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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 19:00

Dans l'Evangile, Notre-Seigneur Jésus nous appelle avec insistance à veiller. Lorsque nous regardons le contexte dans lequel ce mot est employé, nous nous apercevons que cette exhortation est en lien direct avec des événements importants qui approchent. Or, la Vierge Marie, Reine de la Paix, nous dit en ce temps: «Il est temps de veiller.» A la lumière de la Bible, regardons ensemble ce que signifie vraiment cet appel qui actualise l'invitation pressante du Sauveur.

Veillez! (Me 13,37)

Dans deux passages-clés, Jésus utilise le terme veiller (grègorèsai; grègoreite).

Premièrement, la nuit de la Passion.

Au jardin de Gethsémani, Jésus a demandé à ses apôtres intimes de veiller «mon âme est triste à mourir, demeurez ici et veillez avec moi» (Mt 26,38).

Ensuite, alors qu’il les trouve endormis, il leur fait le reproche de ne pas avoir veillé avec lui, même une heure (Mt 26,38-40; Mc 14,34-39).

Et nous voyons aussi que Jésus fait une remontrance personnelle à Pierre en disant: Mc 14,37 «Simon tu dors! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure?»

Ici, nous touchons à notre incapacité à vivre en vérité les paroles du Seigneur, tant que nous ne sommes pas passés au creuset de la souffrance.

En effet, ce même soir, Jésus a institué le Sacrement eucharistique en annonçant par avance sa Passion, le don de sa vie pour la rémission des péchés, pour la rédemption du monde.

Les apôtres ont senti le drame approcher. Ils ont entendu que l’un d’eux trahirait le Sauveur. Alors que tout les invitait à une vigilance accrue en accompagnant la peine et la douleur du Fils de l’Homme, ils se sont endormis.

Tout cela nous laisse perplexes sur nous-mêmes aussi et nous invite à être très proches de Jésus dans la prière et la vigilance, particulièrement dans les moments douloureux.

Maintenant regardons l’autre moment où le Seigneur demande de veiller 1.

Il s’agit du discours eschatologique concernant les événements précédant son retour glorieux, la Parousie. (cf. Me 13,5-36; Le 12,37; 21,36).

Ses annonces prophétiques se rapportent aux moments dramatiques et douloureux que vivront alors l’Eglise et le monde entier.

Si le Seigneur nous demande de veiller, c’est pour que nous recevions la force d’en haut, soyons capables de reconnaître les temps concernés, de tenir bon dans la foi en restant unis à Jésus, à Dieu dans l’amour, la vérité et l’espérance.

Veiller c’est agir en amont en se préparant. Ce n’est donc pas dormir.

Nous devons donc rester avisés et être des veilleurs sereins qui persévèrent dans la prière assidue, dans l’attente amoureuse de l’Epoux qui vient, comme ces cinq vierges avisées qui avaient préparé leurs lampes pour la venue du bien-aimé (cf. Mt 25,1-13).

Là, Jésus dit à nouveau «Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure» (Mt 25,13).

C’est pourquoi il dit aussi Le 12,35 «Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées».

Aujourd’hui Marie nous dit qu’il est temps de veiller. C’est un appel à toute l’Eglise qui doit se préparer à des événements douloureux pour elle et le monde, avant que la paix et la grâce divine brillent comme jamais sur le monde.

En effet, nous entrons dans la période critique de l’histoire de l’humanité. Désormais plus rien n’est sous contrôle.

Nul ne pourra empêcher les désastres dus à l’accumulation continue depuis longtemps des erreurs impies du monde sans Dieu.

Les dettes abyssales des nations, les dérèglements climatiques, les ruines et effondrements des économies mondiales, les épidémies, les famines, le terrorisme, les révoltes et révolutions, les guerres, l’idolâtrie, les scandales et dépravations en tous genres... sont les fruits gâtés de l’abandon des choses saintes.

La Parole de Dieu, la doctrine éclairée de l’Eglise, la prière amoureuse et assidue ne font plus partie de la vie de la plupart des hommes...

Marie est venue en particulier en ces temps de l’histoire et elle nous demande de veiller. C’est un écho qui actualise les paroles prophétiques de son Fils.

Les apparitions de Marie, la Femme revêtue du soleil, glorifiée et couronnée par Dieu, rentrent dans un cadre apocalyptique.

