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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 22:55
René Girard

René Girard

René Girard par Michel Zink

René Girard n’était pas docile. Mais il était fidèle. Il est revenu à la foi et à lÉglise de son enfance. Non par sentimentalisme ou par élan mystique. C’était un rationaliste. Il y est revenu parce que sa théorie ly ramenait. Il sest converti lui-me.

Son œuvre est aujourdhui universellement connue. Elle fait lobjet de travaux innombrables : cette année seulement, un livre de Bernard Perret en France et une biographie américaine due à Cynthia Haven.

. René Girard a une aversion spontanée envers tous ceux qui font trop grand cas de leur propre personne. C’est un moraliste. Le premier obstacle à la découverte de la vérité est pour lui lorgueil :

« Dès que le sujet désirant perçoit le rôle de limitation dans son propre désir, il doit renoncer au désir ou renoncer à son orguei3. » Certains entendront dans cette phrase une tonalité religieuse. Ils auront raison. Non seulement parce que depuis saint Augustin, lorgueil est considéré comme la source de tout pécet la racine de tous les mau4.

Mais aussi  parce que  cette phrase, sous la  plume de  René  Girard, prélude à une méditation sur le Christ, fondée sur Les Démons de Dostoïevski et sur certains passages de Nietzsche, méditation qui prépare elle-me la conclusion de louvrage, dont le point de départ est un commentaire prodigieux de lépisode déconcertant du démoniaque de Gérasa dans lÉvangile de Marc.

Épisode déconcertant, mais sur lequel René Girard ne cessera de revenir et qui deviendra un point dancrage de sa pensée. Son livre sur la littérature sachève par une réflexion sur lenseignement du Christ. La pensée girardienne est déjà présente de son origine à son aboutissement.

La littérature a permis à René Girard de démentir les tories qui ne font pas appel au mimétisme. Reste à montrer que la théorie du mimétisme sapplique de façon universelle. Cette démarche, dordre anthropologique, est en 1972 celle de La Violence et le Sacré.

Pour René Girard, les mythes des diverses civilisations ne sexpliquent ni par la théorie psychanalytique ni par la mise au jour de structures dont le fonctionnement commanderait lorganisation sociale et ses représentations,  quoi  quen  disent  les  deux  observateurs prodigieusement perspicaces que sont à ses yeux Freud et Lévi-Strauss, le second ayant droit à des amabilités et à des prudences de langage auxquelles notre auteur sastreint rarement. René Girard est convaincu que les mythes gardent la mémoire dévénements réels.

De quels événements réels les mythes conservent-ils un souvenir déformé,   et   pourquoi   ce   souvenir   est-il   déformé ?   Incapables didentifier la violence mimétique qui sexacerbe inexorablement, puisque plus les adversaires se ressemblent, plus ils sopposent, et inversement, les sociétés, menacées par elle, désignent comme son responsable un individu ou un groupe, quelles chassent ou tuent.

Comme tous se sont unis contre cette victime émissaire, la paix revient provisoirement. Cet effet bénéfique, on lattribue aussi à la victime sacrifiée, quon sacralise en même temps quon la rejette et quon invoquera dès lors chaque fois que la violence mimétique reparaîtra, comme elle ne manquera pas de le faire. Le sacré senracinerait donc toujours dans la violence et pratiquerait toujours une violence supposée purificatrice.

C’est ainsi que naîtraient et que sexpliqueraient les mythes de toutes les civilisations.

Mais aucun de ces mythes n’avoue ce processus. Tous au contraire le dissimulent, puisque tous, de celui dŒdipe aux mythes amérindiens, reproduisent le point de vue des persécuteurs, persuadés de la culpabilité de la victime émissaire, qui n’est plus là pour présenter sa version des faits ou qui se laisse persuader de sa culpabilitécomme Œdipe.

 

Dans le langage courant, on parle de « bouc émissaire ». Cette expression, qui donnera son titre à un livre ultérieur de René Girard, est éclairée par le mot grec φαρμακος, qui désigne un sorcier maléfique mais aussi guérisseur.

