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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 20:30

L’un de mes hadiths (paroles du prophète) préférés affirme : « Celui qui s’humilie devant un riche à cause de sa richesse, perd deux tiers de sa foi. »

Dans nos relations humaines, il est d’usage d’avoir de la révérence pour les personnes qui ont le pouvoir ou l’argent. On le voit dans les relations entre les hommes, mais aussi dans les relations entre les états.

Or la foi, elle, devrait normalement libérer les gens de ces dynamiques de pouvoir, puisque ceux et celles qui ont la foi en Dieu croient que les choses sont dans les mains de Dieu, et que le vrai et unique pouvoir est celui qui vient de Dieu.

Une personne qui a donc une foi bien enracinée, ne peut pas avoir de révérence pour d’autres à cause de leur pouvoir dans ce monde, ou de leur rang, même s’il s’agit d’un rang religieux.

Elle se doit par contre d’avoir un respect égal pour toutes les personnes, quel que soit leur rang ou situation.

La sourate 80, appelée Abasa, ce qui signifie « il s’est renfrogné », dit : « Il a froncé les sourcils et s’est détourné, parce que l’aveugle est venu à lui. Qui te le dira ? Peut-être cet homme se purifie-t-il, ou entre-t-il dans une réflexion qui lui est profitable ? Quant à celui qui est largement pourvu, tu l’abordes avec empressement ; peu t’importe qu’il ne se purifie pas (ne fasse pas l’aumône). Mais celui qui vient à toi rempli de zèle et de crainte, toi, tu t’en désintéresses ! Non, vraiment ! Ceci est un rappel. Quiconque le veut s’en souviendra. » (80 : 1-12)

Dans ces versets, Dieu admoneste le Prophète de ne pas faire cas d’un homme aveugle, Abdullah ibn Um Maktoum, qui était venu lui demander de lui apprendre le Coran, alors que Muhammad était en discussion stratégique avec les notables de La Mecque qui refusaient son message.

Ils montrent que le but stratégique du message coranique est non pas l’attention de ceux qui ont le pouvoir, mais le respect de la dignité et la valorisation de toute personne, surtout celles qui ont moins de pouvoir social et financier.

Qui plus est : à plusieurs reprises, le Coran avance que « Dieu n’impose à une âme que ce qu’elle peut supporter » (voir al Baqara 2 : 286). Ceci signifie, pour moi, que les personnes dignes de révérence sont en fait les personnes qui supportent le plus (sans dolorisme), celles qui vivent les plus grandes catastrophes, qui supportent les guerres, famines, pertes, handicaps, et toutes les difficultés tout en préservant leur humanité.

Ceux et celles qui ont la foi sont donc ceux et celles qui ne s’humilient devant aucun pouvoir externe dans ce monde, ni n’en font cas, car tout pouvoir, argent ou rang peut disparaître en une seconde, mais qui portent un profond respect aux hommes et femmes qui nous montrent ce que peut être la force intérieure des humains.

Par Nayla Tabbara, théologienne musulmane libanaise (1)

(1) Autrice de L’Islam pensé par une femme, avec Marie Malzac, Bayard, 250 p., 16,90 €.

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24 janvier 2023 2 24 /01 /janvier /2023 20:30
Philosophe et écrivain, socialiste et catholique, prophète et mystique, Charles Péguy est né à Orléans, il y a cent cinquante ans, le 7 janvier 1873. Dans la crise actuelle, son œuvre paraît plus pertinente que jamais.

« Je tiens la figure de Péguy comme des plus importantes en raison de son authenticité. (…) Il y a une sorte de conviction totale de l’être qui chez Péguy imposait le respect. »Authenticitéconviction : on ne contestera pas à André Gide (1) le choix de ces mots pour qualifier l’écrivain, philosophe et poète Péguy, dont on célèbre samedi 7 janvier, le 150e anniversaire de la naissance. Ils expliquent l’incandescence d’une œuvre et d’une vie indissociables, maintenue plus d’un siècle après sa mort prématurée au front, en 1914.

Une puissance intacte, mais qui reste discrète. Si le 150e anniversaire de la naissance de ­Péguy est inscrit au calendrier des commémorations nationales de 2023, il ne sera pas accompagné d’événements majeurs. « La présence de Péguy n’est pas très visible aujourd’hui, reconnaît Antoine Compagnon, professeur émérite au Collège de France. C’est manifeste si on regarde l’année Proust qui vient de s’achever, et qui a été presque excessive dans l’abondance des événements. »

Péguy le socialiste, qui fut l’un des premiers et des plus illustres dreyfusistes, traîne encore une image de nationaliste, « pantalon rouge » va-t’en guerre, en raison de son engagement militaire en 1914. « Il a pourtant bien précisé qu’il partait au front “pour la dernière des guerres” et “le désarmement général” », rappelle l’historien Jean-Pierre Rioux, auteur de La Mort du lieutenant Péguy (Tallandier).

