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11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 20:30

 

En 750 à Lanciano sur la côte Adriatique un moine basilien de rite byzantin doutait profondément que Dieu puisse se rendre présent dans le Saint sacrement et célébrait la messe avec une certaine indifférence.

Quand soudain, il a vu l'hostie consacrée se transformer en chair et le vin en sang.

La chose était visible de tous et c'est encore le cas aujourd'hui quand on s'y rend en pèlerinage.

Tous les pèlerins peuvent encore voir les espèces miraculeuses, vieillies par le temps mais toujours conservées dans un beau reliquaire situé dans l'ancienne église Saints-Légontien-et-Domitien, devenue l'église Saint-François-du-Miracle.

Le miracle ne s'arrête pas là.

En 1970, pour répondre à ses détracteurs, l'évêque de Lanciano fait conduire des analyses scientifiques des reliques de ce prodige.

Le chercheur Edoardo Linoli, directeur de l'hôpital d'Arezzo et professeur en anatomie, en histologie, en chimie et en microscopie clinique mène cette enquête avec son équipe.

Ses résultats, annoncés le 4 mars 1971, sont renversants.

Les reliques de ce miracle sont bien celles, d'une part d'un tissu musculaire strié du myocarde, et d'autre part d'un vrai sang humain.

Le sang et la chair du miracle appartiennent au même groupe sanguin AB, qui est d'ailleurs le même groupe sanguin que celui prélevé sur le Saint-Suaire.

L'analyse sanguine révèle également que la part de protéines sériques présentes correspond à celle d'un sang frais, alors que ce miracle a eu lieu il y a 1220 ans.

Le sang n'est mêlé d'aucune autre substance qui aurait pu altérer son contenu à travers les siècles.

Ces recherches produisent une telle perplexité dans la communauté médicale internationale, entre interrogation et incrédulité, que le conseil supérieur de l'Organisation Mondiale de la Santé va jusqu'à lancer sa propre enquête indépendante.

Ce dernier publie un rapport en décembre 1976 à New York et Genève dans lequel il reconnaît qu'en l'espèce, la science prend conscience de ses limites, face à un phénomène tout à fait inexplicable.

Ce prodige n'interroge pas seulement la science donc, mais aussi notre foi.

Le 3 novembre 1974, avant même son élection comme pape, le futur Jean-Paul Il est allé en pèlerinage à Lanciano pour voir ce que certains ne pensaient être qu'une vieille relique du passé.

Il y a eu d'autres miracles eucharistiques.

Certains sont aussi très connus comme celui de Bolsène en 1263, à l'origine de la Fête-Dieu.

D'autres sont presque inconnus et il y en a même eu en France : à Avignon en 1433 ou à Bordeaux en 1822, à Dijon en 1430 ou à Douai en 1254, à La Rochelle en 1461 et même à Paris en 1290.

Dans des lieux si différents, à des moments si distants, et même jusque dans notre présent...

Nouvel examen scientifique
Lanciano-Ostensoir-Sang.jpg
La relation du professeur Linoli fut publiée dans Quaderni Sclavo in Diagnostica, 1971, fasc. 3 (Grafiche Meini, Siena) et suscita un grand intérêt dans le monde scientifique. Aussi en 1973, le Conseil supérieur de l'organisation mondiale de la Santé, O.M.S./O.N.U., nomma une commission scientifique pour vérifier, par des expériences de contrôle, les conclusions du clinicien italien. Les travaux durèrent quinze mois pour un total de cinq cents examens. Les recherches furent les mêmes que celles qu'avait effectuées le Dr Linoli, avec d'autres complémentaires. La conclusion de toutes les réactions et de toutes les recherches confirmèrent ce qui avait été déclaré et publié en Italie. De façon précise, il fut affirmé que les fragments prélevés à Lanciano ne pouvaient être assimilés à des tissus momifiés. Leur conservation depuis près de douze siècles en des reliquaires de verre et en l'absence de substances conservatrices, antiseptiques, antifermentatives et momisubstances conservatrices, antiseptiques, antifermentatives et momifiantes, n'est pas scientifiquement explicable : en effet, les vases qui les renferment n'empêchent pas l'accès de l'air et de la lumière, ni l'entrée de parasites d'ordre végétal ou animal, véhiculés d'habitude par l'air atmosphérique. Quant à la nature du fragment de chair, la commission déclare sans hésitation qu'il s'agit d'un tissu vivant en tant qu'il répond rapidement à toutes les réactions cliniques propres aux organismes vivants.