La traduction grecque de la Bible, dite des Septante, lapplique au bouc que, dans le Lévitique, on charge de tous les péchés du peuple dIsraël avant de lexpulser et de le chasser dans le déser6.

Or, la Bible ne dissimule pas que ce bouc, qui purifie la communauté de ses péchés en les emportant au loin, est lui-me innocent. La Bible sait et révèle que le bouc émissaire est innocent.

Parmi tous les mythes, toutes les religions et toutes les croyances du monde, la Bible a loriginalité de raconter lhistoire du point de vue des victimes, de faire entendre leur voix, de se prolonger dans une religion, le christianisme, qui fait de Dieu incarné une victime et qui place dans sa bouche un enseignement révélant « des  choses cachées  depuis la  fondation du monde », comme le dit lÉvangile de Matthie7.

Cette révélation, selon René Girard, est que lorigine de la violence est dans la rivalité mimétique,  que  la  victime  émissaire  est  donc  innocente  et  que  la violence dont elle est lobjet est injuste et inutile. 

La Bible fait entendre la voix des victimes et clame leur innocence.  Elle  répète  que  la  justice  est  du  côté  du  faible  et  de lopprimé,  de  lhumilié  et  de  loffensé.  

« Un  pauvre  a  crié,  Dieu écoute » : les psaumes ne cessent de faire entendre ce cri. Et, plus fort que tous les cris, retentit le silence de lagneau mené à labattoir, le silence de la dégradation absolue, le silence de celui qui endure depuis toujours le mépris, sans beauté, sans apparence, à qui on arrache la barbe et qui ne détourne pas son visage des outrages et des crachats, le silence du serviteur souffrant dIsaï8, préfiguration du Christ, comme lest aussi le supplicié outragé du psaume 21.

Cette double préfiguration, ce   n’est   pas   René   Girard   qui   linvente.  Elle   est   explicitement revendiquée par les Évangiles, qui scandent le récit de la Passion par des citations du psaume 21 pris à lenvers, jusquà son premier verset qui devient  la  dernière  parole  du  Christ  en  croix :  « Eli,  Eli,  lamma sabacthani ? Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné 9 ? », parole de souffrance et de déréliction qui, selon la philosophe Simone Weil, « est la preuve quil y a dans le christianisme quelque chose de divin ».

Quant à la préfiguration du Christ dans la figure du serviteur souffrant, elle est tout aussi explicitement revendiquée au début des Actes des Apôtres dans lépisode de la conversion de leunuque de la reine Candace par Philippe, qui lui explique le texte dIsaïe (« Comme une brebis il a été conduit à la boucherie, comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre pas la bouche, dans son abaissement la justice lui a été dénié10 »).

Elle lest aussi dans lÉvangile de Matthieu, qui se réfère toutefois, non au martyre accepté par le serviteur, mais à son refus de triompher de la faiblesse par la force (« Il ne brisera pas le roseau froissé, il néteindra pas la mèche qui vacill11 »).

 

En revanche, ce qui dans lAncien et dans le Nouveau Testament n’avait jamais paru jusque là explicite à personne, ni aux exégètes, ni aux biblistes, ni aux théologiens, ni aux historiens des religions, ce que René Girard affirme seul face à ces nouveaux rivaux mimétiques, c’est que la lente maturation de la Bible sacheminait tout entière vers la révélatioque toute violence est mimétique et quelle sexerce aux dépens dune victime émissaire innocente.

Cette révélation, René Girard en trouve dans les Évangiles lexpression complète et elle constitue pour lui le message même du Christ.

