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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 23:28
Jean Baptiste, l’humble précurseur du Christ


Dernier des prophètes, Jean le Baptiste a précédé Jésus pour annoncer sa venue, s’effaçant devant lui.

Quelles sont ses origines et qu’en dit la Bible ?

Selon l’Évangile selon saint Luc, Jean est né d’un prêtre du nom de Zacharie et d’une parente de la Vierge Marie, Élisabeth, tous deux « irréprochables » devant Dieu.

Le couple ne pouvait pas avoir d’enfant car Élisabeth était stérile.

La naissance de Jean fut pourtant annoncée par l’ange Gabriel à son père alors que celui-ci, au titre de ses fonctions sacerdotales, se trouvait dans le sanctuaire du Temple : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée : ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean » (Luc 1, 13-14).

En entendant la prophétie, le prêtre exprima un léger doute et son manque de confiance lui valut d’être puni aussitôt par un mutisme temporaire.

Lorsque la Vierge Marie, enceinte, se rendra chez sa cousine Élisabeth, l’enfant de cette dernière exultera de joie dans ses entrailles, reconnaissant déjà le Messie dans le ventre de sa mère. Zacharie retrouva la parole à la naissance de son fils, prononçant le cantique appelé le « Benedictus » (Luc 1, 67-79).

La vie de Jean est ensuite cachée. Dans la Bible, Jean est décrit comme un solitaire ascétique (Matthieu 11, 18), se nourrissant de sauterelles grillées et pratiquant le jeûne, ayant développé son activité sur les rives du Jourdain.

Il pourrait avoir appartenu au mouvement essénien, selon l’historiographe romain de confession juive Flavius Josèphe qui évoque Jean dans son œuvre. « Son influence fut importante à son époque auprès de ses nombreux disciples », souligne le P. Étienne Nodet, spécialiste de l’histoire du christianisme du Ier siècle, membre de l’École biblique de Jérusalem (1).

Quelle est sa mission ?

Avec la Vierge, Jean est le seul saint dont on célèbre la nativité (le 24 juin), car sa vie, tout comme celle de Marie, ne prend de sens qu’en rapport direct avec Jésus : elle est sa mère, tandis que lui a pour mission de préparer sa venue, celle du Messie annoncé par les prophètes et attendu par le peuple d’Israël.

Après une longue période de « vie cachée » – comme Jésus – dans le désert, il se met à proclamer, vers trente ans, le « baptême de repentir pour la rémission des péchés », prophétisé par Isaïe.

Son rôle est celui « d’aplanir les sentiers du Seigneur », de lui « préparer les voies » (Luc 3, 1-6). Il est ainsi le dernier des prophètes, à une époque marquée par une attente eschatologique particulièrement forte de la part des juifs.

Selon Dominique Ponnau, écrivain et ancien directeur de l’École du Louvre, au moment du baptême de Jésus par Jean, « l’un vient du désert, l’un entre au désert » (2).

Le prophète laisse la place à son maître. Et Jean proclame : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

La parole de vérité que Jean Baptiste s’est attaché à proclamer pendant sa vie, appelant à la conversion, le mènera à la mort. Ainsi, il provoquera la colère d’Hérode Antipas, gouverneur de Judée, à qui il reprochait son mariage avec Hérodias, femme de son demi-frère Hérode (3).

Salomé, fille d’Hérodias, réclamera sur les conseils de sa mère la tête de Jean Baptiste, qui lui sera portée sur un plateau (Marc 6, 21).

En quoi le baptême de Jean annonce-t-il le baptême chrétien ?

« Moi, je vous baptise d’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu » (Jean 1, 19-27) : par ces paroles, Jean signifie bien que le baptême qu’il donne est signe de purification des péchés et sera à distinguer de l’action du Christ.

Mais Jésus, pourtant pur, demande toutefois à Jean Baptiste de le baptiser, au début de son ministère public : « J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui » (Jean 1, 32).

Pourquoi le Christ a-t-il voulu recevoir le baptême ?

Pour le P. Nodet, en se faisant baptiser par Jean, « en un geste prophétique », il s’inscrit dans un courant du judaïsme « en marge » de celui dont il est issu, celui des nâzoréens, qui finiront par le rejeter et vouloir le tuer.

