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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 23:55
 Les images miraculeuses de la Vierge à travers la culture visuelle du Moyen Âge

Les images médiévales, qu’elles soient dans les manuscrits, sur des objets et des vêtements ou de taille monumentale dans les maisons et les églises, sont inséparables des fonctions et des lieux pour lesquels elles ont été conçues.

Dans le cas de l’image religieuse, entendue comme une représentation d’un personnage issu de la Bible ou reconnu comme saint, l’emplacement le plus caractéristique est l’espace sacré de l’église, où ont lieu les usages rituels et liturgiques, comme la messe et les sacrements.

Mais on peut aussi les trouver dans le domaine laïc et la dévotion privée. Au-delà de la condition d’objet artistique, soumis au style d’une époque particulière, l’image est déterminée par sa finalité, autrement dit le but qu’elle cherche à atteindre, et par sa valeur représentative, symbolique, rituelle ou instrumentale.

Les courants de recherche des Visual studies et de l’Anthropologie Historique ont analysé les images miraculeuses à travers des scènes de l’art médiéval.

Les formules iconographiques, les miniatures et les sculptures sont en effet le reflet des préoccupations du moment et ne sont dès lors pas séparées de la mentalité de la société qui les a créées et regardées.

LES  IMAGES  MIRACULEUSES  DANS  L’OCCIDENT  MÉDIÉVAL  : DU REJET À LA LÉGITIMATION.

À partir de l’an 1000, on assiste à un changement du discours chrétien sur les images, lequel avait rejeté leur caractère sacré depuis le début du Moyen Âge.

Suivant la tradition de l’Ancien Testament, le culte aux images avait été assimilé à l’idolâtrie, il n’était pas possible d’adorer Dieu à travers sa représentation.

Une réponse très claire vint du monde carolingien au deuxième Concile de Nicée, dont l’objectif était de mettre un terme au conflit politico-religieux provoqué par l'iconoclasme.

Les Carolingiens proposent dès lors de reconnaître trois fonctions à l’image : l’enseignement des fidèles, la mémoire de l’histoire sainte et l’ornamentum, c’est-à-dire le décor comme partie prenante d’un édifice.

La réalisation de miracles, relatée dans plusieurs récits, est interprétée comme preuve de l’existence d’une relation étroite entre le personnage divin et l’image qui le représente.

Dans l’exemple  particulier  de la Vierge, son culte comme médiatrice fut un fait crucial, grâce à l’union entre le miracle et la médiation.

Les fidèles abordent l’image avec l’intention d’implorer l’intervention de Marie pour qu’elle résolve leurs problèmes quotidiens.

De cette façon, l’évolution des effigies miraculeuses atteint son point culminant au XIIIe siècle, quand la culture écrite et la culture visuelle confèrent leur légitimation comme objets sacrés, en devenant objets de culte.

LES COLLECTIONS DE MIRACLES MARIAUX À LA FIN DU MOYEN ÂGE.

Les collections des récits de miracles attribués à la Vierge Marie, très populaires au XIIIe siècle, constituent un champ d’étude exceptionnel tant pour les littéraires, les historiens que les historiens de l’art, parce que, d’un côté, elles forment un ensemble de sources textuelles différentes du discours théologique et théorique, et de l’autre, elles sont aussi des sources visuelles, du fait du grand nombre de manuscrits enluminés entre 1250  et la fin du XIVe siècle.

On ne doit pas comprendre ces groupes de miniatures – représentations d'une scène ou d'un  personnage dans un espace indépendant de la lettre initiale (le terme vient de "minium",  cet oxyde de plomb de couleur rouge utilisé pour tracer les initiales et les titres dans les manuscrits) – comme des représentations neutres ou objectives de la réalité, mais plutôt comme des images conditionnées par le point de vue de l’artiste, du chef de l’atelier ou du commanditaire.

C’est pour cela qu’il faut prêter attention au texte qui les accompagne ainsi qu’aux autres composantes de la culture écrite portant sur la légitimité des images chrétiennes.

Les allusions aux rôles actifs des images sont nombreuses dans les textes : Les Miracles de Nostre Dame, écrit par Gautier de Coinci avant 1236, ou Le Miroir Historial, la traduction de Speculum Historiale effectuée par Jean de Vignay dans la première moitié du XIVe siècle.

Les images sont en effet décrites comme des objets de dévotion, mais aussi comme des médiatrices et des protagonistes de faits miraculeux.