Il met au jour ce message partout, avec une virtuosité confondante dans la pratique de lexplication de texte. Fondamentalement, il voit dans le commandement premier du christianisme   « Tu   aimeras   ton   prochain   comme   toi-m12 » léquivalent, sous une formulation positive, des interdits détaillés par le dernier commandement du Décalogu13, qui se résume en : « Tu ne désireras rien qui appartienne à ton prochain », ce qui est pour René Girard une façon de  dire :  « Tu n’entreras pas en conflit avec  ton prochain en partageant son désir. » Il écrit : « Le prochain est le mole de nos désir14. »

Et il en tire des conclusions radicales touchant linfluence du christianisme sur lhistoire de lhumanité.

Relevant le contraste entre les passages où Jésus, « doux et humble de cœu15 », dit apporter la paix et ceux où il annonce quil provoquera, jusquau sein des familles, des dissensions entraînant des persécution16, René Girard suppose que Jésus a dabord pensé quil lui suffirait de révéler lorigine mimétique de la violence pour la faire disparaître avant de constater que ce n’était pas le cas et que son enseignement, à demi reçu sans être vraiment compris, aurait au contraire dabord pour effet dexacerber cette violence en ébranlant la croyance au mythe de la victime émissaire et en interdisant lapaisement temporaire de la violence quelle procure.

De fait, dit René Girard, partout où le christianisme sest implanté, aucun mythe nouveau lié à la victime émissaire n’a pu prendre corps, mais les violences contre elle se sont au contraire amplifiées. La mémoire de ces violences ne sest plus conservée à travers des mythes qui les travestissent et les voilent, mais ouvertement dans des récits de persécution qui les justifient.

Il prend pour exemple, dans Le Bouc émissaire, le prologue dun poème de Guillaume de Machaut, Le Jugement du roi de Navarre, qui, faisant sienne la rumeur qui courait à lépoque, accuse les Juifs davoir provoqué la grande peste de 1348 en empoisonnant les puits. Mais le récit de persécution n’a pas lefficacité du mythe.

Il peut être mis en doute. René Girard, sil en avait eu le loisir, aurait pu signaler que, quelques  années  seulement  après   Machaut,  le   chroniqueur  Jean Froissart  sindigne  au  contraire  des  accusations  absurdes  et  des violences criminelles exercées contre « les pauvres Juifs », contraints de « se réfugier sous laile du pape », Clément VI les ayant accueillis dans ses États avignonnais pour les soustraire aux persécutions. 

Je m’égare à nouveau. Pourquoi étais-je, il y a plus de trente anssi ému de voir et découter René Girard en chair et en os ? Parce que sa théorie me séduisait, comme tant dautres, mais surtout parce quil me faisait entendre la voix de la liberté.

Dans les années 1970 et 1980, il fallait une liberté et une audace peu communes pour prendre au sérieux les auteurs, les textes, les mythes, les peuples, pour ne pas les manipuler avec les pincettes condescendantes des sciences sociales, pour ne pas considérer  a  priori  quils  ne  comprennent  pas  ce  quils  disent  ni pourquoi ils le disent et que nous sommes bien obligés de penser à la place de ces demeurés :

« Nous rejetons sans hésiter le sens que lauteur donne à son texte. Nous affirmons quil ne sait pas ce quil dit. À plusieurs siècles de distance, nous autres modernes le savons mieux que lui et nous sommes capables de rectifier son dir19. »

Mais la

Discours intégral

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 22:55
Lire la Bible dans le judaïsme
Quelle place occupe l’étude de la Bible dans le judaïsme ?

La Bible hébraïque est une collection de livres généralement répartis en trois parties : la Torah (que les chrétiens connaissent sous le nom de Pentateuque, correspondant aux cinq premiers livres de l’Ancien Testament), les Prophètes et les Écrits. L’étude de ces textes occupe une place centrale dans le judaïsme. « Mais lire la Bible ne suffit pas : il faut l’interpréter », précise Gilbert Werndorfer, auteur d’un récent ouvrage de vulgarisation sur cette religion (1).

