Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 21:25
Réflexion historique  sur le mariage des prêtres
Levons d’emblée une confusion fréquente : jamais, ni dans l’Église catholique, ni dans les Églises orthodoxes, il n’a été question d’autoriser le mariage des prêtres.
 
Dans les deux cas, le débat porte sur l’ordination d’hommes (déjà) mariés.
 
Pour être tout à fait rigoureux, le mariage des prêtres a malgré tout existé dans l’Église catholique, mais seulement à deux moments bien précis de l’Histoire : au début de la Réforme puis sous la Révolution. Mais cette ouverture ne fut pas du fait de l’Église.
 
Comme l’écrit Jean Mercier, rédacteur en chef adjoint de La Vie. dans l’ouvrage de référence Célibat des prêtres, la discipline de l’Église doit-elle changer ? (Desclée de Broirwer, 2014). cette précision permet de dissiper un autre malentendu selon lequel l’obligation du célibat daterait du deuxième concile du Latran (1139) :
« Ce Concile ne fit que déclarer nul le mariage contracté par un clerc ;
On a donc fait que déclarer invalides des mariages prohibés selon une règle très ancienne qui était en vigueur en Occident comme en Orient, et qui l'est toujours neuf siècles plus tard, au moins chez les catholiques et les orthodoxes. »
 
La règle du célibat telle qu’on la connaît aujourd'hui a été imposée par l’Église au cours de la Réforme grégorienne, qui s'étend sur tout le XI* siècle, processus au terme duquel on cessa d’ordonner des hommes mariés.
 
Alors, que verrait-on si, à la faveur d'un saut dans le passé, on se promenait dans l'Eglise du premier millénaire ?
 
Des diacres, des prêtres et des évêques célibataires, bien évidemment. Mais aussi, parmi eux, des hommes mariés ordonnés par l’Église. On pourrait même croiser quelques papes mariés. Mais, à moins de pratiquer la langue de buis, ces clercs témoigneraient sans doute de quelques difficultés, l’Église leur demandant de ne pas avoir de relations sexuelles avec leur épouse.
 
« La première trace officielle d’une “loi” exigeant des clercs mariés la continence se trouve dans les canons du concile d'Elvire, qui eut lieu en Espagne, non loin de Grenade, autour de l’an 300 », rappelle Jean Mercier, qui s’appuie sur les travaux de Christian Cochini, un jésuite ayant établi que la continence sexuelle pour les clercs mariés fut une loi très ancienne.
 
Pour jauger la valeur évangélique du célibat, ces hommes cherchent à savoir quelle était la situation des apôtres, s’ils étaient mariés ou non : Jésus exige-t-il d’eux qu’ils soient célibataires ?
 
Or, dans les Écritures, il est établi que Pierre avait une belle-mère - guérie par Jésus -, donc une épouse, même si elle n’est pas explicitement mentionnée.
 
Mais il est également établi qu’en suivant Jésus, Pierre avait laissé tout ce qu’il avait : belle-mère, épouse, famille, travail.
 
« D'une certaine façon, analyse Jean Mercier, la suivance du Christ implique qu’il faille tout quitter pour être apôtre. En ce sens, le geste radical de Pierre apparaît comme un argument en faveur du célibat, comme si la vie conjugale-familiale et l’état précaire du disciple sur les routes de Galilée étaient incompatibles. »
 
Donc, notre voyageur temporel se promenant au XI* siècle ne manquerait pas d’observer une certaine pagaille.
 
« De plus en plus de clercs sont issus des écoles cathédrales et sont célibataires, décrit Jean Mercier. D’autres ont été ordonnés en étant déjà mariés et sont théoriquement astreints à la continence. D’autres encore sont officiellement célibataires mais vivent en concubinage, d’où les rappels des conciles locaux sur l’interdiction du “mariage des clercs”. »
 
C’est dans ce contexte un peu confus que le pape Grégoire VII décide de durcir la réforme grégorienne initiée par Léon IX, marquée par une lutte contre le clergé marié.
 
De manière générale, la réforme grégorienne est une réforme de purification et de séparation du pouvoir temporel et spirituel, Grégoire VII affirmant le second supérieur au premier.
 
Dans les faits, cela signifie que le pape est supérieur à l’empereur et qu’il peut le destituer, comme il peut « réduire un prêtre à l’état laïc ». C’est une bombe, car les princes ont l’habitude de faire la pluie et le beau temps parmi les évêques et les prêtres.
 
