avec BIRN, Gheorghe et Chirila ont défendu leurs conférences à Oasa, se présentant comme des partisans d'une approche plus spirituelle de la médecine qui était impopulaire auprès des milieux médicaux.

M. Gheorghe a déclaré à BIRN qu'il n'avait pas plaidé en faveur du jeûne comme substitut aux traitements conventionnels du cancer tels que la chimiothérapie ou la radiothérapie. Au contraire, dit-il, le jeûne pourrait être une thérapie complémentaire, en complément de ces traitements.

Il a également rejeté toute suggestion qu'il faisait la promotion de la pseudo-science, affirmant que cette étiquette était couramment utilisée pour déprécier la recherche qui n'avait pas été approuvée par les grandes compagnies pharmaceutiques.

Chirila a également rejeté toute suggestion selon laquelle il pratiquait la pseudo-science, malgré les nombreuses études médicales récentes qui mettent en doute la valeur thérapeutique de l'homéopathie.

"C'est leur problème, pas le mien", a-t-il dit, de ses critiques.

"Je me fiche de savoir qui conteste mes méthodes. Je conteste moi-même tout médicament qui a des effets secondaires si forts qu'il tue un patient sous vos yeux."

Interrogé sur sa position sur l'homosexualité, Chirila a dit qu'il n'avait aucun "ressentiment" envers les homosexuels et les traitait avec "empathie".

Néanmoins, les opinions qu'il a exprimées dans sa conférence sont partagées par ceux qui ont participé au camp. "L'homosexualité n'est pas naturelle, dit Ciprian. "C'est anormal."

De tels points de vue ont suscité l'inquiétude dans les cercles laïques et libéraux. Si les critiques ne contestent pas le droit d'un médecin de pratiquer sa foi en privé, ils voient l'essor de la "médecine chrétienne" comme une menace pour la science et la société. Ils accusent l'Église d'essayer de promouvoir son programme conservateur par le biais de la profession médicale.

"Tant que les croyances chrétiennes des étudiants en médecine sont une affaire personnelle, ce n'est pas un problème ", dit Toma Patrascu, président de l'Association roumaine humaniste et laïque.

"Mais lorsqu'une centaine de personnes ont la même attitude au même endroit, il ne s'agit plus d'un problème personnel, mais d'un problème public. Une confédération est plus que la somme de ses parties. Elle a sa propre volonté."

Un porte-parole de l'Archiépiscopat d'Alba Iulia, qui supervise le monastère d'Oasa, a rejeté les craintes concernant l'endoctrinement des étudiants en médecine, affirmant que le camp d'été ne faisait que remplir une mission évidente.

"Nous représentons l'Eglise, donc nous promouvons les valeurs morales et culturelles bien connues de l'Eglise et du Christianisme", a déclaré le prêtre Oliviu Botoi à BIRN.

"Nous ne pourrions pas présenter une conférence sur les principes de l'athéisme, par exemple."

Il a ajouté que les jeunes avaient le droit de promouvoir "des principes enracinés non seulement dans une tradition roumaine, mais dans une tradition européenne - une tradition chrétienne".

Les incubateurs du nationalisme

La "médecine chrétienne" prend de plus en plus d'importance en Roumanie. Le domaine commande sa propre section dans les librairies et ses praticiens de premier plan font des apparitions très médiatisées dans les conférences et sur les écrans de télévision, citant la Bible pour soutenir leurs revendications sur les bienfaits thérapeutiques de la prière et du jeûne, ou pour attaquer les péchés d'avortement et d'homosexualité.

La popularité de la "médecine chrétienne" peut être considérée comme une facette locale d'une grande tendance historique - la renaissance de l'Église orthodoxe dans les pays d'Europe de l'Est qui étaient autrefois sous le régime communiste.

[...]

Développer la spiritualité d'un patient

Plusieurs anciens élèves d'Oasa ont créé des groupes de jeunes dans leur ville natale, inspirés par leur séjour au monastère.

A Sibiu, Teodora dirige maintenant un groupe qui fait du bénévolat pour les personnes âgées et organise des voyages à Oasa. Elle dit que dix des 80 membres actifs du groupe sont des étudiants en médecine.

Ciprian dirige un groupe similaire dans sa ville, Targu Mures, où 40 des 55 membres sont des étudiants en médecine.

Des groupes de ce type ont également été créés dans les villes de Timisoara et Cluj, les étudiants en médecine représentant environ un cinquième des membres.

Les facultés de médecine ne recueillent pas de données qui montrent combien de leurs étudiants sont actifs dans l'Église, et leur nombre, par rapport au total, est considéré comme assez faible.

Néanmoins, la participation au camp d'été de cette année, ainsi que la création de groupes de jeunes par les anciens d'Oasa, témoignent de l'intérêt croissant pour la "médecine chrétienne".