Pour Philippe Haddad, rabbin de la synagogue de la rue Copernic à Paris, l’exégèse juive nourrit trois visées différentes : « Tirer de la Bible un mode de vie, en tirer des rituels… et l’étude pour l’étude ! » Ce rabbin affirme en effet que l’étude d’une parole considérée comme ayant été inspirée par Dieu revêt une valeur en soi : « Avec les bonnes actions et la prière, l’étude de la Bible est l’une des trois principales manières de servir Dieu. »

L’exégèse est-elle réservée à quelques-uns ?

Nul besoin d’être rabbin pour se risquer à des interprétations de la Torah. Hommes et femmes, jeunes et vieux, savants et ignorants, juifs et non-juifs peuvent étudier la Bible hébraïque, qui s’adresse à l’ensemble de l’humanité – contrairement à la Loi (« Halakha »), que seul le peuple d’Israël est tenu d’appliquer. 

« Tant qu’elle reste dans la cohérence de la Bible, toute interprétation est légitime ! », insiste Philippe Haddad, membre du courant libéral du judaïsme français.

Quand on pense à l’exégèse juive, vient souvent à l’esprit l’image de ces « yeshivot », nombreuses en Israël, où seuls des hommes de plus de 13 ans étudient les textes sacrés du judaïsme, sous la direction d’un maître. Or dans ces centres, ce n’est pas tant la Torah qui est étudiée que le Talmud, compilation de commentaires rabbiniques sur la Bible.

Qu’est-ce que le Talmud ?

Pour les sages juifs, à côté de la Torah écrite existe aussi une ­Torah orale, révélée par Dieu à Moïse puis transmise à travers les générations. Celle-ci a été mise par écrit vers 220 av. J.-C. à Tibériade : c’est la Mishna (« répétition » en hébreu).

Ensuite, jusqu’au VIIe siècle, elle fut enrichie de la Guemara (« complément » en araméen). La Mishna et la Guemara donneront naissance au Talmud (« étude »), compilé sur plusieurs siècles et en deux lieux principaux : la Galilée (Talmud dit « de Jérusalem », terminé au IVe siècle) et la Mésopotamie (Talmud dit « de Babylone », terminé au VIe siècle).

Mettant à mal le principe selon lequel la Bible, texte sacré, ne saurait être touchée, le Talmud constitue l’une des premières entreprises d’herméneutique moderne. Dialectique permanente, faisceau de discussions entre des sages ayant parfois des avis contradictoires, cette œuvre monumentale n’a rien d’un texte normatif qui donnerait une interprétation univoque de la Loi.

Qu’est-ce que le midrash ?

Issu de la racine drsh en hébreu (« examiner »), ce terme recouvre deux réalités différentes : l’une des plus libres des méthodes d’exégèse du judaïsme, et un ensemble de commentaires rabbiniques de la Bible, à distinguer du Talmud. Cette littérature s’étend depuis la chute du second Temple (en 70) jusqu’au XIVe siècle.

Au début du Moyen Âge, le midrash se divise en deux branches : le midrash halakha (qui scrute les versets des textes législatifs de la Torah, et a une portée plutôt juridique) et le midrash haggada (de portée plus morale, et dont le style est parfois qualifié « d’improvisation poétique »).

Car, au-delà de la législation, les rabbins s’attachent à forger l’âme du peuple juif et développent toute une littérature faite de maximes, de légendes et d’enjolivements du récit biblique : c’est la haggada (« récit »).

Quelle marge de liberté pour interpréter la Bible ?

« Les sages ne considéraient pas seulement la Bible comme un récit de la Révélation divine dans le passé, mais comme un texte s’adressant aux hommes du temps présent avec leurs interrogations et leurs préoccupations », énonce le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme (Cerf).

Autrement dit, si la Loi reste la Loi et que nul ne peut la changer, on peut la comprendre différemment selon l’époque à laquelle on vit.

