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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 22:02

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Aucun récipient ne peut contenir deux boissons différentes. S'il doit contenir du vin, il faut nécessairement le vider de son eau. Il faut que le récipient soit nu et vide.

C'est pourquoi, si tu veux recevoir la joie divine et Dieu, il faut nécessairement que tu te vides des créatures.(...) tout ce qui doit accueillir et être réceptif doit nécessairement être nu et vide.

Les maîtres disent : Si l'oeil avait une quelconque couleur en soi quand il perçoit, il ne percevrait ni la couleur qui est en lui, ni celle qu'il n'a pas, mais l'oeil voit toutes les couleurs, parce qu'en lui-même il est incolore . Parce que le mur est coloré, il reste insensible à la couleur.

En fait de couleur, il ne reconnaît ni la sienne ni aucune autre : ni or, ni charbon, ni pierre précieuse. C'est justement parce qu'il est incolore que l'oeil possède véritablement la couleur : il la reconnaît avec plaisir, délice et joie.

Plus les puissances de l'âme sont transparentes et nues, plus elles reçoivent parfaitement et abondamment ce qu'elles accueillent ; plus elles reçoivent, plus leur joie est grande, plus elles font un avec ce qu'elles reçoivent, tant et si bien que la plus haute puissance de l'âme, qui est dépouillée de toute chose et n'a rien de commun avec quoi que ce soit, n'accueille rien de moins que Dieu lui-même dans l'immensité et la plénitude de l'être.

En témoignent les maîtres, qui disent que cette union, ce flux et cette félicité ne peuvent se comparer à aucune joie, ni à aucune félicité.

C'est pourquoi Notre-Seigneur dit de façon remarquable : « Bienheureux sont les pauvres en esprit. »

Pauvre est celui qui n'a rien. Pauvre en esprit, cela veut dire : de même que l'oeil, pauvre et vide de toute couleur, devient réceptif à toute couleur, de même celui qui est pauvre en esprit est réceptif à tout esprit. Or l'Esprit de tous les esprits, c'est Dieu. Le fruit de l'Esprit c'est l'amour, la paix et la joie.

Le fait d'être nu et pauvre, de ne rien avoir et d'être vide, transforme la nature.

Le vide fait monter l'eau au sommet des montagnes et opère bien d'autres merveilles dont on ne saurait parler ici.

Si tu veux donc trouver pleine consolation et plénitude de joie en Dieu, veille à être vide de toutes les créatures, de toute consolation venant des créatures. Car tout le temps que la créature te console et peut te consoler, tu ne trouveras assurément jamais de vraie consolation.

Mais lorsque rien hormis Dieu ne peut te consoler, en vérité, Dieu te consolera et en même temps que lui et en lui, tout ce qui est joie.

Si ce qui n'est pas Dieu te console, tu n'auras de consolation nulle part, mais si la créature ne te console pas et que tu n'y trouves pas de goût, tu trouveras la consolation ici et ailleurs.

S'il était possible de vider parfaitement une coupe et de la garder vide de tout ce qui peut la remplir, même de l'air, la coupe renierait et oublierait certainement sa nature et le vide l'emporterait jusqu'au ciel.

De même, être dénudé, pauvre et vide de toutes les créatures élève l'âme jusqu'à Dieu."

 

Maître Eckhart,

La divine consolation , Éditions Payot & Rivages © 2004, Traduction Wolfgang Wackernagel, pp. 52-54.

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 23:36

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40 jours de Carême.

40 jours de jeûne, d'aumône et de prière.

40 jours de conversion.

Mais 40 jours trop souvent oubliés.

Il fut un temps où les enfants fêtaient Mardi Gras pour s'en mettre plein la panse avant 40 jours d'effort culinaire. Il fut un temps où les vendredis de carême étaient dédiés au fameux bol de riz ("le vendredi, c'est bol de riz"). Il fut un temps où nos vies s'amélioraient miraculeusement pendant cette trève printanière.

Et puis, patatras. La foi est devenue un chemin de développement personnel qui ne nécéssitait plus tous ces rites absurdes. Le Carême devint pour les médias le "ramadan des chrétiens" et les efforts des derniers hérauts du catholicisme perdirent leur caractère matériel et physique.

(...)

Les orthodoxes pour le "Grand Carême" parlent de Metanoia. La Metanoia, c'est la conversion de l'esprit, le désir de Dieu. Dans cette perspective de conversion, le jeûne doit permettre au jeûneur de faire l'expérience que c'est Dieu qui nourrit l'homme et non la nourriture terrestre consommée sans Dieu.

Ainsi, pendant 40 jours, le chrétien est appelé à se convertir par le jeûne qui le détourne des biens terrestres, l'aumône qui l'ouvre sur l'Autre et la prière qui le recentre sur Dieu.

