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21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 23:58
Entrons dans le combat de Dieu

Mon expérience de l’écoute spirituelle me fait constater cette joie toute belle : quand un chercheur du Christ médite avec simplicité la profondeur du combat de Jésus au désert, il fait des pas de géant en maturité intérieure.

Il découvre en effet que la lutte en soi-même contre les forces du mal n’est plus à considérer comme une prouesse auto – référée à ses capacités subjectives. Il fait expérience que sa lutte devient communion à Celui qui livre combat en nous, et avec nous, si nous y consentons.

On n’aura jamais fini de contempler Jésus, à la fois rempli de l’Esprit Saint, et conduit par ce même Esprit au désert. Habité par la plénitude divine de l’Amour, Jésus lutte contre le diable dans un combat décisif pour l’identité de son être. Est-il oui ou non le Fils de Dieu ?

À cette question essentielle posée par le Malin, le lecteur et le priant ne manquent pas de noter que ce n’est point l’amour qui s’épuise à lutter, mais le diable qui « épuise toute tentation possible ».

Les quarante jours au désert donnent au ministère du Christ toute sa portée : sa nourriture est d’accomplir la volonté de son Père. Jésus vainc la séduction maléfique.

Au jardin des Oliviers, il offrira sa volonté au Père. Plus le combat s’intensifiera en sa personne, plus il priera son Père intensément. La force ineffable de Jésus est de ne rien vouloir que ne veuille son Père.

Le Carême, à l’école de la volonté christique, convertit notre désir. Le Carême est chemin personnel et communautaire à la suite de Jésus. Sans Lui, tout est vain.

Comment chanter en nos assemblées que nous nous « rendons au désert, livrés comme Lui par l’Esprit » sans une conversion immense ?

C’est en la lutte de Jésus que nos luttes prennent source. C’est peu dire que les temps sont âpres pour la société et pour l’Église ! Les épreuves sont là. Polymorphes, mais suscitées par le Malin.

Sa tactique est repérable. Il veut gangrener ce que le cœur a de plus offrant. Il veut banaliser le mal comme une submersion fatale.

Bernanos avait détecté le piège dans le « à quoi bon ? » auquel nous ne devons pas donner prise.

La pauvreté spirituelle à vivre est à ce degré. Les quarante jours dépouillent le cœur de toute hardiesse orgueilleuse. « Je suis bien hardi pour parler à mon Seigneur, moi qui ne suis que cendre et poussière », disait notre père Abraham.

Que sommes-nous donc dans sa lignée ? Nous nous sentons si petits certains jours. Rangeons notre hardiesse sous le manteau de l’humilité ! Convertissons cette hardiesse présomptueuse en ardeur évangélique et fraternelle. Nul n’exhortera autrui à se convertir, s’il ne se convertit d’abord et toujours.

Jésus ne lutte pas comme un quelconque gladiateur devant se prouver à lui-même un niveau optimal. Un père du désert disait remarquablement : « Celui qui n’a pas été éprouvé n’est pas sûr. »

La lutte livrée par Jésus donne assomption théologique à cette attente. Elle est un amour d’humanité. Nous y sommes tous offerts par Lui dans l’oblation de son être vers le Père. Si l’Innocent lutte pour tous, c’est pour que nous ne prétendions rien valoir sans Lui.

La conversion qui donne vie est donc de se recevoir du Christ. Les cendres viennent, dans la célébration de mercredi, de recouvrir nos fronts de toute finitude humaine.

Comme pour creuser en nous la quête pascale. Seul le désert en authentifiera la découverte. Surtout pas le désert des catalogues touristiques imaginé à l’aune de nos sentiments.

Le désert du disciple ! Seule route qui soit accueil de Celui qui ouvre un chemin. « Les yeux fixés sur Jésus, entrons dans le combat de Dieu » exprime la liturgie.

Entendrons-nous l’Amour vivifiant notre désir ?