Un tel diagnostic, on le constate, confirme pleinement les conclusions du professeur Linoli. Et il n'est pas moins surprenant de voir comment un miracle italien du haut moyen âge a intéressé à ce point l'O.M.S. et les Nations Unies ! Mais - et c'est une autre surprise - l'extrait-résumé des travaux scientifiques de la commission médicale de l'O.M.S./O.N.U., publié en décembre 1976 à New York et à Genève, déclare en sa conclusion que la science, consciente de ses limites, s'arrête devant l'impossibilité de donner une explication. Le dernier paragraphe n'est certes pas une déclaration de foi religieuse, mais c'est, du moins, l'apologie de l'humilité que doit posséder celui qui s'adonne à la recherche scientifique. Le savant, à un certain point de ses investigations, doit se souvenir qu'il n'est rien de plus qu'un homme sur la planète terre.

Deux remarques d'ordre spirituel
La chair et le sang miraculeux de Lanciano sont donc tels que si on les avait prélevés le jour même sur un vivant. Or, dans l'Eucharistie, c'est bien un vivant qui se donne à nous, jésus, le ressuscité de Pâques, qui avait déclaré : « Je suis le Pain vivant descendu du ciel et ce que je donne, c'est ma chair pour la vie du monde. » Lorsque nous communions, nous mangeons vraiment, de manière sacramentelle, une chair réelle, animée et glorieuse, et nous buvons le sang vivant de l'Homme-Dieu qui, sorti du tombeau, ne peut plus mourir.

D'autre part, la chair de Lanciano est un tissu du coeur. Or, celui-ci symbolise, plus que toute autre partie du Corps du Christ, l'amour que ce dernier nous témoigne. Certes, en communiant, c'est le Corps tout entier du Seigneur que nous recevons sous les saintes Espèces, mais c'est d'abord son Coeur qui se donne à nous dans le « sacrement de son amour ». Se réalise alors pour chacun de nous la parole de saint Jean : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin », jusqu'à sa mort sur la croix assurément, mais surtout jusqu'à se donner à eux en nourriture, leur communiquant ainsi le bénéfice de sa mort rédemptrice et de sa vie glorieuse.

Le miracle de Lanciano, attesté historiquement par une longue tradition, authentiqué par la science elle-même, a, plus encore, une portée spirituelle et mystique : il nous fait saisir que le Christ est bien vivant et que son Coeur passionnément nous aime. Quel adjuvant par conséquent pour notre foi qu'un tel prodige ! Et comme il nous porte à rendre grâces à Celui qui nous a aimés le premier et jusqu'à nous donner sa chair et son sang en nourriture et en breuvage !

Les Miracles Eucharistiques par Pays

PANNEAUX INTRODUCTIFS

Panneau A

Panneau B

Colombie

Tumaco, 1906

Croatie

Ludbreg, 1411

Inde

Martinique

Morne-Rouge, 1902

Île de la Réunion

Saint-André de la Réunion, 1902

Mexique

Tixtla, 2006

Pérou

Eten, 1649

Portugal

Santarém, 1247

Venezuela

Betania, 1991

LES SAINTS, MYSTIQUES ET L'EUCHARISTIE

Sainte Marguerite Marie Alacoque – Sacré Cœur de Jésus, XVIIe siècle

Saint Thomas d'Aquin, 1224-1274

Saint François d'Assise, XIIIe siècle

Saint Bernard de Chiaravalle, XIIe siècle

Saint Jean Bosco, 1848

Saint Germaine Cousin (Pibrac), 1589

Saint Gilles

Saint Stanislas Kostka, 1550-1568

Sainte Faustine Kowalska, XXe siècle

Saint Satyre, IVe siècle

Sainte Catherine de Sienne, 1347-1380

La bienheureuse Alexandrine-Marie da Costa, 1904-1955

La bienheureuse Anne-Catherine Emmerick, 1774-1824

Le bienheureux Niels Steensen (Nicolas Sténon), 1638-1686

Saint Nicholas de Flüeli, 1417

La Servante de Dieu Anne-Louise Lateau, 1850

La vénérable Marthe Robin, 1902-1981

André Frossard, XXe siècle

Teresa Neumann, 1898-1962

La Madonne et l’Eucharistie

Calanda, Espagne, Miguel-Juan Pellicer, 1640

Guadalupe, Mexique, Juan Diego, 1531

Lourdes, France, Sainte Bernadette, 1888

Paris, France, Sainte Catherine Labouré, 1830

Fatima, Portugal, L'ange de la Paix, 1916

Communions prodigieuses

Communions prodigieuses (premiére partie)

