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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 22:12
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A l’approche de la Semaine sainte des chrétiens, je relis le Livre de l’Exode dans la Bible. Une écriture tellement forte qu’elle fait vibrer le cœur de beaucoup. Comme la parole même de Dieu.

Il s’y manifeste par des signes puissants : sur la montagne, la nuée dans le jour, l’éclair et le feu dans la nuit. Et même dans la tente de la rencontre réalisée avec art par deux artistes dont on a précieusement gardé les noms : Béçaléel et Oholiab.

Depuis un an, Claude Lévêque a installé sous la pyramide du Louvre de l’architecte Ieoh Ming Pei, un éclair de néon rouge. Il s’allume à la nuit tombante et s’éteint avec le jour. D’une telle évidence que son retrait prévu en janvier 2016 laissera un vide.

Il me désigne cette pyramide à la fois comme une montagne et comme une tente. Les grandes pyramides égyptiennes se dressaient à l’orée du désert pour abriter des morts et communiquer avec le ciel. Comme des montagnes où l’éclair de feu descendait relier le ciel, résidence des dieux, à la terre des hommes. Symbolisme quasiment universel.

Mais un éclair à l’intérieur ! La puissance lumineuse de Dieu se manifesterait, à la nuit, dans la tente ? Claude Lévêque répond « Sous le plus grand chapiteau du monde » reprenant le titre de l’un des derniers films de Cecil B. DeMille. Il valide l’image de la tente, lui qui en a déjà dressé plusieurs, mystérieusement éclairées de l’intérieur. En revanche, il évacue le religieux dans le grand spectacle du patrimoine artistique et culturel présenté au Louvre.

Allons ! Si « le regardeur fait le tableau », monsieur Duchamp, je me permets de voir là, avec émotion, un appel à y discerner les belles traces de l’impact divin, son Esprit. Le terrifiant éclair, lorsqu’il émane du sommet de la tente vers son centre, « s’incarne » dans la forme de ce qu’il rejoint : l’art. Cette relation privilégiée que proposent quelques œuvres en élevant ceux qui y discernent le feu qui les habite.

« La nuit, il y avait dedans la Demeure, un feu… »

Ainsi s’achève le livre de l’Exode.

Père Michel Brière

"L'âme de l'art" rassemble des chroniques du père Michel Brière. Docteur en théologie, enseignant à l'Institut Catholique de Paris (ISTA), aumônier des Beaux-arts, il commente expositions et œuvres pour une approche chrétienne de la culture contemporaine. Avec l'exigence de la bienveillance, il tente un "dialogue avec l'art… par nature, une sorte d'appel au Mystère." (Jean-Paul II)

https://www.facebook.com/lamedelart​

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 22:30
Spécificité de la théologie orthodoxe

Nos approches théologiques (orthodoxes) à propos des énergies divines, la divinisation de l'homme, la protection et la sauvegarde de l'environnement, la transfiguration en Christ du cosmos ne relèvent pas de la scolastique et ne se fondent pas, comme c'est le cas pour le monde latin, sur la dualité du divin et de l'humain ou sur le seul concept de la nature morale de l'homme.

Elles sont liturgiques et mystiques ; elles mettent l'accent sur l'unité du divin et de l'humain, sur l'union ontologique de l'homme avec Dieu.

Les trésors spirituels de notre théologie existent pour tous. Ils font pressentir une autre manière d'être, un éthos animé par la force et la joie secrète de la Résurrection.

Il serait absurde de penser que l'Orthodoxie s'oppose à l'Occident à un moment où, partout dans le monde on accorde une valeur excessive au progrès matériel et où nos sociétés sont de plus en plus soumises à un libéralisme débordant qui asservit la personne humaine et nuit à toute vie qui se veut d'abord spirituelle.

Une théologie capable de promouvoir, dans une société où tout se vend, s'achète, se calcule, ce qui est gratuit, inassimilable ; capable en d'autres termes de promouvoir une réalité qui demande a être contemplée et non utilisée.

Une théologie qui nous présente non le divin magique des sectes, donateur d'émotions et de pouvoirs, mais un Dieu "fou" qui transcende sa propre transcendance pour nous restituer l'existence comme sens et comme fête, dans le témoignage de la beauté ; beauté qui n'est plus de séduction et de possession mais de communion.

Il faut en finir avec une conception de la rédemption "où la souffrance du Fils est indispensable pour apaiser les humeurs du Père".

Dieu n'a pas l'idée du mal. Il n'est pas l'auteur du mal, mais le crucifié du mal, qui nous ouvre en retour les voies de la Résurrection

Ce petit reste que mentionne avec tant d'émotion l'Ecriture Sainte et qui définit si bien notre Eglise en Estonie, après avoir été dépouillée à l'extrême par les épreuves du siècle passé au point de devenir "pauvre pour Dieu dans la fragilité évangélique", peut aujourd'hui se comporter, au sein du monde orthodoxe, avec une authentique conversion qui bannit tout orgueil confessionnel, tout sentiment de supériorité sur le plan de la culture ou de la civilisation.

Autrement dit, une Eglise humble et servante qui aspire plus que tout à être toute tissée de cette Lumière que seules la gratuité et l'abnégation de l'Evangile du Christ peuvent éclairer, expliciter et justifier pour la vie du monde.

C'est encore à nous de trouver les mots pour convaincre que la théologie orthodoxe est avant tout une théologie de célébration, où la pensée s'éclaire dans le mystère, autrement dit dans le pourquoi de la vie et de la mort et peut- être surtout dans le pourquoi du mal.