"Essayez d'introduire un cours de médecine chrétienne [à l'université] et vous pourriez être surpris par le grand nombre de participants ", dit Bogdan Matei, un professeur adjoint de physiologie à Bucarest.

Chrétien dévot lui-même, il affirme que la formation spirituelle d'un médecin "peut aider à développer la spiritualité du patient".

Matei lie le développement de sa foi religieuse à sa perte de confiance dans un établissement médical qu'il croit être sous l'emprise des grandes firmes pharmaceutiques.

"Je suis devenu médecin parce que je voulais guérir les gens, mais j'ai perdu cette vision romantique après six ans d'études en médecine ", dit-il. Il est également devenu désabusé par ce qu'il considère comme la négligence de l'âme par la médecine traditionnelle.

Lacunes dans le système

Les omissions et les carences de l'establishment médical roumain pourraient bien être un facteur à l'origine de l'essor de la "médecine chrétienne".

Les facultés de médecine roumaines ont été secouées par une série de scandales très médiatisés, des professeurs supérieurs étant accusés de fraude financière et d'exiger des pots-de-vin et des faveurs sexuelles à leurs étudiants.

"Les jeunes médecins se heurtent à une guilde accusée de pots-de-vin, de corruption, de crime et de vol ", explique M. Diaconu.

Depuis le début du siècle, plus de 15 000 médecins roumains ont émigré à l'étranger - un exode que l'on attribue en partie à l'image ternie de la profession. Comme certains étudiants désabusés ont émigré à l'étranger, d'autres ont demandé conseil à l'Église.

"La Roumanie n'accueille pas ses médecins, dit M. Diaconu. "Quand tu te sens rejeté et qu'un prêtre vient te dire : "J'ai cette retraite", tu pars, parce que c'est bon d'appartenir et de se sentir accueilli."

Le dogme religieux semble combler les lacunes du système éducatif en répondant aux besoins et aux questions négligés en classe.

Les médecins et les étudiants en médecine interrogés par BIRN ont déclaré que leur formation médicale avait renforcé leur foi, plutôt que de la remettre en question.

Ils disaient que la complexité de la forme humaine, telle que révélée dans les cours d'anatomie, était la preuve d'un Créateur divin - un argument commun pour l'existence de Dieu, connu comme la théorie du "dessein intelligent".

Ils estimaient également que les cours d'éthique dans les facultés de médecine ne tenaient pas compte des implications spirituelles de questions délicates comme l'avortement ou l'euthanasie.

Maria Aluas, chargée de cours en bioéthique à l'Université de médecine Iuliu Hatieganu de Cluj, l'a confirmé : "L'avortement est une question de morale et nous n'y faisons pas face."

L'avortement est un sujet particulièrement douloureux en Roumanie. Cette pratique a été interdite par le régime communiste en 1966, de même que la contraception.

Les médecins qui pratiquent des avortements sont emprisonnés et les femmes qui le souhaitent doivent recourir à des méthodes dangereuses.

Quelque 10 000 femmes en sont mortes et plus de 100 000 enfants non désirés ont été remis à des orphelinats décrépits de l'État.

L'avortement et la contraception ont été légalisés après la révolution de 1989. Toutefois, les médecins sont libres de refuser d'effectuer certaines procédures, telles que les avortements, qui sont contraires à leur moralité personnelle, comme c'est également le cas dans des pays comme le Royaume-Uni et les États-Unis.

Ciprian soutient que les médecins chrétiens ne sont pas confrontés quotidiennement à des tests de leurs croyances religieuses, car les cas d'avortement ou d'euthanasie sont rares.

Sa foi, dit-il, a une influence subtile et bienveillante sur sa pratique. Cela le rend plus consciencieux, et lorsque le patient est aussi chrétien, cela crée un lien automatique.

Ciprian croit fermement qu'une vie spirituelle saine peut aider le processus de guérison. Parfois, il peut en discuter avec le patient, mais seulement s'il repère les marqueurs de la foi, comme un livre de prières à côté du lit d'hôpital ou un chapelet au poignet du patient - comme celui qu'il porte.

Sorana Stanescu


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
ORTHOCHRISTIAN
citant
BALKANINSIGHT

https://orthodoxologie.blogspot.com/

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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 22:54
La Lettre de Béthanie N ° 164
 

Gorze, juillet 2019

 

Chers amis,

 

La vie ne peut-être que spirituelle ! Tout ce qui vit et respire est animé par le souffle vital qui a sa source en Dieu. Je vis parce que je suis un être spirituel, c'est à dire un être vivant du Souffle. Sans Souffle point de vie : « Tu leur retires le souffle, ils expirent et retournent dans la poussière. » Ps 104. Ce souffle nous habite, nous porte et nous nourrit. C'est une force ordonnatrice et formatrice, mais également libératrice et unificatrice.

