Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 22:55
Le sacré

Michel Serres explique dans cette courte vidéo en termes simples la conception du sacré selon René Girard. Néanmoins c'est une des facettes de la notion de sacré.

Pour aller plus loin je vous propose un article qui fait aborde le sujet par l'etymologie mais qui est loin d'épuiser le sujet.

L'étude du sacré implique la reconnaissance de l'être transcendant comme une réalité et de l'univers comme le fruit d'un esprit créateur tout-puissant.

Le sacré, c'est tout d'abord confusément le sentiment de la présence du surnaturel dans la nature, les plantes, les animaux, les êtres humains.

La reconnaissance de cette présence surnaturelle habite les civilisations anciennes, qui croyaient à l'existence d'une âme dans les végétaux, les animaux, les éléments de la nature, les rythmes saisonniers...

L'animisme des aubes de l'humanité recèle encore des traces dans les sociétés archaïques d'aujourd'hui.

Le sacré trouve son origine dans «la reconnaissance d'une conscience dirigeante au-delà des formes apparentes»1.

La « conscience dirigeante », d'essence divine, supra-humaine, surnaturelle, est exprimée par les données symboliques du sacré, qui assurent la médiation entre l'homme et l'esprit divin.

L’étymologie du terme prend sa source dans deux langues, le sanscrit et l'hébreu : le terme « sacré » est issu de la racine sanscrite SAK, reliée au domaine et aux objets de la divinité, puis du latin (sacrum, sacer).

L'adjectif français « sacré » est issu du verbe latin sancire : rendre inviolable par un acte religieux puis par extension délimiter, sacraliser. Il implique une séparation et une transcendance. Le terme «« sacré » fut substantivé ultérieurement par les phénoménologues pour les besoins de l'analyse.»2

Dans la Bible latine, l'usage du mot sacer est rare : on en trouve vingt-neuf cas dans l'Ancien Testament et deux cas dans le Nouveau Testament 3.

Le terme sanctus est plus courant et correspond au grec hagios. L'un et l'autre terme s'accompagnent de leurs dérivés (sacerdos, sacrificium, sacramentum, sacerdotium, sacrarium, sacrificator, sacrilegium... ; sancte, sanctificatio, sanctuarium... ), avec des équivalents grecs très divers.

La Bible grecque avait d'ailleurs eu du mal à traduire la racine hébraïque QDS, qu'elle avait désignée par hagios et ses dérivés, tandis que hiéros était réservé au Temple et tout ce qui le concernait (les prêtres et les objets du culte).

Dans la Bible latine, le mot sacré suivit une évolution sémantique mouvementée, par l'usage de nombreux dérivés (voir ci-dessus). Certains dérivés de sacer n'ont rien à voir avec la racine QDS : sacrificium, le sacrifice ou sacramenta, les sacrements.

Les langues modernes ont continué ce dynamisme sémantique de la notion de sacré en ajoutant le sacral, la sacralisation, la désacralisation, ce qui ajoute à la confusion qui existe aujourd'hui à propos du sacré.

« Le sacré n'est ni le religieux, ni le révélé. Il est encore moins un langage ou un silence. Est-il l'interdit ou le "tout autre" ? »4

Cette approche du sacré par la négative, en disant ce qu'il n'est pas, ou par l'interrogative, en suggérant des pistes de définition, se retrouve dans une réflexion contemporaine qui se réfère à la Bible tout en cherchant d'autres points d'ancrage du sacré.

Le champ sémantique du terme est aussi vaste dans la littérature actuelle qu'il était étroit et délimité dans la Bible, reposant sur le seul radical sémitique QDS.

Dans la langue hébraïque, la racine QDS donne qadosh et qodesh, duel qui désigne le sacré dans l'Ancien Testament; si l'on remonte aux origines, l'on trouve la racine de base sémitique QD, prébiblique, forme verbale qui signifie "couper", "diviser", "séparer".

« Est qadosh ce qui est séparé : Yahvé, séparé de sa création, transcendant; les choses et les hommes, séparés de l'usage profane et transférés dans le domaine du divin. »5

L'idée de séparation est ainsi originairement ancrée dans le sacré, et donnera par la suite la notion de consécration d'une chose à l’origine ordinaire à une réalité différente, d'ordre divin, digne de respect et de vénération, notion présente dès les textes akkadiens et dans l'Ancien Testament.