Plus tard, c’est saint Paul qui développera toute la théologie du baptême. Celui-ci deviendra un acte rendant présent le passage de la vie mortelle à la vie dans le Christ, libérée du péché : « Ne le savez-vous pas ?

Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême » (Rm 6, 3).

On peut se rappeler ici que l’eau a une double symbolique dans la Bible : la mer est le lieu du mal, mais l’eau permet aussi la purification et la vie. Le baptême de Jean était centré sur le pardon des péchés et la conversion à une vie nouvelle, alors que le baptême chrétien reprend cette signification en y ajoutant le don de l’Esprit, l’initiation chrétienne et la participation à la mort et à la résurrection de Jésus.

Que nous dit Jean de l’attente ?

La figure de Jean le Baptiste est particulièrement présente dans les lectures du temps liturgique de l’Avent.

Il est « celui qui se tient sur le seuil du Royaume qui vient, celui qui montre le Messie et puis s’efface devant Lui », affirme dans une homélie prononcée à l’occasion de la Nativité de Jean Baptiste le F. Jean-Philippe Revel, de la paroisse Saint-Jean-de-Malte, à Aix-en-Provence. « Jean Baptiste est d’abord l’homme de l’attente, l’homme du désir. Toute la mission de Jean Baptiste est marquée par cette flamme. »

Le désert où il se retire symbolise très fortement cette attente. N’est-ce pas du désert que le prophète Osée parle comme du lieu des fiançailles de Dieu avec son peuple (Osée 2, 16) ?

C’est de là que Jean Baptiste lance son cri, pour annoncer « l’Époux », celui autour duquel est centrée toute sa prédication. Ainsi, cette attente, insiste F. Jean-Philippe Revel, n’est pas « une attente passive » mais « préparation diligente du chemin du Seigneur », qui nous invite à en faire de même.

« Nous aussi, nous devons d’abord attendre ce Jésus qui est déjà venu mais qui ne cesse de venir (…). Et non seulement attendre Jésus, mais préparer son chemin, ouvrir des routes pour Lui, aider nos frères à préparer leur cœur. »

Être les témoins du Christ, le montrer, dire sa miséricorde, telle est la mission du chrétien : « Il faut que Lui grandisse et que moi je diminue et que je disparaisse » (Jean 3, 30).

La Croix

(1) La Porte du ciel, Cerf, 368 p., 24 €.

(2) Jean-Baptiste, la gloire de l’effacement, Salvator, 172 p., 18,50 €.

(3) Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII.

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 23:41

À chaque serrure sa clé. À chaque porte sa serrure qui ne s'ouvre qu'avec la clé qui lui appartient. La mort a fermé la porte et le péché l'a verrouillée. La croix est la clé qui libère la serrure du péché et le verrou de la mort; la croix ouvre la porte du ciel et il n'y en a pas d'autre.

La porte du ciel se trouve là où se rencontrent le ciel et la terre, au sommet du calvaire. La porte est connue, palpable et visible; chacun a des yeux pour la voir. Quelques-uns pensent qu'elle n'a pas de serrure et s'ouvre si on l'enfonce; mais quand on s'en approche, on comprend qu'elle a une serrure qui ne s'ouvre qu'avec sa clé. Nous ne pouvons pas connaître la bonne clé que si on l'introduit dans la serrure.

Il n'y a qu'une seule vraie clé, c'est la croix du Christ.
 
Ne vous fatiguez pas à chercher d'autres clés pour ouvrir la porte du ciel, ou bien à en fabriquer d'autres. Nombreux sont ceux qui passent leur vie à chercher à concevoir leurs propres clés, croyant qu'elles seraient capables de leur ouvrir la porte; et nombreux aussi sont ceux qui se moquent de la croix du Christ. Devant cette porte, la vérité éclate et on constate alors que toutes les clés sont vaines.

Toute votre vie est un voyage en direction de cette porte ; et vous y arriverez à la fin de votre pèlerinage, ayant la clé en main, vous ouvrirez et entrerez. Sinon vous vous arrêterez devant la porte sans pouvoir accéder à l'intérieur, car les clés que vous avez ne sont que votre propre production. Vous en serez déçus.

Portez donc la croix du Christ et vous aurez la clé du ciel.