L'homme qui accueille consciemment cette force, est en chemin de transformation. Il participe à l'œuvre régénératrice du Christ grâce à son esprit, car c'est l 'Esprit Saint qui vivifie l'esprit en nous et ainsi, grâce à cet élan vital qui pulse dans son esprit, même l'homme prisonnier de son moi existentiel aspire, sans le savoir parfois, à retrouver la grâce du Christ ressuscité.

L'homme est ainsi fait qu'il est constamment poussé à se dépasser, et finalement, c'est dans cette « tension vers » que l'homme s'accomplit. Cette poussée intérieure est puissante et l'engagement peut se heurter à de multiples dangers. J'en signalerai deux : d'une part la tendance à « l'échappatoire spirituel » et d'autre part, l'identification au « surmoi spirituel. »

Ces deux dangers guettent l'homme inattentif et peuvent engendrer de grandes souffrances. On peut effectivement se servir des idées et des pratiques spirituelles pour mettre de côté des problèmes non réglés sur le plan personnel, pour étayer un sens de soi vacillant ou pour amoindrir des besoins fondamentaux, et tout cela au nom de l'éveil.

Dans une société comme la nôtre, où l'ensemble de l'assise terrestre est faible au départ, il est certes tentant d'essayer de s'élever au-dessus de cette base chancelante pour « dominer » un peu mieux les autres. On « quitte le monde » et... on se retrouve dans le néant !

L'échappatoire spirituel est une tentation forte à une époque comme la nôtre et elle entraîne les personnes à se servir de la spiritualité pour masquer leur difficulté à vivre « dans le monde » faisant d'eux des « personnes à part » incapables d'intégrer leur spiritualité au reste de leur vie.

Ainsi, on peut prétexter un travail de détachement et de renoncement et se réfugier dans la prière pour justifier aux yeux des autres une attitude distante, qui est en fait due à un manque de personnalité et de courage, alors qu'il serait certainement plus profitable de devenir plus incarné, plus engagé vis à vis de soi-même, des autres et de la vie.

Le deuxième problème évoqué concerne la prédisposition à l'identification au « surmoi spirituel », qui agit en tant que critique et juge incessants. Rien de ce que l'on fait n'est jamais suffisamment bien !

Cette voix intérieure critique et garde en mémoire tout manquement dans la pratique et tous les événements où nous ne sommes pas à la hauteur des enseignements reçus et des engagements que nous avons pris. La pratique s'oriente alors, plus vers une conciliation avec cette partie de nous-même qui juge, plutôt que vers une ouverture inconditionnelle à la vie.

Subtilement, les saints et les êtres éveillés deviennent alors des figures paternelles qui surveillent d'un œil attentif toutes les façons de ne pas être à la hauteur de nos engagements.

Viens alors « l'effort ascétique » pour être « plus » détaché, « plus » empli de compassion ou de dévotion ; et de ce fait être entraîné dans une comédie spirituelle qui nous coupe de notre vitalité physique, d'où les fatigues et les dépressions qui s'en suivent et qui finalement nous éloignent de notre aptitude à trouver notre propre chemin authentique, à partir de ce que nous sommes en vérité, ici et maintenant.

Souvent ces « disciples » spirituels, qui cherchent à être « plus » ou « moins », se haïssent secrètement de ne pas être à la hauteur de leurs idéaux. Cela rend leur spiritualité froide et solennelle et ils distillent constamment un poison qui tue, lentement mais sûrement, toutes les communautés qu'ils fréquentent. Courir après un idéal spirituel est épuisant et assommant pour soi-même et pour les frères.

Notre vie est ce qu'elle est. L'accès au réel de mon être est immédiat. Je suis la vie qui se déploie et je suis invité à adhérer à ce déploiement, tel qu'il se présente ici et maintenant, sans but ni esprit de profit, et surtout sans juger les situations existentielles extérieures et intérieures qui me sont proposées par la vie.

C'est cette adhérence, qui est le nerf de la guerre, car notre nature humaine en exil est « l'oubli de Dieu », donc l'oubli de notre nature essentielle qui cherche à se manifester à travers tout ce que nous expérimentons.

Nous sommes donc invités à « nous souvenir » et à mettre en pratique tous les moyens ascétiques utiles à cette « anamnèse » : « Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. » « Noblesse oblige » donc, et le miracle humain prédestine l'homme ou « condamne » l'homme à se dépasser, mais non à se surpasser !

La vertu d'humilité est la clef de voûte de notre édifice spirituel et elle s'éveille peu à peu devant notre incapacité foncière à « demeurer avec Lui ». « Être enraciné et fondé dans Sa Présence » nécessite un caractère vertueux, c'est à dire une force intérieure qui nous ancre dans notre « humus » : on retrouve là l'exercice du Hara...

Alors l'homme de l'humus devient disponible pour accueillir la rosée céleste, qui fera de lui ce qu'il doit être et rien d'autre, et ce qu'il doit être, restera pour lui un mystère à découvrir chaque jour, dans l'action de grâce qui jaillit du cœur de celui qui a tout remis entre les mains du Père.

Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !

 

Père Francis

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