Pensons au célèbre épisode du « Buisson ardent » (Exode III), où Yahvé apparaît à Moïse sur la montagne de l'Horeb qui est une terre consacrée, propriété exclusive de Dieu, ce que reconnaît Moïse en se déchaussant, signe de respect vis-à-vis de la montagne de Dieu :

« Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. »6

Par cette injonction, Dieu marque la différence entre ce lieu sacré, propriété de lui-même, et les lieux profanes. Toute la montagne est qadosh, à cause de la présence de Dieu, mais seul le buisson ardent, d'où parle Yahvé, est interdit d'approche.

Est donc « saint » ou « sacré » ce qui appartient en propre à Dieu, comme la montagne de l'Horeb, ou le Temple, réservé au service de Dieu et à son culte exclusif.

Le mot sémitique qodesh, « chose sainte », « sainteté », désigne les objets interdits au toucher, dont on n'approche que si l'on s'est purifié auparavant.

Dans l’Ancien Testament, la « sainteté » est définie en Dieu lui-même, qui est source de toute sainteté, elle met à part les personnes, objets et lieux qui deviennent « sacrés ».

C'est Dieu qui a l'initiative de rendre sacrés les lieux, les objets, les êtres, pour permettre une rencontre de l'homme avec lui : la séparation nécessaire des choses sacrées n'est pas une finalité, mais un moyen tendu vers la fin ultime de la rencontre, de la présence de Dieu à l'homme. Ainsi, la séparation devient-elle consécration à Dieu.
Jean-Jacques Wunenburger montre dans son étude7 que le sacré recouvre deux champs sémantiques délimités par les termes de « sacré » et de « saint » : dans les langues indo-européennes, le sacré est désigné par un couple (qadosh et qodesh en hébreu, hagios et hiéros en grec, sacer et sanctus en latin), qui détermine deux possibilités de sens : d'une part, la manifestation du divin en soi, à travers des signes surnaturels réservés aux seuls dieux (le sacré, institué par la divinité), d'autre part, l'institution humaine de lieux ou d'objets sacrés, par un acte de séparation (le saint, séparé du profane par l’homme).

La présence de signes surnaturels ou d'un acte de séparation implique une médiation : le sacré est toujours une représentation partielle et symbolique de Dieu ou du religieux.

Ce caractère symbolique constitue l'essence du sacré, mais aussi sa profonde ambivalence.

C'est la raison pour laquelle les arts en général, la musique en particulier, par leur essence symbolique et leur finalité médiatrice, se prêtent si volontiers à des représentations du sacré, comme le montreront les articles de ce blog : le chant des anges ne nous transporte-t-il pas de la terre au ciel ?

"Visage du sacre - Natalie Depraz, Bruno Durocher".

Notes :

  1. DANIÉLOU, Alain, “La relation de l’homme et du sacré”, in PORTE, Jacques (dir.), Encyclopédie des musiques sacrées, vol. I, Paris, Lagergerie, 1970, p. 37.
  2. Cf. les diverses études du sacré depuis le milieu du XIXe siècle, d’Émile Durckheim, Rudolf Otto et les phénoménologues allemands, les premiers à analyser le sacré dans sa relation avec son contexte social, comme élément d'un système qui donne sa signification à l'expérience. Mircea Éliade, Roger Caillois, Michel Douglas, René Girard... en sont les continuateurs. Mentionnons entre autres études récentes deux ouvrages collectifs : Le sacré. Etudes et recherches, actes du colloque organisé par le Centre International d'Études Humanistes et par l'Institut d'Études Philosophiques de Rome aux soins de CASTELLI, E., Paris, 1974; LIMET, H., RIES, Julien et alii, L'expression du sacré dans les grandes religions, 2 vol., Louvain-la-Neuve, 1983.
  3. Cf. CAZELLE, H., article "sacré", in PIROT, L. et BRIEND, J. (dir.), Dictionnaire de la Bible, Supplément- tome X, Paris, Letouzey, 1985, colonne 1343.
  4. Ibid., colonne 1343.
  5. BOUD, A., article “sacré”, in Centre Informatique et Bible (dir.), Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Turnhout, Brepols, 1987, p. 1145.
  6. TRADUCTION OECUMENIQUE DE LA BIBLE, LA BIBLE, Paris, Le CERF, "Alliance biblique universelle", 1992, Exode III, 5, p. 82.
  7. WUNENBURGER, Jean-Jacques, Le sacré, Paris, P.U.F., coll. "Que sais-je ?", n° 1912, 1981, pp. 4-6.
     
__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 22:10

Un jour le Père Marin, prêtre bien connu de Nancy, nous rendit visite et nous raconta l'histoire du Père Henri Berthélémy qui avait vécu dans notre maison.

