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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:44

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Avec 2 milliards de fidèles le christianisme reste la première religion au monde, loin devant toutes les autres. Question : pourquoi?

Depuis toujours, ma conviction est que le message de Jésus est le seul dans l'histoire de l'humanité qui fût au niveau du problème posé par la mort, notamment par celle des êtres que nous aimons.

Schopenhauer n'a cessé d'y insister dans son maître livre, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818) : la mort est la muse de toute interrogation métaphysique. Sans elle il n'y aurait ni philosophies ni religions.

En effet, ces dernières ont en commun de proposer des doctrines du salut, des réflexions sur ce qui pourrait nous sauver de la finitude humaine. À l'appui de son assertion Schopenhauer cite Platon et son fameux « Que philosopher c'est apprendre à mourir », repris et popularisé beaucoup plus tard par Montaigne.

Pourtant, je crois bien que la philosophie a toujours échoué dans cette préparation, là où la religion chrétienne nous promettait de faire « mourir la mort ».

Pour permettre aux humains d'aimer sans crainte ni retenue, il faut, comme le dit l'un de nos plus profonds philosophes chrétiens, Denis Moreau, dans son beau livre sur ; Les Voies du salut (Bayard), que quatre conditions soient réunies : « Que la mort ne soit pas le terme ; qu'il y ait une persistance de l'identité personnelle après la mort ; qu'il y ait une relative hétérogénéité entre la forme d'être que nous connaissons actuellement et celle placée après la mort; qu'il soit permis d'espérer que cette continuation post mortems 'opère dans des conditions (...) très heureuses. »

En d'autres termes, nous ne serons pleinement sereins et libres que si nous avons la certitude qu'une autre vie reprendra après notre disparition, une vie dans laquelle nous resterons nous-mêmes, de vraies personnes, d'âme et de corps.

Bien entendu, il faut que cette vie future soit malgré tout différente de l'ancienne.

Il faut qu'elle soit plus heureuse, beaucoup plus heureuse, puisque la mort n'y aura plus sa place et que l'amour y régnera en maître.

C'est là, justement, ce que promet le Christ à ceux qui acceptent de le suivre, et cette promesse de résurrection personnelle bouleverse l'attitude existentielle du chrétien ici et maintenant, comme le précise encore Moreau: «L'existence du croyant est une existence caractérisée par la foi en la résurrection du Christ et par l'espérance en sa propre résurrection.

Si l'on prend au sérieux cette foi et cette espérance, elles ne sont pas quelque chose que l'on pourrait avoir parallèlement à d'autres idées, à titre d'ornement ou de consolation de la vie, mais elles déterminent l'être entier du chrétien et le placent dans un rapport spécifique avec le monde qui modifie son être au monde. »

Bien des philosophes, depuis Épicure et les stoïciens jusqu'à Schopenhauer en passant par les disciples de Bouddha ou de Spinoza, se sont efforcés de montrer que la mort n'est pas à craindre. On connaît, entre autres, la fameuse argumentation d'Épicure exposée dans sa Lettre à Ménécée : « La mort n'est ríen pour nous puisque, tant que je suis là, elle n'est pas là, et quand elle est là, c'est moi qui ne suis plus là ! »

Pourquoi, dès lors, s'en effrayer? Je doute que le raisonnement, pourtant logique en apparence, ait jamais convaincu qui que ce soit. Personnellement, je vous avoue qu'il me fait plutôt sourire, pour ne pas dire plus, et bien qu'amoureux de la philosophie, j'ai toujours un peu honte des philosophes quand je les vois céder à pareils sophismes.

Il y eut sans doute quelques disciples pour les prendre au sérieux, mais pas Lucrèce, trop profond et avisé pour se laisser persuader par un discours d'une aussi évidente platitude.

Voilà pourquoi j'aime cette réflexion de La Rochefoucauld : « Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit mépriser. On a écrit tout ce qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal. Et les hommes les plus faibles aussi bien que les héros ont donné mille exemples célèbres pour établir cette opinion. Cependant, je doute que personne de bon sens l'ait jamais cru. Et la peine que l'on prend pour le persuader aux autres et à soi-même fait assez voir que cette entreprise n'est pas aisée »

Bien dit, et je concède volontiers qu'à mes yeux seul le discours du Christ est propre à lever les doutes et dissiper les peurs.

