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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 22:06
D’habitude, dans mes recherches théologiques, en revenant au Coran, ce n’est pas son ordre actuel que je parcours, mais l’ordre chronologique de ses sourates.

Révélé sur vingt-trois ans durant la vie de Mohammed, le Coran a été compilé dans l’ordre actuel des sourates soit par le Prophète lui-même avant sa mort, soit un peu plus tard par les scribes qui avaient été nommés par lui pour le transcrire.

L’ordre chronologique, lui, a été déduit par les savants musulmans puis par des orientalistes. Nous n’avons donc pas un seul ordre chronologique mais plusieurs possibilités, se recoupant à 80 %. Et ce n’est que récemment que des éditions du Coran selon l’ordre chronologique ont été publiées.

Les chercheurs se sont penchés sur la longueur des versets et des sourates, les thèmes et mots-clés, la sonorité et le rythme, et sur des indications historiques, pour déceler l’ordre chronologique.

Le début de la révélation contient des sourates toutes petites (de trois versets), avec des versets courts qui avancent les thèmes de l’Unification et de la Providence divine, les valeurs de générosité, de solidarité et de patience, face aux contre-valeurs qui sévissaient à La Mecque, telles l’amas d’argent et l’orgueil que certains tiraient de leur appartenance clanique ou de leur descendance mâle.

Plus tard, les versets deviendront plus longs et les sourates très étendues (entre 100 et 200 versets), et mettront l’accent sur le côté pratique, aussi bien que sur les valeurs, le message spirituel et les récits des prophètes et des peuples passés.

Lire le Coran dans l’ordre chronologique permet de mieux déceler le message coranique, surtout lorsqu’il s’agit d’un thème que l’on suit tout au long de la révélation. On peut ainsi découvrir les différentes étapes du thème en question et déduire le fin mot du Coran là-dessus.

Cependant, au niveau des valeurs, le Coran répète les mêmes, de son début à sa fin. Aux valeurs de générosité, de solidarité, de patience, viendront s’ajouter celles de sincérité, de courage, de miséricorde, de transparence, de confiance, de responsabilité, de gratitude et surtout de justice et d’équité.

Or c’est autour de ces valeurs que ces deux approches du Coran, l’approche chronologique et l’ordre actuel, se retrouvent.

Récemment, j’ai voulu relever le premier, le dernier et le mot médian du Coran selon l’ordre actuel non chronologique. Le premier mot qui vient juste après « Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux » de la première sourate est la « gratitude » (Al-Hamd).

Le dernier mot du Coran, à la fin de la sourate 114, est « les gens » (An-Nas).

Le mot du milieu du Coran vient au verset 19 de la sourate 18, la Caverne, li-yatalattaf, et signifie : « qu’il soit subtil ». Un des noms de Dieu est en fait Al Latif, le Subtil. Le mot signifie aussi bonté.

Un appel à une attitude de gratitude, à un effort de subtilité et de bonté envers les autres, les gens, tous les gens, pourrait donc être l’un des fins mots du Coran.

Par Nayla TabbaraThéologienne musulmane libanaise (1)

(1) Auteure de L’Islam pensé par une femme, avec Marie Malzac, Bayard, 250 p., 16,90 €.

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 22:14

Le vase donne une forme au vide,

et la musique au silence

Georges Braque

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 22:31

La faute est classique : écrire « étymologie » en glissant un h entre l’i grec et le t. Faute d’autant plus tentante que le mot « étymologie » est grec. Or, comme on sait, les Grecs nous ont transmis la lettre théta qu’on trouve dans leur « Panthéon » comme au « théâtre ».

L’ironie est qu’on commet alors une erreur… d’étymologie ! « Étymologie » dérive en effet de l’adjectif étéos : « Vrai, correct. »

Rien à voir avec le préfixe « éth- » qui sert à désigner la présence d’une molécule associée généralement à l’alcool. Ainsi de tel composé chimique (l’éthanol) ou d’un état peu enviable, le coma dit « éthylique ». L’orthographe se fait alors espiègle : en écrivant « éthymologie », on pensait briller. Voilà qu’on balbutie comme un ivrogne.

Mais l’ivrognerie n’est jamais que l’image déformée de l’ivresse. La faute est heureuse qui souligne une des puissances de l’étymologie : connaître l’étymologie d’un mot ouvre en lui des possibilités nouvelles et, comme l’ivresse, l’emmène, en le faisant tourner sur lui, loin au-delà de lui-même.

On n’entend plus le mot « maintenant » de la même manière quand on y découvre l’acte de tenir la main, le verbe « main-tenir » conjugué au participe présent. Soudain, tout y est : la main qui s’ouvre et reçoit le présent d’une présence… De même on entend mieux les coquelicots en apprenant l’onomatopée dont leur nom procède : « Cocorico ! »

C’est un mot fort actuel qui s’est soudain mis à tituber sous mes yeux quand je découvris, grâce à l’œuvre du philosophe italien Roberto Esposito, son étymologie. « Immunité », nous apprend-il, a la même facture que « communauté ».

Qu’est-ce que la communauté ? C’est le fait d’être lié (le préfixe co- signifie « avec ») par la dette (munus, en latin, qui a donné « monnaie »). La communitas, c’est l’horizon partagé d’un don qui nous oblige (ob-ligare : « être lié à »).

L’homme, doué de logos, comme le voulait la définition d’Aristote, est par là d’abord doté d’un manque. Ce que l’on met en commun, ce n’est pas ce que l’on possède mais, précisément, cette insuffisance à soi qui nous fait les uns pour les autres.

Dans un essai paru en 2010, intitulé Communauté, immunité, biopolitique. Repenser les termes de la politique, Roberto Esposito oppose, à partir de leur commune étymologie, la communauté à l’immunité.

Celle-ci serait le refus (privatif in-) du munus, de la dette qui oblige. Ce que l’individu moderne cherche, c’est une vie individuelle d’abord, une vie « privée », exempte des liens qui nous obligent.

Ce que l’on veut, c’est cette prétendue liberté qui s’arrête où commence celle de l’autre. La liberté des voisins qui s’ignorent poliment. Ce à quoi l’on aspire, c’est un confinement autorisé, voire moralement encouragé par l’État. L’individu moderne, nous dit Esposito, fuit « la contagion de la relation ». Depuis que Thomas Hobbes l’a théorisé, on sait que l’État moderne, le « Léviathan », a pour vocation de nous protéger les uns des autres, de nous immuniser contre notre prochain.

À l’heure de la distanciation sociale, où chacun est devenu l’intouchable de l’autre ; à l’heure des relectures agressives de l’Histoire, où chacun exige de l’autre qu’il paie sa dette sans reconnaître celle qui nous lie à lui, l’étymologie donne à notre grand désir d’immunité collective une ampleur particulière. Laisserons-nous les protocoles sanitaires, qui dureront tant que cette immunité ne sera pas atteinte, obstruer toujours plus l’horizon communautaire ?

Par Martin SteffensPhilosophe
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