Quand nous avons fait l'acquisition de cette maison nous avions l'impression qu'elle nous attendait. Jeunes convertis dans la foi orthodoxe nous avons accroché de nombreuses icônes dans chacune des pièces et mon épouse Sophie en a peint plusieurs avant de se consacrer à la calligraphie et à l'enluminure. Nous avons converti le salon en oratoire pour nous-mêmes et pour les amis qui viennent prier en silence avec nous.

Nous ne savions pas que nous venions de renouer avec l'histoire du Père Berthélemy et que le lieu que nous avions investi était chargé de la prière de ce saint curé et de l'esprit de l'iconographie. Le texte ci-dessous écrit par le Père Marin raconte cette histoire.

Marc-Elie

Le Père Henri Berthélémy

Il est né en 1926 et décédé le 21 octobre 1971, à l’âge de 45 ans après une vingtaine d’années de sacerdoce. De santé délicate, il a exercé plusieurs ministères au collège de la Malgrange et en paroisses.

Surtout, il est devenu aumônier du Carmel de Buthegnémont à Nancy. Il y exerça une belle influence. En particulier, il accompagna Mère Elisabeth qui se préparait à fonder en 1974 le Carmel catholique de rite oriental à Saint-Rémy les Montbard, dans la Côte d’Or.

Ensembles, ils s’adonnèrent à l’écriture des saintes icônes et à la spiritualité orthodoxe dans le cadre du Carmel de Nancy. Il a aidé cette fondatrice.

Ce Carmel a toujours été ouvert. C’est ainsi qu’une cousine germaine de ma mère, Marie-Madeleine Marchal-Genay, née en 1906, entrée au Carmel de Nancy en 1925, a passé 30 ans à Madagascar avec deux autres carmélites pour y fonder le Carmel de Tananarive (de 1946 à 1976).

Le Père Henri Berthélémy faisait aussi partie de l’Institut séculier des Prêtres du Cœur de Jésus fondé pendant la Révolution française pour maintenir l’esprit religieux dans le monde.

C’est là que je l’ai rencontré lors de nos réunions mensuelles de groupe à la « Foucotte », maison rattachée à l’école Saint Sigisbert. C’est lui qui alimentait et tenait notre bibliothèque, car il était un grand lecteur de théologie et de spiritualité.

J’ai encore – relié par lui – La vie de Moïse de Grégoire de Nysse traduit par le Père Danielou (le premier livre de la collection Sources chrétiennes paru en 1954).

Henri Berthélémy était fidèle à nos réunions fraternelles et aux retraites annuelles de 8 jours. Il y apportait sa note discrète et sa ferveur. Malgré sa santé déficiente, son visage reflétait la douceur, la bonté, une intelligence joyeuse et parfois malicieuse.

L’un de ses charismes particuliers fut aussi celui de pèlerin itinérant comme le Pèlerin russe ou Saint Benoit Labre.

Enveloppé d’une pèlerine, le béret enfoncé, la musette en bandoulière, il sillonnait les routes de la Lorraine et de la Bourgogne en faisant de l’auto stop, encore à la mode depuis la libération par les Américains. Modestement, il racontait certaines merveilleuses rencontres, au point que les automobilistes le conduisaient jusqu’à sa destination pour rester avec lui et lui rendre un service reconnaissant.

Il savait remercier ses chauffeurs bénévoles qui le remerciaient souvent davantage. Sa pauvreté, sa douceur et sa foi contagieuse ouvraient les cœurs.

Cette vie donnée, épuisante, a eu vite raison de sa petite santé. Je ne me souviens plus de ses obsèques, car en octobre 1971 j’étais encore hors du diocèse, professeur au Grand Séminaire de Saint Dié. Le souvenir d’Henri Berthélémy mérite d’être gardé car il fut un précurseur dans le rapprochement entre chrétiens d’Orient et d’Occident. Il demeure pour nous un modèle et un intercesseur.

Jacques Marin, 4 juin 2010.

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 22:59
L’invitation à l’amour

Isaïe 25, 6 à 9 - 1Jean 3, 13 à 18 - Luc 14, 16 à 24

Chaque dimanche l’Église nous propose trois lectures : une tirée de l’ancien testament, une extraite d’une épitre et une péricope d’un Evangile.

Nous pouvons sans vraiment prendre le risque de nous tromper penser que nos Pères ne les ont pas mises ensembles par hasard.

L’Esprit qui les a inspirés - ce qui est une tautologie puisque l’étymologie du mot inspiration est « mettre un souffle, un esprit dans quelqu’un » - l’Esprit donc, nous donne dans ce regroupement de paroles une clé de compréhension du texte de l’Évangile.

