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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 23:34
4 enseignements de la Théophanie

Matthieu 3, 13 à 17
Alors Jésus arrive de la Galilée au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui.
Celui-ci l'en détournait, en disant :"C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi !"
Mais Jésus lui répondit :"Laisse faire pour l'instant : car c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice."Alors il le laisse faire.
Ayant été baptisé, Jésus aussitôt remonta de l'eau ; et voici que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et voici qu'une voix venue des cieux disait :"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur."

 

Alors Jésus  parait, alors Jésus parle, alors Jésus agit.

Dans l’Evangile de Matthieu au chapitre précédent Jésus enfant est revenu d’Egypte avec ses parents pour s’établir à Nazareth.
 

Et brusquement le temps se contracte et Jésus apparait devant Jean comme  un homme adulte à l’autorité spirituelle incontestable. C’est une apparition soudaine qu’exprime le verbe grec « Paraginomaï ».
 

J’en ai une vision cinématographique. Une petite silhouette venant de l’horizon, à contre-jour, sombre par contraste, toute auréolée de lumière qui grandit au fur et à mesure de son approche.
 

Jésus, homme et Dieu parait à cet instant dans l’histoire, dans notre histoire. Et c’est avec cette même soudaineté qu’il nous surprend quand il entre dans notre vie pour en devenir le centre. Il sort de l’ombre pour manifester dans son humanité sa filiation divine, pour nous révéler qu’en rencontrant l’homme Jésus qui traverse les Evangiles nous rencontrons Dieu.
 

En se faisant baptiser Jésus accomplit le premier acte visible de sa vie publique, un acte d’humilité, l’acte d’un Dieu qui s’abaisse devant sa créature. Et s’adressant à Jean-Baptiste, Jésus parle pour la première fois  dans l’Evangile de Matthieu et sa parole est celle du Verbe incarné, et sa parole est créatrice.
 

Jésus parait, Jésus parle, Jésus agit, et le ciel s’ouvre, et l’Esprit descend sur lui et Dieu le Père fait entendre sa voix pour reconnaître son Fils. Nous assistons alors à une nouvelle Genèse, à une création nouvelle, à l’accouchement d’un monde nouveau engendré par l’Esprit. 
 

Et c’est ce qui se passe quand Jésus vient à nous.  C’est ce qui se passe quand une parole de Jésus lue ou entendue nous frappe et nous interroge.

Dieu s’est incarné, il est entré dans les mots. Alors Jésus parait au bord du fleuve de notre vie, il se laisse voir, il se laisse entendre, il remonte de nos sombres eaux où il était plongé recouvert par toutes ces choses si importantes pour nous qui encombrent notre esprit et notre temps et par toutes nos certitudes illusoires qui le niaient et le repoussaient. Alors s’accomplit en nous immédiatement, « aussitôt » dit le texte, une théophanie intérieure, la révélation de Dieu en nous qui nous transforme, une nouvelle naissance.
 

Jésus parait, parle, agit et le ciel de nos ténèbres se déchire, la lumière pénètre dans notre cœur, l’Esprit descend sur nous et une voix intérieure nous dit qu’en Jésus nos vies ont un sens.
 

Ecouter et lire les Evangiles, écouter et lire la vie des saints c’est voir Jésus, c’est entendre Jésus, c’est laisser agir Jésus en en nous, et c’est grandir en Christ, se transformer en lui, devenir lui ou plutôt le laisser être lui en nous.

C'est « accomplir toute justice » c’est-à-dire faire ce qui est juste aux yeux du Père : devenir Christ. Alors en Christ Dieu peut manifester son plaisir et nous dire « tu es mon fils », « tu es ma joie », « aujourd’hui je t’ai engendré » et « en toi je me complais ».

Un autre enseignement que nous dévoile le texte qui rapporte le baptême du Christ est l’importance de la notion de « descente » et d’humilité.

Jésus vient vers le Jourdain pour être baptisé. Jourdain en hébreu se dit « Yarden », « celui qui descend ». Baptiser en grec se dit « Baptizo »,  « immergé » et pour être immergé Jésus descend dans l’eau de « celui qui descend » et dont il remontera comme remontera le Jourdain refluant vers sa source au contact du Christ selon ce qu’en rapporte la tradition.
 