Par ailleurs, quand les artistes montrent les moments les plus importants de ces récits, ils emploient plusieurs ressources iconographiques pour exprimer le caractère sacré de l’image mariale, aussi bien en juxtaposant les scènes qu’en créant visuellement une relation entre la cause et la conséquence, inscrivant les deux dans le même lieu.

Les miniatures expriment la relation étroite entre la dévotion à l’image et l’apparition de la Vierge ; la prière devant la première rend possible l’action de la deuxième, ce qui signifie que si l’image  est vénérée, Marie aide ou récompense le protagoniste.

Cette argumentation émane de la revalorisation des postulats byzantins, surtout dans l’œuvre de Jean Damas- cène, théologien chrétien d’origine  syriaque (VIIe-VIIIe siècles).

Les auteurs occidentaux assument l’idée du transitus, le "passage" en latin - "L’honneur rendu à l’image parvient au prototype sacré" - et la scolastique (la philosophie développée avec la création des universités) l’introduit dans ses réflexions.

L’attitude de l’Église et de la papauté conditionne aussi ces formules.

Au XIIIe siècle, elles  commencent à utiliser les images comme preuve de l’hégémonie chrétienne.

Cette circonstance et la promotion de la dévotion privée influencent leur représentation selon le contexte, public ou individuel.

L’image est présentée au même niveau de réalité que les protagonistes : elle n’est plus un objet sur l’autel, mais une figure presque vivante, et en tout cas plus humanisée et plus réaliste.

Dans l’expérience personnelle de chaque chrétien lors de la prière par exemple, son rôle est révélé comme un moyen de rendre plus visible la présence de la Vierge.

La propriété visuelle produit une avancée fondamentale : l’image devient le substitut du prototype sacré, de sorte que les artistes ne la représentent plus sous forme de sculpture ou de peinture, mais comme la Mère de Dieu en personne.

Cette idée sera finalement consolidée sous la Contre-Réforme à partir du XVIe siècle et sera à l’origine de la ferveur catholique jusqu’à nos jours.
 
Au final, la culture  visuelle permet  de comprendre  l’expérience des images miraculeuses à la fin du Moyen Âge, car les formules iconographiques s’adaptent  aux nouvelles institutions, aux lois et aux interdictions.

Ces miniatures sont une conséquence des préoccupations du moment et ne sont pas séparées de la mentalité de la société qui les a créées et regardées.

Fuensanta MURCIA NICOLÁS < CESCM
f.murcia.nicolas@gmail.com 
Chercheure invitée
Fundación Séneca de la Región de Murcia (Espagne)

http://cescm.labo.univ-poitiers.fr/ 

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 23:56
Quelle est la chose la plus importante de la vie?

Quelle est la chose la plus importante de la vie?

Les réponses peuvent être différentes : la famille, le travail, l'argent, la santé, l'éducation, etc.

En effet, tout ce qui précède est d'une grande valeur, mais ne se transforme en rien si notre cœur manque de la chose la plus importante : l'amour.

Sans ce sentiment sacré, non seulement tout perd sa valeur, mais la vie aussi perd son sens.

L'amour est quelque chose qui bénit notre vie et lui donne un sens ; quelque chose qui inspire le succès, donne la force de surmonter les obstacles. C'est ce que le saint Evangile nous dit maintenant.

Quand le docteur de la loi, qui connaissait bien la loi de Moïse, demanda au Christ, le mettant à l'épreuve, "Quel est le grand commandement de la loi", Jésus lui dit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée.

C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes " (Matthieu 22:36-40).

Peut-être que la plus grande partie de la littérature spirituelle et profane est consacrée à la révélation de ce grand sentiment.

L'amour peut être différent : non seulement vivifiant, mais aussi agressif : cela se produit quand l'amour se mélange à la colère et à la jalousie ; destructeur : quand quelqu'un aime la femme d'un autre homme ou vice versa ; égoïste : quand nous nous aimons le plus et nous avons peu d'amour pour autrui. Certaines personnes ne croient pas du tout à ce sentiment, parce qu'elles ont déjà été sévèrement battues par la vie.

Le docteur de la loi, ayant entendu la réponse de fond, se tut et cessa d'éprouver le Christ, et nous, pécheurs, nous nous demandons : comment apprend-on un tel amour ?

Saint Jean Climaque dit que parler d'amour, c'est comme parler de Dieu, car selon saint Jean l'évangéliste, "Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui" (1 Jean 4:16).

