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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 00:51
feu_1.JPG
La face de Dieu est comme un visage lumineux
qui sort de l'ombre: pour le voir, nous jetons au feu tout
ce que nous possédons, le monde, nos joies, nos espoirs.
La flamme jaillit, dévorante, et son éclat fait rayonner
le visage aimé. Mais elle baisse, nous l'attisons alors
avec les derniers biens qui nous restent: honneur
succès, volonté, intelligence, esprit, et enfin notre moi:
« Absume et suscipe » (prends et reçois).
Ce n'est pas un don, mais une connaissance croissante:
je suis pris, je dois me rendre.
La grâce est tout : c'est Dieu qui apparaît.
La grâce est aussi tout sacrifice que le feu m'arrache.


HANS URS VON BALTHASAR (1905-1988),
« GRAINS DE BLÉ » (ÉD. ARFUYEN)
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 00:34
saint_irenee.jpgfresque de Yaroslav Dobrynine
« La vie de l'homme c'est de voir Dieu », a écrit saint Irénée.
Plus encore : la vocation de l'homme, c'est de devenir Dieu.
«Mais comment pourras-tu être Dieu si tu n'es pas même encore homme ?», demande l'évêque de Lyon.
Deviens donc un homme vivant, et c'est alors que tu sauras transmettre à travers l'authenticité de ta propre personne, la foi qui t'a mis debout.


Enzo Bianchi

Plus de fresques http://www.centre-bethanie.org/galerie_visite_9.htm
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 00:26
IL FUT UN TEMPS - PAS SI LOINTAIN - où le « retour sur soi », l'introspection étaient regardés un peu de travers. Il fallait surtout « ne pas trop s'écouter », se « tourner vers les autres », apprendre à « s'oublier ». La « quête de soi » était souvent suspectée de dérive individualiste, voire égoïste. Des générations ont ainsi grandi dans une sorte de défiance à l'égard de toute forme d'écoute du « moi profond » ; au risque, parfois, de blesser durablement la personne. Car ne pas savoir qui on est constitue souvent un réel handicap pour une relation vraie avec les autres.

Outre la crainte - pas toujours infondée - d'une trop forte fascination pour l'ego (ce « tout à l'ego » moderne que le théologien Bruno Chenu aimait citer avec humour), cette défiance à l'égard de la psychologie des profondeurs se trouvait alimentée par la peur de voir la foi chrétienne vaciller au fil des étapes de cette aventureuse connaissance intérieure. Freud fut longtemps - avec Nietzsche et Marx - considéré comme un « maître du soupçon ». Entreprendre un parcours psychothérapeutique ou analytique, c'était prendre le risque de voir sa propre foi se lézarder, découvrir que notre « désir » de croire est aussi souvent un « besoin » de croire, aux soubassements non chimiquement purs...

Aujourd'hui, la relation est heureusement apaisée entre la foi et la psychologie, entre le spirituel et le « psy ».

Juste retour des choses car la grande tradition spirituelle et mystique n'a cessé de valoriser le dialogue de l'homme avec lui-même. Et avant elle, la Bible invite clairement à cette « entrée en soi » : « Va vers le pays que je t'indiquerai » dit Dieu à Abraham (Gn 12,1-2); ce que la bibliste et psychanalyste Marie Balmary traduit finement par « Va vers toi-même ! » À condition, cependant, de lever une ambiguïté : aller vers soi, s'aventurer dans les profondeurs de son moi ne peut constituer un but en soi, un horizon indépassable, mais plutôt un chemin, un itinéraire qui mène au-delà du miroir. Toute « entrée en soi » n'est féconde que dans la mesure où elle ouvre les portes à une « sortie de soi ». Aller vers soi-même devient alors une voie salutaire pour aller vers les autres, le monde et Dieu. Un Dieu « déshabillé » des oripeaux dont, poussés par l'inévitable part d'ombre qui nous habite, nous l'affublons si souvent au point de le façonner à notre image.

Entreprendre un chemin psychologique de meilleure connaissance de soi peut devenir un véritable chemin de libération. Un don fait à soi-même pour tenter d'apprivoiser ce « dur métier de vivre » qu'évoquait le peintre Georges Rouault. Un don fait à celles et ceux qui nous entourent et à qui nous nous devons d'aller aussi bien qu'il nous est possible. Un don fait à Dieu, toujours «
autre » que les images et les « idoles » que notre vie psychique fabrique de Lui, telles un veau d'or !

Oui, « va vers toi-même » : tu découvriras que dans le temple secret de ton coeur, le Maître du désir t'invite à toutes les résurrections.

Bertrand Révillon
Panorama février 2010

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