« Décréter que les clercs relèvent de l’ordre divin, qu’ils “appartiennent” au pape, est un acte politique majeur, analyse Jean Mercier. Il est aussi crucial de signifier aux clercs que leur obligation de loyauté va au pape et non au souverain. Lorsque Grégoire s’en prend aux prêtres mariés, on peut donc considérer qu’il agit autant pour des motifs spirituels que politiques. »
 
À la fin de la réforme grégorienne, la situation est la suivante : les clercs mariés ne peuvent plus célébrer la messe ni percevoir de revenus,et les fidèles doivent refuser les sacrements de ceux qui ne respectent pas la règle de la continence.
 
Certains feront  de la résistance, contractant malgré tout des mariages
privés après leur ordination, d'où la « sanction »de Latran II (1139) qui déclare nulles ces unions.
 
Et chez les protestants alors ?
 
Bon nombre de pasteurs se marient bien après leur ordination  !C'est que, dans le protestantisme,contrairement à la tradition catholique, l'ordination n'est pas un sacrement.
 
Luther, à l'origine moine  catholique célibataire, n'était pas à proprement parler un  militant du mariage des prêtres. Néanmoins,il était mal à l'aise avec le fait que l'Église catholique présente la vie religieuse comme la voie la plus royale de la sainteté par la pratique radicale de la chasteté, la pauvreté, l'obéissance.
 
« Luther affirme un principe révolutionnaire, note Jean Mercier : aucun état de vie ne permet de "mériter" le salut plus qu'un autre. 
 
L'abolition du célibat est d'autant plus aisée, pour Luther, qu'elle se double de l'abolition du sacerdoce ordonné : tous les baptisés sont ontologiquement prêtres. »
 
En réponse à la Réforme protestante, l'Église catholique convoque le concile de Trente (1563).
 
Certains clercs demandent alors un assouplissement de la règle du célibat, notamment la réintégration de prêtres mariés déjà ordonnés, mais c'est  le contraire qui se produit : non seulement on réaffirme la règle, mais on instaure le principe de séminaires comme lieux de formation pour célibataires.
 
Pourtant, une chose est de fixer une règle, une autre est de la faire entrer en application.« Au cours des XVIIème et XVIIème siècles abondent les délits de prêtres concu­binaires,note Jean Mercier. Un vicaire bourguignon est ainsi condamné à la pendaison en 1780 pour avoir tué l'enfant né de ses amours. La réalité est loin de correspondre à l'idéal défini lors du Concile. »
 
D'autant que, fin XVIIème siècle en France, la Révolution ouvre une parenthèse extraordinaire dans ce domaine, avec des vagues de mariages de prêtres.
 
En effet, sur fond de divisions entre le clergé qui accepte de prêter serment sur la Constitution de 1790 et celui qui refuse, le mariage des prêtres est autorisé dans la nouvelle Constitution de 1793, qui, en outre, ordonne la déportation des évêques qui s'y opposeraient. De l'autorisation au moyen de pression, il n'y a qu'un pas,et certains prêtres acceptent de se marier pour échapper à la guillotine.Il n'est pas rare de les voir épouser leur bonne de 80 ans,contractant un mariage blanc pour sauver leur vie.
 
À la fin de la Révolution, l'Église se retrouve alors à devoir statuer sur  le sort de près de 3000 prêtres mariés, dont certains veulent garder leur épouse...
 
Mais le débat sur le célibat sacerdotal n'est pas clos pour autant, bien au contraire.
 
« Le XXème siècle et ses grands basculements anthropologiques ont fait muter la figure du prêtre : d'être "séparé", il se sécularise, constate Jean Mercier. Le célibat, qui symbolise cette "mise à part",s'en trouve fragilisé.»
 
Pendant la Grande Guerre, puis la Seconde Guerre mondiale,les prêtres partagent le quotidien des laïcs. À leur retour, ils veulent rester proches des classes populaires car ils estiment que cela est plus cohérent en termes d'­évangélisation.
 
Les prêtres-ouvriers voient le jour. La soutane a du plomb dans l'aile...
 
Cinq ans avant l'annonce du concile Vatican ll, Pie XII publie l'encyclique Sacra virginitas où il réaffirme la nécessité du célibat, en exaltant par ailleurs la virginité des prêtres.
 
