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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 22:43

 Pendant une semaine et demie, on n'aura jamais autant parlé de justice, de tribunal et de pénal aux Français. Des kilomètres d'aigres polémiques, de gloses au sujet des procédures pénales américaine et française. Trop, ce fut trop !

 

Je ne suis pas certain que nous ayons l'esprit plus clair après cette avalanche médiatique. Pour prolonger l'éditorial de Jean-Pierre Denis sur le péché, remettons-nous en mémoire deux idées simples. Elles constituent - ou devraient constituer-les vrais fondements d'une justice civilisée.

 

La première est que chacun de nous est « capable de tout », du meilleur comme du pire. Les correspondants de guerre - dont je fus - le savent bien.

 

Dans certaines circonstances, le plus pacifique quidam peut devenir un meurtrier, voire un tortionnaire. Cela signifie que le mal n'est pas seulement à l'extérieur, chez l'autre. Il habite aussi à l'intérieur de nous-même. Il est notre ennemi intime.

 

Répéter à propos d'un présumé coupable « cela ne lui ressemble pas » n'a pas de sens. En propageant la formule, les communicants et les amis de Dominique Strauss Kahn étaient maladroits. Je pense à des auteurs chrétiens comme Georges Bernanos ou Maurice Clavel qui n'ont cessé de réfléchir à cette évidence.

 

Le mal est en nous. On peut même interpréter ainsi le concept si décrié de péché originel. Le mal n'a pas seulement élu domicile chez des criminels ou des « monstres » dont il suffirait de se débarrasser pour éradiquer le mal de l'univers.

 

Il nous appartient d'affronter, fermement et modestement, celui qui loge en notre for intérieur. Cela nous interdit de jouer à l'inquisiteur, comme tant de gens l'ont fait ces derniers jours. C'est d'ailleurs ce que nous rappelle l'épisode de la femme adultère dans l'Évangile de Jean (8,7). « Que celui gui n'a jamais péché... »

 

La seconde idée simple corrige et complète la première : on ne peut ni ne doit réduire un être humain à la somme de ses actes. Tout criminel, même le pire, est capable de rédemption. En lui demeure la parcelle d'humanité qui pourra fonder son rachat. Transposé sur le terrain du droit pénal, cela  signifie qu'au-delà de la punition, il reste un « après ». Il n'existe pas, en somme, de monstre irrécupérable même si, parfois, nous sommes tentés de le penser. Là gît d'ailleurs le meilleur argument contre la peine de mort. Il n'y a pas de « monstre absolu » ni de « criminel né ».


La justice européenne a mis plus d'un siècle à réfuter cette notion effrayante, élaborée au XIXe siècle par le criminaliste italien Cesare Lombroso, et la justice implacable qu'elle fondait. Pourquoi rappeler cela ? Parce que le durcissement répressif risque de nous y ramener. Quant à l'expéditive «justice médiatique », convenons hélas qu'elle fait souvent du Lombroso sans le savoir.

JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD
Journaliste, écrivain et essayiste

jc.guillebaud@lavie.fr

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 22:47

jean_paul_2.jpgAux disciples d'Emmaüs qui demandaient à Jésus de rester « avec » eux, ce dernier a répondu par un don beaucoup plus grand : il a trouvé le moyen de demeurer « en » eux par le sacrement de l'eucharistie. Recevoir l'eucharistie, c'est entrer en communion profonde avec Jésus.

 

« Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15,4). Cette relation d'union intime et mutuelle nous permet d'anticiper, en quelque manière, le ciel sur la terre. N'est-ce pas là le plus grand désir de l'homme ? N'est-ce pas cela que Dieu s'est proposé en réalisant dans l'histoire son dessein de salut ? Il a mis dans le cœur de l'homme la faim de sa Parole (cf Am 8,11), une faim qui sera assouvie uniquement dans l'union totale avec lui. La communion eucharistique nous est donnée pour « nous rassasier » de Dieu sur cette terre, dans l'attente que cette faim soit totalement comblée au ciel.

Mais cette intimité spéciale, qui se réalise dans la communion eucharistique, ne peut être comprise d'une manière appropriée, ni pleinement vécue, hors de la communion ecclésiale...

 

L'Église est le Corps du Christ : on chemine « avec le Christ » dans la mesure où on est en relation « avec son Corps ». Le Christ pourvoit à la création et à la promotion de cette unité grâce à l'effusion de l'Esprit Saint. Et lui-même ne cesse de la promouvoir à travers sa présence eucharistique. En effet, c'est précisément l'unique pain eucharistique qui fait de nous un seul Corps. L'apôtre Paul l'affirme : « Puisqu'il n'y qu'un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1Co 10,17).