Portez la croix du Christ avec joie, ardeur et courage. Ne pleurez pas, ne vous lamentez pas chaque fois que vous échouez. Les pleurs et les lamentations ne font pas l'histoire du salut, de même que la porte du ciel ne s'ouvre pas en se frappant la poitrine et en poussant des cris de lamentation. Ce sont les larmes de conversion qui font l'histoire du salut. Une seule larme suffit pour ouvrir la porte du ciel, la larme du repentir qui baigne la joue du croyant courageux.

Portez la croix du Christ et suivez ses pas, vous trouverez la Vierge à vos côtés, comme elle l'a fait pour le Christ. Chaque fois que vous vous sentez blessés, dites : « par les plaies du Christ ». Quand vous souffrez, dites : « par les souffrances de Jésus ». Quand on vous persécute, qu'on vous maltraite ou qu'on vous offense, dites : « pour la gloire du Seigneur ».

Il faut vaincre votre faiblesse et non pas en faire un prétexte pour vous laisser aller. Si vous portez la croix du Christ, nulle souffrance ne peut vous plier, nulle fatigue ne peut vous abattre; vous marcherez fermement, avec patience et silence. Une fois arrivés devant la porte, vous sentirez que la joie de votre passage dépasse de beaucoup votre souffrance et votre fatigue durant la marche. Le bonheur de votre arrivée au but dépassera infiniment la douleur de votre cheminement.

Le chemin de votre calvaire dans ce coin du monde est long et la croix du Christ dans cet Orient, vous la portez sur vos épaules. Vos ennemis sont nombreux parce qu'ils sont ceux de la croix; ne les prenez pas comme ennemis; parlez-leur toujours avec le langage de la croix, même s'ils vous sont hostiles à cause d'elle.

(Le texte continue avec une prophétie qui semble s'appliquer aux jours que nous vivons et particulièrement pour les chrétiens d'Orient)

Les mois et les années à venir seront très difficiles, très durs, amers et aussi lourds que la croix. Supportez-les en priant. Que votre prière émane de votre foi, que de votre patience naisse l'espérance, que la croix fasse grandir votre amour.

La violence régira toute la terre. La planète sera poignardée par les couteaux de l'ignorance et de la haine. Tous les peuples qui vous entourent chancelleront sous le poids de la souffrance; la peur s'abattra sur toute la terre comme la tempête; la tristesse débordera du cœur de tous. Des hommes ignorants et hostiles présideront au destin de tous leurs peuples, les entraînant dans les voies de la misère et de la mort, à cause de la rancune aveugle qu'ils surnommeront «justice » et à cause de l'ignorance lugubre qu'ils appelleront « foi ».

La rancune et l'ignorance prédomineront aux quatre coins du monde. Résistez et soyez fermes dans la foi et la charité. La face de la terre changera, mais vous conserverez la face du Christ. Des frontières, des communautés et des régimes seront effacés et retracés, des peuples chancelleront sous le poids du feu et du fer; mais vous conserverez votre amour sans frontières.

Sauvegardez votre communauté ecclésiale et que votre régime soit l'Évangile. Soyez l'ancre qui fixe les bateaux errant sur des mers houleuses; que vos cœurs soient le port du salut de tout homme perdu, égaré et qui demande protection.

Par vos prières vous pouvez faire pleuvoir la miséricorde et irriguer la terre de votre charité. Priez pour attendrir les cœurs endurcis, pour ouvrir les esprits obscurcis, pour soulager des catastrophes et des horreurs.

En fin de compte n'ayez pas peur, car la lumière du Christ s'élèvera et resplendira, la croix et l'Église s'illumineront. Tenez bons dans votre foi en Christ, n'ayez pas peur, ayez confiance en Dieu de la Résurrection et de la vie. À lui soit la gloire éternellement. 

Saint Charbel, moine maronite au Liban
in Paroles de Saint Charbel du moine Hanna Skandar, Editions Artège

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 23:41
Catéchèse de Noël

Chers frères et sœurs,

En ce temps de Noël, arrêtons-nous encore une fois sur le grand mystère de Dieu qui est descendu de son ciel pour entrer dans notre chair.

En Jésus, Dieu s’est incarné, il est devenu homme comme nous et nous a ainsi ouvert la voie vers son ciel, vers la pleine communion avec lui.