Marie-Lucile Kubacki
__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 22:56
Le psautier de saint Michel en Heidelberg datant du XIe siècle représente l’arche d’alliance avec, en dessous, le roi David entouré de musiciens

Le psautier de saint Michel en Heidelberg datant du XIe siècle représente l’arche d’alliance avec, en dessous, le roi David entouré de musiciens

Qu’est-ce que l’arche d’alliance ?

L’objet, antique, alimente depuis des millénaires les théories les plus passionnées. Mais que sait-on vraiment de l’arche d’alliance (ou Aron ha’Edout, « arche du témoignage », en hébreu), qui aurait disparu dans des circonstances énigmatiques au VIe siècle avant Jésus-Christ ?

Dans l’Ancien Testament, elle désigne le coffret qui aurait renfermé les précieuses tables de la Loi – les Dix Commandements –, taillées par Moïse et gravées par Yahvé lui-même sur le mont ­Sinaï. Sa mention biblique la plus détaillée remonte au Livre de l’Exode, alors que le prophète confie aux artisans nomades le soin de confectionner une caisse pour contenir « la charte » divine (Ex 25, 10-21).

Décrit avec précision, l’objet mesure « deux coudées et demie » – environ un mètre dix – et est assemblé « en bois d’acacia ». Entièrement revêtu d’or pur, il est entouré par une couronne dorée, elle-même munie de quatre anneaux servant à y engager les barres de transport. Deux chérubins ailés fondus reposent enfin sur son propitiatoire.

Selon la Tradition, l’arche d’alliance aurait protégé le peuple hébreu pendant ses quarante années d’errance dans le désert, après sa fuite d’Égypte et avant son arrivée en Israël.

Là, le roi Salomon aurait ensuite fait construire un temple pour l’entreposer. Après sa mise en place dans le sanctuaire, la Bible n’en fait pratiquement plus mention. Elle aurait donc pu être détruite au moment de la prise de Jérusalem par les ­Babyloniens, venus piller la Ville sainte en 586 avant Jésus-Christ. Mais cette hypothèse est loin de faire ­l’unanimité…

Que symbolise-t-elle ?

Trône visible du Dieu invisible, l’arche d’alliance est, selon le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme (1), « l’objet rituel le plus sacré de l’ancien Israël ». Elle symboliserait la présence active et mystérieuse de Dieu au milieu même de son peuple, tout en figurant aussi une dimension guerrière. « La tradition biblique associe l’arche avec les anciennes guerres de conquête d’Israël : sa présence devant les hommes était un signe que le Seigneur les précédait dans la bataille » (­Deutéronome 1,30-33), précise encore l’ouvrage.

Comme son origine et son histoire, son contenu prête aussi à de multiples débats. Outre les tables de la Loi, développant les instructions morales et religieuses divines reçues par le peuple élu, elle aurait aussi renfermé, selon l’Épître aux Hébreux (9,4), une urne d’or « contenant la manne (et) le ­bâton d’Aaron ».

« Sans s’imposer comme un absolu univoque, l’une des interprétations possibles consiste à dire que le bâton d’Aaron, qui a permis l’ouverture de la mer Rouge, symbolise la libération d’Égypte. La manne incarne la sollicitude de Dieu, qui nourrit et fortifie son peuple pendant sa marche dans le désert », explique le père Louis-Marie Coudray, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme à la Conférence des évêques de France.

Par la suite, les auteurs du ­Nouveau Testament verront dans la manne – « aliment spirituel » (1 Corinthiens 10,1-4) – une préfiguration de l’Eucharistie et dans l’arche, celle de Marie, qui donne naissance au « médiateur d’une alliance nouvelle » (­Hébreux 12,24), et qui est présentée, « dans la litanie de la sainte Vierge, comme nouvelle arche d’alliance, parce que, en donnant chair au Christ, elle a elle aussi porté la présence de Dieu », précise le père Coudray.

Si elle a existé et n’a pas été détruite, qu’a pu devenir l’arche d’alliance ?

Il y a bel et bien un mystère sur ce que serait devenue l’arche car, après que Salomon l’eut placée dans le Temple de Jérusalem, elle semblerait avoir disparu dans le chaos de l’histoire… Seul le Second Livre des Maccabées évoque, comme une légende, le fait que le prophète Jérémie aurait pu la dissimuler pour la protéger lors de la destruction de ­Jérusalem : « Averti par un oracle (…), ­Jérémie trouva une habitation en forme de grotte et il y introduisit la tente, l’arche, l’autel des parfums, puis il en obstrua l’entrée. Quelques-uns de ses compagnons, étant venus ensuite pour marquer le chemin par des signes, ne purent le ­retrouver » (2,4 – 2,8).

