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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 22:56
L’île de Kiji
Située sur le lac Onega (670 kilomètres au nord de Moscou), l’île de Kiji est le symbole de l’architecture en bois de la Russie septentrionale. Découvrez ce lieu semblant hors du temps, au travers d’inspirantes photographies.

L’île de Kiji est l’un des sites patrimoniaux de Russie les plus connus, visité tout au long de l’année, mais plus particulièrement l’été, puisqu’elle est une étape des croisières entre Saint-Pétersbourg et Moscou.

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 22:55

Marc CHAGALL – La Fenêtre Dans Le Ciel, 1957

Coup de fil de P., mon frère aîné. Papa est hospitalisé en urgence. Maman est perdue, soudain seule dans leur petite maison de la plaine toulousaine.

Je l’appelle.

Elle décroche mais semble ne pas réaliser ce qui se passe. J’entends sa tristesse affolée.

Elle ne répond pas à mes questions et dit simplement : « Je vais rester près de la fenêtre. » Oui, elle va attendre là.

Je voudrais lui dire ne t’en fais pas. Tout se passera bien. Mais rien ne sort, et de toute façon elle n’entend plus qu’un mot sur dix.

Je me souviens bizarrement de mes deux tantes, les sœurs de ma mère, qui autrefois n’arrêtaient pas de nous mettre en garde, nous les enfants : « Ne touchez pas à la fenêtre ! » 

Crainte de nous voir tomber, salir ou briser un carreau.

Ou pressentiment imaginaire d’une envolée possible comme les petits moineaux que nous guettions en rêvant, les heures d’ennui, par ces fameuses fenêtres.

Ou bien méfiance obscure, sacrée, suscitée par la Lumière et le Dehors – petites divinités redoutables de leurs intérieurs.

Aujourd’hui, je vis à Paris, loin de Toulouse. J’imagine maman assise près de l’unique fenêtre du salon de leur pavillon, et qui donne sur un maigre jardin abandonné aux chats et aux oiseaux.

Quels esprits, quelles présences fantômes portés par la lumière, et vêtus de ses rayons, maman pense-t-elle apercevoir à travers les carreaux vitrés ? Et porteurs de quelle consolation ? Il ne lui reste donc que cela, une fenêtre ? Un coin de lumière.

Je suis ainsi fait, je ne peux m’empêcher d’aller fouiller dans les livres. Sans doute aussi pour distraire mon puissant chagrin.

Isidore de Séville, évêque wisigoth du VIIe siècle, formidable érudit, donnait comme étymologie au mot fenêtre le grec phôs, lumière, et le latin ministrare (servir, organiser, régir).

La fenêtre est ce qui régit, distribue et sert la lumière. Mais Isidore voyait d’autres étymologies possibles dont le verbe latin fenero qui signifie pratiquer l’usure, prêter avec intérêt.

Une fenêtre prête la lumière, la retient en quelque sorte comme un gage. Quant à l’ancien français fenestre, il désigne un passage, une ouverture.

Toute fenêtre est un lieu de décision entre le monde et nous.

J’applique à cette méditation la parole d’Isaïe : « Qui forme la lumière et crée l’obscurité fait la paix et crée le mal » (45, 7).

Est-ce pour cela que l’on s’approche d’une fenêtre ?

Avec cette ambivalence de qui ou quoi régit la lumière, l’encadre, et donc aussi l’obscurité.

Je sais maman, là-bas, accrochée à sa dernière fenêtre, suspendue à ce jugement de la lumière et de la nuit, ultime croyance dans la conjuration du monde extérieur et de son désastre.

Je rédige cette chronique et me souviens de Noé à l’intérieur de son arche imaginaire flottant sur la ruine de la Création.

Je les associe librement, maman et le personnage biblique.

Comme lui, maman est recroquevillée dans son arche fermée, figure poignante de la détresse devant l’obscurité du monde.

Le hasard joue des tours heureux parfois. Je viens de lire le manuscrit formidable d’un écrivain sur sa mère (Philippe Michard).

Il cite dans un passage les commentaires rabbiniques qui s’étonnent que l’arche ne soit pourvu que d’une ouverture unique : « Tu feras à l’arche une fenêtre » (Gn 6, 16).

Une seule petite fenêtre ?

Certains, munis d’un louable esprit pratique, préfèrent traduire par porte mais le mot tsohar en hébreu, d’un sens incertain, comme le rappelle Philippe Michard, est issu d’une racine verbale signifiant être au milieu du jour, tsahar, briller, éclairer, illuminer, d’où tsahoraïm, midi, et tsahir, clair, limpide. Ah la consolation des dictionnaires…

Dans le mot on entend aussi tsar qui signifie angoisse.