Père Bernard Podvin

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 23:55
Le renouveau du jeûne en terre chrétienne

S’inspirant librement des recommandations de l’Église pour le Carême, les catholiques pratiquent le jeûne sous des formes diverses.

Cette pratique, qui connaît aussi un intérêt croissant dans la société en général, est aujourd’hui vécue de façon plus spirituelle que rituelle.

Jeûne pour la terre, jeûne de réseaux sociaux, jeûne à base de pain et d’eau pendant une semaine… Cette pratique emblématique du Carême, longtemps jugée trop doloriste, serait-elle en train de revenir à la mode, du moins sous de nouvelles formes ?

Autrefois, le jeûne et l’abstinence tels que prescrits par l’Église catholique pendant le Carême étaient strictement réglementés.

Aujourd’hui, les fidèles sont seulement invités à s’abstenir d’un repas le mercredi des Cendres et le Vendredi saint, par exemple le déjeuner, et à manger de façon frugale le matin et le soir, mais même ce jeûne très limité n’est plus guère suivi.

Au niveau pastoral, les croyants sont davantage encouragés à réfléchir à des « efforts » de Carême. D’où une certaine prise de liberté et des adaptations aux contextes et aux personnes.

Autrefois vécu ensemble dans une société largement chrétienne, le jeûne pendant le Carême est aujourd’hui pratiqué de façon plus personnelle.

C’est pour retrouver une approche communautaire que certaines paroisses ont mis en place des « semaines de jeûne » au pain et à l’eau pendant cette période.

À Saint-Antoine-de-Padoue, au Chesnay (Yvelines), plus de 350 personnes prennent part chaque année, depuis dix ans, à cette initiative. Chaque soir, les participants viennent pour un temps de prière dans l’église, avant de repartir avec une miche de pain qui leur servira jusqu’au lendemain soir.

« Si l’on compte aussi ceux qui s’unissent spirituellement à la démarche », indique le curé de la paroisse, le père Grégoire de Maintenant, « on arrive à presque 600 personnes réunies chaque soir. Ce jeûne nous ouvre ainsi la porte de la prière, mais aussi du partage. »

Cette pratique communautaire, adaptée par rapport aux recommandations « officielles », est de plus en plus répandue. Pour Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Créteil et auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien (1), elle coïncide avec le besoin, « dans certains secteurs ”néo-classiques” », de retrouver des pratiques « traditionnelles », dans une société où les catholiques sont devenus minoritaires.

Mais la plupart des fidèles s’en tiennent à des adaptations moins ambitieuses. « Pendant le Carême, j’essaie de réduire certains petits plaisirs, comme, de façon très classique, le chocolat.

Mais je vais surtout limiter mon usage du téléphone et des réseaux sociaux… », explique Louis, 33 ans, pour qui ce temps libéré servira à « être plus présent » auprès de ses trois filles. Dans la sphère catholique, le jeûne de Facebook, Twitter ou autres plateformes sociales est ainsi particulièrement en vogue, depuis le début des années 2010.

« Cela correspond à une individualisation des pratiques, qui se retrouve dans tous les domaines, y compris dans l’Église », avance Jean-François Barbier-Bouvet, sociologue des religions et auteur d’une enquête de 2010 portant sur « les nouveaux jeûneurs ».

« Il y a une nette prise de distance, notamment depuis le concile Vatican II, par rapport aux prescriptions de l’Église », confirme Guillaume Cuchet.

Ce recul du jeûne tel que prescrit par l’institution se double, en parallèle, d’un regain d’intérêt, depuis une quinzaine d’années, pour le jeûne au sein de la société dans son ensemble.

Ainsi, les sessions de jeûne, qui proposent à ceux qui le souhaitent de ne plus manger pendant plusieurs jours, en accompagnant cette démarche de méditation ou de relaxation, rencontrent un succès croissant.