• La bienheureuse Émilie Bicchieri

• La bienheureuse Imelda Lambertini

• Le bienheureux Giacomo de Montieri

• Le bienheureux Thomas de Cori

• Saint Bernard

• Saint Bonaventure

• Saint Gérard Majella

• Saint Jérôme

• Sainte Julienne Falconieri

• Sainte Lucie Filippini

• Sainte Marie-Françoise des Cinq Plaies

• Saint Second

Communions prodigieuses (deuxième partie)

• La bienheureuse Angèle de Foligno

• Sainte Agnès de Montepulciano

• Sainte Claire de Montefalco

• Sainte Françoise de Rome

• Saint Grégoire le Grand

• Sainte Thérèse d'Avila

Exposition itinérante que vous pouvez faire venir dans votre paroisse

 

Les Miracles Eucharistiques dans le Monde

Avec un vaste assortiment de photographies et de descriptions historiques, l'exposition présente certains des principaux Miracles Eucharistiques (environ 136) qui se sont produits au cours des siècles à travers le monde et qui ont été reconnus par l'Église. Les panneaux (environ 166 panneaux de format 60 x 80) permettent de faire une « visite virtuelle » des endroits où les Miracles ont eu lieu. L'exposition a déjà été accueillie sur les cinq continents : dans près de 10 000 paroisses rien qu’aux États-Unis et dans des centaines de paroisses dans le reste du monde, y compris dans certains des sanctuaires mariaux les plus célèbres tels que Fatima, Lourdes et Guadalupe pour ne citer qu’eux.

Pour accueillir l’exposition gratuitement, veuillez contacter :

L’association « Amici di Carlo Acutis »
Tél.: 0039.474094968
info@carloacutis.com - www.carloacutis.com
info@miracolieucaristici.org - www.miracolieucaristici.org

Pour la France et les pays francophones, veuillez contacter :

Adoration Perpétuelle Eucharistique
BP 540 - 83470 Saint-Maximin-la-Sainte Baume
Tel : 0033 06 71 99 21 45 - Email : fr@adoperp.fr

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6 décembre 2022 2 06 /12 /décembre /2022 20:30
Un article de Gérard Fomerand paru dans la revue Reflets

Au cœur de l’occident mystique 

Quand nous admirons les paysages alpins de la Grande Chartreuse nous arrive cette  question….

Qu’est-ce que l’esprit ?  

Derrière ces solitudes de sommets montagneux, quelle est l’énergie qui perdure par-delà le temps ? Dans la tradition judéo-chrétienne, il s’agit du souffle même de Dieu, une haleine subtile qui un jour donna vie à l’être humain.

Cette haleine de vie subsiste et ne meurt jamais vraiment.

Elle se renouvelle sans cesse grâce au perpétuel renouveau qu’assure une contemplation des merveilles de l’univers que nous  avons déjà évoqué ici. Cela suppose que l’on ait trouvé cette mystérieuse et heureuse solitude que toutes les spiritualités mettent en avant pour nous délivrer des idoles intérieures et extérieures que nous ne cessons de fabriquer au fil de nos angoisses. Cette psychologie spirituelle s’incarne dans la vie de ces moines ermites que sont les chartreux.

Qu’est ce qu’un Chartreux ?

Traçons d’abord un bref rappel de près de mille ans d’expérience monastique et de dépassement de soi. Le 24 juin 1084 un jeune homme nommé Bruno et ses six compagnons, à la recherche d’un lieu isolé, s’aventurent dans le vallon de Chartreuse pour y établir une maison de prière. Dans ce périple, l’évêque de Grenoble, Hugues, est à leur côté.

Une longue histoire va commencer.

Elle sera parsemée de malheurs en tout genre : avalanches, incendies, destructions des guerres de religion, fermeture en 1903 lors de la crise entre l’État et l’Église catholique, expulsion. Mais tel le phénix, la communauté monastique renaîtra toujours.