Tout est là pour moi pour décrire la dernière et unique petite fenêtre vers laquelle maman se réfugie.

Ouverture possible sur midi et l’angoisse. Je reprends le midrash (Béréchit Rabba 31), dans lequel Rabbi Lévi explique que cette fenêtre solitaire c’était « une perle. Tous les douze mois où Noah était dans l’arche, il n’eut pas besoin, ni de la lumière du soleil le jour, et ni de la lumière de la lune la nuit, mais il avait une perle qu’il avait suspendue, et à l’heure où elle était claire, il savait que c’était le jour, et à l’heure où elle brillait, il savait que c’était la nuit. »

Au cœur de la destruction, la « fenêtre » (tsohar) ne pouvant donner accès à une quelconque lumière extérieure devient elle-même lumière intérieure.

Nos existences dans la catastrophe sont, comme l’arche de Noé, éclairées de l’intérieur.

La nuit vient.

Je ne sais rien de ce qui va échoir à tel ou tel autour de moi sinon les hardes de la vieillesse qui vient, et moi je pense à la fenêtre de ma mère, je pense oui à cette fenêtre, perle lumineuse que chacun aura cherchée toute sa vie et qu’il n’aura pas forcément trouvée, je pense à la lumière, je pense à nous qui dessinons des fenêtres dans le ciel.

Frédéric Boyer

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25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 22:59

Archidiacre mégaloschème Etienne après sa tonsure

La mort est un mystère. C'est notre troisième anniversaire.

Je serai honnête - pas un jour ne passe  sans que je pense à la mort. Mais il est impossible de sonder la profondeur du sens de ce mot et l'expérience de l'événement lui-même.

Je peux penser à la façon dont je vais me coucher dans la tombe, mais ce que l'âme va vivre ne correspond tout simplement pas à ma conscience.

Tout rite funèbre, qu'il s'agisse d'un laïc ou d'un nourrisson, est tout simplement insondable dans son sens.

Mais il y a un rite funèbre spécial pour les monastères - il est extraordinairement profond par essence, significatif pour l'âme et en même temps si joyeux que je le comparerais au canon pascal.

Si les gens savaient à quel point c'est rempli de grâce, probablement que le monde entier voudrait recevoir la tonsure monastique, ne serait-ce que juste avant la mort, juste pour le bienfait de ce rite.

Les funérailles d'un des frères de notre monastère, l'archimandrite mégaloschème Etienne, en sont la confirmation.

Il est mort à l'âge de vingt-cinq ans.

Alors que nous retournions à la Laure après l'enterrement de mon père, il a soudain dit : "Qui sera le prochain après votre père ?" J'ai répondu : "Peut-être moi ?"

Je dois ajouter que le P. Etienne a toujours été très heureux pour les gens qui avaient le cancer.

Il disait : "Quel chanceux ! Il peut se préparer et donner toutes ses affaires lui-même."

Le mois de mai arriva, et je pouvais voir qu'il ne mangeait presque rien. Je dis toujours aux frères : "Si quelqu'un tombe malade, dis-le-moi." La maladie est une chose naturelle, comme la mort. Nous ne connaissons pas les voies de Dieu.

Je n'essaie pas d'entrer dans ce qui nous est impossible à savoir ; il me suffit que le Seigneur me permette de vivre. Sa bonne volonté s'étend à tous, si seulement nous pouvions être de vrais chrétiens et rester fermes dans notre sainte foi orthodoxe.

Alors le P. Etienne a admis : "Vladyka, j'ai très mal au ventre." J'ai dit : "Pourquoi tu n'as rien dit ?!"

Chaque fois que c'est nécessaire, je peux appeler mon ami Alexandre Yourievich Ousenko, le directeur de l'Institut de chirurgie Chalimov. Le P. Etienne y a été emmené dès le lendemain.

Ils l'ont opéré un jour après l'examen. Le docteur nous a dit ce qu'il a trouvé : "Il y a de l'hydropisie ici, mais espérons qu'il n'y a rien d'autre... Nous allons faire une étude tissulaire et ensuite je pourrai dire."

Après l'opération, nous avons ramené le P. Etienne à la maison, et quelques jours plus tard, Ousenko m'appelle. "Il a déjà une métastase dans les os sous la taille, au niveau des reins." J'ai demandé : "Que pouvons-nous faire ?" "Maintenant, rien", répondit-il.