La descente est première, c’est le sens de l’incarnation, la kénose de Dieu dans l’homme, l’abaissement du Tout Puissant dans le petit enfant, dans le juste qui demande à Jean de le laver des péchés qu’il n’a pas commis, dans le serviteur souffrant sur la croix qui prend sur lui nos péchés pour les laver dans le sang de son sacrifice.
 

C’est en osant descendre dans nos profondeurs que nous pourrons regarder le péché  que nous ne voulons pas voir, le prendre dans nos mains tremblantes et le déposer comme notre seul vrai présent aux pieds de celui dont nous n’avons pas voulu dans l’auberge de notre vie mondaine et qui nous attend nu et fragile dans la froide grotte de notre cœur.
 

La Théophanie nous a donc déjà délivré deux enseignements. Le premier est celui de la Parole qui nous dit que dans les Evangiles c’est Jésus qui vient vers nous et que si nous lisons et entendons les Ecritures alors la puissance de Dieu peut se manifester en nous. Le second c’est celui de l’humilité qui nous montre que la seule possibilité de rencontrer véritablement Dieu c’est de nous humilier par la prise de conscience de notre péché pour le trouver au plus profond de son infinie humilité.
 

Je voudrais maintenant vous parler d’un troisième enseignement que j’appellerai l’enseignement des légumes au vinaigre.
 

Deux cents ans avant Jésus-Christ le physicien et poète grec Nicander pour expliquer la recette des conserves de légumes au vinaigre utilise deux mots grecs qui révèlent leur sens  profond. « Le légume doit être plongé (Bapto) dans de l’eau bouillante puis immergé (Baptizo) dans le vinaigre. Les deux verbes concernent une action d’immersion mais la première est temporaire et brève alors que la seconde est une action de longue durée et définitive. »
 

Et c’est le mot «Baptizo » qui  est utilisé dans tout le Nouveau testament. Le baptême du Christ, avec le Christ, n’est pas une purification temporaire c’est une véritable immersion définitive en Lui.

Comme les légumes dans le vinaigre, nous par le baptême et la communion nous sommes imbibés, imprégnés du Christ, de l’Esprit du Christ, sans fusion ni confusion et dans le vinaigre de l’Esprit nous avons la vie éternelle.
Pour rester humbles rappelons-nous donc de temps en temps que nous sommes seulement les petits cornichons de Dieu. 

 

Le dernier enseignement de la Théophanie que je voudrais vous partager c’est celui que j’appellerai « présence agissante du Christ au milieu de nous ».

Le baptême du Christ manifeste la puissance divine à l’œuvre dans le monde. Et depuis cet événement chaque acte du Christ ouvre les portes du Ciel. Et celui qui en a reçu le droit peut lui aussi ouvrir les portes du Ciel en reproduisant les gestes et les paroles mêmes du Christ et en les faisant en son nom.

L’évêque ou le prêtre a reçu ce pouvoir. Quand l’évêque ou le prêtre reproduit les gestes et les paroles du Christ, c’est le Christ qui agit par lui et ces gestes et ces paroles sont des sacrements, ils sanctifient, ils ouvrent les portes du Royaume et font descendre la puissance de Dieu sur la terre.
 

Quand le prêtre bénit le sel et les eaux il fait descendre la grâce de Dieu sur le sel et les eaux qui la transmettent à leur tour à qui les touche avec foi ; quand le prêtre plonge la croix dans l’eau du baptistère c’est le Christ qui descend dans les eaux et c’est le Christ qui baptise, qui purifie, qui sanctifie les eaux et toute la création.

Quand le prêtre répète les gestes et les paroles de la Sainte Cène le feu de l’Esprit fait du pain et du vin le corps et le sang du Christ. Quand le prêtre nous écoute en confession et qu’il nous pardonne nos péchés c’est le Christ qui nous écoute et qui par lui nous pardonne. Le Christ efface notre dette et elle ne nous sera pas réclamée au jour du Jugement dernier.
 

N’oublions pas de demander aussi souvent que possible la bénédiction de nos évêques et de nos prêtres pour recevoir la grâce divine qui nous sanctifie.
 