Le poète de Jeanne d’Arc, du travail, de la patrie, de la terre, souffre aussi de la résonance posthume de ces thèmes avec le régime de ­Vichy. « Une petite flamme péguyste a pourtant brillé du côté de la Résistance – avec de Gaulle, Edmond ­Michelet, Emmanuel ­Mounier, grands lecteurs de Péguy… – mais cela n’a pas suffi, analyse Jean-Pierre Rioux. Péguy vivant, il aurait été à Londres en 1940 et pas dans les cathédrales avec les pétainistes ! »

Si Péguy n’est pas un auteur à la mode, nombreux sont les intellectuels à revendiquer aujourd’hui son héritage, composant une palette philosophique et politique étonnamment large. Le philosophe Alain Finkielkraut célèbre le patriote et chantre de l’école républicaine ; le journaliste Edwy Plenel, un Péguy anarchiste et dreyfusard ; le philosophe Alain Badiou, un Péguy socialiste et collectiviste ; le philosophe Jean-Luc Marion, un Péguy mystique ; le philosophe Bruno Latour a puisé dans un Péguy prophète, dénonçant les illusions du progrès et par avance les impasses du capitalisme moderne…

« Ces relectures sont irréconciliables, sourit Benoît Chantre, éditeur et essayiste, auteur de Péguy point final (Éd. du Félin). Lui voit en Péguy l’homme d’« une synthèse disjonctive »« à la fois catholique, libertaire, anarchiste, socialiste et patriote »« Péguy est fondamentalement un penseur tragique, qui ne propose aucune grande synthèse où les différences viendraient se fondre, ajoute-t-il. Quand on le ressaisit ainsi, dans toute sa complexité, on est frappé de sa force, de son indépendance, de sa liberté, et donc de son actualité. »

Son actualité. Péguy surgit comme notre contemporain quand il dénonce avec une vigueur brûlante l’argent roi, qui chosifie le monde et rend « toutes choses équivalentes » ; quand il moque les illusions du progrès ; quand il dénonce l’effacement de la mémoire et le présentisme, les pièges de l’individualisme ou encore les dangers d’une science et d’une technique ­idolâtrées…

Perpétuel insurgé, d’abord et avant tout contre la misère et l’avilissement de l’homme, il était peut-être devenu inaudible dans une France prospère, confiante dans le progrès, construisant une Europe de la paix. La dureté des temps invite à le relire… « Il pourrait y avoir un retour à Péguy parce qu’il n’y a pas une interrogation de notre présent qui n’ait un écho chez lui, indique Jean-Pierre Rioux. Nous vivons, comme lui, une culbute de l’histoire. Il y a quelque chose de marécageux, d’obscurci et d’indécis dans notre temps qui fait que ses coups de clairon pourraient de nouveau résonner. »

Si Péguy peut nous parler, c’est qu’il n’est pas le réactionnaire que certains s’obstinent à contrefaire. « Ce qu’il rejette dans la modernité, c’est le capitalisme, mais il reste un héritier de 1 789 et des Lumières », insiste le philosophe Camille ­Riquier. « Péguy est antimoderne mais au sens où il est un moderne lucide, un moderne qui n’est pas dupe de la confusion entre progrès matériel et progrès spirituel », souligne Antoine ­Compagnon. Péguy aide à entrer dans une modernité réflexive, autocritique, ouvrant un espace pour repenser les promesses non tenues des ­Lumières, à l’heure de la crise écologique et de l’accroissement des inégalités. Sa feuille de route ? La recherche de la vérité envers et contre tout – « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste » ; l’engagement pour la justice et d’abord du côté des plus démunis ; la promotion d’une laïcité qui refuse la métaphysique d’État et respecte les convictions individuelles ; la défense de l’école, de la méritocratie et des humanités…

Sur le plan écologique, l’apport de sa pensée n’a pas encore été pleinement mis en valeur, même si elle a fortement inspiré un philosophe comme Bruno Latour. « Tout ce que porte la terre m’intéressedit ­Péguy, qui a chanté sur tous les tons la terre, les arbres, les paysans. Il suffit de relire son Ève », relève ­Jean-Pierre Rioux.

« Péguy, qui était végétarien, a proposé une “Cité harmonieuse”, où tout le monde est citoyen, même les animaux ! Longtemps considérée comme utopique, elle prend aujourd’hui une étonnante actualité !», explique Camille Riquier, qui trouve aussi dans ses écrits une manière de « tenir, tendu par la pensée et l’action, dans l’imminence de la catastrophe sans la considérer comme inéluctable ».