J'ai dû rendre visite au patient, mais ce n'est pas facile d'apporter de telles nouvelles. Je suis entré, je me suis assis et j'ai dit : "Dois-je te dire la vérité ?" Il hocha la tête, "Allez-y". "Tu as un cancer." Il s'est signé et a dit : "Gloire à Dieu !"

Notre jeune archidiacre a reçu cette nouvelle très calmement. Il a dit que sa tante et sa grand-mère avaient aussi un cancer.

Quand les frères m'ont demandé de l'ordonner dans le grand schème, nous avons commencé à réfléchir au nom à lui donner. Le P. Polycarpe a dit : "Etienne en l'honneur du protomartyr Archidiacre Etienne."

Il n'a pas accepté la tonsure immédiatement, mais a ensuite accepté l'offre.

C'est ainsi que nous avons réalisé sa tonsure à l'image angélique la plus haute, dans les Grottes.

Bien sûr que j'étais en larmes - je savais qu'une jeunesse de vie sainte était en train de mourir. Mais que pouvais-je faire ? A la fin de la tonsure, j'ai dit : "D'habitude, c'est un moment où tout le monde vous félicite... mais tu connais la raison de ta tonsure. Et je ne peux rien te dire."

Mais il a juste souri, "Vladyka, ne dites rien du tout. Vous avez déjà tout dit et tout fait." Je l'ai béni : "P. Etienne, pendant que tu le peux encore, va à l'office et assieds-toi à ma place."

Et il venait tous les jours, et entonnait la litanie de la paix.

Puis il s'asseyait sur la chaise où l'higoumène était assis, et à la fin les frères l'aidaient à aller jusqu'à sa cellule.

Je vous dis qu'il n'avait pas la moindre crainte, plainte ou grief. Ce n'est que lorsque sa mère est arrivée et lui a pris la main - il ne pesait plus que 35 kilos à ce moment-là - qu'elle a seulement gémi, et il a pris un bâton et l'a lancé sur elle.

Sa mère s'en est plainte auprès de moi, et je suis allée le voir et lui ai dit : "Etienne, tu ne te conduis pas bien." Il lui a demandé de partir, puis il m'a dit : "Vladyka, je me sens déjà assez mal comme ça, et la voilà qui gémit pour que tout le monde l'entende.

Il est trop tard pour pleurer. Je suis le seul enfant de mes parents et c'est déjà assez difficile comme ça quand je pense à qui va s'occuper d'eux..."

Sa mère était une ballerine, une artiste primée de Crimée, et son père était un premier ténor, un artiste primé de l'Union soviétique.

"Je sais qu'ils seront laissés seuls. Je suis tellement désolé pour elle que je ne peux pas vous le dire. Mais je sais que le Seigneur ne les abandonnera pas." (Sa mère est déjà morte - le Seigneur l'a emmenée à Pâques.)

Alors je raisonnai avec elle : "Nina, arrête de te tourmenter. Ne pleure pas en sa présence." "Comment ?!" elle a sangloté. "Je l'ai porté comme un bébé dans mes bras..." J'ai dit : "La Mère de Dieu a aussi tenu son Fils dans ses bras quand il a été descendu de la croix. Imite-la."

L'archidiacre Etienne lors de la procession de la croix
 dans la Laure en la fête de saint Théodose 
des Grottes de Kiev. 1998.

Le jour de la fête onomastique de Etienne approchait.

Quand je suis venu à lui avant, il a soudain dit : "Vladyka, le jour de ma fête onomastique, ils me porteront dans l'église avec les mots : "Les justes fleuriront comme un palmier..." et tout le peuple demandera à qui ils ont apporté des reliques. Ce sera mon premier et mon dernier jour."

C'est ainsi que tout s'est passé. Le 8 janvier, il a reçu la communion et, après la fin de la Liturgie, il a commencé à partir. J'ai lu le canon pour le départ de l'âme.

Alors je me suis penché vers lui et je lui ai demandé : "P. Etienne, m'entends-tu ? Fais-moi un signe." Et une larme est tombée de ses yeux. Il tenait toujours fermement sa croix de tonsure sur la poitrine.

Lors du service du soir, le cercueil avec le reliquaire tenant le doigt du protomartyr et archidiacre Étienne était placé au centre de l'Église de l'Exaltation de la Croix.

Et quand le chœur chanta le prokiménon : "Le juste fleurira comme un palmier, comme un cèdre au Liban, il se multipliera" (Psaume 91:3), les frères portèrent le cercueil avec le P. Étienne en lui par les portes latérales de l'église et le placèrent près du tombeau de l'archidiacre Étienne.