Une telle appropriation du texte relève presque du devoir du croyant. « Tout ce que Dieu donne, dans la foi juive, n’est pas voué à être maintenu tel quel, mais travaillé, bonifié, rappelle le rabbin Philippe Haddad. Le texte biblique se doit d’être questionné, voire critiqué, à l’aune de la subjectivité et de la culture de chacun. »

Pour le philosophe Emmanuel Levinas, qui était aussi talmudiste, le sens profond du texte se trouve toujours « au-delà du verset », et l’on ne peut enfermer le texte dans une seule interprétation : c’est ce qu’il a appelé la « lecture infinie ».

« L’interprétation de la Torah ne peut être qu’insolente et impertinente, ce qui ne veut pas dire irrespectueuse », renchérit Gilbert Wern­dor­fer, paraphrasant le Talmud. Cet « esprit » de l’exégèse juive a participé de la vitalité du judaïsme rabbinique autant que de ses divisions : celles-ci sont souvent nées de désaccords d’interprétation.

Quel regard l’Église porte-t-elle sur l’exégèse juive ?

Au cours de l’histoire, et en particulier au Moyen Âge, le Talmud a fait l’objet de nombreuses condamnations de l’Église catholique, en raison de commentaires perçus comme blasphématoires sur Jésus et le christianisme.

Ainsi, en 1242, le premier procès du Talmud s’est conclu par la crémation de 24 charrettes remplies de manuscrits talmudiques sur la place de Grève, à Paris.

Mais de nos jours, « le principe de la possibilité d’un éclairage des textes évangéliques par les traditions rabbiniques n’est guère mis en doute », estime le père Michel Remaud (2).

Depuis la deuxième partie du XXe siècle, après la déclaration du concile Vatican II Nostra aetate sur les rapports entre l’Église catholique et les autres religions, le recours à des sources juives est de plus en plus fréquent pour l’exégèse et la théologie chrétiennes.

Mélinée Le Priol

 

(1) Le Petit Guide du judaïsme, Cerf, 216 p., 18 €. (2) « Jean et les traditions juives anciennes sur l’Exode : dépendances et oppositions », dans la Nouvelle Revue théologique, avril 2005.

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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 22:55
Le miracle de l'homme à la jambe coupée connu sous le nom de miracle de Calenda

Dans l'histoire des miracles chrétiens celui-ci est unique car il n'a pas besoin de médecins pour dire qu'une guérison est miraculeuse "dans l'état actuel des connaissances scientifiques". Un homme avait été amputé d'une jambe et plus de deux après un matin il la retrouve comme si elle lui avait été regreffée! La véracité du fait a été attesté dans les minutes du procès qui fit témoigner tous ceux qui avaient vu l'état de l'homme avant et après le miracle.

Résumé

« En 1637, un employé agricole, Miguel Juan Pellicer (1617-1647), né à Calanda dans une famille de sept enfants,  tombe d'un attelage, à Castellon de la Plana.

Une roue lui brise la jambe droite, écrasant « le tibia en son milieu » (article 7 du Procès, cité par Deroo, 1977, 24). Il est admis à l'hôpital de Valencia le 3 août 1637 puis transféré à l'hôpital royal de Saragosse au début d'octobre.

Réduit à la mendicité, il essaye différents remèdes pour guérir, en vain. A la fin d'octobre, il est amputé « quatre doigts au-dessus du genou ».

Il quitte l'hôpital au printemps 1638 et retourne vivre à Calanda, parmi les siens. 

Le 29 mars 1640, il s'endort dans la chambre de ses parents. Peu après, son père découvre que deux pieds dépassent de la couverture : sa jambe amputée est revenue !

Un procès canonique débute le 5 juin 1640. Le 22 avril 1641, la municipalité de Calanda choisit Notre-Dame du Pilar comme patronne.

Le 27 avril suivant, Mgr Apaolaza, archevêque de Saragosse, déclare : « Nous disons, prononçons et déclarons que Miguel Juan Pellicer (...) a récupéré miraculeusement la jambe droite qui auparavant avait été amputée ; cette restitution n'est pas l’ oeuvre de la nature, mais a été opérée d'une manière admirable et miraculeuse et doit être enregistrée comme un miracle »...