Les orthodoxes, toujours eux, disent avec beaucoup de poésie, que nous sommes appelés pendant le Carême à une "radieuse tristesse". La tristesse, nous allons la ressentir dans notre démarche de conversion en nous rendant compte de nos innombrables manquements. C'est d'ailleurs pour cela qu'il nous est proposé de changer, de rentrer dans un chemin de "metanoia". Mais cette tristesse est radieuse, car nous savons que Dieu nous aime et qu'il ne nous abandonne pas. Dieu aime les losers. Il y en a plein la Bible. Jacob était un menteur, le roi David avait plusieurs femmes, le prophète Elie était dépressif, Saint Thomas douta de Jésus et Saint Pierre le renia trois fois par manque de courage. Mais tous prirent un jour le chemin de la metanoia.

Dans le monde actuel, nous avons besoin de vivre cette "radieuse tristesse". Nous avons besoin de redescendre de notre arbre et de retrouver une part d'humilité. D'apprendre à écouter, raisonner, discerner. De nous ouvrir à ceux que nous n'aimons pas. De nous décentrer de notre fol amour de l'argent, du luxe, du sexe ou simplement de nous-mêmes. Bref, de souffler un peu.

Alors n'hésitons pas à nous provoquer. A nous forcer. A nous pousser dans nos retranchements en nous appuyant sur ceux qui nous entourent (épouse, famille, amis), en nous entraidant dans l'épreuve. Oui, n'hésitons pas à ne manger que du pain le vendredi, à essayer de jeûner le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. A faire des efforts physiques pour nous pousser vers Dieu. A jeûner, donner, prier. Pour faire ensemble, ne serait-ce qu'un centimètre, sur le long chemin de la metanoia.

 

Seigneur et Maître de ma vie,

l’esprit d’oisiveté, de découragement,

de domination et de vaines paroles,

éloigne de moi.

L’esprit d’intégrité, d’humilité,

de patience et de charité,

accorde à ton serviteur.

Oui, Seigneur et Roi,

donne-moi de voir mes fautes

et de ne pas juger mon frère,

car tu béni aux siècles des siècles. Amen

 

(Prière de Carême de Saint Ephrem le Syrien +373)

http://beninews.canalblog.com/

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:55

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La petite fille qui faisait de grandes bêtises.

Alors nous voilà, le SAMU et moi, appelés dans un internat à 3 heures du matin pour une ado de 17 ans. Tentative de suicide.

Elle s’est pas ratée la jolie gamine aux longs cheveux noirs ! On arrive : le pompier est épuisé de la masser, je prends sa place, je masse comme j’ai jamais massé de ma vie, avec des Abracadabras au bout des doigts. Le chef intube. Je prie, je masse, je m’épuise aussi, je veux devenir magicien. Ou Jésus ! en voilà une bonne idée : demain, je deviens Jésus et je ressuscite les jolies gamines aux longs cheveux noirs qui font des bêtises. Parce que faut pas déconner, 17 ans !

Donc : je masse, je prie, je pense à elle, à Jésus, à Harry Houdini habillé en Jésus, à elle encore, à toute la vie qui l’attend.

Bref, finalement, elle meurt.

Sur son bureau : une lettre pour le petit frère. On ramène le corps sur le lit, son pied heurte le mur, une photo tombe : elle, en Été, en train de se faire tresser les cheveux par une dame aux mêmes cheveux noirs. Y a des parents, à l’autre bout du département, qui sont en train de dormir sans savoir qu’une photo vient de tomber à 3h du matin…

On remonte dans la voiture, personne ne parle. Parasites sur la ligne interne : dans notre radio on entend l’autre équipe, parti sur un accouchement.

D’un seul coup, les cris stridents d’un nourrisson : 3kg200, masculin, APGAR 10/10, en pleine forme.

Je pense à Jung, toujours sur son nuage, en train de faire des doigts à Freud et à Lacan. Il doit dire à Freud un truc du genre : « Tu la sens, là, ma grosse théorie de la synchronicité ? »

Qu’est-ce qu’on fait après une nuit comme celle-là ? On appelle sa famille, on leur dit ce qu’on ne dit pas assez souvent parce qu’on est trop con, puis on attend le soir avec fébrilité : on va au resto (cher le resto), on va boire (cher la bibine), danser (jusqu’à avoir mal aux pieds), faire l’amour (longtemps faire l’amour) puis dormir trois jours d’affilée avant de partir dans un monastère tibétain pour devenir bonze… et finalement revenir parce que : soit la vie a un sens et il est trop compliqué à déchiffrer, soit elle n’en a aucun et alors il vaut mieux manger, boire, danser et faire l’amour le temps que ça va durer.

Je crois que je me pose trop de questions, je veux dire : je suis sûr que je me pose VRAIMENT trop de questions.

Article du Blog de Baptiste Beaulieu urgentiste

http://www.alorsvoila.com/

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