« Selon ce texte, l’arche n’est pas perdue. Elle réapparaîtra à un moment eschatologique lorsque Yahvé aura rassemblé son peuple », expliquait le philologue et bibliste Thomas Römer, dans un cycle de cours filmés (2) qu’il a donnés sur le sujet, de février à début avril, au Collège de France.

Au cours de ses huit heures d’intervention au sein de la prestigieuse enceinte, le titulaire de la chaire « Milieux bibliques » a méticuleusement présenté l’origine, l’histoire, le contenu et les fonctions de l’arche, ainsi que les différents mythes qu’elle alimente depuis des millénaires. « Parmi les plus notables, il y a ces idées qu’elle aurait été retrouvée et serait aujourd’hui enfermée dans les caves du Vatican, ou encore qu’elle aurait été ramenée par les Templiers dans les fondations de la cathédrale de Chartres », résume le père Coudray.

Mais on peut aussi chercher sa trace à des milliers de kilomètres de Rome ou de la commune d’Eure-et-Loir… Pour l’Église éthiopienne, l’arche aurait été emportée par Ménélik, fils de Salomon et premier roi d’Éthiopie, lors d’un voyage à Jérusalem, et serait toujours conservée dans une petite chapelle de la ville d’Axoum… où personne, selon la tradition, ne pourrait pénétrer sauf le prêtre gardien.

« Du Premier Livre de Samuel (4,1-7,1), qui évoque sa conception la plus ancienne, au Livre de l’Exode, il y a dans les textes hébraïques toute une évolution du motif de l’arche : mais si ces éléments bibliques semblent former une belle continuité littéraire, celle-ci n’a rien d’historique », affirme Christophe Lemardelé, chercheur au laboratoire des Mondes sémitiques, rattaché au CNRS. Pour ce philologue, spécialiste de l’histoire de l’Israël­ ancien, il « ne s’agit donc pas d’histoire, mais de conceptions religieuses » et l’existence de l’arche d’alliance relèverait du mythe.

Malo Tresca

(1) Publié sous la direction de Geoffrey Wigoder, adapté en français sous la direction de Sylvie Anne Goldberg, paru aux Éditions du Cerf, 1771 p., 1993. (2) L’arche d’alliance : mythes, histoires et histoire, à retrouver en vidéo sur : college-de-france.fr

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 22:58
La « perfection » au cœur de la vie ordinaire
« Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Matthieu 5.48
ou de la « perfection » au cœur de la vie ordinaire ….

 

Chers Amis,

La maturité spirituelle ne veut pas dire devenir parfait au sens où nous comprenons habituellement ce mot, mais plutôt devenir entier, entièrement soi-même et entièrement là ici et maintenant. Tendre vers la « perfection » au cœur même de l'imperfection, nous pourrions dire de la « distraction ». !

Il y a une intensité de présence qui est juste ; elle est ce qu'elle doit être pour que la vie « résonne » en nous dans ce qu'elle a de plus parfait ici et maintenant. Sen-Tsang maître zen, enseigne que la perfection ne commence à poindre que lorsque nous sommes sans inquiétude à propos de notre manque de perfection. Sans la compréhension d'une possible perfection au cœur de la vie ordinaire, la spiritualité peut nous décourager. En fait, est « parfait » celui qui est un avec ce qui est...

« Être soi-même maintenant intégralement là. » Karlfried Graf Dürckheim

La vraie pratique est la patience dans l'exercice du « oui » à l'instant présent : ne plus vouloir que quelque chose de spécial ou d'inusité arrive. Dès que je me surprends à m'efforcer et à avoir des attentes, je sais que je me suis écarté de la « grande perfection ». Tout est fondamentalement incertain et changeant....  « Tout passe. » comme dit sainte Thérèse d'Avila.

Invitons donc notre cœur à s'asseoir dans un endroit calme et laissons-le expérimenter le plus tranquillement possible les inévitables allées et venues des émotions et des événements, des luttes et des succès du monde. Au milieu de tout cela, demeurer dans la paix du cœur profond, c'est répondre à notre vocation : devenir artisan de paix.