« Les gens qui viennent chez nous se plaignent d’une “saturation”. Il y a “trop de tout” »,nous disent-ils. Trop de nourriture, trop de travail, trop de pression, trop d’écrans, trop de sollicitations.

Ils arrivent à bout : le jeûne pour eux est une rupture, un moyen de remettre les compteurs à zéro », assurent Dominique et Pierre, propriétaires de l’Amandier, un centre proposant des sessions de jeûne et de randonnée dans la Drôme.

Cette tendance n’est pas sans influence sur l’Église, où le jeûne semble donc revenir par des chemins détournés, inspiré par une volonté de faire le vide, de mettre une limite à la société de consommation ou par souci de la planète.

Jean-Christophe Normand, diacre depuis vingt-cinq ans dans le diocèse de Nantes, organise tous les ans des sessions de jeûne, pour la Toussaint et le Carême, en partenariat avec le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement).

« Depuis quelques années, avance-t-il, on redécouvre que la tradition chrétienne a quelque chose à nous dire de ce côté-là : face à la pollution, au rapport malsain à la nourriture, à notre impact croissant sur l’environnement. »

« Le jeûne traditionnel se dévitalise alors que le jeûne comme nouvelle pratique connaît un essor, résume le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet. En clair, on est en présence d’un jeûne moins rituel et plus spirituel. »

« Cet intérêt pour le jeûne », confirme le père Jean-Luc Souveton, prêtre du diocèse de Saint-Étienne et auteur d’un ouvrage à paraître fin mars sur le sujet, « arrive dans une société où les gens sont gavés ».

Lui-même, en tant qu’organisateur de sessions de jeûne tout au long de l’année, constate la diversité des significations que donnent les participants à cette démarche.

« Certains font le lien entre leur rapport à la nourriture et l’avenir de l’humanité sur la planète », indique-t-il notamment. Plusieurs initiatives sont ainsi apparues pour relier les restrictions alimentaires à l’attention à l’environnement.

Le mouvement Chrétiens unis pour la terre propose depuis 2013 un « Carême pour la terre », qui prône l’abstinence complète de viande et de poisson.

Cette approche renouvelée du jeûne en temps de Carême progresse. « Mais l’Église a encore du chemin à faire sur le plan de la pédagogie pour rappeler les bienfaits du jeûne, redire que le Carême demande un effort, un changement de rythme », analyse Jean-Christophe Normand.

Sans doute en réaction à des excès de formalisme, « le Carême a été très intellectualisé, spiritualisé », ajoute le père de Maintenant. « Bien sûr, jeûner de Facebook ou de paroles mauvaises, c’est bien.

Mais cela fait l’impasse sur la corporalité, qui est un aspect important pour nous aider à revenir à l’essentiel. » « Pour les générations plus anciennes, le jeûne était une chose présentée comme douloureuse, pénitentielle, triste.

Comme cela, ce n’est pas très attrayant », décrit le père Souveton. À ses yeux, le modèle à suivre pour jeûner est « celui de Jésus, c’est-à-dire celui de quelqu’un qui se sait bien-aimé du Père et qui, par le jeûne, veut se mettre en état de recevoir un don de vie ».

« Qu’est-ce que le Carême, poursuit ce prêtre, sinon un temps favorable pour se préparer à accueillir la vie, avec Pâques ? »


Le jeûne dans les autres religions
Judaïsme. Temps de la repentance, du pardon et de la réconciliation, Yom Kippour est le principal jour de jeûne pour les juifs. Les fidèles se privent de nourriture, de boisson, de travail ou encore de rapports sexuels pendant vingt-cinq heures. Outre Kippour, les juifs observent d’autres jours de jeûne, tous liés à l’histoire des Hébreux : le mois de tevêth, le « jeûne d’Esther », etc.