Nous devons avoir conscience que nous vivons depuis quelques années divers passages du livre de l’Apocalypse, et notamment celui du chapitre 12.

D’autres précédemment aussi nous concernent et la suite arrive...

Il est à nouveau étonnant que si peu de personnes aient conscience de ces choses-là dans l’Eglise. La plupart ne comprend pas ou ne veut pas comprendre et comme à Gethsémani dort alors qu’il faudrait veiller.

Comme nous le savons et le voyons, beaucoup ont abandonné l’Eglise sous divers prétextes qui prennent leur source dans des événements réels (scandales, trahisons, abus de pouvoir, tiédeur,...).

Mais nous sommes tous appelés à revenir au Seigneur. Nous faisons partie de la famille de Dieu: si notre frère vient à pécher ce n’est pas pour autant que nous allons quitter notre famille.

Nous sommes l’Epouse sainte et humble préparée pour les noces de l’Agneau (Ap 19, 7.8). Préparée, car nous veillons dans la prière, la foi et l’amour.

Nous sommes le petit troupeau qui ne prend pas part aux mensonges, aux œuvres mauvaises de la prostituée (cf. Ap 17; 18). Elle cherche l’amitié du monde et non celle de Dieu (cf. Je 4,4).

En notre temps nous approchons rapidement vers l’accomplissement de plusieurs mystères prophétiques et nous devons nous méfier des faux prophètes qui recherchent les honneurs, la gloire des hommes et le profit...

Leur manque d’humilité est pour chacun un signe.

D’autre part arrive le Faux prophète au service de la Bête et du monde égaré et non du troupeau fidèle.

Il aura la prétention de relever le monde en train de tomber, d’apporter les solutions aux maux de notre temps, de donner la paix et s’en prendra particulièrement aux enfants fidèles de l’Eglise. Il surprendra les multitudes et même les élus pourront être tentés de le suivre.

C’est pourquoi le Seigneur interviendra en son temps (cf. Mt 24, 22s; Mc 13,20; Ap 18,4-8).

Comment se fait-il que si peu de personnes dans l’Eglise et aussi notre monde, ne voient pas dans les apparitions de Medjugorje le doigt de Dieu à l’œuvre?

Il y a pourtant de nombreux miracles étonnants, indiscutables et vérifiés par la médecine.

Il y a une multitude de fruits mûrs manifestes qui ne peuvent être cachés et pourtant beaucoup ne veulent pas voir l’œuvre du Seigneur par sa Servante toute pure.

Cela nous fait penser étrangement à l’attitude des Pharisiens face à la guérison de l’aveugle-né. Ils le connaissaient bien et savaient qu’il avait toujours été aveugle, mais ils ne voulaient absolument pas reconnaître que Dieu en Jésus-Christ l’avait guéri...

C’est la même chose de nos jours et nous devons être capables de comprendre la réalité contemporaine des attitudes de jadis que Jésus mettait en lumière.

Il est temps de réagir pour tous les chrétiens par la prière éclairée, le jeûne, car nous rentrons dans une nouvelle phase que les fausses accalmies temporaires ne pourront plus arrêter 2.

Veiller c’est se préparer, surtout spirituellement. C’est aussi un remède contre la panique qui arrive lorsqu’il est trop tard.

Les événements actuels, les épidémies, la pandémie le montrent assurément.

Voici donc quelques conseils divins:

Ep 6,18 «Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières, de supplications et pour cela veillez avec une persévérance continuelle et priez...»

1 P 5,8 «Soyez sobres, veillez. Votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer.»

2 Ch 19,7 «Que la sainte crainte de Dieu soit sur vous. Veillez sur vos actes, car il n’y a en Dieu ni iniquité, ni acception des personnes, ni acceptation de présents.»
 
Nous sommes arrivés à un moment très important dans l’histoire et nous devons entrer dans cette période de façon sereine et avisée.

Ne craignons pas et ne faisons pas attention à ceux qui reprochent aux fidèles chrétiens de veiller, d’être attentifs aux signes des temps.

Ils sont comme ces gens insouciants faussement pacifiques qui, l’orage approchant sont pris de panique et cassent tout autour d’eux.

Dans le Seigneur nous ne craignons rien. Notre vie est passagère en ce monde. Elle est très courte.

Après, c’est soit l’éternité avec Dieu dans son amour et ses merveilles glorieuses, soit l’enfer dans la haine avec le diable et ses anges devenus des démons.