Et dans une époque qui s’interroge sur la possibilité même de son avenir, comment oublier le poète du Porche du mystère de la deuxième vertu ? Célébrant l’espérance qui « voit ce qui n’est pas encore et qui sera », malgré toutes les raisons de désespérer… « Il y a chez Péguy une éthique de la résistance, où l’importance de l’engagement prime sur celle de la victoire », relève Benoît Chantre.

Sur le plan spirituel, il faudrait aussi évoquer les ressources qu’offre Péguy pour penser un christianisme devenu minoritaire. « Pour lui, le monde moderne est certes inchrétien, mais Dieu ne l’a pas quitté et le travaille encore en sous-main, souligne Camille Riquier. La communion des saints s’étend pour Péguy bien au-delà des frontières de l’Église visible et réunit aussi les non-croyants animés sans le savoir par les vertus chrétiennes. » D’où l’absence de jugement négatif et plus encore de mépris chez lui à l’égard de ces non-croyants assoiffés de justice.

Aux chrétiens, Péguy propose la voie d’un christianisme vivant, porté en première personne, nourri de prière personnelle, non clérical mais toujours incarné. Un christianisme qui jamais ne coupe l’éternel et le temporel, le spirituel et la matière. Un christianisme de « l’âme charnelle » dont la fécondité reste largement à découvrir.

Élodie Maurot

 

(1) Au micro de Jean Amrouche dans ses entretiens à Radio France, en 1949.

 

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23 janvier 2023 1 23 /01 /janvier /2023 20:30
Même lorsque votre corps ne fait rien, le péché peut être actif dans votre esprit.

Lorsque votre âme repousse intérieurement l'attaque du mal par la prière, l'attention, le souvenir de la mort, la tristesse et le deuil pieux, le corps prend aussi sa part de sainteté, ayant acquis la liberté des actions maléfiques.

C'est ce que le Seigneur a voulu dire en disant que quelqu'un qui nettoie l'extérieur d'une coupe ne l'a pas nettoyée à l'intérieur, mais s'il nettoie l'intérieur,  toute la coupe sera propre (Matthieu 23:25-26).

« Efforcez-vous aussi fort que possible pour vous assurer que votre travail intérieur est conforme à la volonté de Dieu, et vous conquerrez les passions extérieures » (Abba Arsenios, Apophthegmata Pateron 9).

Si la racine est sainte, les branches le sont aussi (Jean 15:5). Si la levure est sainte, la pâte l'est aussi (Galates 5:9).

« Marchez dans l'esprit », dit Paul, « et vous ne réaliserez pas la convoitise de la chair » (Galates 5:16).

Le Christ n'a pas aboli la circoncision juive, mais l'a accomplie. Il dit lui-même : « Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir » (Matthieu 5.17).

Comment a-t-il fait cela ? C'était un sceau, un signe et une façon symbolique d'enseigner sur la façon d'éliminer les mauvaises pensées dans le cœur.

Les prophètes ont reproché aux Juifs d'être incirconcis dans leur cœur (cf. Jérémie 9:26 ; Romains 2:25).

L'homme regarde la personne extérieure, mais Dieu considère le cœur, et s'il est plein de pensées malignes ou mauvaises, cet homme méritait que Dieu s'éloigne de lui.

C'est pourquoi l'apôtre nous exhorte à prier sans colère ni doute (1 Timothée 2:8).

Pour nous apprendre à rechercher la circoncision spirituelle de nos cœurs, le Seigneur déclare bienheureux les cœurs purs et les pauvres en esprit.

Il souligne que la récompense de cette pureté de cœur est de voir Dieu, et il promet le royaume des cieux aux pauvres (Matthieu 5:8, 3). Par les pauvres, il entend ceux qui vivent de manière frugale et dans le dénuement.

Mais ce ne sont pas seulement ces personnes qu'Il appelle bienheureuses, mais aussi ceux qui sont comme elles en esprit, celles qui, en raison de leur humilité intérieure de cœur et de leur bonne volonté, ont réglé leur vie extérieure en conséquence.

Il interdit non seulement le meurtre, mais aussi la colère, et nous commande de pardonner de tout cœur ceux qui ont péché contre nous. Il n'acceptera pas non plus le don que nous offrons, à moins que nous ne soyons d'abord réconciliés les uns avec les autres et que nous ne nous débarrassions pas de la colère (Matthieu 5:21-24).

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

MYSTAGOGY

citant
Saint Grégoire Palamas : Les Homélies 
(Mount Thabor Publishing, 2009).
[en anglais]
 

 

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