22 janvier 2009
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Faites comme la bougie allumée, qui éclaire elle-même et, sans amoindrir sa propre flamme, allume d'autres bougies pour éclairer d'autres endroits Saint Seraphim de Sarov
21 janvier 2009
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On peut se demander comment l'homme se met en route vers son intériorité. Cette recherche répond à une nostalgie de beauté, d'achèvement, d'immortalité, et aussi à un amour dont il éprouve la réalité dès qu'il se recueille dans son espace illimité, privé de toute frontière, plus vaste que l'univers. Le chercheur, qui, semblable à un nouveau Christophe Colomb, s'aventure dans la vie intérieure, visite un continent dont il ne pourra jamais faire le tour. Les découvertes se succèdent, et il va d'étonnement en étonnement, d'émerveillement en émerveillement.
Certes, il rencontre des obstacles, des épreuves qui sont autant d'examens de passage qu'il faut nécessairement réussir, ou recommencer. Dans la vie intérieure, le voyageur ne saute pas de saison, de même que la nature est fidèle à un rythme saisonnier. Pour marcher vite, il lui faut abandonner ses bagages, se délester, parvenir à une totale nudité, se rendre libre afin de favoriser son entreprise. D'où la nécessité de l'ascèse. [... ] Sans ascèse, l'homme intérieur est condamné à l'inauthenticité. Elle n'est pas un but mais un moyen.
MARIE-MADELEINE DAVY
« Les chemins de La profondeur » (Albin Michel,p. 43)
20 janvier 2009
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Le taoïsme n'est pas vraiment une religion, mais plutôt une voie, la Voie, un ensemble de croyances tioues, de pratiques et de rituels permet-:ant de vivre en harmonie avec les forces complexes qui animent l'univers. Il remonte à la nuit des temps chinois et a été codifié par Lao Zi au VIe siècle avant notre ère, peu avant que Confucius ne formalise les règles de la vie en société et recommande aussi avec conviction le respect des rites du Tao,
Plus tard, la Chine adopte le bouddhisme, dont la doctrine d'impermanence n'est nullement contradictoire avec les précédentes. L'alimentation chinoise idéale est conforme à ces valeurs spirituelles. Elle est destinée à fondre l'homme dans son environnement, à lui assurer l'apaisement. Il convient de faire le vide en-soi et, pour cela, de ne pas exciter ses sens de manière excessive et désordonnée. La fadeur des mets permet de s'oublier soi-même tout en accédant à la profondeur de l'Etre.
Ce concept de fadeur est essentiel pour comprendre la culture chinoise. Lao Zi écrit : « Quand le Tao est fade et sans saveur, il ne peut être aperçu, il ne peut être entendu, mais il est inépuisable. » Un goût fade n'est pas sans saveur, mais sans aspérité, obligeant à ressasser et mastiquer longuement les aliments jusqu'à y reconnaître leur infinie richesse cachée, leur authenticité. C'est un peu comme le silence de la nuit ou du désert qui se peuple de mille sons lorsqu'on y prête attention.
Les cuisiniers occidentaux d'aujourd'hui, qui usent et abusent de la juxtaposition d'ingrédients baroques, auraient intérêt à se rappeler la maxime de Curnonsky: « La cuisine, c'est quand les choses ont le goût de ce quelles sont. » Rien n'est plus Tao qu'un œuf d'une poule libre, cuit à la coque, accompagné de mouillettes de pain grillé recouvertes de beurre cru demi-sel.
Jean-Robert Pitte
Membre de l'Institut (Académie des sciences morales et politiques)
Article paru dans Le Monde des religions Janvier-Février 2009