Cela implique de s'éveiller aux émotions, ce qui signifie les ressentir, ni plus ni moins. Le reste va suivre...Il s'agit de cultiver une présence calme et non pas de changer « héroïquement » notre « climat » intérieur : Je suis le témoin silencieux qui observe le contenu de ma vie à l'instant. Ce contenu n'est pas mon identité, il est en moi, mais il n'est pas moi. Je peux observer une personnalité et un tempérament, un moi conditionné et limité mais en même temps au cœur de ce constat pressentir une dimension qui englobe et transcende ce contenu.

De ce que nous observons de nous-même émerge une dimension non conditionnée que dans le christianisme on appelle l'esprit (pneuma). N'essayons pas de devenir parfait mais laissons la perfection se faire en nous...  Le chemin spirituel est un chemin de guérison et cette guérison est une réunification de notre nature essentielle et de notre moi existentiel car la division règne dans notre cœur depuis que nous nous sommes coupés de notre source intérieure par l'émergence de la conscience conceptuelle. Cette conscience est nécessaire certes mais ne doit pas régner en dictateur sur notre vie.

Re-nourrir le lien avec la Source guérit notre nature. Elle ne change pas fondamentalement cette nature mais la transfigure, la rend « parfaite ». Nous n'avons pas à devenir quelqu'un d'autre. Attention aux identifications et aux projections ! Nous blindons souvent notre cœur (cœur de pierre), et le défendons contre le monde, mais aussi contre nous-mêmes.

Le cœur qui s'éveille devient doux et humble, c'est à dire sans défense. Il autorise toutes les douleurs et les beautés de la vie. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » dit le Christ. C'est ce cœur ouvert et tendre qui a la capacité de transformer le monde.

Pleurer avec ceux qui pleurent et se réjouir avec ceux qui se réjouissent... Les temples bouddhistes asiatiques sont pleins de représentations de Bouddhas sereins mais aussi de Bouddhas qui pleurent et de Bodhisattvas courroucés représentés avec des épées de feu... On se souvient de Jésus pleurant sur Jérusalem et chassant les marchands du Temple après avoir fait un fouet avec des cordes !

 Le Christ dit aussi : « mon âme est triste », Il ne s'identifie pas à cette émotion qui habite son âme et qu'Il ressent dans son corps. Le composé psychosomatique est l'espace où se déploie nos émotions, et quelquefois « ça pique, ça mord, ça déchire ! »

Alors, dans ces moment-là et dans chaque moment de vague émotionnelle, quel que soit le climat et l'intensité de ces vagues, au lieu de juger et de nous juger, nous « laissons reposer ce cœur fatigué » ; retrouvons notre centre, notre axe et notre souffle.

Dans cette libération du cœur et dans l'ouverture qui en résulte l'action juste devient possible. Lorsque les émotions sont libres d'être ce qu'elles sont, lorsque le cœur peut s'exprimer tranquillement sans se préoccuper de l'opinion des autres, alors cette liberté s'étend à tous les aspects de nous-mêmes.

Un maître zen appelle le point culminant ou le fruit de l'entrainement zen : « Être fidèle à soi-même et à la Vie. » Si nous pensons que « spirituel » signifie être calme et sans agitation, nous risquons fort de nous exercer à devenir un splendide « tartuffe » ....

La tentation est quelquefois grande de se fuir et de s'identifier à un rôle ou à une fonction qui nous sécurise et nous procure une certaine tranquillité. Aller vers l'inconnu de soi-même est un chemin rempli de souffrances de déceptions et de chutes pour notre égo dont le seul souci est de s'assurer une vie sans frottements.

Au lieu de chercher d'abord le royaume des cieux et sa justice, on préfère chercher d'abord son confort ! Toutes les émotions qui nous traversent à chaque instant demandent toute notre attention bienveillante. La sagesse émotionnelle du cœur est simple : accepter nos émotions humaines pour libérer notre énergie qui est dilapidée et comme absorbée par ces trous noirs de notre psychisme quand nous ne sommes plus conscients de ce qui se joue en nous.

Dans la présence à ce qui est, une remarquable transformation peut s'opérer en nous : La tendresse et la sagesse s'élèvent naturellement. Donner de l'espace à nos dépendances et à nos besoins profonds révèle une plénitude cachée.

Le bonheur et l'amour commencent à se déployer en nous et la peur « de ne pas être à la hauteur » des défis de notre vie disparaît. Une qualité de profondeur envahit notre être tout entier, et de cette profondeur jaillit une eau vive qui nous abreuve et qui en même temps creuse notre soif.

La Lettre de Béthanie N° 152

Père Francis

Une version vidéo en anglais de ce texte

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0