Que pouvons-nous alors retenir des paroles d’Isaïe et de Jean qui nous sont proposées aujourd’hui et qui éclairera ainsi un des sens de la parabole des invités au festin du roi ?

Isaïe prophétise la venue du royaume sous le symbole d’un festin messianique préparé pour toute l’humanité, « pour tous les peuples »[1].

Et il nous dit : Dieu ôtera le voile du deuil et les larmes de la face des hommes en faisant disparaître la mort. Le repas offert par Dieu annihile la mort.

Qui participe à ce repas, qui s’assied à la table divine ne mourra plus et tous les hommes sont invités à partager ce repas divin et salvateur.[2]

Isaïe annonce ainsi le dévoilement de ce qui était caché, c’est la révélation ultime, l’apocalypse de la fin des temps où l’humanité communiera, se nourrira des dons de la vie même de Dieu et ne connaîtra plus la mort.

Et Jean de préciser dans sa lettre : c’est l’amour qui tue la mort. C’est l’amour qui nourrit et qui donne la vie dans le royaume et le royaume est déjà là dans notre vie sur cette terre.

Si nous ne participons pas à l’amour nous sommes déjà morts. Car « qui n’aime pas demeure dans la mort »[3] dit Jean. Et l’amour dont il est question c’est celui dont Jésus nous aime jusqu’à en mourir ; c’est l’amour que nous devons à nos frères. Et si nous aimons nos frères, l’amour de Dieu demeure en nous et nous donne la vie éternelle.

Relisez le texte c’est ce qui est écrit explicitement[4]. Nous découvrons ainsi le pouvoir incroyable de l’amour : Si j’aime mon prochain alors j’ouvre mon cœur à l’amour de Dieu et son amour qui communique la vie divine demeure en moi.

C’est ce que dit Jésus ailleurs d’une autre façon « Si quelqu'un entend ma voix (c’est-à-dire celui qui entend mon commandement « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ») et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. »[5]

Incidemment nous découvrons une vérité que nous connaissions intuitivement : tout homme chrétien ou non, croyant ou athée est sauvé et ouvre son cœur à l’amour de Dieu s’il a de l’amour pour son prochain. Ne nous inquiétons donc pas pour ceux qui ne connaissent pas Jésus, la loi d’amour dans leur cœur est leur viatique pour la vie éternelle.

Mais nous, savons-nous aimer ?

L’amour de Dieu est la nourriture du repas divin. L’amour de l’homme est sa réponse à l’invitation de prendre part à ce repas.

Tout homme est invité à l’amour : à aimer son prochain et à être aimé de Dieu. Refuser d’aimer c’est refuser l’invitation du roi, c’est choisir la mort car il n’y a pas d’autre nourriture vivifiante que l’amour de Dieu.

Prendre un repas en hébreu se dit littéralement « prendre le pain ». Manger à la table du Seigneur c’est manger le pain de vie, c’est manger le Dieu d’amour qui a fait de son corps et de son sang en Jésus le pain de vie.

Dans le paganisme les hommes donnent de la nourriture aux dieux, dans le christianisme c’est Dieu qui se donne en nourriture, c’est Dieu qui aime l’homme en premier.

Nous avons le désir de vie mais avons-nous le désir d’amour ? Le désir d’entrer en relation avec l’autre pour entrer en communion avec Dieu ?

Si nous avions le désir de Dieu nous aurions le désir de l’autre. Nous cherchons Dieu ? Et bien c’est dans la rencontre avec l’autre que nous trouvons Dieu.

Quand nous nous mettons au service de nos frères, quand nous partageons nos biens, notre temps avec l’affligé, l’angoissé, l’affamé, l’esseulé, le malade ; quand nous écoutons avec intérêt et patience celui ou celle qui nous parle, quand nous sommes simplement heureux de partager la présence de l’autre nous sommes vraiment assis à la table du Seigneur.  

Et à cette table c’est le Seigneur qui nous sert comme tout maître de maison servait ses convives dans les repas festifs de l’antiquité, comme Jésus servait ses disciples au repas de la sainte cène.

Dieu n’est pas dans les livres de théologie et les rituels, il est dans chaque personne que nous croisons sur notre chemin de vie. Il est dans notre cœur si notre cœur s’est brisé de compassion et de miséricorde pour nos semblables.