Pour votre profit gardez en mémoire ces quatre enseignements de la Théophanie avec ces repères mnémotechniques : 
Jésus parait et nous rencontrons le Christ.
Jésus s’abaisse et nous nous humilions devant le Christ
Jésus baptise et nous sommes immergés dans le Christ
Jésus bénit et nous sommes sanctifiés par le Christ.

 

A Lui notre Seigneur soit l’Honneur, la Puissance et la Gloire aux siècles des siècles. Amen !

Diacre Marc-Elie

Homélies et autre

http://www.seraphim-marc-elie.fr/
 
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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 23:55
Il y aura toujours une renaissance de la foi

D'après la première étude objective publiée en URSS, en 1987, sur l'état de la foi, la composition de l'assistance aux offices religieux s'est sensiblement modifiée au cours des années soxante-dix, du moins à Moscou et Leningrad où il était moins risqué qu'en province d'aller à l'église.

Si les femmes âgées continuaient de l'emporter, le nombre d'hommes, surtout d'hommes jeunes ou d'âge mûr avait sensiblement augmenté. Les jeunes de 18 à 30 ans formaient, désormais, un groupe distinct.

Les croyants venus à la foi sans avoir reçu d'éducation reli-gieuse à la maison et, souvent, contre la volonté de leur famille constituaient à peu près le tiers des pratiquants réguliers dans ces deux grandes métropoles.

« Quand on voit de frais visages inattendus s'inscrire dans le paysage des églises orthodoxes de nos grandes villes, on peut être certain que ces jeunes gens ne sont pas venus là en trotti-nant derrière leur grand-mère. Ils sont venus d'eux-mêmes, sans qu'on les y pousse... Dans les familles des convertis, l'athéisme est de fondation depuis les années trente. Ils viennent là pour des raisons qui leur sont propres, qui montent du fond de leur âme », explique Vladimir Zielinski dans l'un des plus beaux témoignages sur l'itinéraire de cette nouvelle génération de chrétiens à laquelle il appartient lui-même.

De plus en plus souvent, à Moscou, des enfants de communistes et même des enfants de vieux kagébistes demandaient le baptême. Il était également fréquent que des gens d'origine juive se fissent baptiser, relevait encore Lévitine.

Il s'étonnait en considérant ces garçons et ces filles qui, il y a peu, n'avaient pas la moindre idée de la religion et dont la démarche provo-quait d'ordinaire d'âpres conflits familiaux et des disputes avec leurs parents pouvant aller jusqu'à la rupture. Dans la plupart des cas, leur conversion se faisait spontanément.

Pour l'un, tout avait commencé avec la lecture de Dostoïevski. Pour un autre, ça avait été Berdiaev. Pour un troisième, l'étude des icônes. Pour un quatrième, des exercices de yoga.

Tatiana Goritchéva a raconté que, pratiquant précisément des exercices de yoga, elle était tombée, par hasard, sur un manuel qui proposait le texte du Notre Père comme formule à répéter indéfiniment. Elle s'était donc mise à le réciter de manière auto-matique, sans expression, ainsi qu'il convient à un mantra, quand soudain elle en fut toute retournée. « Ce n'était pas ma raison idiote, mais tout mon être qui comprit qu'il existait

Un prêtre a confié que, jusqu'à présent, il ne pouvait expliquer sa conversion. Pourquoi, vers l'âge de vingt ans, s'était-il mis à aller à l'église, avait-il osé, un jour, s'approcher de l'offi-ciant après la messe et lui avait-il demandé de le baptiser ?

Toute sa famille avait décidé qu'il était surmené, qu'il était devenu fou, qu'il devait se faire soigner. Lui essayait de trouver des explications. Peut-être avait-il trouvé la foi grâce aux prières de son arrière grand-mère.

Peut-être cela était-il arrivé parce qu'il rejetait entièrement toute la doctrine officielle avec ses auteurs sacrés. Peut-être s'était-il pris d'une passion trop vive et trop précoce pour Dostoïevski et Soloviev.