Cette dernière est à la fois particulière et universelle car elle plonge ses racines dans la plus haute antiquité chrétienne, celle des Pères du Désert du troisième siècle. Toutes les personnes, hommes et femmes qui s’abreuvaient a cette source, étaient réunis par-delà le temps et l’espace, par une identique faim de Dieu à qui ils se donnaient tout entier. Solitude, contemplation, méditation de l’écriture rythmaient leurs journées.

Le témoignage des Chartreux pour notre époque où l’actualité de l’Occident mystique

De nos jours, une quinzaine de moines chartreux continuent leurs vies de solitude et de prière dans ce vallon désert dans des montagnes escarpées. Et il y a bien d’autres trappes de par le monde et dans tous les continents. Leur vie est austère et frugale car elle suit l’ancienne règle bénédictine des quart temps : travail, méditation des écritures, liturgie, sommeil.

Le temps liturgique est lui-même divisé en sept heures pour mieux suivre les sept étapes de la course du soleil. Il y a deux offices majeurs, les Laudes et les Vêpres et cinq offices mineurs,  Matines, Tierce, Sexte, None et Complies. Le moine les dit seul dans sa cellule après s’être longuement prosterné.

La méditation des écritures se fait grâce à la « Lectio Divina » ou absorption lente liée au vu cycle respiratoire de courts versets de la Bible. Nous évoquerons cette méthode de cheminement dans une chronique postérieure.

Être Chartreux dans nos vies ?

Il est clair que ce témoignage immémorial des Chartreux interpelle peut-être brutalement l’humanité occidentale dont l’horizon se résume souvent à une consommation sans fin. Il peut aussi surprendre tous ceux qui sont allés très loin chercher, notamment dans les spiritualités orientales, ce qu’ils avaient tout près dans leur propre ADN oublié. Comment ne pas être surpris voire choqués par ce comportement qui n’est qu’un simple rappel au milieu de nos oublis. L’être humain ne vit pas seulement de pain mais aussi d’une autre parole qui le dépasse mais aussi l’habite consciemment ou inconsciemment, celle de l’infini quel que soit le nom donné.

Et bien, ce témoignage est présent à côté de nous, voire en nous, si nous acceptons de le redécouvrir. C’est là que se situe le témoignage des Chartreux qui nous amène progressivement à la paix

La paix dans nos vies ?

L’appel à la paix intérieure et extérieure est au cœur de la spiritualité chrétienne notamment occidentale. N’y a-t-il pas eu des trêves de Dieu tout au long du Moyen Âge ? Le travail intérieur préconisé par les Chartreux est aussi une des retombées très concrètes de ce chemin sans fin de la paix intérieure. Dans un monde fracturé par des guerres pratiquement universelles, la paix est notre première raison d’exister pour les  chrétiens. Le trappiste américain Thomas Merton sur lequel nous reviendrons dans la prochaine chronique nous le dit dans son livre sur la paix monastique. « Ainsi tous les chrétiens doivent ils avant tout répandre la paix, la posséder dans leur cœur et s’abandonner entièrement à l’Esprit de paix. Ils aideront à rassembler les moutons dispersés par les orages de ce monde, pour qu’à la fin il n’y ait plus qu’un seul troupeau ».

Ce travail commence aujourd’hui à l’écoute du sermon des Béatitudes : « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu. ». N’est-ce  pas pour tous un appel très concret ici et maintenant ? Et cela dans le lignage trois fois millénaire du psaume 131 : « Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble. » Irions-nous, par-delà les apparences, vers une révolution de la paix ?

 

Gérard-Emmanuel Fomerand

http://www.laspiritualitedelabeaute.fr/

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3 décembre 2022 6 03 /12 /décembre /2022 20:30

 

Vivant depuis sa naissance dans l’isolement total au cœur de la Sibérie, cette septuagénaire appartient aux « beguny », l’un des groupes les plus traditionalistes de vieux-croyants orthodoxes.

Elle parle comme elle chante ses psaumes. Ermite religieuse, recluse de la vie moderne, Agafia Lykova vit pleinement sa solitude depuis… soixante-dix-sept ans. « Non, jamais je ne partirai d’ici ! », insiste de sa voix douce cette babouchka qui, née en pleine taïga, n’a jamais quitté son rocher de terre bordé d’une rivière prise par la glace pendant les longs mois d’hiver par – 40 °C. La première ville digne de ce nom, Abakan, en pleine Sibérie russe, est à trois heures d’hélicoptère.