D'après le Dictionnaire des Apparitions 
Du P. Laurentin, Fayard 2007

Le miracle de l'homme à la jambe coupée connu sous le nom de miracle de Calenda

Récit du miracle

Le 29 mars 1640, contrairement à ses habitudes, Miguel-Juan Pellicer ne quitta pas Calanda. Comme en témoignèrent ses parents et d’autres personnes, il se munit ce jour-là d’une houe, d’un couffin, et se rendit avec son âne jusqu’à l’aire où s’amoncelait du fumier, qu’il fallait ramener dans la cour de la maison.

Avec l’aide d’une de ses jeunes sœurs, âgée de dix à onze ans, il transporta neuf charges sur le dos du bourricot (Article 19 du procès).

Le même jour, des troupes de passage dans la région devaient bivouaquer à Calanda. C’étaient des cavaliers qui se virent attribuer des billets de logement par les soins du notaire royal, Lazario Macario Gomez.

L’un des soldats fut dirigé sur la maison des Pellicer qui lui donnèrent la petite chambre où dormait habituellement leur fils Miguel-Juan.

A ce soldat, comme à d’autres, ainsi qu’il le faisait souvent avec des voisins, le garçon fit voir et toucher sa jambe coupée.

Il revenait, harassé du travail qu’il avait accompli avec sa petite sœur et, sans doute n’était-il qu’à moitié satisfait de constater que son lit serait occupé la nuit suivante par le militaire que devaient loger ses parents (Article 20 du procès).

S’étant donc allégé de sa jambe de bois, il commença à prendre part à la veillée de ce 29 mars 1640, avec ses parents et d’autres familiers de la maison, parmi lesquels le jeune Bartolomé Ximeno et un ménage voisin, Miguel Barrachina et sa femme Ursula Means.

Vers les dix heures, très fatigué et souffrant plus que d’habitude, Miguel-Juan quitta la compagnie et, aidé par sa mère, s’installa tant bien que mal sur une couchette sommaire que l’on avait aménagée dans la chambre de ses parents.

Allongé sur sa paillasse de fortune, il n’avait, en guise de couverture, qu’un manteau, trop court pour l’envelopper de la tête aux pieds.

Après avoir prié, en invoquant selon son habitude Notre-Dame del Pilar, il ne tarda pas à sombrer dans le sommeil.

Ses parents et leurs voisins, ainsi que le soldat qui s’était joint à eux, ne prolongèrent guère la veillée et bientôt Miguel Barrachina et Ursula Means rentrèrent chez eux (Article 21 du procès).

Aussitôt, Maria Blasco s’en fut vers sa chambre et, jetant en passant un regard vers le coin où reposait son fils, laissa échapper une exclamation de stupeur : de dessous le manteau qui couvrait son fils, deux pieds dépassaient.

Selon un récit rédigé dès 1641 par un médecin allemand, Petrus Neurath, qui séjournait alors à Saragosse, la femme se serait imaginé tout de suite que la place de son fils aurait été prise par un soldat. 

Aussi appela-t-elle son mari, déjà alerté par le cri d’étonnement qui était parvenu à ses oreilles.

Les témoignages du procès ne donnent pas ce détail, mais ils montrent le père et la mère se rejoignant à l’entrée de leur chambre, la femme criant qu’elle voit deux jambes, le mari soulevant le manteau, reconnaissant son fils, dont la jambe, coupée jusqu’alors, était entière et saine, bien que, cependant, le pied eût les orteils recourbés et comme morts.

Tandis que l’un et l’autre s’extasient devant ce spectacle invraisemblable, ils remarquent que le lieu où ils se trouvent est comme imprégné d’un parfum suave qui flotte dans l’air qu’ils respirent.

Jusque-là, malgré leurs exclamations leur fils ne s’est pas éveillé.

