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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 23:59

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Le jeûne tient une place toute particulière dans la tradition orthodoxe. Entretien avec le Père Michel Evdokimov, archiprêtre des paroisses orthodoxes Saint-Pierre-et-Paul à Châtenay-Malabry (92). Publié le 19 février 2014.

"L'ascèse personnelle, familiale et paroissiale, en particulier dans la prière et dans le jeûne, est caractéristique de l'Orthodoxie"

Père Justin  Popovitch (1894-1979)

La nourriture,un thème biblique

Dans la Bible, tout commence avec le partage de la "pomme" entre Adam et Eve. Et les récits présentant toutes sortes de repas y sont nombreux. Sans parler de la main nourricière de Dieu ... Ainsi Élie, pourchassé par la reine Jézabel, jeûne pendant 40 jours, puis, à bout de forces il s’allonge sur le sol  en disant :«C’est fini, je vais mourir.» A ce moment –là, un ange arrive  et le nourrit. Quant au peuple d’Israël qui erre dans le désert durant 40 années, il est sauvé par la manne qui tombe du ciel. Dieu intervient dans la vie des hommes pour les nourrir non seulement en esprit, mais aussi d’une manière plus matérielle. Et lorsque Jésus, poussé au désert, va jeûner pendant 40 jours : quelle sera la première tentation du Malin ? La nourriture...

Les orthodoxes attachent au jeûne une importance toute particulière parce que, à l'image de Jésus dans le désert, il permet de s'ouvrir aux réalités de l'Esprit, à travers le combat spirituel. Car, comme nous le montre le récit de Jésus au désert, le jeûne n’est pas quelque chose d’anodin. C’est un geste qui provoque des réactions violentes de la part des forces du mal. Les orthodoxes situent le Carême dans cet perspective : le jeûne nous rendant plus faible, le Carême est un temps de combat spirituel qui invite chaque croyant à un travail intérieur.

Une discipline sur soi-même

C'est en se privant de nourriture, que l'on découvre ce qui essentiel pour survivre. Or, "l'homme ne vit pas que de pain". Le jeûne aide à maîtriser ses appétits et aiguise d'autant notre notre soif de Dieu.

Les fidèles orthodoxes sont invités à jeûner non pas de leur propre volonté mais sous la direction d'un père spirituel. Je demande aux fidèles de ma paroisse de supprimer la viande et dans la mesure du possible les laitages. Les moines orthodoxes, eux, observent un jeûne beaucoup plus strict : abstention de toute nourriture d’origine animale (viande, poisson ayant une arête, laitages, œufs) graisses et vin… Ce jeûne de la nourriture invite à d'autres formes de privations, comme le jeûne de télévision(supprimer les émissions récréatives ou frivoles) et les revues du même type. En contre-partie, je leur demande lire au moins un évangile,si ce n’est les quatre, et ainsi se rapprocher de Dieu par cet effort, et par une prière plus assidue.

Le jeûne conjugal est aussi préconisé, mais de fait il est déjà ancré en profondeur dans notre tradition. Les couples orthodoxes pratiquants ont l'habitude de pratiquer l'abstinence un jour avant, et un jour après l'eucharistie. Dans notre société d'abondance, cet apprentissage de la liberté face à nos dépendances n'est pas vraiment populaire. Alors qu'il y a des danseurs, des sportifs, des stars qui sont capables de se discipliner de façon drastique, ascétique, pourquoi est-ce que, nous chrétiens, nous ne pourrions pas nous soumettre à une discipline de ce genre, alors que nous sommes là pour montrer la valeur spirituelle et humaine du jeûne, dans ce qu’on appelle le partage ?

Le partage communautaire, une réalité

«Tu jeûneras pour partager cette nourriture avec les pauvres» disait saint Jean Chrysostome. Pour notre petite communauté, comme pour l'ensemble de la communauté orthodoxe, le jeûne n'est pas qu'un simple effort sur soi, il s'ouvre sur le partage en communauté avec "le pauvre". Ainsi, dans notre paroisse, les sommes qui équivalent à notre privation de nourriture ou de divertissement sont mises de côté. Elle sont ensuite rassemblées et versées dans ce que nous appelons la quête de Carême. Après Pâques, cet argent sera envoyé à des œuvres humanitaires ici en France, en Roumanie, ou au Liban...

Nous sommes peu nombreux mais il est essentiel pour nous de faire ce geste d'offrande, car il crée un lien entre ces gens en souffrance et nous qui vivons dans des conditions plus favorables. Ce temps de jeûne personnel, de partage et de prière est vécu en étroite relation avec notre petite communauté, qui nous aide à en supporter l'exigence, tant il est vrai que le jeûne en France est autrement plus difficile, que dans un pays comme la Russie où vous êtes porté par une communauté élargie.