A une condition, bien sûr : avoir la foi.

 

Luc Ferry

Le Figaro 26 décembre 2014

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 23:30

pontmain.jpg

LE SURNATUREL se manifeste en France lorsqu’elle se trouve au bord du précipice, mettant en cela notre pays un peu à part des autres. Mais honor onus, disent les anciens, plus grand honneur entraîne davantage de responsabilité. Clovis ou Jeanne d’Arc, les apparitions mariales depuis 1830 (Rue du Bac), tout cela c’est le Ciel qui se penche sur notre histoire à bout de souffle, l’obligeant au sursum corda duquel elle a failli.

La France en déroute

En cette période de l’année, le 17 janvier 1871, Marie apparut à Pontmain, à 40 km d’une armée française en déroute vers Laval, humiliée et désespérée après la défaite du Mans devant les Prussiens. La Bretagne est alors menacée, dernière carte pour négocier un armistice pas trop indigne : mutineries, épidémies, épuisement généralisé, que faire ?

À une encablure de là donc, un trou perdu, Pontmain, hameau de moins de cent habitants y compris les nouveau-nés et une marmaille nombreuse, souffre du drame de façon un peu assourdie. Ce jour-là, l’angoisse n’empêche pas le train-train quotidien : piler des ajoncs pour le bétail, préparer les repas…

À partir de 18h et jusqu’à 21h, dans un va-et-vient sur la grand’ place de l’église, deux enfants, puis d’autres voient au-dessus d’une grange, une douceur qui sourit au milieu d’un ciel très dégagé, constellé d’étoiles. De quart d’heure en quart d’heure, les enfants s’assemblent, les adultes aussi (qui ne voient pas), jusqu’à un nouveau-né qui crie en pointant du doigt, « Zésus », le seul mot qu’il sache. Deux religieuses et le curé qui tient bien sa paroisse se mêlent à la grosse cinquantaine de témoins (les trois quarts du village).

En humilité

En ces heures graves, tous jouent le jeu presque d’emblée. Un épisode mérite d’être souligné, car il éclaire l’actualité d’aujourd’hui et ses tristesses. Alors que Marie souriait et attirait les sourires des enfants, jouant parfois même de ses mains comme pour cajoler de loin (au-dessus du toit de la grange), « Vlà qu’elle tombe en humilité », disent-ils à un moment : en humilité, c’est-à-dire en tristesse, état de l’homme humilié, tombé à terre. Dans le brouhaha, le curé demande alors le silence. On lui propose de s’adresser à Notre Dame. « Hélas, je ne la vois pas, que pourrais-je lui dire… » Prions : mot-clé, celui de cette neuvaine de mois pour la France.

Au cours de la liturgie improvisée alors dans le froid piquant (chapelet, litanies, hymnes mariales, cantiques…), Notre-Dame, silencieuse, dévoile quelques symboles (croix, cierges) et surtout déroule un message tout simple sous ses pieds, à chaque intonation de ces diverses prières :

MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS MON FILS SE LAISSE TOUCHER.

Le premier mot (“mais”), le manque de ponctuation, le gros point, ce qui est souligné, tout cela intrigue le Français qui aime les idées claires. À Pontmain, Marie s’est moquée finement de nos désirs d’investigation exhaustive, qui nous poussent à vouloir tout savoir, tout de suite.

Toujours est-il que trois jours après ce 17 janvier, contre toute attente, les Prussiens rebroussaient chemin et l’armistice était signé le 28.

La vraie France

Conclusion : Pontmain est un trou perdu (et resté tel) ; la vraie France se joue là où elle échappe aux médias, ayant en elle l’avenir de Dieu dans sa fidélité aux gestes de la vie quotidienne, au court terme « tout bête » mais bien ordonné, laissant le long terme à la Providence qui voit plus loin que nos prudences, surtout quand elles sont affolées.

Un évêque me disait récemment de saint Joseph : « Plus il se cache, plus il rayonne. » La vocation de la France doit lui ressembler, rayonnant dans l’humilité cachée, dans l’effort patient qui ne paie pas de mine. « Jeunesse nouvelle, jeunesse rebelle » à l’avilissement des âmes, écoute bien Marie qui te dit comment prier.