Le père le secoue et, dès qu’il ouvre les yeux, lui fait prendre conscience qu’il possède à nouveau deux jambes. 

Miguel-Juan, émerveillé, ne sait que répondre lorsque ses parents, naïvement, lui demandent s’il sait comment cela s’est produit.

Comment le saurait-il ? Tout ce qu’il peut dire, c’est que, en se couchant, il s’était recommandé avec ferveur à Notre-Dame del Pilar.

Puis, endormi, il s’était vu en rêve dans la sainte chapelle de Saragosse, oignant, de l’huile des lampes allumées devant la Vierge, son moignon endolori.

Si nous en croyons ce que Petrus Neurath raconte, le père aurait alors répondu : «rends grâces à Dieu, mon fils, sa sainte Mère t’a rendu ta jambe».

Comment le jeune homme aurait-il pu en douter ? Pour lui, il était clair que la Vierge avait apporté et réajusté la partie de jambe qui lui avait été coupée, deux ans et cinq mois auparavant.

Et sa mère, déposant au procès, ajoutait à son récit que Miguel-Juan considérait que le prodige s’était accompli pour qu’il pût mieux servir la Madone, et, en même temps, être le soutien de ses parents (Article 22 du procès).

Pendant que tout cela se déroulait dans la chambre, le jeune Bartolomé Ximeno qui s’était attardé dans la cuisine, se demandait ce que signifiaient les cris dont les échos lui parvenaient. Il en eut l’explication tout de suite.

Les parents de Miguel-Juan l’appelèrent, en effet, et lui demandèrent d’aller quérir les voisins avec lesquels ils avaient passé la soirée.

Chez Miguel Barrachina, le garçon trouva porte close, et dut insister pour qu’on lui ouvrît, les gens s’étant couchés sitôt rentrés chez eux. Barrachina suivit son guide chez les Pellicer et fut frappé d’étonnement en entendant dire que Miguel-Juan avait retrouvé la jambe réduite, si peu de temps auparavant, à l'état de moignon.

N’en pouvant croire ses yeux, il palpa le membre restitué, tout en écoutant le jeune homme raconter les circonstances dans lesquelles les choses s’étaient passées.

Miguel Barrachina se précipita ensuite chez lui, appela sa femme, lui criant que Miguel-Juan avait deux jambes.

Ursula Means, matrone de cinquante ans, à qui, vraisemblablement, il ne fallait pas en conter, répartit qu’il était bien impossible qu’il les eût, cela n’était que plaisanterie.

Viens donc, rétorqua l’homme, passe chez les voisins, et tu verras.

Emboîtant le pas à son mari, Ursula Means remarqua tout de suite que Maria Blasco se livrait à de grandes manifestations de joie et, entrant dans le logement, dut se rendre à l’évidence (Article 23 du procès).

Devant les voisins, Miguel-Juan Pellicer, examinant sa jambe droite, fit observer qu’elle portait un certain nombre de traces de cicatrices qui la marquaient avant qu’elle ne fût coupée.

On remarquait nettement — et le texte du procès mentionne : elles se voient encore présentement — la trace de la blessure produite lorsque la jambe avait été écrasée par le chariot, à Castellon de la Plana, puis d’autres cicatrices, dans le mollet en particulier, souvenir de profondes écorchures faites lors de courses en montagne, à l’âge de l’adolescence.

A ces signes, il apparaissait que la jambe, récupérée au cours de cette nuit, était exactement la même qu’on avait coupée à l’hôpital Notre-Dame de Grâce de Saragosse (Article 24 du procès).

On devine que la présence de ces traces de cicatrices fit l’objet d’examens de la part de tous ceux qui, au procès, pouvaient donner leur avis à leur sujet.

Outre les parents qui connaissaient l’état de la jambe de leur fils avant l’amputation, deux hommes exprimèrent leur sentiment sur ce point : un paysan de Calanda, Nicolas Calvo, et surtout l’assistant en chirurgie, Juan Lorenzo Garcia qui, on s’en souvient, avait, après l’opération, enterré dans le cimetière de l’hôpital le membre coupé (Article 30 du procès).