Tout le monde s'est mis à se demander : "A qui sont ces reliques ?" Et quand ils s'approchèrent d'elles, ils vénérèrent les deux cercueils.

On a servi son rite funèbre après minuit. À 14 h 30, nous avons commencé l'office de minuit, puis les Matines, la Liturgie, le rite funèbre à 19 h, et nous avons terminé alors qu'il faisait encore nuit.

Et voici un autre paradoxe : pendant tout ce temps, toute la nuit, des mouettes volaient au-dessus de l'église jusqu'au moment où il a été descendu dans la tombe.

C'était en janvier, au-dessus de la Laure... Il est mort la veille du jour de sa propre fête onomastique et il a été enterré le jour de son nom - le jour de la fête de son saint patron.

Un jour, alors que nous marchions dans le cimetière du monastère, Sa Béatitude Vladimir [(Sabodan) alors chef de l'Église orthodoxe ukrainienne] m'a montré où nous devrons l'enterrer le moment venu, et où je devrais être enterré.

Ainsi, après la mort du P. Etienne, je suis venu au cimetière alors que les fossoyeurs avaient déjà creusé la tombe, et elle occupait pratiquement la moitié de ma propre tombe.

Je murmurai un peu, mais le P. Basile m'a dit : "Vladyka, ne vous inquiétez pas ! Nous allons canoniser Etienne, et vous mettre dans cet endroit."

Il y a eu un autre moment important. Le quarantième jour du repos de l'archidiacres du grand schème approchait et Sa Béatitude m'appela.

"Dis-moi, Vladyka, à quoi ressemblait Etienne ?" Je lui ai montré une photo. Il la regarda et dit avec étonnement : "Écoute, aujourd'hui je suis entré dans la cathédrale de la Dormition et j'ai vu un reliquaire au centre. Sur le couvercle du reliquaire il y avait une icône représentée, et sur l'icône c'était... lui! Puis lui et une multitude de moines entrèrent dans le sanctuaire.

Higoumène des Grottes de la Laure de Kiev Paul
 et archidiacre mégaloschème Etienne (à gauche).

En réponse, j'ai raconté à Sa Béatitude une autre histoire étonnante.

Quand notre archidiacre mégaloschème était encore sain d'esprit, nous étions en train de parler et je lui ai demandé, "P. Etienne, viens me voir en rêve après ta mort et dis-moi comment tu vas."

C'est ainsi que, le 8 janvier, je suis allé dans ma cellule après l'office, après lui avoir rendu visite juste avant. Et quelques minutes avant 23 h, je me suis allongé pour me reposer.

De dix heures à minuit, le P. Basile frappa à ma porte et dit : "Le père du P. Etienne est arrivé." J'ai demandé : "Etienne est-il mort ?"

"Comment l'avez-vous su ?"

"Je viens de le voir."

"Comment ?!" demanda le P. Basile, étonné. "

Voilà comment c'était. Je dormais, mais c'était comme si je m'étais déjà réveillé, que j'étais assis sur mon lit et que j'avais vu le Père Etienne entrer.

A côté de lui se trouvaient deux beaux jeunes gens vêtus comme des moines mégaloschèmes avec des coules (capuchons monastiques) et c'était tout simplement inexprimable.

Il m'a dit : "Vladyka, je vais bien, je suis en bonne santé." J'ai été surpris. "Etienne," dis-je, "tu ne pouvais même pas te lever. J'étais dans ta cellule et tu étais couché là, incapable de bouger."

Il souriait de temps en temps et disait : "Je suis en bonne santé, Vladyka, et je n'ai mal nulle part." Il s'est retourné et est devenu invisible.

Je venais à peine de le voir qu'ils sont venus me voir pour me dire que le P. Etienne était mort. C'est ainsi que les moines informent l'higoumène et les frères de leur fin.

Nous ne devrions pas croire aux rêves, mais il y a des cas où le Seigneur informe une personne par un rêve.

J'aimais vraiment le P. Etienne. C'était un moine obéissant et plein de zèle. On parlait souvent. Il avait une belle voix, et il chantait sur les falaises avec le P. Polycarpe.

Si vous écoutez l'enregistrement de l'Acathiste à la Dormition de la Mère de Dieu, vous entendrez sa voix angélique.

Je pense que ce sont des histoires très édifiantes.

Elles montrent que nos proches défunts sont toujours avec nous. Seulement, souvent, nous ne comprenons pas cela. Mais par la volonté de Dieu, l'éternité nous est cachée par un voile de temporalité.

Métropolite Paul de Vyshgorod et Tchernobyl
 

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
ORTHOCHRISTIAN

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