En ces jours, le terme d’ « Incarnation » de Dieu a résonné plusieurs fois dans nos églises, pour exprimer la réalité que nous célébrons dans la fête de Noël : le Fils de Dieu s’est fait homme, comme nous le récitons dans le Credo.

Mais que signifie ce mot central pour la foi chrétienne ?

Incarnation dérive du latin « incarnatio ». Saint Ignace d’Antioche (à la fin du premier siècle) et, surtout, saint Irénée ont utilisé ce terme en réfléchissant sur le Prologue de l’évangile de saint Jean, en particulier sur l’expression : « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14). Ici, le mot « chair », selon l’usage juif, indique l’homme dans son intégralité, tout l’homme mais précisément sous l’aspect de sa caducité et de sa temporalité, de sa pauvreté et de sa contingence.

Ceci pour nous dire que le salut apporté par Dieu fait chair en Jésus de Nazareth touche l’homme dans sa réalité concrète et dans n’importe quelle situation où il se trouve.

Dieu a assumé la condition humaine pour la guérir de tout ce qui la sépare de lui, pour nous permettre de l’appeler, en son fils unique, du nom de « Abba, Père » et d’être vraiment enfants de Dieu.

Saint Irénée affirme : «  Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu » (Adversus haereses, 3, 19, 1 : PG 7,939 ; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 460).

« Le Verbe s’est fait chair » est une de ces vérités auxquelles nous sommes tellement habitués que la grandeur de l’événement qu’elle exprime ne nous touche presque plus.

Et effectivement, en cette période de Noël, où cette expression revient souvent dans la liturgie, on est parfois plus attentif aux aspects extérieurs, aux « couleurs » de la fête, qu’au cœur de la grande nouveauté chrétienne que nous célébrons : quelque chose d’absolument impensable, que Dieu seul pouvait réaliser et dans quoi nous ne pouvons entrer que par la foi.

Le Logos, qui est avec Dieu, le Logos qui est Dieu (cf. Jn 1, 1), le Créateur du monde, par lequel tout fut créé (cf. 1, 3), qui a accompagné, et qui accompagne, les hommes dans l’histoire par sa lumière (cf. 1, 4-5 ; 1, 19), devient un parmi les autres et établit sa demeure au milieu de nous ; il devient l’un de nous (cf. 1, 14).

Le concile œcuménique Vatican II affirme : « Le Fils de Dieu… a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme.

Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (Const. Gaudium et spes, 22).

Il est important alors de retrouver l’étonnement devant le mystère, de nous laisser envelopper par la grandeur de cet événement.

Dieu, le vrai Dieu, Créateur de toutes choses, a parcouru nos routes comme homme, en entrant dans le temps de l’homme, pour nous communiquer sa vie (cf. Jn 1, 1-4).

Et il l’a fait non avec la splendeur d’un souverain qui assujettit le monde à son pouvoir, mais avec l’humilité d’un petit enfant.

Je voudrais souligner un second élément. A Noël, d’habitude, on échange des cadeaux avec les personnes qui nous sont le plus proches.

Parfois, cela peut être un geste fait par convention, mais généralement ce geste exprime l’affection, c’est un signe d’amour et d’estime.

Dans la prière sur les offrandes de la Messe de l’Aurore de la solennité de Noël, l’Eglise prie ainsi : « Accepte, ô Père, notre offrande en cette nuit de lumière et, par ce mystérieux échange de dons, transforme-nous par ton Fils, le Christ, qui a élevé l’homme à tes côtés dans la gloire ».

La pensée du don est au centre de la liturgie et rappelle à notre conscience le don originel de Noël : dans cette nuit sainte, Dieu, en se faisant chair, a voulu se faire don pour les hommes, il s’est donné pour nous ; Dieu a fait de son Fils unique un don pour nous, il a assumé notre humanité pour nous donner sa divinité. Voilà le grand don.

Lorsque nous donnons nous aussi, le coût plus ou moins élevé d’un cadeau n’est pas important ; celui qui ne parvient pas à donner un peu de lui-même donne toujours trop peu ; et parfois même, on cherche justement à remplacer le cœur et l’engagement du don de soi par de l’argent, par des choses matérielles.