Etait-il possible, tant de mois après cette inhumation, de tirer quelque chose d’un examen de la jambe livrée à la terre ?

... On ne sait pour quelle raison des recherches furent faites dans le cimetière de l’hôpital, à l’endroit qu’indiqua Juan Lorenzo Garcia.

Ce fut en pure perte, on ne trouva de la jambe coupée aucune trace.

Un chroniqueur de l’époque en a témoigné, l’annaliste Dr José Pellicer y Tovar, historiographe royal, qui, dans son aviso du 4 juin 1640, à la veille de l’ouverture du procès canonique, a fait état du miracle de Calanda, en soulignant que l’événement était alors de notoriété publique.

Ce fut évidemment Calanda même qui fut affecté profondément par le prodige.

Au matin du 30 mars, le vicaire Juseppe Herrero, qui avait été alerté au cours de la nuit, se rendit chez les Pellicer, entraînant à sa suite un cortège d’habitants dont la curiosité était compréhensible.

Ce cortège revint bientôt sur ses pas, conduisant vers l’église paroissiale Miguel-Juan Pellicer et ses parents, qui assistèrent à une messe d’actions de grâces pour l’insigne bienfait obtenu durant la nuit. Miguel-Juan Pellicer se confessa et communia (Article 25 du procès).

Tous ceux qui participèrent à cette manifestation paroissiale notèrent un détail qui doit être retenu, et à propos duquel les enquêteurs du procès consacrèrent un article spécial.

On avait observé que Miguel-Juan Pellicer s’était rendu à l’église de Calanda en s’aidant encore d’une béquille, parce qu’il ne pouvait pas appuyer d’une manière ferme son pied droit sur le sol.

Il a été dit plus haut qu’en regardant ce pied, le père en avait vu les orteils retournés et comme morts.

Petrus Neurath fait remarquer à ce sujet que «la très sainte Vierge, pour fixer davantage l’attention sur ce miracle, avait laissé le pied mal tourné».

Il fallut environ trois jours pour que, progressivement, une chaleur naturelle pénétrât la jambe et le pied droits.

Dès lors, les orteils recroquevillés se redressèrent, la chair prit sa teinte normale, perdant les marbrures violacées qui la couvraient, marbrures constatées par le chirurgien Juan de Rivera et signalées par lui dans sa réponse à l’enquête.

Peu à peu, le pied allait retrouver sa souplesse et le jeune homme pourrait le remuer à sa guise (Article 26 du procès).

En attendant, et bien que sa démarche demeurât hésitante, parce qu’il ne pouvait pas encore appuyer complètement sur le sol le talon de sa jambe droite, Miguel-Juan Pellicer ne tarda pas à se rendre à Saragosse, en un pèlerinage d’actions de grâces.

Ses parents l’accompagnèrent (Article 27 du procès).

En cours de route, le jeune homme était l’objet d’une intense curiosité de ceux qui réussissaient à l’approcher.

La rumeur publique avait propagé la nouvelle du prodige. Dans l'une des localités que traversèrent les pèlerins, un chirurgien, désireux de s’assurer de la réalité de ce qu’on lui avait raconté, ne se priva pas d’examiner la jambe ressuscitée, mania le pied, donna même un coup de lancette au talon, vérifiant ainsi qu’on ne colportait pas des racontars fantaisistes.

Extrait de l'homme à la jambe coupée de l'Abbé André Deroo 
 

Le miracle de l'homme à la jambe coupée connu sous le nom de miracle de Calenda

... un fait rapporté par l’Histoire : la jambe « miraculée » était plus courte de quelques centimètres que l’autre et elle l’a rejointe en taille au bout de quelques jours. Il y a une explication évidente : ayant été amputé vers ses 16 ans, le miraculé (âgé de 19 ans lors du miracle ) n’avait pas fini sa croissance.

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