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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 22:50

L'avocat du diable

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 22:18

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Le Rêve de la Vierge de Michele di Matteo. Vers 1440, bois, 60 x 81 cm, Pesaro, Musei Civici.

Le Lignum Vitae (Arbre de vie), court traité mystique écrit par saint Bonaventure en 1260 et composé de quarante-huit méditations, eut une influence certaine sur l'iconographie religieuse de la fin du Moyen Âge. Le grand théologien y décrit un arbre symbolique dont la branche basse représente l'origine du Sauveur, les branches moyennes sa Passion, et les plus hautes sa glorification.

C'est la première grande expression littéraire de la dévotion franciscaine à l'humanité du Christ.

Le but est d'amener le lecteur à participer au mystère pascal de la mort et de la résurrection.

L'ancienne tradition réactualisée

À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, ces méditations spirituelles de saint Bonaventure réactualisent l'ancienne tradition selon laquelle le bois de la croix de Jésus provient de l'Arbre du Bien et du Mal qui donna lieu au péché originel.

C'est ce que donne à voir ce panneau de Michele di Matteo, Le Rêve de la Vierge , en une image qui synthétise l'histoire chrétienne du Salut par la juxtaposition de ses deux phases essentielles, la Chute et la Rédemption.

Le peintre nous montre le péché originel : Adam et Ève s'apprêtent à consommer le fruit défendu, sur le conseil du serpent enroulé au tronc de l'arbre. Mais Jésus est crucifié sur les branches de cet arbre : on ne pouvait mieux figurer l'idée selon laquelle la croix provient de l'Arbre du Bien et du Mal.

Le péché racheté

Tout ceci se déroule sous les yeux clos de Marie allongée sur un lit, ce qui veut dire que ça se déroule dans son rêve. Marie, à une période de sa vie que le tableau ne nous laisse pas deviner (est-elle déjà annoncée ? Déjà mère ?), a la vision de la mission qui sera accomplie par son Fils, et donc de sa propre mission à elle. L'image illustre parfaitement l'idée selon laquelle Marie est la nouvelle Ève, et Jésus, le nouvel Adam, qui « renversent » l'ordre du monde instauré par la Chute, en « rachetant » le péché commis par les premiers aïeux du genre humain. Le fond d'or, expression matérielle de la lumière divine, situe la scène sur un plan théologique, hors du temps, de l'espace et de tout contexte historique.

Manuel Jover, journaliste

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 22:47

04.-Bible-de-souvigny.jpg

De l’Éden au Déluge, de nombreuses images de la Bible que l’on pensait originales se trouvent aussi dans les mythes mésopotamiens, la comparaison de ces récits mettant en évidence l’originalité de la foi d’Israël dans l’univers religieux du Proche-Orient antique 

D’où viennent les réminiscences des mythes mésopotamiens dans la Bible ?

Un monde tiré des eaux, un homme pétri dans l’argile, un jardin paradisiaque, un serpent tentateur, un déluge, un bateau empli d’animaux, une colombe…, toutes ces images de la Genèse, si familières, sont pourtant loin d’être une pure création des auteurs bibliques. On les trouve déjà dans les récits des origines des Mésopotamiens, voisins d’Israël, au IIe millénaire avant Jésus-Christ : les mythes d’Enki et Ninhursag, d’Atrahasis, l’Épopée de Gilgamesh, celle de la Création (ou Enuma Elish) (lire infographie ci-contre), des textes anciens écrits en caractères cunéiformes, en sumérien ou en akkadien, sur des tablettes découvertes au XIXe siècle et traduites notamment par un savant français, Jean Bottéro. À l’époque, la découverte de ces ressemblances n’a pas manqué d’étonner, voire de déstabiliser plus d’un croyant convaincu que le récit biblique était unique…

La raison en est simple : le pays de Canaan est, dans l’Antiquité, le plus petit territoire du Proche-Orient et un carrefour traversé, pour le commerce ou les guerres, par tous les grands empires : assyrien, babylonien, perse, grec… Aussi les Hébreux sont-ils imprégnés de la culture de tout le Proche-Orient ancien. En 586 av. J. C., le peuple est déporté à Babylone. « Les auteurs bibliques, après l’exil en particulier, connaissent parfaitement les mythes mésopotamiens et vont s’en servir pour écrire à leur tour, afin de rassembler la diaspora, qui n’a plus de temple, autour d’une histoire commune », souligne l’historienne Nicole Vray, auteur d’un livre sur Les Mythes fondateurs de Gilgamesh à Noé (1).

Ainsi le langage biblique retraverse-t-il les mythes antiques et puise dans leur grand réservoir d’images, mais pour exprimer son propre message : confesser sa foi en un Dieu unique et Créateur. En ce sens, l’intérêt de la comparaison des récits de création bibliques et mésopotamiens, enracinés dans un fond culturel commun, est de mettre en relief l’originalité de la foi d’Israël dans l’univers des religions de l’Orient ancien.