La parabole s’adresse à nous, chrétiens. A nous les invités du roi, les amis légitimes, les membres de son clan, de sa famille. Et elle nous dit : « vous avez le cœur froid et sec, vous refusez la plupart du temps l’invitation qui vous est faite. Votre désir de Dieu est remplacé par le désir des choses du monde. »

La parabole nous le rappelle, et nous le savons bien, que ce qui nous attire le plus dans le monde c’est ce qui nous éloigne de Dieu et de notre prochain. 

L’autre, que ce soit Dieu ou le prochain, est, avec ses besoins et ses désirs, un obstacle à mes propres besoins et à mes propres désirs. Sans la grâce de Dieu, sans son aide nous ne savons pas vraiment aimer ni Dieu ni notre prochain.

« Je suis effrayé, dit Soljenitsyne, par le manque de faim spirituelle de l’occident ».

Il n’y a de plénitude que de Dieu. Sans faim de Dieu comment Dieu pourrait-il nous combler ? « Ouvre grande la bouche, moi je l’emplirai » dit le Psaume[6]

C’est un fait : la bouche des repus de la consommation reste fermée à Dieu et à l’amour.

Ne nous affligeons pas sur le salut de l’âme des pauvres, des boiteux, des persécutés et des malheureux, ils sont déjà dans le cœur de Dieu qui leur donne la vie éternelle sans condition.

Voyez ! Le roi de la parabole ne les invite pas. Il va les faire chercher là où ils sont dans leur malheur et leur souffrance voire il va forcer à entrer dans la salle du banquet ceux qui se croient indigne d’un tel honneur. Car avoir le sens de son indignité vaut, face à Dieu, tous les repentirs du monde !

Inquiétons-nous plutôt de notre propre salut. Répondre à l’invitation du Seigneur est une ascèse quotidienne. Suivons le modèle de Saint François : apprenons et essayons d’aimer vraiment les personnes qui nous entourent et surtout celles pour lesquelles nous n’avons pas d’attirance.

Les aimer c’est les mettre au centre de nos attentions alors que notre nature nous porte à nous intéresser prioritairement à nous-mêmes, à ceux qui nous  apprécient, qui nous aiment ou dont nous pouvons tirer un bénéfice.

Demandons dans la prière au Seigneur de nous aider à aimer sans condition notre prochain quel qu’il soit car sans cette aide c’est presque impossible. Et si malgré tout nous n’arrivons pas à aimer demandons en pardon au Seigneur qui aimera à notre place ceux que nous ne savons pas aimer.

Le festin du roi est aussi la métaphore du repas eucharistique où nous sommes invités à communier au corps et au sang du Seigneur.

Cette communion ne peut être effective que si nous sommes en paix et dans l’amour avec nos frères et sœurs. Jésus nous dit ailleurs de nous réconcilier avant de monter à l’autel[7] car nous l’avons vu il n’y a pas de communion avec Dieu sans communion d’amour avec notre prochain.

Partager le repas est un acte sacré, un sceau qui celle le lien de confiance, d’intimité et de fidélité entre celui qui invite et celui qui est invité. C’est un gage de paix et de bénédiction. Seuls les membres de la famille, les alliés, les amis mangent à la table du roi. Ils reconnaissent et acceptent sa souveraineté et en retour il les nourrit et il les protège. Il est le berger, ils sont les brebis.

C’est pourquoi qui trahit celui avec qui il a partagé le pain et le vin commet un grave péché. C’est la rupture du lien sacré de l’amitié, la déchirure du manteau de l’amour inconditionnel.

Cela a été le péché de Judas. C’est aussi notre péché quand, après avoir communié nous oublions si souvent à la moindre contrariété le commandement de nous aimer les uns les autres.  Nous trahissons encore et toujours l’amour et nous perdons la grâce de l’Esprit.

Ayons-en conscience, repentons-nous et demandons autant de fois qu’il le faut par une prière l’aide divine :

« Seigneur Jésus, tu as été parmi nous celui qui sert et tu as lavé les pieds à tes disciples assis à table. Donne-nous l’esprit d’attention et de sollicitude fraternelle : alors nous serons tes disciples et nous te sentirons présent à notre côté. Tu es le Christ, notre seul Seigneur. »

A Lui soit la Gloire, l’Honneur la Puissance et l’Adoration aux siècles des siècles. Amen !

Marc-Elie


[1] Isaïe 25, 6

[2] Isaïe 25, 7 et 8

[3] 1 Jean 3, 14

[4] 1 Jean 3, 15 à 17

[5] Apocalypse 3, 20

[6] Psaume 80, 11

[7] Matthieu 5, 20 à 26

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0