Et encore...Dans cette même perspective, qui passe nécessairement par l'exigence de la catharsis aussi bien que par celle d'une meilleure connaissance de notre théologie patristique, l'Eglise Orthodoxe d'Estonie serait bien inspirée (dans cette région du Nord de l'Europe qui l'a vue naître et qui demeure son milieu d'évolution naturel) d'approfondir l'expérience des grands mystiques d'Occident et la théologie du Catholicisme romain tout en ne perdant pas de vue non plus sa relation et son parcours historique commun avec le monde de la Réforme, plus précisément avec celui du Luthérianisme.

Et ce, non pas pour faire ressortir les dangers et les déviations de l'Occident mais au contraire pour opposer une évaluation positive dans le but de reconnaître et de voir comment on peut lire, de façon orthodoxe, les éléments qui ont déviés, le plus souvent à cause du contexte dans lequel ils ont été contraints de s'exprimer.

Avec cette autre Europe chrétienne notre Eglise est évidemment appelée à introduire, dans nos sociétés sécularisées contemporaines, trois attitudes fondamentales : le repentir entre les nations après tant de guerres et de persécutions ; l'autolimitation, pour un plus juste partage avec les plus pauvres ; enfin le respect et la spiritualisation de la terre.

Mgr Stephanos
Métropolite d’Estonie
(*) Cette brève étude a été publiée par le Bureau de la Représentation de l'Eglise de Grèce auprès de l'Union Européenne par la maison d'édition INDIKTOS
- Athènes 2011, pp.59-77 sous le titre :"DIAPOLITISMIKOTITA KAI THRISKIA STIN EVROPI META TIN EPIKYROSSI TIS SYNTHIKIS TIS LISSAVONAS" ( INTERCULTURALITE ET RELIGION ENEUROPE APRES LA RATIFICATION DU TRAITE DE LISBONNE).

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 23:42
Rien ne remplace le temps pour «faire son deuil»

Le crash de l'avion Düsseldorf-Bacelone qui vient d'avoir lieu dans les Alpes du Sud est bien évidemment tragique et il ne saurait être question de ne pas être bouleversé face au drame qu'il représente. Néanmoins, sa «gestion» par notre postmodernité ne peut pas ne pas nous interroger quand on a quelque bon sens.

Écoutons la radio relatant ce qui se passe maintenant. Nous apprenons que des avions ont été affrété pour que les familles puissent se rendre sur les lieux du drame afin de faire leur deuil, le tout accompagnées par des cellules de soutien psychologique. Constatons le.

Désormais, lorsqu'une catastrophe se produit, le scénario est bien orchestré. Immédiatement nous apprenons que «tout est mis en œuvre» pour qu'il y ait «prise en charge» des familles par des «antennes de soutien psychologique» afin de «mettre des mots» et ainsi de permettre de «faire le deuil».

Dans ce scénario bien rôdé il y quelque chose qui dérange. Le fait qu'il soit bien rôdé. Et derrière ce rodage, une certaine mécanicité. On n'est pas humain. On est mécaniquement humain.

Comme si on avait peur. Peur que les familles endeuillées se révoltent. Peur qu'elles crient au scandale. Peur qu'elles disent haut et fort qu'elles ont été mal traitées. Qu'elles ont été abandonnées. Qu'elles ont été laissées à elles-mêmes, seules avec leur chagrin. Alors, non seulement, on «fait» mais on montre que l'on «fait». On communique. On sur-communique. Pas question qu'il y ait un moment de solitude ni de silence.
 

Une expression frappe dans ce tourbillon communicationnel: faire son deuil. Se rend-t-on compte de ce que l'on dit quand on prononce ce terme?

Quand Freud a prononcé cette formule, il songeait à certains de ses patients maladivement attachés à des proches décédés. On ne peut pas vivre éternellement dans le regret de nos chers disparus. Il y a un moment où il faut les laisser partir. D'où l'expression «faire son deuil», cette expression désignant le fait de faire son deuil d'un attachement névrotique, hystérique à des proches disparus.
 

Prise en dehors de son contexte pathologique, constatons le, cette expression est proprement ridicule. Que l'on sache, toute personne qui perd un de ses proches n'est pas dans un état pathologique, névrotique ou hystérique au point de devoir «faire son deuil» avec un psychiatre.

Qu'à cela ne tienne. Notre postmodernité a décidé de psychiatriser le deuil et oblige désormais de «faire son deuil» en dépêchant pour cela des «psys» afin de veiller à ce qu'on le fasse.

Faute d'un discours religieux sur la mort nous avons aujourd'hui affaire à un discours médical et psychiatrique sur celle-ci, une personne endeuillée étant un malade potentiel qu'il faut soigner et le prêtre étant remplacé par le psychiatre.

En fait, ne sachant pas quoi faire en l'absence d'un ordre religieux du monde, la postmodernité qui a tué Dieu médicalise la mort et la psychiatrise faute de la spiritualiser en dépêchant sur les lieux des catastrophes et des tragédies des équipes médico-psychiatriques veillant à ce que l'ordre d'un monde sans Dieu soit bien assuré.

On a psychiatrisé la mort? On a fait en sorte que tout le monde fasse gentiment son deuil comme certains font la Turquie quand ils sont en vacances ou que le petit fait son rôt à la fin du repas? On a bien fait. On a fait ce qu'il fallait faire.

Le monde peut continuer de dormir en paix. On a veillé à ce que la mort ne soit plus un événement spirituel et métaphysique. On a empêché de la penser. On a évité qu'elle bouleverse et que, derrière elle, la vie, bouleverse.

Bertrand Vergely
Philosophe et théologien, il est l'auteur de Deviens qui tu es: La philosophie grecque à l'épreuve du quotidien (Albin Michel, 2014).

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