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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 11:20
La Lettre de Béthanie N° 129
Chers Amis,
 
« Le peuple qui était dans les ténèbres », comme dit le prophète Isaïe, les rois qui le gouvernaient, ceux qui étudiaient les Ecritures, les prêtres, les prophètes, tous au sein du peuple hébreu attendaient le Messie, « Ha Massiah », le « oint » de Dieu. 

On peut dire qu’ils vivaient tous dans ces grandes détresses fondamentales de l’homme que nous vivons aussi, la solitude, la peur de la mort et l’absurdité de la vie. Ils attendaient depuis des siècles un messie les en libérant… et pourtant, quand il est arrivé, quand les temps furent mûrs, (car vous le savez, quand le disciple est prêt le maître arrive), personne ne s’aperçut qu’Il était là, sinon quelques bergers. 

Ceux-ci étaient des veilleurs, des gens vigilants, qui en reçurent connaissance, nous dit l’Evangile, par révélation angélique. C’étaient des hommes enracinés en ciel, puisqu’ils étaient capables de recevoir un message angélique, mais aussi des éleveurs, donc enracinés en terre et pragmatiques, c’est pourquoi ils se dirent : « Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons cet événement que le Seigneur nous a fait connaître ».
 
Or le Messie a surpris tout le monde. Presque tous attendaient un roi terrestre, puissant et armé qui chasserait l’envahisseur car ce petit peuple était en permanence dans la solitude, la peur de la mort et même de l’extinction totale, et donc aussi dans le non-sens, dans l’absurdité de la vie. 

N’en est-il pas de même pour nous aujourd’hui ? N’attendons-nous pas le bonheur de tant de gens, de tant de choses qui finalement nous déçoivent les uns après les autres, qui s’avèrent impuissant à répondre à ce désir de sens qui est en nous, qui nous laissent seuls et face à la peur de la mort ?
 
Or le messie, le « oint » de Dieu, vient comme un petit enfant, un « nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche ». Comment voulez-vous qu’ils le reconnaissent ? Comment voulez-vous que nous le reconnaissions ? En quoi ce nouveau-né peut-Il répondre à nos trois détresses ? Nous qui attendons l’homme providentiel qui nous sortira de la crise financière, économique, politique, militaire, ou qui attendons l’homme ou la femme qui comblera notre besoin affectif béant et notre peur de la solitude, de la mort et du non-sens ?
 
Sommes-nous capables d’attendre le Tout Autre, celui que nous ne savons pas concevoir ? Sommes-nous prêts à être complètement surpris, désarçonnés, décontenancés ? Ne risquons-nous pas de ne pas le reconnaître, de passer à côté de Lui ? « Dieu passe près de moi et je ne le vois pas » …
 
C’est pourquoi il faut veiller, comme ce temps de l’Avent nous y a invité, comme ces bergers à Bethléem qui étaient de grands méditants, car la surveillance d’un troupeau demande d’être vraiment dans la vigilance et radicalement dans l’instant présent. Dans le cas contraire on peut s’attendre à perdre dans la gueule du loup nombre de ses brebis. 

Or nous sommes des bergers, surveillant le troupeau de nos pensées, de nos désirs, de nos pulsions. Il nous faut donc être vigilant nous aussi à chaque instant, car le Christ nous le dit dans l’Evangile : « vous ne savez ni le jour, ni l’heure où le Fils de l’homme reviendra » et Il dit encore ailleurs : « Il viendra comme un voleur », c’est-à-dire que, comme le voleur nous ne le verrons pas, nous ne le reconnaîtrons pas, Il sera caché à nos yeux.
 
Nous sommes tellement obnubilés par nos petits ou grands soucis matériels et existentiels et Lui, Il nous surprend tellement, Il est tellement au-delà de nos attentes, au-delà de nos désirs, Il a une si haute idée de nous que ça ne nous vient pas à l’idée une seconde d’attendre un tel messie.
 
Le messie de l’Evangile est toute intériorité, toute discrétion. Il est plein de respect et de pudeur et il vient, si nous le voulons, si nous lui permettons, au-dedans de nous. Il vient… dans la subtilité de l’instant présent, de l’ici et maintenant, dans ce croisement entre notre vie existentielle et notre profondeur. C’’est là qu’il faut l’attendre, c’est là qu’il faut le guetter, car c’est là qu’il était, c’est là qu’il est, c’est là qu’il vient.
 
Il est certes venu il y a plus de deux mille ans dans l‘histoire des hommes, mais Il n’en est pas reparti, Il y est resté et Il est chaque jour, chaque instant, dans mon histoire, comme un voleur tant que je ne sais pas le reconnaître, mais aussi, si je le Lui permet, comme Celui qui épouse ma vie, qui transcende mon histoire, qui féconde mon devenir, qui permet ma transformation, ma transmutation, comme Celui qui est devenu homme pour que l’homme devienne dieu, pour que « je » devienne dieu.
 
Soyons donc prêt, exerçons-nous à veiller dans nos cœurs, soyons attentifs comme dit le diacre à la liturgie et soyons vigilants sans relâche, sans a priori d‘aucune sorte. Soyons dans l’instant présent et nulle part ailleurs, car c’est là qu’Il vient et c’est là qu’Il nous sauve.
 