Propos recueillis par Evelyne Montigny, 19 février 2014

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 23:37
La Lettre de Béthanie N°120
Gorze, février 2015

Chers Amis,

Nous voici aux portes du grand carême. Ce temps d’ascèse, c’est-à-dire d’exercices sur soi-même, sur les passions qui nous habitent, est justement un temps d’exercices pour nous en libérer, non pas seul bien sûr, mais avec la grâce de notre Seigneur Jésus Christ. Seul nous ne pouvons rien, ou si peu, mais sans l’engagement de notre liberté dans un libre effort, Dieu ne peut rien non plus pour nous. Vous le savez, il faut qu’il y ait une synergie, une volonté commune, une coïncidence entre notre décision libre et la grâce divine qui nous est aussi librement donnée par Dieu.

Pour vivre ce temps de combats avec le monde, au sens du monde de la chute, et avec nous-mêmes aussi qui sommes pleins de ce monde-là, la Tradition nous propose différentes méthodes, différents chemins. L’un d’entre eux est le jeûne.

A un premier niveau le jeûne est une privation, mais on peut aussi le qualifier à un autre niveau non plus de privation mais d’intériorisation. En Occident, pendant le carême, on jeûne notamment de l’alléluia c’est-à-dire qu’on ne le chante plus pendant quarante jours et qu’on l’intériorise.

Allelu Yah, c’est-à-dire Louez Yah, louez le tétragramme, louez le Nom imprononçable, le Nom intériorisé. Louez Dieu ! Bien sûr qu’on ne va pas tout d’un coup arrêter de louer Dieu, mais, et c’est un exercice, une pédagogie, on va cesser de le louer extérieurement pour aller plus loin, beaucoup plus loin, en le louant intérieurement.

Nous garderons l’alléluia dans notre cœur, dans notre souvenir, comme le peuple juif en exil gardait le souvenir de Sion, mais aussi comme Marie gardait tout dans son cœur. Marie est la mère de l’intériorisation. Vous avez remarqué comme elle parle peu dans l’Evangile. Elle garde tout dans son cœur, mais quand elle parle, quelle force ! C’est le « Magnificat » : « Mon âme, bénis le Seigneur ! »

Pendant quarante jours nous allons intérioriser la louange ultime, l’alléluia, afin qu’elle nous pénètre par tous les pores de notre peau et dans toutes les parties de notre corps, de notre âme, de notre esprit. Alors, elle résidera, comme un joyau sur son écrin, sur le trône de notre cœur. Alors, le soir de Pâques, après ces quarante jours d’exercice, de travail sur nous-mêmes et après aussi cette semaine sainte où nous allons suivre le Christ pas à pas dans sa passion librement consentie, après avoir vu le feu nouveau s’embrasé et l’avoir reçu, après avoir reçu l’annonce de la résurrection du Christ dans le chant de l’exultet, nous entendrons proclamer solennellement la bonne nouvelle : le retour de l’alléluia.

Une joie immense nous envahira et cela d’autant plus que nous l’aurons intériorisé pendant quarante jours. Joie qui s’allumera comme un feu de bengale et rayonnera tout autour de nous et en nous. A ce moment, il n’y aura plus d’intérieur et d’extérieur, nous vivrons cette expérience fantastique de ne plus chanter : alléluia mais d’être : alléluia, d’être : louange pour Yah, louange pour Dieu, flamme pour notre Dieu. Je vous souhaite une belle intériorisation et un bon carême !


Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
 
Père Pascal
 

 

 

Télécharger la Lettre en format PDF Cliquer ICI

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 23:04

cochon.JPG

[...] j'allais découvrir un étonnant texte de Jean consacré aux porcs, cet animal adulé par les uns et honni par les autres.

Nulle autre bête que le cochon, qu'il soit d'Inde ou de Bretagne, ne divise autant le monde.

A l'inverse, il semble bien que l'agneau, qu'il soit mystique ou comestible, unifie tous les mondes.

Personne ne tuerait son semblable pour un morceau de mouton jeté devant une mosquée, une église, une gompa, une synagogue.

Plus vont les temps, plus les religions se radicalisent, moins le cochon a sa place au soleil.

Bientôt, les porcheries, les charcuteries seront la cible des fanatiques et des kamikazes.

Le cochon explosera en gerbes de sang, aux quatre coins de l'univers.

La Voie lactée, elle-même, en sera toute rougie, toute coagulée. En dehors du Grand Nord et du Grand Sud, pas un seul peuple, pas un seul pays ne sera à l'abri des anticochons.

Ceux-ci couvent leur folie depuis des millénaires. Maintenant, ça y est, elle éclôt, elle éclate.

Tout cela à cause du sacrifice d'Abraham. Tout cela à cause de Dieu qui, dans sa bonté miséricordieuse, lui envoya un agneau au lieu de lui envoyer un cochon.

Mais Dieu a peut-être une excuse ? Qui sait, il n'avait peut-être pas encore inventé le cochon ?

Et puis Dieu, par le geste d'Abraham, par ce tranchant retenu au dernier moment sur la gorge de son fils, ne voulait-il pas dire aux hommes : «Attention, respectez vos fils, cessez donc de les égorger. La vie d'un enfant est sacrée. Tuez plutôt l'agneau car il est innocent» ?

Extrait du roman Le Fils de l'Himalaya écrit en 1997 par Jacques Lanzmann. (texte d'une rare prémonition)

http://www.seraphim-marc-elie.fr/

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