Et pour ceux qui cependant sont orientés vers le Ciel mais ne se sont pas préparés et purifiés ce sera un douloureux purgatoire.

Ce sont là des réalités de l’Ecriture sainte. Alors, nous qui sommes chrétiens, fidèles à la Parole de vérité, nous qui croyons en l’amour de Dieu, nous qui sommes le peuple de l’Eglise sainte que le Seigneur a choisi, n’ayons pas peur et soyons des lumières d’espérance pour les autres.

Notre assurance en Dieu est un témoignage visible. Notre certitude dans la foi est une ancre qui permet au bateau de notre vie de ne pas couler et même de porter les autres qui cherchent la terre promise, le Ciel.

Dieu a donné des consignes à ses veilleurs (Is 6,26).

Dans la foi et la connaissance du Seigneur nous regardons où en est la nuit (Is 6,26).

Nous sommes ces portiers à qui le Seigneur demande de veiller sur la maison (cf. Me 13,37).

Soyons attentifs, afin que les voleurs et les menteurs ne pénètrent pas dans notre maison Eglise.

Veillons à ce que la vérité, la sainte doctrine, les dogmes de la foi, nos richesses spirituelles, sacramentelles, soient gardés intacts.

Ne craignons pas d’éclairer avec charité les manquements, les erreurs, les trahisons qui éloignent les hommes de Dieu.

Voici plus de deux mille ans que le dépôt de la foi est gardé dans l’Eglise.

Des millénaires que celui qui est inconnaissable dans son absolu mais se révèle aux hommes, selon les capacités de chacun, nous donne sa lumière pour que nous le connaissions et l’aimions.

Dieu, on le découvrira éternellement. Il est infini, plus grand que l’univers.

Nous ne connaissons rien de l’univers, pour ainsi dire. Nous ne connaissons qu’une parcelle du lieu où nous habi¬ 
tons, de notre pays, de notre monde, mais cela nous suffit. Notre connaissance de Dieu, aussi limitée qu’elle soit, nous introduit dans la perfection divine.

Elle est même surabondante de lumière. Ce que Dieu nous a donné, nous devons le garder entier pour notre salut et pour l’offrir aux autres.

Plus on donne et plus la grâce se multiplie. Il y a un miracle divin de l’amour qui ne peut être partagé mais au contraire s’accroît plus on le donne.

En définitive plus on donne ce que Dieu nous donne, ce qui vient de lui, et plus cela se multiplie. Ainsi Dieu nous a donné la vie et notre vie engendre d’autres vies et permet aussi que ceux qui allaient vers la mort, aillent vers la vie éternelle.

C’est ainsi que la vie des saints produit des œuvres de vie. C’est pour cela que Dieu nous a créés: pour que nous ayons la vie éternelle en son Fils, Notre-Seigneur Jésus, vrai Homme et vrai Dieu (cf. Jn 3,15.16.36, etc.).

Vraiment, heureux sommes- nous d’être des veilleurs attentifs en écoutant le Seigneur et Marie Reine des apôtres.

En peu d’années, bien des choses vont se passer dans le monde et l’Eglise. Nous devons être prêts à tout dans la confiance en Dieu. Après les douleurs de l’enfantement et la défaite du Malin, la paix et la lumière de Dieu.

Le Seigneur est Maître de la vie et Maître du temps. Il sait toutes choses, ce qui vient, ce qu’il va faire. Tout ce qui se passe est selon le dessein éternel du Créateur qui nous a créés libres.

Cette liberté donne sens à notre amour désintéressé. Nous aimons Dieu, parce que dans sa bonté il nous a créés.

Nous sommes ce que nous sommes, avec nos imperfections, nos défauts. Mais Dieu ne regarde pas à l’apparence mais au cœur (1 S 16,7).

Il nous appelle tous sans exception à la sainteté. Nous sommes redevables à Dieu d’exister. En l’écoutant, nous demeurons libres et non esclaves de nos passions, du mal.

A l’écoute de Dieu nous restons dans la lumière et l’amour, c’est pourquoi notre relation au Seigneur dans la prière est indispensable.

Notre amour de Dieu se concrétise assurément dans la prière assidue, l’amour du prochain et le pardon. Alors veillons avec Jésus-Christ, car le jour baisse et il se fait tard.