 
Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
 
Père Pascal
http://www.seraphim-marc-elie.fr/
 
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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 23:14
Les créatures sont un pur néant

La créature, en tant que telle, est non-être, et il est de ce fait impensable de remonter du non-être à l’être.

Par exemple, et entre autres, « Si tu trouves néant, l’unique raison en est que tu cherches un néant. Toutes les créatures sont un pur néant. Je ne dis pas qu’elles sont peu de chose ou quelque chose : elles sont un pur néant[11]. »

Les créatures sont un pur néant, car justement elles sont séparées de Dieu qui, lui, est l’Etre.

Or, chez Eckhart, il n’y a pas de troisième terme entre l’Etre et le non-Etre. Si la créature n’est pas l’Etre divin, alors elle ne peut pas être.

C’est la raison pour laquelle, selon nous, la créature sera associée à la matérialité et au non-être du mal.

Eckhart l’explique d’ailleurs fort bien :

« aucune créature n’a d’être ; car leur être à toutes est suspendu à la présence de Dieu. Si Dieu se détournait d’elles ne fût-ce qu’un instant, elles retourneraient au néant. »[12]


Thibaut Gress

[11] Maître Eckhart, Sermon 4, Omne datum optimum et omne donum perfectum desursum est, descendens a patre luminum, trad. Libera, in Maître Eckhart, Traités et sermons, GF, 1995, p. 242  
[12] ibid. p. 245  

http://nezenlair.unblog.fr/category/philosophie/maitre-eckhart/ 

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 23:58
Le christianisme "faible" ?

L'idée de la « faiblesse » du christianisme est profondément fausse.

Les saints possèdent une force qui leur permettrait facilement de dominer les hommes, les masses, mais ils suivent la voie inverse ils se font les esclaves de leurs frères et par cela acquièrent un amour qui, dans son essence, est impérissable.

Sur cette voie, ils remportent une victoire qui demeure dans les siècles ; alors qu'une victoire obtenue par violence n'est jamais durable et, par nature, n'est pas tant la gloire que la honte de l'humanité.

Le Starets (Silouane) concevait l'Incarnation de Dieu le Verbe et toute la vie terrestre du Christ comme amour pour le monde entier, bien que ce dernier soit plein de haine contre Dieu.

De même, il avait connu le Saint-Esprit dans l'amour qui, par sa venue, chasse toute haine, comme la lumière chasse les ténèbres ; dans l'amour qui rend l'homme semblable au Christ jusque dans les plus intimes mouvements de son âme. Et c'est cela qui est, selon l'enseignement du Starets, la vraie foi.

« Plusieurs ont étudié toutes les croyances religieuses, mais la vraie foi, celle que l'on doit avoir, ils ne l'ont pas connue par cette voie. Mais celui qui priera Dieu avec humilité pour que le Seigneur l'éclaire, à celui-là le Seigneur fera connaître de quel grand amour il aime les hommes » (cf. p. 268).

Les hommes ont peur de se jeter dans ce feu que le Seigneur est venu apporter sur terre. Ils craignent d'y brûler et d'y « perdre » leur âme.

Mais ceux qui n'ont pas reculé et ont eu cette foi (Lc 17,33 ; n 12, 25), comme par exemple le Starets, savent qu'ils ont trouvé la vie éternelle ; ils savent cela avec certitude et n'ont pas besoin d'un témoignage autre que celui de l'Esprit qui témoigne en eux-mêmes (1 Jn 3, 14 ; 5, 10).

La voie du Starets est la voie des saints, indiquée par le Christ lui-même, mais que le monde dans son ensemble n'a pas acceptée.

Pour lutter contre le mal, qui se manifeste également sur le plan physique, les hommes recourent à la force physique. Même des chrétiens se trouvent souvent sur cette voie.

Mais la sainte Église a toujours suivi les traces du Christ Crucifié prenant sur lui le poids des péchés du monde.

Le Starets avait très nettement conscience que l'on ne peut vaincre le mal que par le bien ; que lutter par la force n'aboutit qu'à remplacer une violence par une autre.

Il nous est arrivé bien des fois de parler avec lui à ce sujet. Il disait : « Dans l'Évangile c'est clairement dit... Quand les Samaritains ne voulurent pas accueillir le Christ, les apôtres Jacques et jean voulurent faire descendre le feu du ciel pour les consumer, mais le Seigneur le leur défendit et leur dit " Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes... Je suis venu non pour perdre les hommes, mais pour les sauver " (Lc 9, 52-56). Nous aussi, nous ne devons avoir que cette unique pensée : que tous soient sauvés. »

Dieu a bien voulu nous permettre de vivre auprès du Starets et de voir en lui partiellement quelle merveilleuse vie le Christ a apportée sur terre ; de voir comment, dans un même cœur, peuvent coexister de la plus étrange manière une profonde et inébranlable paix ainsi que de grandes et déchirantes lamentations ; une joie radieuse et paisible, et, en même temps, les grands tourments d'un esprit qui vit la tragédie de l'humanité.

Archimandrite Sophrony
Starets Silouane
Editions Présence

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