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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 22:17

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Actuellement l'argent, même en chiffres rassurants, nous piège par le souci parce qu'il nous soûle d'achats.

C'est fou ce que nous accumulons. Des vêtements, des souliers, des livres qu'on ne lira pas, des cassettes qu'on n'écoutera pas, le dernier gadget électrique pour découper le rôti, le stylo-montre.

L'argent moderne, à manipulation si facile (une signature!) risque de faire de nous des drogués de l'achat. Une drogue constamment proposée par la publicité, les vitrines et les magasins à grande surface. C'est là qu'il faut lire l'Evangile !

Dernière victoire de l'argent-achats : l'obsession du confort à la maison, avec sa double progression vers l'avachissement et l'égoïsme. Inutile de bluffer : plus on achète, moins on donne. Vérité de La Palisse ? C'est bien plus grave pour un cœur chrétien : plus on achète, moins on a envie de donner.

L'explication est simple, mais on n'aime pas s'attarder aux choses simples quand on pressent ce qu'elles vont exiger de nous. Osons pourtant analyser le durcissement du cœur par l'achat : on y développe à l'extrême la préoccupation de soi, on glisse insensiblement de la nécessité au confort, puis à une inutilité tellement égoïste que les derniers réflexes de générosité y meurent.

C'est, avec la condamnation du souci, le deuxième regard évangélique sur l'argent : nous tient-il sous sa coupe au point que nous hésitons à partager ? Il y a une manière de compter qui est terriblement païenne. Non par peur de manquer, cette fois, mais par égoïsme : ce que je donnerai ne sera plus pour moi. Là, l'argent nous tient.

Je mesure cet esclavage quand je me surprends à acheter quelque chose de pas vraiment utile ou le plus cher. Je regarde ensuite l'enveloppe prête pour un don et je me mets à hésiter : « Et si j'en ai besoin ?» Y a-t-il plus anti-évangélique que ce mélange de prodigalité pour soi et d'avarice pour les autres ?

Je vois pourtant que c'est fréquent chez les chrétiens. Il y a bien des prodigues généreux, mais la plupart (y compris les religieux !) comptent et recomptent quand il s'agit de donner, refusant pratiquement le partage.

Je dis « pratiquement », car ils en rêvent ! Et ils en parlent. Mais devant le geste à faire des montagnes de bonnes raisons se dressent. «Je ne suis pas avare, me disait une "excellente" chrétienne dont le mari gagne gros, mais j'hésite. » Personne ne se reconnaît avare, seulement un peu hésitant.

Et trop raisonnable ! La pratique évangélique de l'argent est toujours folle.

Faire totalement confiance à Dieu dans ce domaine, c'est fou ; donner largement, c'est fou. Mais à ce grain de folie on reconnaît le bon usage de n'importe quelle richesse. Aucune ne doit commander notre vie au point de nous rendre moins confiants en Dieu et moins fraternels.

Quelle que soit ta situation, aisée ou un peu juste, si ton esprit est en paix et si tu partages beaucoup, tu as trouvé ta réponse à «Bienheureux les pauvres ».

 

André Sève

Le goût de la vie

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 22:48

FrancoisAssise.jpg

Abandonne au Seigneur tout souci,

et il prendra soin de toi

Saint François d'Assise

 

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 22:26

enzo-bianchi_440x260.jpg

 

ON ENTEND PARFOIS DIRE : « AVEC DIEU OU SANS DlEU, TOUT CHANGE ! » C'est vrai.

Mais il vaut la peine de préciser cette affirmation. Pour le croyant, Dieu est le Seigneur vivant : sans lui, ni l'Univers, ni l'homme, ni l'Histoire ne peuvent s'expliquer.

Cela dit, Dieu reste Dieu même lorsque l'homme ne le reconnaît pas et n'arrive pas à adhérer à lui.

Pour le croyant, l'homme qui ne croit pas en Dieu a lui aussi été fait « à son image et ressemblance » (Genèse 1,26) ; lui aussi porte dans son esprit une étincelle de l'Esprit de Dieu et reste donc toujours capable de réaliser le bien, de distinguer le bien du mal, d'écouter sa conscience comme lieu ultime du jugement.

Une personne qui ne connaît pas Dieu n'est donc pas en proie au vide, au gouffre, à l'enfer !

Jusqu'au XVIIIe siècle, l'existence de Dieu n'était pour ainsi dire pas remise en question. Dieu était comme une nécessité pour le monde et pour l'humanité.

Mais plus tard, le discours scientifique et la philosophie n'ont plus permis de revendiquer Dieu comme nécessaire.

L'Église a réagi à cette évolution par la condamnation, mais l'homme moderne avait appris à se passer de Dieu, à penser et à vivre « comme si Dieu n'existait pas ».

Cette émancipation a eu le mérite de libérer l'homme de la peur d'un Dieu qui s'impose et lèse la liberté humaine.

Il faut reconnaître dans ce processus un dynamisme évangélique : l'Évangile, en effet, nous apprend à nous approcher de Dieu dans la liberté et par amour, et non sous la contrainte ; il révèle une image du Seigneur qui est relation et amour.

Et cet amour s'offre gratuitement, il ne s'impose ni n'exige d'être mérité. Le Dieu de Jésus est un Dieu non totalitaire, qui fait des humains ses enfants et non ses esclaves !

Ce Dieu est digne de foi précisément parce qu'il laisse l'homme libre de croire ou non ! Il faut même aller jusqu'à considérer cette « condition de liberté » où se trouve l'homme moderne comme une chance pour penser Dieu, pour revenir au Dieu révélé.

Car Dieu n'est pas que celui qui vainc nos limites et explique nos énigmes : il nous fait aussi entrer dans une relation d'amitié avec lui, nous ouvrant ainsi à la fraternité et à la communion avec tous les autres.

Oui, la présence même de ceux qui ne croient pas atteste que la foi est véritablement un acte de liberté !

 

Enzo Bianchi

juillet-août 2014 Panorama 

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