Vierge Marie, tu nous demandes de veiller. Reste avec nous pour que nous demeurions aux côtés de Jésus ton Fils Notre-Seigneur. Reste avec tes enfants, nous t’en prions. Protège l’Eglise.

Notre Dieu, toi qui es Père, Fils et Saint- Esprit, garde-nous tous unis dans la vraie foi, dans l’amour et la paix.
Jacques Magnan

NOTES:
1.     Veillez et priez (Me 13,33s; 14,38],
2.     Les bouleversements à venir ne doivent pas nous inquiéter. Il y aura un désastre universel, des des¬tructions soudaines de villes (cf. Ap 16,19] mais pas de troisième guerre mondiale qui signerait la fin de l'humanité. Les apparitions mensuelles à Mirjana ont cessé. C'est un signe. Nous devons nous hâter tous de revenir à Dieu. Voir mon article de mai 2020. Surtout restons toujours avisés et sereins face aux bouleversements qui viennent, car Dieu viendra régner dans tes cœurs et dans le monde pour une longue durée pleine de mer¬veilles dont nous voyons déjà les prémices.

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 19:38
Elle ira dans l'enfer
Un extrait du film, où Christophe chante une litanie des supplices de Jeanne : c'est un juge qui se fait porte-voix de l'innocente accusée.
 
Musique du film Jeanne de Bruno Dumont (2019) par Christophe. Texte de Charles Péguy.
 
"Elle ira dans l'enfer avec les morts damnés,
Avec les condamnés et les abandonnés,
Elle ira dans l'enfer avec les morts damnés;
Quand la paille en enfer s'envolera légère,
Ton corps s'envolera pour que le feu l'embrase,
Alors commencera l'éternité sans bord;
Dans les hurlements fous des embrasés vivant,
Dans les hurlements fous des écorchés vivant,
Dans les folles clameurs des damnés affolée,
Dans les hurlements de tous les tourmentés;
Et les hurlements fous d'éternelle souffrance,
Et les hurlements fous d'éternelle prière,
Seront comme un silence au flot de la souffrance, Noyée comme un silence au flot de la souffrance; Comme ta mort éternelle est une mort vivante,
Une vie intuable, indéfaisable et folle,
Et l'éternité sera comme un silence;"
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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 19:25
Dans les Écritures, nombreux sont les mouvements de retraite : Dieu dans la Genèse, les prophètes, Jésus…

Quel est le sens du retrait de Dieu dans la Genèse ?

« Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite », lit-on dans la Genèse (2,2). Ainsi, le premier mouvement de mise en retrait intervient-il dès le récit de la Création, et il est le fait de Dieu. « C’est le Shabbat de Dieu. Dieu a mis en forme le monde, depuis la lumière jusqu’à l’homme. Mais l’homme n’est encore que créature, Dieu est tout-puissant, unique acteur. Alors, il se retire, il retient sa puissance afin que le monde soit, et que l’homme entre dans l’histoire, explique le rabbin Philippe Haddad, enseignant au Centre Sèvres, à Paris. C’est seulement à ce moment que l’homme peut cheminer avec Dieu, et entrer dans l’Alliance que Dieu lui propose ».

En se retirant, Dieu invente ici la liberté, complète le père Jean-François Baudoz, exégète et ancien doyen de faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris : « Dieu renonce à son omniprésence, il laisse de la place à la Création pour qu’elle puisse exister. Il laisse ainsi l’homme libre… même de le rejeter et de choisir le mal. » Un retrait « positif », qui est en même temps vécu comme une absence douloureuse. « Dans de nombreux psaumes, l’auteur se plaint de l’absence de Dieu, reprend le père Baudoz. Il est confronté aux païens, qui demandent : “Où est-il, votre Dieu ?” Le thème reste très actuel : Dieu était-il à Auschwitz ? Où est-il lorsque l’humanité souffre des cataclysmes et des épidémies ? »

Le retrait de Dieu est toutefois « provisoire ». Saint Paul, abordant la Résurrection à la fin des temps, annonce ainsi le retour de Dieu : « Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance (…) Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous. » (1 Co, 24.28)

Quel enseignement l’homme tire-t-il du retrait de Dieu ?