Dom Hervé Courau

Dom Hervé Courau osb est abbé de Notre Dame de Triors. Entré en 1964 à l’abbaye de Fontgombault où, après son ordination sacerdotale en 1974, il a été hôtelier, puis maître des novices, il a été nommé en 1984 à la tête de la fondation faite par Fontgombault à Triors, dans la Drôme, à 20 km de la ferme de Marthe Robin. Il en a été béni premier abbé en 1994.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 23:44

 

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Lorsque, par un don accordé d'En-haut, je fus jugé digne de voir la Lumière incréée de la Divinité, je reconnus avec joie dans le ciel d'azur de notre « planète bleue » un symbole du rayonnement de la gloire divine.

Ce rayonnement est partout présent ; il remplit tous les abîmes de l'univers. Pourtant, il demeure à tout jamais insaisissable, inaccessible pour la créature. Le bleu est la couleur de l'au-delà, de la transcendance. 

[...]

Lorsqu'elle se manifeste avec puissance, cette Lumière apporte l'humble amour, bannit tout doute et toute crainte, laisse loin derrière elle toutes les relations humaines établies, toute la pyramide des conditions sociales et des rangs hiérarchiques.

L'homme cesse alors, pour ainsi dire, d'être « quelqu'un » ; il ne se trouve pas sur la route de ses frères, ne brigue aucune place pour lui-même en ce monde.

Cette Lumière est en elle-même la vie incorruptible que traverse la paix de l'amour.

Elle fait connaître à notre esprit un autre Etre, qui échappe à toute description ; notre intellect s'immobilise, car il se trouve au-dessus de la pensée discursive par son entrée dans une nouvelle forme de vie.

[...]

Cette Lumière, inhérente au Père des lumières (voir Je 1, 17), nous régénère et même nous crée à nouveau. L'orientation de notre attention change radicalement : auparavant, elle était attirée vers la terre et les choses temporelles ; sous l'influence de la grâce, elle se fixe à l'intérieur et, de là, monte dans la sphère spirituelle de «l'invisible et de l'éternel» (voir2 Co4, 18).

Ce qui autrefois nous semblait important et même fondamental devient insignifiant pour notre esprit : richesse, pouvoir, gloire de ce monde et autres réalités de ce genre perdent tout leur attrait. Même la science, qui ne nous donne pas la connaissance la plus essentielle -celle de Dieu -, ainsi que les spéculations philosophiques, privées qu'elles sont de la vie authentique, n'apparaissent plus que comme des valeurs passagères.

Lorsque la Lumière - inviolable par nature et innommable - nous enveloppe et pénètre dans notre âme, nous sortons en quelque sorte du temps.

Cette Lumière, qui procède du Père, est lumière de l'amour et de la connaissance. Un amour et une connaissance particuliers qui, en fusionnant, deviennent un ; en fait, ils sont un dans l'éternité. L'amour unit dans l'Être même, avec l'Être même.

Voici que, demeurant en cet Être, nous le connaissons par notre union avec Lui - mais quant à formuler cela en paroles, il faut y renoncer.

L'amour nous attire si fort que notre esprit n'arrête son attention sur rien de ce qui nous arrive, bien qu'il vive au sein même de cette réalité.

Il n'y a aucun retour sur soi-même ; notre esprit est tout entier tendu dans un élan pour saisir l'Insaisissable, étreindre Celui que rien ne peut contenir, comprendre l'Inconce­vable - être seulement en Lui, et ne plus rien voir d'autre."

 

Père Sophrony 

La veille de Pâques, en 1924, juste après la communion, l’archimandrite Sophrony put contempler la Lumière incréée de Dieu : « Je la perçus comme une touche de l’éternité divine sur mon esprit. Douce, remplie de paix et d’amour, elle demeura avec moi pendant trois jours. Elle dissipa les ténèbres du néant qui se dressaient devant moi. Je ressuscitai et, en moi et avec moi, le monde entier était ressuscité. Le seul véritable esclavage est celui du péché. La seule véritable liberté, c’est la résurrection en Dieu ». Dans son ouvrage «Voir Dieu tel qu’il est», l’archimandrite Sophrony revient sur cette expérience.

Les Editions du Cerf - Coll. Le Sel de la Terre - 2004

 

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