Par conséquent, pour apprendre à aimer vraiment, il faut se rapprocher de Dieu et se connecter à Lui. Pour cela, nous prions, nous purifions notre âme et notre corps des péchés et nous recevons la Sainte Communion.

L'amour s'épanouit, quand nous suivons diligemment les commandements de Dieu, et disparaît, quand nous péchons et ne nous en repentons pas. "Plus il y a de péchés, moins il y a d'amour", - enseigne saint Théophane le Reclus.

Alors, qu'est-ce qui détruit l'amour ou en fait quelque chose de  pathétiquement faux ?

Premièrement, il y a les péchés d'orgueil et de vanité, quand nous sommes fiers de nos réalisations ou de nos choses.

Cependant, non seulement nous sommes fiers, mais nous encourageons aussi les autres de diverses façons à nous féliciter et à nous complimenter.

Quand l'orgueil remplit le cœur, il n'y a pas de place pour le véritable amour. Avant chaque confession, vérifiez-vous très soigneusement : de quoi est-.ce que je me vante ? Repentez-vous sincèrement.

Deuxièmement, il y a la paresse et l'ennui, qui se développent lorsque des obstacles surgissent sur le chemin de la vie. Au lieu de nous tourner vers Dieu par la prière et de les vaincre avec l'aide de la grâce de Dieu, nous abandonnons.

Troisièmement, il y a la colère et l'avidité pour l'argent. Ces péchés nous poussent à tromper des connaissances que nous n'apprécions plus. L'essentiel est de gagner le plus d'argent possible. Ce sont les questions d'argent qui sont en train de devenir la raison de l'éclatement de la plupart des familles ou de la peur de fonder leur propre famille.

Les péchés de débauche et d'alcoolisme sont la dernière chose qui nous rend incapables d'aimer vraiment Dieu et notre prochain comme nous-mêmes. Tout commence petit.

Pour le bien de la compagnie, on prend un verre, on fume une cigarette ou on regarde un film pornographique. Plus tard, on commence à aimer cela, on l'apprécie et on se transforme progressivement en infirme spirituel, qui est absolument incapable de remplir son cœur d'amour. Au lieu de cela, on ne cherche le plaisir que pour une nuit ou même on perd la tête et opn se livre à des passions contre-nature.

Maintenant, nous voyons à quelle vitesse la technologie se développe et à quelle vitesse l'amour disparaît en même temps. 

On en est venu au point où la colère et la discorde entre les peuples voisins sont proclamées comme étant la norme. C'est maintenant un sujet de parade, les gens s'y épanouissent.

Si nous sommes de vrais chrétiens et que nous ne nous appelons pas simplement comme tels, nous devons combattre résolument toute manifestation de péché en nous sans nous justifier par le fait que tous les autres le font.

Si nous ne bloquons pas le péché et n'aidons pas les autres à le faire, ces restes d'amour, que possèdent certains dévots de la vertu et grâce auxquels le temps de l'apocalypse est reporté, seront rapidement détruits.

Amen !

Sermon de l'archimandrite Markell (Pavuk), père spirituel du séminaire et de l'académie théologiques de Kiev.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après ORTHOCHRISTIAN

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 23:53
L’abus spirituel atteint les fondamentaux de l’âme
Pour le dominicain Gilles Berceville, qui enseigne la théologie spirituelle à l’Institut catholique de Paris, la crise actuelle doit amener à réfléchir à l’abus spirituel.
Dans sa Lettre au peuple de Dieu, le pape lie abus sexuels, abus de pouvoir et abus de conscience. Comment l’expliquez-vous ?

Père Gilles Berceville : Il ne faudrait pas réduire ces abus à des agressions sexuelles. L’agression commise par un prêtre n’est pas uniquement sexuelle. Elle est souvent le symptôme qui révèle quelque chose de plus profond : l’abus spirituel.

Comment le définir et pourquoi est-il si grave ?

P. G. B. : C’est une forme très spécifique d’abus de conscience car il est exercé par une personne ayant autorité morale ou religieuse. Lorsque l’abuseur agit au nom d’un principe absolu, que la personne maltraitée elle-même reconnaît comme absolu (Dieu, l’Amour…), il vient ébranler les fondamentaux mêmes de la psyché. Ce qui structure l’esprit humain, lui donne sa cohérence et lui permet de se confier est atteint. Or, sans confiance, on est mort, comme l’enseigne saint François de Sales.

Voulez-vous dire que la confiance est au fondement même de l’être humain et que cette confiance de fond est atteinte dans l’abus spirituel ?