Le mystère de l’Incarnation indique que Dieu n’a pas agi ainsi : il n’a pas donné quelque chose, mais il s’est donné lui-même dans son Fils unique.

Nous avons là le modèle du don de nous-mêmes, pour que nos relations, surtout les plus importantes, soient guidées par la gratuité et par l’amour.

Je voudrais offrir une troisième réflexion : le fait de l’Incarnation de Dieu, qui se fait homme comme nous, nous montre le réalisme inouï de l’amour divin.

L’action de Dieu, en effet, ne se limite pas aux paroles ; au contraire, nous pourrions dire qu’il ne se contente pas de parler mais qu’il s’immerge dans notre histoire et assume en lui la fatigue et le poids de la vie humaine.

Le Fils de Dieu s’est vraiment fait homme, il est né de la Vierge Marie, dans un temps et un lieu déterminés, à Bethléem, pendant le règne de l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur (cf. Lc 2, 1-2) ; il a grandi dans une famille, il a eu des amis, il a formé un groupe de disciples, il a instruit les apôtres pour qu’ils continuent sa mission, il a terminé le cours de sa vie terrestre sur la croix.

Cette manière d’agir de Dieu est un stimulant fort qui nous pousse à nous interroger sur le réalisme de notre foi, qui ne doit pas se limiter à la sphère des sentiments et des émotions, mais qui doit entrer dans le concret de notre existence, c’est-à-dire toucher notre vie de chaque jour et l’orienter aussi de façon pratique.

Dieu ne s’est pas arrêté aux paroles, mais il nous a indiqué comment vivre en partageant notre expérience, excepté le péché.

Le catéchisme de saint Pie X, que certains d’entre nous ont étudié dans leur enfance, va à l’essentiel lorsque, à la question : « Pour vivre selon Dieu, que devons-nous faire ? », il donne cette réponse : « Pour vivre selon Dieu, nous devons croire aux vérités qu’il a révélées et observer ses commandements avec l’aide de sa grâce, que l’on obtient par les sacrements et l’oraison ».

La foi a un aspect fondamental qui intéresse non seulement l’esprit et le cœur, mais toute notre vie.

Je propose un dernier élément à votre réflexion. Saint Jean affirme que le Verbe, le Logos, était avec Dieu dès le début, et que tout a été créé par le Verbe et que rien de ce qui existe n’a été fait sans lui (cf. Jn 1, 1-3).

L’évangéliste fait clairement allusion au récit de la création qui se trouve dans les premiers chapitres du livre de la Genèse, et il le relit à la lumière du Christ.

Ceci est un critère fondamental dans la lecture chrétienne de la Bible : l’Ancien et le Nouveau Testament doivent toujours être lus ensemble et le sens profond de l’Ancien Testament se dévoile à partir du Nouveau.

Ce même Verbe, qui existe depuis toujours auprès de Dieu, qui est Dieu lui-même, et par qui et pour qui tout a été créé (cf. Col 1, 16-17), s’est fait homme : le Dieu éternel et infini s’est immergé dans la finitude humaine, dans sa créature, pour ramener à lui l’homme et la création entière.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique affirme : « La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première » (n° 349).

Les Pères de l’Eglise ont rapproché Jésus d’Adam, au point de le définir comme « le second Adam » ou l’Adam définitif, l’image parfaite de Dieu.

Avec l’incarnation du Fils de Dieu, une nouvelle création advient, qui donne la réponse complète à la question : « Qui est l’homme ? ».

C’est seulement en Jésus que se manifeste dans sa perfection le projet de Dieu sur l’être humain : Il est l’homme définitif selon Dieu.

Le concile Vatican II le redit avec force : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Const. Gaudium et spes, 22 ; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 359).

Dans ce petit enfant, le Fils de Dieu contemplé à Noël, nous pouvons reconnaître le vrai visage non seulement de Dieu mais le vrai visage de l’être humain ; et c’est seulement en nous ouvrant à l’action de sa grâce et en cherchant à le suivre chaque jour, que nous réalisons le projet de Dieu sur nous, sur chacun de nous.

Chers amis, en cette période, méditons la grande et merveilleuse richesse du mystère de l’Incarnation, pour laisser le Seigneur nous éclairer et nous transformer de plus en plus à l’image de son Fils fait homme pour nous.

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT, Hélène Ginabat

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