Quelles sont les correspondances entre ces différents textes ?

Les réminiscences sont nombreuses. À l’origine, par exemple, l’univers est un mélange indifférencié d’eau douce et d’eau salée. Il est formé par séparation et la terre surgit de la masse des eaux.

« Lorsqu’en haut le ciel n’était pas encore nommé,

Qu’en bas la terre n’avait pas de nom [ils n’existaient pas},

Seuls l’Apsû [l’océan d’eau douce] primordial qui engendra les dieux,

Et Tiamat [la mer] qui les enfanta tous,

Mêlaient leurs eaux en un tout.

Nul buisson de roseaux n’était assemblé, Nulle cannaie n’était visible [la végétation n’existait pas],

Alors qu’aucun des dieux n’était apparu,

N’étant appelé d’un nom ni pourvu d’un destin,

En leur sein, des dieux furent créés. »

(Épopée de la Création.)

L’homme est créé dans une certaine proximité avec la divinité : à partir du sang d’un dieu et d’argile pétrie, raconte le mythe d’Atrahasis. Tandis que les animaux et les plantes sont aussi classifiés « selon leurs espèces ». Plus largement, les cadres utilisés sont relativement semblables, notamment pour le Déluge que l’on trouve dans le mythe d’Atrahasis et sur la 11e ¬tablette de l’Épopée de Gilgamesh : des pluies torrentielles, un seul homme sauvé, un bateau construit sur les mêmes dimensions, des oiseaux (un corbeau, une colombe, et pour le mythe d’Atrahasis, une hirondelle en plus).

Quelles sont les différences et que révèlent-elles ?

Dans les chapitres 1 et 2 de la Genèse, les éléments de l’univers ne sont pas divinisés, alors que les Mésopotamiens honoraient les astres, la lune et le soleil, comme des divinités. La Bible, qui mentionne simplement « le grand luminaire » et « le petit luminaire », semble opérer une « démythologisation » : le récit est sobre, sans descriptions superflues, au service d’une confession de foi en Adonaï, Dieu créateur. Aussi, pour Nicole Vray, ne s’agit-il pas de différences mais de « ruptures » : « Le génie des Hébreux est de mettre ces mythes au service du monothéisme, en présentant un Dieu d’amour, de l’alliance, notions qui sont absentes de la culture mésopotamienne, où l’homme est dans un rapport d’obéissance, de dominant/dominé avec les dieux. »

Si, par exemple, la notion de désobéissance existe dans tous ces récits, la réponse divine biblique n’est pas la même. À la fin du mythe, Atrahasis, sauvé du déluge, sacrifie aux dieux qui ont infligé aux hommes des sanctions (souffrances, maladies, mortalité infantile). Noé, lui aussi, offre des sacrifices, mais Dieu respire la bonne odeur de son offrande, comme s’il se laissait émouvoir par l’homme qu’il a créé, et décide de ne plus le détruire par le déluge. Ainsi dans la Bible apparaît la notion de pardon qui se manifeste sous la forme d’une alliance avec les hommes, Dieu couvrant Adam et Ève chassés de l’Éden d’un vêtement de peau, puis donnant à Noé le signe d’un arc-en-ciel après le déluge. « L’humanité est sauvée une seconde fois, par la nouvelle alliance établie par Dieu », souligne Nicole Vray.

Au fond, les mythes mésopotamiens font intervenir des dieux créés à l’image des hommes. Ces dieux partagent les turpitudes humaines. Ils créent le monde en s’unissant à une déesse ou en sacrifiant une autre divinité. Le Dieu de la Genèse, lui, est transcendant et crée par sa Parole. Lorsqu’il exprime sa colère dans le Déluge, c’est contre la méchanceté et l’immoralité des hommes, et non, comme dans le mythe d’Atrahasis, contre leur vacarme qui dérange le panthéon mésopotamien.

Dans la Bible, par ailleurs, les hommes sont créés pour eux-mêmes, gratuitement, et non dans une relation de nécessité, d’esclavage, pour remplacer à la tâche les dieux qui ne voudraient pas travailler (mythe d’Atrahasis). Certes, l’homme est aussi voué au travail, mais par ce travail, Dieu lui a donné domination sur la terre, il est invité à poursuivre sa Création.

La grande originalité de la Bible, c’est en effet que l’homme est créé à l’image de Dieu. Il est invité à une relation d’égal à égal avec Dieu, sans intermédiaire entre eux. « L’injonction de Dieu n’est pas une menace de mort mais une mise en garde qui laisse l’homme libre et responsable ».

(1) Desclée de Brouwer, 192 p., 19 €. 

CÉLINE HOYEAU 

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