Dieu ne manifeste pas sa puissance uniquement par la force et la gloire que chante le roi Salomon (1 Roi 8,23-53), mais aussi dans sa capacité à retenir sa puissance, à la manière du buisson ardent que découvre Moïse avec étonnement, lui qui grandit à l’ombre de Pharaon (Exode 3,2). L’homme en retire une éthique. Une éthique du rapport au prochain, où il s’agit de passer d’un lien de domination à une relation d’amour, et une éthique du rapport au monde.

« Par l’institution du Shabbat, l’homme répond à Dieu en retenant à son tour sa puissance : puissance économique, puissance du travail, puissance technologique, énumère Philippe Haddad. L’homme a certes été investi de puissance sur le monde, sur la nature, qu’il doit travailler et soumettre. Mais Dieu la lui confie pour qu’il en soit le gardien, le conservateur. C’est l’objet du chapitre 23 du livre du Lévitique, [qui prescrit offrandes, holocaustes, jeune, pénitence, don aux pauvres et aux immigrés, NDLR].  Sans cette retenue, l’homme risquerait de consumer le monde, et ainsi de se détruire lui-même. »

Pourquoi Jésus et les prophètes se retirent-ils au désert ?

« Le désert n’est pas un lieu de solitude, mais un lieu de rencontre et de révélation, explique Philippe Haddad. Le terme hébreu utilisé pour désigner le désert est Midbar, qui signifie «lieu de la Parole» ». Ainsi, le prophète Osée emmène-t-il son épouse infidèle au désert pour « la séduire » et lui parler « cœur à cœur » (Osée 2, 16-17). Aller au désert, c’est se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, qui se révèle non pas par « le tonnerre » ni « le feu » mais par « le murmure d’une brise légère » (1 Roi, 19,12). « Le silence rend perceptible la trace de la présence de Dieu, loin de tout ce qui nous perturbe », explique Philippe Haddad. Dieu parle dans des lieux isolés : c’est lorsqu’il s’est retiré dans la montagne de l’Horeb que Moïse reçoit les Dix Commandements (Exode 34). C’est aussi « sur une haute montagne » que Jésus se révèle à ses disciples, lors de la Transfiguration (Marc 9,2). Et c’est dans la « pièce la plus retirée » que Jésus invite ses disciples à prier (Matthieu 6,6). « Un célèbre enseignement du Talmud au sujet du chapitre 18, verset 21 du livre des Nombres est écrit ainsi : ”Si un homme se fait comme un désert que tous les pieds peuvent fouler, alors il lui sera fait don de la Torah ; alors, Dieu l’adoptera ; et alors il s’élèvera”. » (1), rappelle Philippe Haddad.

Quel rôle la retraite joue-t-elle dans la mission ?

« La retraite, contemplative, n’est pas un simple éloignement, note le père Jean-François Baudoz, elle est transformatrice. » Elle est par nature temporaire et indissociable du retour dans le monde. Dans l’Évangile, elle apparaît comme une préparation à l’action et à la mission : « (Jésus) dit (aux disciples) : ”Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu.” De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. » (Marc 6,31)

« Associée au jeûne, la retraite est un moyen de se dépouiller, afin de découvrir l’essentiel de notre être profond, qui est l’être de Dieu en nous », souligne Philippe Haddad. Moïse, prince d’Égypte, renonce ainsi à son titre pour devenir berger et s’emplir de la présence de Dieu.

Elle est aussi « un combat – contre soi-même, contre les idoles que l’homme se fabrique », avance Jean-François Baudoz. Dans l’Ancien Testament, le prophète Élie, en proie au découragement, fuit au désert face à la reine Jézabel. Mais il est secouru par l’ange du Seigneur, qui le nourrit, le relève et lui donne la force d’accomplir la mission que Dieu lui a donnée (1 Roi 19). Dans l’Évangile, Jésus inaugure sa vie publique par un jeûne de 40 jours au désert, où il se retire « afin d’être tenté » (Matthieu 4,1-11).

La retraite prend enfin la forme d’un repli face au danger, à la manière des Mages « avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, (qui) regagnèrent leur pays par un autre chemin », et de Jésus qui « se retira dans la région de Tyr et de Sidon » pour se protéger des pharisiens (Matthieu 15, 21). « Il ne s’agit pas de fuir, précise Jean-François Baudoz, mais d’agir avec réflexion et prudence, comme l’enseigne Jésus dans la parabole du roi comptant ses troupes avant de partir en guerre (Luc 14,31). »

(1) Talmud, Traité des Œuvres, 55A, vers 330.

 

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