Fidèle de la branche des « vieux-croyants » de l’orthodoxie, issue d’une famille qui avait échappé aux répressions communistes, elle mène une vie de paysanne pieuserythmée par ses activités quotidiennes : rassembler des branchages, nourrir les animaux, couper le bois, raviver le feu, pétrir la pâte, préparer le pain. Puis retourner aux prières. « Il n’y a qu’une religion, c’est même effrayant de penser qu’il peut en exister d’autres », explique-t-elle lors d’une discussion tard le soir. Le visage, couvert de rides, est calme, la voix apaisée, le regard clair.

1,5 million de « vieux-croyants »

Rencontrée dans sa modeste maison de bois fin novembre dans la forêt des monts Saïan, surréel refuge dans un décor de neige et glace, cette femme parle peu. Célèbre en Russie mais sans pour autant être devenue une autorité religieuse, elle pourrait devenir un jour une sainte, effigie d’un univers culturel qui pourtant n’existe plus qu’à l’état de traces et qui pourrait bien disparaître avec elle.

La babouchka ne répond qu’aux questions qu’elle aime et donne peu de détails sur son mode de vie et les strictes limitations imposées par sa religion. Agafia Lykova ne boit que de l’eau bouillie. Elle ne mange que de la viande lavée à la rivière pendant plusieurs jours, vidée ainsi de tout reste de sang et donc de réminiscence de ce qui évoquerait l’esprit. Elle ne se lave jamais au savon et ses mains sont devenues noires et épaisses avec le temps. « Ici j’ai mon mode de vie. J’ai besoin seulement de prières », assure-t-elle.

Ses larges sourires illuminent à eux seuls sa parole, rare et toujours plongée dans l’histoire, celle de sa famille. Inlassablement, Agafia raconte le récit des Lykov, sa famille de vieux-croyants qui, dans les années 1930, a fui les persécutions communistes particulièrement cruelles contre la foi. Plus de trois siècles après l’historique scission dans l’église orthodoxe russe – le schisme de 1666 –, les vieux-croyants défendent encore aujourd’hui leurs droits et héritage malgré leur éclatement en une multitude de croyances. Avant la révolution bolchevique de 1917, ils représentaient encore 20 % de la population russe. Aujourd’hui ces groupes traditionalistes ne comptent plus que pour 1 %, soit moins de 1,5 million de personnes.

Une babouchka soutenue par un milliardaire

Depuis qu’en 1978, des géologuessoviétiques ont découvert son refuge en survolant la région,Agafia Lykova ne vit plus tout à fait déconnectée. Ces dernières années, son isolement géographique et spirituel est rythmé par les occasionnelles visites en hélicoptère de diacres et volontaires venant apporter aides et vivres. Parmi ces soutiens : le parc naturel qui protège cette région mais aussi la fondation Volnoïe Delo d’Oleg Deripaska. Le milliardaire et magnat de l’aluminium, propriétaire d’immenses usines dans la plaine voisine (à 300 km de là…), a financé plusieurs expéditions et, cette année, la construction d’une nouvelle maison pour l’ermite. Une isba simple et belle en pin clair bâtie loin de là puis, démontée, transportée en une quarantaine de voyages le long de la rivière et finalement plantée à côté des vieilles huttes paternelles. Un confort nouveau, simple et modeste.

« Étonnamment, Agafia préfère prier et dormir dans ses vieilles maisons. L’habitude… », témoigne l’un de ses visiteurs réguliers. « Elle sait qu’ici la taïga est reine mais elle ne craint rien, ou alors seulement les ours ! » Deux semaines avant notre visite, un mâle affamé avant l’hibernation s’est aventuré vers le domaine d’Agafia. Elle a craint pour ce qui, outre ses vieux recueils de prières noircis par les années, est le plus précieux dans la vie : ses chèvres. La babouchka a dormi quatre jours auprès d’elles. « Il faut les protéger !J’espère que je pourrai vivre jusqu’à 80 ans », sourit-elle. « Après ça, je veux aller au paradis — mon prochain arrêt… »

Entrer dans la vie d’Agafia Lykova, c’est ainsi effleurer les pages d’un extraordinaire conte où se mêlent forêt de fiers sapins, décor vallonné de neige immaculée, ciel bleu éclatant puis une nuit noire nappée d’étoiles étincelantes, silence interrompu par le chant d’oiseaux ou l’aboiement d’un chien. Et cette isba en bois entourée de huttes et cabanes d’où surgit une frêle silhouette, l’esprit en prières.