Bienheureux Jean-Paul II
Lettre apostolique « Mane nobiscum Domine » §19-20 (trad. DC 2323 7/11/04, p. 924 © copyright Libreria Editrice Vaticana)

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 22:54


Photo Aurore (cliquer pour agrandir)

 

Chers Amis,


Aucun évènement de l’Histoire n’a suscité autant de joie et d’enthousiasme dans la durée que la Résurrection du Christ… Et voilà qu’au beau milieu de ce soulèvement inouï surgit l’Apôtre Thomas qui met l’évènement en question et sème le doute ! Je ne croirai, dit-il, que lorsque j’aurai mis mes mains dans ses plaies. Quel superbe miracle que ces paroles ! Quelle connivence avec des millions d’hommes, surtout aujourd’hui, qui aimeraient bien en dire autant ! Il est inacceptable d’être chrétien parce que « par hasard » on est né dans ce milieu-là, qu’on a reçu la foi comme un héritage, parce que le curé du coin en a parlé ou l’Institution qui me coiffe la professe…La foi par personne interposée !

Le doute, par contre, permet et provoque l’affrontement personnel avec la réalité proposée. De quoi s’agit-il exactement ? C’est, pour celui qui l’entreprend, une démarche d’éveil et de maturation par l’expérience unique et transformante. Ce n’est plus à cause de tes dires que nous croyons, nous avons entendu nous-mêmes et nous savons qu’Il est vraiment le Sauveur du monde, ont dit les Samaritains (Jn 4,42). Dieu s’est incarné en Jésus Christ pour que chacun puisse le voir, le toucher, l’entendre et l’expérimenter directement. Le doute ouvre dans l’homme un espace de recherche.


Voilà ce qui est précisément très important. Celui qui cherche, au lieu de recevoir passivement de l’extérieur, devient sujet et va à la racine de son désir, c'est-à-dire de l’expérience la plus originelle en lui. C’est la première et seule chose qui intéresse Jésus quand Il rencontre ses tout premiers disciples : Que cherchez-vous ? leur demande-t-Il (Jn 1,38). Celui qui cherche a le désir en éveil et un chemin d’expérience, son être est orienté. Jésus, voyant cela chez les disciples qui ont répondu : Maître, où demeures-tu ? les invite à l’expérience immédiate : Venez et voyez ! Leur cœur profondément motivé ouvre les portes. Et ils demeurèrent avec Lui ce jour-là, continue le texte. Tout est là : demeurer avec Lui : ils sont dans la fournaise de l’expérience la plus transformante qui soit.

Thomas a quelque souvenir de ces moments d’intenses rencontres et il sait : la foi ne peut être une simple adhésion intellectuelle des « vérités à croire »… Pour lui, la foi c’est « plonger », ce qui définit le baptême, dans la chair et le sang du Christ, dans la puissance de son souffle, pour devenir avec Lui une même substance, ce qui définit l’eucharistie. La foi est une adhésion d’Amour au Christ. Connaître par la foi c’est alors naître au Christ, vivre en Lui et par Lui, Le laisser vivre en soi à travers le moindre geste. Quand Thomas, après avoir touché le Christ, s’écrie : Mon Seigneur et mon Dieu ! , il témoigne de cette « plongée » dans une toute autre dimension, la dimension non-conditionnée, qui fait de lui une « créature nouvelle ».


C’est un immense lâcher-prise. Le Christ l’y conduit pour que plus rien ne s’interpose dans sa foi, pas même sa volonté d’expérience. Dieu se laisse saisir, mais pas enfermer ! Jésus l’invite à descendre dans son mystère inépuisable et sans limites. L’homme est toujours réducteur et risque de rester à la superficie de ses images et de ses sensations, victime de son mental. Quand Jésus dit à Thomas : Tu crois parce que tu m’as vu, heureux ceux qui croient sans voir vu !, Il lui fait remarquer que « voir » c’est rester encore à distance de Lui, forcément.


Mais heureux ceux qui ne voient plus : le Christ leur est devenu tellement intérieur que la relation d’extériorité est totalement absorbée. L’homme est entré dans le grand « Je Suis » avec le Christ, il n’y a plus d’objectivation : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, selon la fameuse révélation de saint Paul (Ga 2,20).

 

Voilà justement le Mystère abyssal où l’homme naît vraiment à lui-même parce qu’il porte le Vivant dans son intimité. C’est l’homme de ce « huitième jour » dont parle l’Evangile, il a intégré l’éternité dans le temps et mène désormais une vie de ressuscité ; le Royaume lui est intérieur, si bien qu’il est libre de tous les conditionnements et divinement heureux. Même les blessures que la vie continue à lui infliger : Jésus lui apprend qu’Il peut les toucher avec confiance, elles sont maintenant « sauvées » et déjà remplies de lumière…

A chaque instant, nous avons le choix entre le doute néfaste qui nous aimante vers le bas-fond enférique ou le doute comme « méthode » qui ressuscite !


Avec toute notre affection, à bientôt !


Père Alphonse et Rachel

animateurs du centre spirituel Béthanie

http://www.centre-bethanie.org

 

S'abonner à la lettre http://www.centre-bethanie.org/liste_diffusion.htm

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