P. G. B. : Oui, l’être humain naît en situation de dépendance. Le consentement à la vie suppose la confiance. Il suppose que l’on croie à la « promesse de l’aube ». Or l’abuseur vient toucher à cet intime de l’intime, à « la fine pointe de l’âme » qui est le lieu de la confiance et de la foi, comme le dit encore saint François de Sales.

Le père Stéphane Joulain l’a rappelé dans sa récente audition au Sénat : les croyants sont structurés de telle manière qu’ils pensent que l’existence a un sens, que le monde est bon et que les gens à leur égard sont bienveillants. En un mot, ce sont des gens qui font confiance.

Or, le prêtre abuseur détourne les fondamentaux de la confiance à son propre usage. C’est la pire des manipulations, l’emprise spirituelle : prendre la place de Dieu dans l’esprit de l’autre, se saisir de sa foi. Lorsque la personne s’en rend compte, c’est un choc terrible parce qu’elle ne sait plus à qui ou à quoi se fier. Or c’est la grande question à laquelle les religions prétendent répondre : nous dire ce qui est digne de notre foi. La souffrance causée par l’abus spirituel est l’une des causes les plus importantes de l’athéisme.

C’est pour cela que la crise des autorités que nous traversons semble sans précédent, parce qu’elle est mondialisée. Même si on n’a pas soi-même été victime d’un abuseur ou subi un système abusif, lorsque les autorités morales ou religieuses s’avèrent défaillantes, la confiance est mise à l’épreuve. Bien sûr, chacun est appelé à regarder au-delà des personnes ayant autorité pour se référer à l’instance ultime, non pas le pape et les évêques par exemple, mais Dieu. Tous cependant n’ont pas les moyens de le faire. Dans cette crise, comment les gens peuvent-ils donc vivre la confiance ?

Est-ce pour cela que l’Église a tant peur du scandale, qui peut ébranler la foi des fidèles ?

P. G. B. : Il faut toujours se demander de quoi nous parlons lorsque nous disons « l’Église ». Entendons par là « le peuple de Dieu », comme le pape nous y invite. Mais je ne crois pas que lorsqu’un supérieur couvre un prêtre abuseur, son problème soit vraiment les fidèles. Si c’était vraiment leur souffrance qui était première, il n’y aurait pas eu ces scandales. Lorsque j’ai lu la Lettre de François au peuple de Dieu, j’ai enfin respiré car ses premières paroles sont pour « la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir, d’abus de conscience commis par un nombre important de clercs ». Il est enfin question d’eux.

Y aurait-il abus spirituel dès lors que l’Église voudrait imposer sa vérité à la conscience de l’autre ?

P. G. B. : Oui, si on l’empêche d’exercer sa conscience. C’est-à-dire de s’interroger librement sur ce qu’il est bon de faire. Il ne faut pas confondre autorité et pouvoir. L’abus spirituel est toujours un abus de pouvoir. On peut exercer un abus de pouvoir sans avoir d’autorité : celui qui détourne un avion a un pouvoir sur les otages mais aucune autorité sur eux. À l’inverse, une personne ayant autorité morale ou religieuse peut avoir très peu de pouvoir coercitif ; et c’est tant mieux dans l’Église, car le service de l’autorité se doit de respecter la liberté de l’autre. L’autorité a pour vocation d’aider les personnes à référer leur existence à ce qu’elles reconnaissent elles-mêmes comme bon. Bien sûr, il faut éclairer les consciences. La liberté religieuse n’est pas absolue au sens que je ne peux croire à n’importe quoi ; j’ai un devoir de chercher la vérité et de m’y conformer. Mais le service de l’autorité est toujours au service de l’autre, dans le plus grand respect de sa conscience.

L’abus spirituel ne s’enracine-t-il pas, précisément, dans un déni d’altérité ?

P. G. B. : Si, tout à fait. L’Église parle au nom de Dieu, et elle est là pour le faire. Mais c’est aussi pour cela qu’elle doit garder le sens de la sainteté de Dieu, c’est-à-dire de son altérité. Garder à la conscience que Dieu est autre. Surtout quand on pense défendre sa cause, ou ses commandements… La tentation est immense de s’accaparer Dieu. Parce que nous nous référons à Jésus, qui a dit : « Je suis la vérité », l’Église a l’énorme prétention de servir l’absolu. Mais si cet absolu qui s’est incarné, nous ne le présentons pas comme humilité, pauvreté radicale, alors nous sommes des grands abuseurs.

Recueilli par Céline Hoyeau (La Croix)
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