« Si l'on se place d'un point de vue extérieur, concluait-il, tous naissent et meurent à peu près de la même façon, mais je suis sûr qu'aucun récit d'une naissance ou d'une mort ne corres-pond à l'expérience intérieure de celui qui vit ou qui meurt. Il en est de même pour le chemin à Dieu, pour chaque baptême, je pense. La typologie et la sociologie sont une chose, la vie de l'âme une autre chose. Pourquoi et comment je suis venu à la foi, je n'en sais rien. »

Le père Jacques Loew, que sa propre conversion à l'âge adulte entraîna à travers le monde, dans l'expérience des prêtres ouvriers à Marseille, les communautés de base au Brésil, l'École de la Foi à Fribourg, et qui a fait, quand c'était difficile et qu'il fallait beaucoup de prudence, plusieurs voyages en URSS pour y rencontrer des chrétiens, a été frappé lui aussi par leur témoi-gnage : la plupart avaient été brusquement saisis par Dieu, sans aucun signe avant-coureur, à la manière d'un André Frossard ou d'un Maurice Clavel.

«J'ai rencontré des hommes et des femmes de 20 à 35 ans, vifs, intelligents, cultivés, des scientifiques souvent, ni spéciale-ment favorisés ni parmi les plus malheureux, qui ont grandi dans une atmosphère aseptisée de tout germe religieux, le nom de Jésus leur étant aussi étranger que pour nous le nom d'une cuvinité de l'Inde et qui un beau jour ont attrapé Dieu comme nous disons que nous avons attrapé la grippe, sans savoir où, ni de qui, ni comment... Des gens qui, un jour, au cours d'une promenade, d'une séance de yoga ont été sûrs et certains de l'existence de Dieu, non pas d'une théorie "Dieu", mais de Quelqu'un. »

« Cette découverte de Dieu par eux est exactement compa-rable à l'appel entendu par Abraham : "Quitte..." et Abraham se met en route. Quel long chemin à parcourir. Où trouver un chrétien à qui se confier, un prêtre à qui demander de se faire baptiser sans que les autorités soient avisées de par la loi ? Où trouver une Bible ? Cet itinéraire durera parfois plusieurs années avant d'aboutir au baptême. »

Entrer en contact avec un prêtre n'était pas sans risque, sur-tout en province. En outre, par ses origines, la formation qu'il avait reçue, son isolement forcé au sein de la société, le clergé était généralement mal préparé à cette rencontre avec cette nou-velle génération de croyants qu'un abîme culturel séparait de la tradition de l'Église. Aussi, rares étaient les prêtres qui savaient parler à ces hommes et ces femmes avides d'entendre une parole vivante, en prise sur leur expérience personnelle.

Yves Hamant

Alexandre Men

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 23:16
Ecoute-moi !

Il y a dans la créature un appel spontané à l’amour de Dieu, lisible jusque dans les plus amères révoltes. Mais cet appel ignore d’abord qu’il est en fait une réponse à un autre appel qui toujours déjà le précède. S’éveiller à cet appel que l’on porte, c’est devenir capable d’entendre l’autre et d’y trouver la clé de son être.

Ce dernier dit à l’oreille :

je t’ai fait pour que tu m’aimes et parce que je t’aime ;

je peux tout, sauf vouloir à la fois te donner ton être et te le retirer ;

je n’ai aucunement besoin de ta souffrance ;

je n’ai pas besoin que tu fasses semblant de croire qu’elle est pour moi le moyen nécessaire d’un bien que je ne pourrais produire autrement ;

je te demande seulement de croire qu’elle n’est, pas plus que tes bonheurs présents, le dernier mot de ton existence et de l’existence en général ;

le bien que je te propose, que je te promets sans contrainte, n’a pas à être produit : c’est moi, qui suis sans avoir besoin que rien le fasse être ;

je ne crée pas pour vaincre mes créatures, mais pour me donner à elles parce que je n’ai rien d’autre à donner ;

or je ne peux être reçu, connu, que dans un consentement aussi absolument libre et dépouillé que celui de ma propre toute-puissance, aussi vide de soi dans l’accueil du plus grand bonheur que dans la traversée de l’extrême déréliction. 

Michel NODE-LANGLOIS

http://www.thomas-d-aquin.com/Pages/Articles/RaisonMal.pdf

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