Son inspiration - Fidèle au choix de son père

« Pourquoi partir ? Mon père m’a dit de rester ici. Je reste… » Agafia Lykova est resté fidèle à la décision de son père, Karp Lykov. C’est lui qui, en 1936, décida d’abandonner la vie civilisée pour se réfugier dans ce coin de Sibérie afin de protéger « sa » version de la religion. Il emmena toute sa famille. Pour éviter les liaisons consanguines, les frères sont partis vivre plus loin, toujours dans l’isolement religieux. La fille est restée avec son père et n’a pas eu d’enfant. Depuis 1988, elle est la dernière en vie de sa famille. Aujourd’hui, la tombe paternelle et sa simple croix émergent de la neige, juste à côté de la niche du chien et des cabanes des chèvres. Régulièrement, Agafia s’y recueille avant d’aller nourrir ses animaux.

Benjamin Quénelle, correspondant de La Croix

Par Le journaliste du Siberian Times
11 mars 2021
L’ermite le plus célèbre du monde montre sa nouvelle cabane en bois du milliardaire Oleg Deripaska.

La nuit dernière, Agafya, âgée de 76 ans, quittait la maison de son père, construite il y a 80 ans lorsque ses parents ont fui la répression soviétique et sont arrivés dans la taïga sibérienne après avoir fui la persécution religieuse de l’ère stalinienne.

Pendant la majeure partie de sa vie, Afafya a vécu beaucoup comme une paysanne du 18ème siècle, avec peu de confort moderne, guidée par une Bible ancienne et peu de contact avec le monde extérieur.

La construction de la nouvelle maison d’Agafya - une simple cabane d’un étage, comme elle l’avait demandé - a commencé en décembre 2020, quelques jours après qu’elle ait demandé de l’aide à l’homme d’affaires Oleg Deripaska.

La nouvelle maison a été achevée il y a plusieurs jours et offre plus de confort et de chaleur que la cabane délabrée construite par son père.

Hier, il a été béni par des prêtres de l’église orthodoxe russe vieux-croyants, qui ont volé spécialement pour voir Agafya de Moscou.

Agafya photographiée au début des années 1980, avec son père Karp (à gauche) et le professeur de Krasnoïarsk Igor Nazarov (à droite), et âgée de 72 ans. Photos : Igor Nazarov, Nikolay Proletsky

« La nouvelle maison est solide, avec une véranda chaleureuse et beaucoup de lumière naturelle qui passe par ses quatre fenêtres.

Agafya a reçu une icône du métropolite de Moscou et de toute la Russie, Korniliy, et était reconnaissante d’avoir eu la chance d’avoir une conversation en tête-à-tête avec lui. Elle a aimé la nouvelle maison, et pour remercier tous ceux qui ont aidé à la construire, elle a fait cuire du pain et l’a servi avec des boissons faites maison », a déclaré le directeur de la réserve naturelle de Khakassky, Viktor Nepomnyashchiy.

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La maison a dû être assemblée dans la ville d’Abakan, en Khakassie, avec des rondins numérotés puis démantelés pour raccourcir le temps de construction.

La zone de la recluse se trouve dans une partie éloignée et difficilement accessible des montagnes Sayan, il était donc plus facile d’apporter la maison pièce par pièce plutôt que de livrer des matériaux de construction. Au moins 18 expéditions d’hydroglisseurs ont été effectuées pour livrer la nouvelle maison.

 

 

L’ermite Agafya Lykova devant sa nouvelle maison avec des prêtres vieux-croyants orthodoxes russes et l'évêque Corneille. Photos : Viktor Nepomnyashchiy


Agafya Lykova est la dernière survivante d’une famille de vieux-croyants orthodoxes qui, en 1936, ont fui dans la forêt pour échapper à la persécution religieuse de la Russie de Staline.

Ils ont été découverts des dizaines d’années plus tard, en 1978, après avoir été repérés depuis les airs par un groupe de géologues sur un flanc de montagne isolé près de la rivière Erinat dans la chaîne d’Abakan, au sud-ouest de la Sibérie.

Quand ils ont été retrouvés, ils n’avaient aucune idée que la Seconde Guerre mondiale avait commencé - ou pris fin.

Agafya était le quatrième enfant de Karp et Akulina Lykov, et pendant les 35 premières années de sa vie, elle n’a eu aucun contact avec qui que ce soit en dehors de sa famille.

Sa mère est décédée en 1961, son père est décédé en 1988.

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