Islam. Quatrième pilier de l’islam, le jeûne du mois de Ramadan permet de marquer par la faim corporelle sa faim de Dieu et sa conscience de la faim des pauvres. Chacun doit s’abstenir de boire, de manger, de fumer et d’avoir des relations sexuelles du lever au coucher du soleil.

Hindouisme. Dans la religion hindoue, jeûner n’est pas une obligation mais un acte moral et spirituel, qui permet de se purifier et d’attirer les bonnes grâces des divinités. Fervent adepte du jeûne pour se libérer des contraintes du corps, Gandhi en fit aussi un signe de protestation politique.

Alice Le Dréau et Marie Malzac

(1) Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Seuil, 288 p., 21 €.

(2) Soif de vie, jeûne et méditation. Interviewé par Adrien Bail. Nouvelle Cité, 220 p., 18 €.

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 23:55
Dans son message de Carême, rendu public mardi 26 février, le pape de Laudato si’ insiste sur la nécessaire conversion du rapport de l’homme avec la Création et condamne les « comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures ».

Relier le Carême à la protection de la Création. Dans son message rendu public 26 février, à l’approche du début de ce temps de préparation à la fête de Pâques, le pape François reprend les grandes idées de l’écologie intégrale développées dans son encyclique Laudato si’ pour la protection de la « Maison commune », les associant aux quarante jours de conversion du Carême, qui débutera mercredi 6 mars.

À cette occasion, il invite les chrétiens à retrouver la juste place de l’homme dans l’« harmonie produite par la rédemption » mais encore « menacée par la force négative du péché et de la mort ».

« Tout est lié, tout est connecté, la personne humaine n’est pas le centre auto-référentiel de la Création », a ainsi rappelé le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le développement intégral, lors de la présentation de ce message de Carême au Vatican.

Temps de pénitence par excellence, le Carême peut ainsi être le moment privilégié, selon le pape François, pour amorcer un changement en profondeur vers plus de respect des fragiles équilibres entre l’homme et son environnement.

Lorsque ceux-ci sont remis en cause par des excès humains, « l’intempérance prend le dessus et nous conduit à un style de vie qui viole les limites que notre condition humaine et la nature nous demandent de respecter ».

« Si nous ne tendons pas continuellement vers la Pâque, vers l’horizon de la Résurrection, il devient clair que la logique du “tout et tout de suite”, de “posséder toujours davantage” finit par s’imposer », déplore encore le pape dans ce texte. 

« Si l’homme vit comme fils de Dieu, (…) et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, en commençant par celle qui est inscrite en son cœur et dans la nature, alors il fait également du bien à la Création, en coopérant à sa rédemption », ­insiste-t-il.

Dans ce message intitulé « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 19), François souhaite dès lors « offrir quelques points de réflexion » pour retrouver, par le jeûne, la prière et l’aumône, des relations harmonieuses entre l’homme et ce qui l’entoure, loin de toute « exploitation » et de tout « désir de bien-être excessif ».

« Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur », souligne ainsi le pape.

Pour le cardinal Turkson, le « sens du jeûne » peut être de cette façon celui de « s’abstenir de certaines choses pour le bien de l’autre ». 

[...]

De façon plus générale, depuis la publication de l’encyclique ­Laudato si’ en 2015, les initiatives pour lier le Carême aux enjeux de sauvegarde de la Création se multiplient dans les diocèses, particulièrement en France.

La sobriété propre à cette période s’accorde particulièrement avec la nécessité prônée par le pape de nouveaux modes de vie, prenant davantage en compte l’impact de l’action humaine sur l’environnement.

Ce message s’inscrit aussi dans le droit fil de la préparation du ­Synode des évêques pour ­l’Amazonie qui se tiendra au mois d’octobre au Vatican sur le thème « nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale ».

Dans cette région qualifiée de « poumon de la planète », où les enjeux environnementaux et humains s’entremêlent de façon souvent tragique, la question de la conversion des pratiques est plus urgente que jamais.

Marie Malzac
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